Samedi 14 mai 2011 6 14 /05 /Mai /2011 11:20



"C'est parce que quelque chose des objets extérieurs pénètre en nous que nous voyons les formes et que nous pensons."
                   
(Épicure : lettre à Hérodote)

ÉVACUER  ENFIN  L'INCONSCIENT FREUDIEN...


Le conscient
- s'agissant du fonctionnement cérébral de l'être humain - voilà une notion bien difficile à cerner et à définir...
   En effet, si le système nerveux de l'homme, installé dans son enveloppe corporelle est un système intelligent, c'est parce qu'il est en interaction permanente avec son environnement et qu'il fait évoluer sans discontinuer le modèle - qu'il se crée et se recrée - de ce milieu de vie.
  Avant d'entreprendre la moindre action sur cet environnement, dans un but déterminé, le système nerveux teste cette action sur son modèle. Si le résultat de la simulation n'est pas favorable ou n'est pas celui escompté, une autre action est entreprise, jusqu'à l'obtention d'un résultat conforme au projet conçu...
  En fait, tout commence à partir des stimulations sensorielles objectives, avec les perceptions reçues par les périphériques essentiels que sont la vue, l'ouïe, l'odorat, le toucher, le goût, l'équilibre, la douleur, le plaisir etc... Et il est vrai que nous avons de multiples capteurs spécialisés pour toute la périphérie du corps ainsi que pour... l'intérieur.
  Les constructions d'images mentales (de représentations) de la réalité se font donc à partir de tous ces percepts automatisés. C'est à partir de ce moment, juste après que les processus neuronaux associés à ceux de l'ensemble du système nerveux aient été activés qu'entre en jeu notre conscience, dans un instant très bref, et il ne reste au système qu'une seule ressource, celle de mémoriser tous les concepts consciemment élaborés à partir des percepts reçus.
  Dans l'exercice automatique de cette boucle de la conscience, il faut bien isoler les processus perceptifs des actions mentales comparatives visant à distinguer des ressemblances au sein de tout ce qui a été reçu. Il est également indispensable de repérer des attributs redondants afin de penser des inférences ou des hypothèses qui devront êtres vérifiées autant de fois qu'il le faudra. C'est alors, et seulement si la répétition des vérifications réitérées est satisfaisante, qu'on pourra en inférer un concept, avec une conclusion provisoire.
  La conscience que nous avons de notre environnement génère à son tour une conscience des pensées mémorisées qui parcourent notre esprit et, pour essayer de définir un peu ce concept étrange, on pourrait dire que la conscience, c'est un état mental actif, transitoire, que l'on peut exprimer par le langage oral, écrit, par le dessin, la musique, par des constructions physiques, mathématiques ou mécaniques.
  Être conscient, c'est comprendre la relation qui existe entre des phénomènes (extérieurs ou intérieurs) et ce que l'on en perçoit objectivement, tout en étant capables de les  énoncer et de les analyser. Il paraît donc évident que la conscience ne s'exerce, ne se manifeste que chez un être qui a déjà conscience de son existence propre ainsi que de sa position réflexive et existentielle unique.
  Toute conscience est ancrée dans un substrat de mémoire(s) et se projette vers un futur souhaité par le sujet conscient.

 Claire Sergent, chercheure de l'équipe de neuro-imagerie du CEA-INSERM dirigée par Stanislas Dehaene et soutenue par Jean-Pierre Changeux, souvent en collaboration avec Lionel Naccache vient de réaliser des expériences édifiantes sur le sujet de la conscience humaine. Claire affirme "Pour que des informations visuelles [.........] nous deviennent conscientes, un réseau cérébral spécifique doit être activé...
  À l'écran, on voit très bien que, du cortex visuel, l'activité cérébrale se transpose au cortex frontal, puis au préfrontal ainsi qu'au cingulaire antérieur..."
  Et ce, 436 milli secondes après la diffusion de l'objet qui suscitera la prise de conscience.
  Mais, ces aires de la conscience ne traitent qu'une seule tâche à la fois...
  Il existe donc bien chez l'homme un espace neuronal spécifique dédié au travail conscient.
  Tandis que de nombreuses stimulations (des bruits, des parfums, des formes ou des couleurs, des visages familiers, des mots entendus ou vus) sont traitées de manière automatisée et non-consciente dans différentes aires cérébrales, les zones de la conscience prennent en charge le traitement d'une information pour la rendre consciente et transmissible à d'autres membres de l'espèce.
  En outre, pendant cette brève période durant laquelle l'attention est indispensable, nous sommes conscients d'avoir effectué ce traitement et nous pouvons en mémoriser durablement les résultats.

La mémoire   prend en charge les percepts devenus conscients au même titre que les processus sollicités de manière automatique et non-consciente mais dans au moins cinq types de mémoires spécifiques :

Les cinq types de mémoires
(Cliquer sur ce lien qui rappelle les caractéristiques de ces mémoires)

   Il paraît néanmoins évident que la mémoire n'est pas une capacité inépuisable et infinie et qu'elle perd de sa pertinence au fur et à mesure que le temps s'écoule. Hermann Ebinghaus, un philosophe Allemand de la fin du XIXème siècle a étudié méthodiquement l'instauration et la déperdition de mémoire.

Portrait d'Hermann Ebbinghaus à livre ouvert (comme la mémoire...)


La courbe de perte de mémoire de 0 à 31 jours.


 La mémoire est une faculté éphémère. Il faut la réactiver en permanence afin qu'elle conserve son efficacité.
  Mais il reste que de nombreux acquis cognitifs ou événementiels seront oubliés faute d'être réactivés.

 
Le non-conscient, après une telle déperdition de mémoire devient l'essentiel de notre package mémoriel.
(75 % de pertes d'informations en un mois c'est vraiment très important !)

  En effet, il reste très peu de nos acquisitions cognitives au bout de 31 jours. Mais au bout de 31 mois et, mieux encore, au bout de 31 ans, il ne reste plus que des souvenirs de souvenirs sans cesse reconstruits.
  Alors, est-ce à dire qu'il ne reste rien ? Sans doute pas. Il reste des traces, des facilités à reconstruire un succédané de nos expériences passées. Cependant, d'aucuns ont voulu, dès la fin du XIXème siècle et surtout au début du XXème mettre en avant un inconscient tout puissant, sorte de chef d'orchestre du psychisme. En fait, tout ce qui est "non-conscient" est constitué de traces mnésiques imperceptibles et non accessibles à la conscience car la conscience ne peut traiter qu'une information-événement à la fois. Le non-conscient est essentiellement composé d'une réserve infinie d'automatismes salutaires (notamment toutes les acquisitions de la mémoire procédurale) qui font que nous conduisons une voiture, une bicyclette ou manipulons nos outils technologiques complexes sans y réfléchir. Les mécanismes sont du même ordre pour les autres types de mémoires et fort heureusement !
  Est-ce qu'on met toute la mémoire de nos ordinateurs sur le bureau, ou en mémoire vive ? C'est impossible !  La comparaison est satisfaisante au niveau de ces attributs. Là où on diffère sensiblement c'est que notre "unité centrale" est tenue de gérer à la fois la informations courantes fournies par nos différents capteurs et périphériques d'information sur le milieu extérieur que sont la vue, l'ouïe, l'odorat, le goût, le toucher associés à des kyrielles de capteurs internes qui renseignent l'unité centrale sur des centaines de paramètres, et, sommum des problèmes, c'est que nous, Homo sapiens, avons trois niveaux de cerveaux :
- le reptilien pour la survie basique.
- le paléomammalien pour de multiples fonctions vitales mais en particulier le système limbique (amygdale en tête) pour réceptionner les stimulations qui vont fabriquer des émotions aussi diverses que la peur, la satisfaction, la tristesse etc :
- le néomammalien (néocortex) comme chef d'orchestre et au final contrôleur de toutes ces informations parvenues à lui en quelques dizaines de millisecondes ; celui qui, en bon superviseur, prendra les décisions finales. (Libre-arbitre oblige...)


  Le psychisme, c'est qualitativement la gestion de tout cela.
Par Merlin - Publié dans : Mémétique appliquée
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Samedi 14 mai 2011 6 14 /05 /Mai /2011 10:57
Par Merlin le zététicien des Mèmes - Publié dans : Mémétique appliquée
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Samedi 14 mai 2011 6 14 /05 /Mai /2011 08:29

 

Les barricades Mystérieuses de François Couperin

(Cet article peut nous introduire dans le monde de Couperin...)


Mais pour se retrouver mieux dans le climat et dans l'époque, voici une page tout à fait indiquée :

Musique, Peinture, Poésie, Penser * 29 * François Couperin


Alors, quel est le mystère de ce fameux rondeau au "style brisé" qui a intrigué tant d'interprètes ?



Une interprétation assez sobre, fidèle, mais sans génie. Bon son de clavecin néanmoins.





Très beau clavecin de sonorités un peu graves. Interprétation vivace mais sans beaucoup d'âme...

 

Quatre parmi les plus belles interprétations que l'on ait pu entendre dans les 25 dernières années :


Blandine VERLET, Scott ROSS, Kenneth GILBERT & Trevor PINNOCK
(Ne faites pas attention à la photo de la jeune femme !)

 

Et puis, au milieu d'une dizaine de clavecinistes de très bon niveau, on trouve Elaine COMPARONE, une Américaine qui a décidé de jouer ce rondeau différemment :

" We are dealing with music that comes alive through an artist's interpretation. Who now living could possibly exactly how Couperin intended this piece to be played. His only indication_ is "vivement". Most of the interpretations I hear strike me as too fast or rushed. I like it to sound more mellow."

Ou encore

"As to the inégalité, I justify my choice with Couperin's own words:
...we write a thing differently from the way in which_ we execute it... For instance, we dot several consecutive quavers in diatonic succession, and yet we write them as equal... The passages where I use that effect fit his description and alternate with parts that imitate lute writing (stile brisé). To me, this approach enlivens the melody and maintains the inner pulse of the music."

Mais, le mieux est d'écouter...


Elaine COMPARONE : les baricades mistérieuses de François COUPERIN.


Ah, si. La partition ?


Hanneke van Proosdij  joue les barricades, sans mystères...

Par Merlin le zététicien des Mèmes - Publié dans : Mémétique appliquée
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Samedi 14 mai 2011 6 14 /05 /Mai /2011 01:24



« Écrire, c’est une façon de parler sans être interrompu... »
 (Jules Renard)

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   Depuis sans doute beaucoup plus de 50 000 ans, les hommes modernes se sont assis autour du feu, près de leurs abris comme les grottes ou, de place en place, au cours des périodes de chasse où ils poursuivaient le gibier.
   Leurs neurones miroirs s’activaient naturellement, à la lueur du feu de bois, lorsque l’un de leurs congénères effectuait un mouvement de la tête ou des mains pour signifier quelque chose, raconter la dernière chasse au mammouth, se levant au besoin pour mimer une séquence de la scène évoquée.

neurones miroirs
(Cliquer)

   Ces échanges ont permis de développer la cohésion des groupes, grâce à l’empathie générée au sein de ces communautés de destin. Le feu fut le lien nécessaire et le moyen de renforcer ce lien d’espèce. Les émotions vitales sucitées par le système limbique étaient là, très présentes dans ces premiers dialogues et le langage n’allait pas tarder à se développer considérablement.
   Certes, au départ, ce furent les "récits de vie" qui dominèrent autour du foyer du clan, mais très vite, on rendit ces séquences plus cérémoniales et pour tout dire plus rituelles. Le feu vénéré avait fait découvrir à ces premiers hommes le sens du sacré, une vraie religiosité.

Le temps des incantations et de la magie :

   Très tôt, ce sens de la convivialité, grâce à l’empathie permise par la mise en activité des neurones miroirs va mettre ces hommes en situation de s’exprimer individuellement, pour le groupe, et de développer des conduites rituelles autour du feu central. Les récits vont se multiplier : mimodrames d’abord, avec une gestuelle et une mise en scène adaptées, mais aussi bruitages, onomatopées signifiantes, cris et sonorités avec inflexions spécifiques de la voix. Les mélopées étaient nées et les premières incantations s’élevaient à proximité du campement. La magie de ces actes collectifs n’échappait à personne. Le caractère sacré de ces rites qui devinrent des danses, des cérémonies, puis des fêtes était indiscutable et mystérieux, et chacun s’en réjouissait au nom de l’esprit de clan qui prévalut très vite. L’empathie clanique fut donc le ciment social de ces Homo sapiens. On peut parler dès lors de pacte sacré avec les esprits et les puissances de la nature.
   Bien sûr, les plus habiles à danser et à psalmodier ces incantations pour la réussite de la tribu (à la chasse notamment) devinrent les chamanes, qui étaient infiniment respectés car ils intervenaient auprès des esprits pour la survie du groupe et l’appel de la chance. Ils cherchaient à conjurer le mauvais sort en communiquant directement avec les dieux. D'autres immortalisèrent certaines scènes de vie sur les parois de grottes sacrées.
Paul TRÉHIN fait à cet égard l'hypothèse que ces artistes du paléolithique étaient des autistes, protégés et très respectés par le clan.


Le temps de l’oralité primaire ou période privilégiée de la tradition orale :

   Très vite, des codes phonologiques vont s’organiser dans l’esprit de ces clans, toujours autour du feu. (J’en reparlerai d'abondance dans "l’édification du langage").
Les hommes de ces temps farouches vont développer une tradition orale qui va permettre pendant très longtemps, au cours de ces soirées au coin du feu, de raconter des histoires du passé, de transmettre les mythes hérités des souvenirs des anciens, de créer des espaces festifs avec distractions simples assorties de chants et de danses. Cette époque n’est pas encore complètement éteinte mais on peut dire que globalement elle a perdu tout son lustre et son éclat au milieu du XXè siècle en même temps que chez nous, on brûlait les derniers cierges flamboyants de la religion catholique (comme le démontre Marcel Gauchet dans son magistral essai "Le désenchantement du monde").

 


   C’est en fait très vite la télévision qui va remplacer cette convivialité fort ancienne des veillées au coin du feu.

Les débuts de l’écrit ; premiers alphabets  :

   Il est très probable que le cheminement vers une écriture alphabétique a commencé très tôt. L’envie de laisser des traces ou marques durables transparaît déjà - avec des encoches - dans la grotte de Niaux (- 13 000 ans), souci de représenter les jours (calendrier) ou les animaux tués à la chasse ? On n’en sait rien.

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Cerf de la grotte de Niaux
 Mais déjà, 3000 ans avant Jésus Christ, les hiéroglyphes égyptiens permettaient d’écrire des récits sur la pierre. Dès 2950 avant JC, chez les Sumériens, des pictogrammes servirent à exprimer des idées avant qu’une écriture cunéiforme ne s’immortalise sur des tablettes d’argile. À partir de 2340 avant JC, des scribes écrivaient en Akkadien et cette langue perdurera à Babylone…
   Mais au XIIème siècle avant JC, des marchands et navigateurs mirent au point un alphabet qui, cette fois avait toutes les caractéristiques d’un alphabet phonétique. Il s’agit de l’alphabet phénicien. Celui-ci fut à l’origine de l’alphabet grec, puis de notre alphabet latin mais aussi de l’alphabet araméen qui donna ceux de l’Hébreu et de l’Arabe…

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   Grâce à ces encodages de la parole, la mémoire des hommes était fixée une fois pour toutes sur un support et devenait indélébile et très difficile à falsifier. L'usage de l'écriture et des chiffres dans les affaires et le commerce (tenue de comptes, contrats etc…) en théologie (prosélytisme orienté vers la conversion), en poésie et en littérature aussi bien sûr commencèrent à se répandre de par le monde. Mais tout ceci restait réservé à une certaine élite car il ne s’agissait que de papyrus, tablettes, codex ou manuscrits uniques.
   Néanmoins, la capacité de communiquer et d’informer avait élargi la palette et le champ d’action du verbe humain. En outre, le type de pensée que mobilisait l’écrit devint sensiblement différent de celui de l’oralité première.

Apparition de l’écrit « industriel » :

   C’est seulement en 1440 que Gutemberg développa l’imprimerie en Europe, alors que cela faisait 13 siècles que les Chinois avaient mis au point ce procédé, après avoir inventé la fabrication du papier.
   Mais on peut dire que l’avènement de cette Galaxie Gutemberg a révolutionné la communication dans le monde entier et que cette capacité à dupliquer de l'information à l’infini a été génératrice de beaucoup de changements culturels.
   Les représentations de tous les lecteurs allaient devenir très sensiblement différentes de celles des auditeurs accrochés à l’oral.
   Vers la fin du XIXème siècle, en France, l’école gratuite et obligatoire de Jules Ferry va mettre cet outil de l’écrit à la disposition de tous, puisque chacun pourra désormais apprendre à lire et à écrire dans l’école de la République.
    C’est une révolution culturelle dans les faits.


La civilisation de l’image :

   Progressivement - même si l’image et le dessin ont toujours rempli un rôle important dans la communication entre les hommes (fresques pariétales, iconographie ancienne,  enluminures, gravure, photographie  etc…) - le rôle de l'image va s'amplifier à côté de l'écrit, mais c’est surtout après la deuxième guerre mondiale que la civilisation de l’image va exploser.
    La photo et le cinéma vont prendre leur vitesse de croisère et bientôt une étrange petite lucarne va s’installer assez vite dans tous les foyers de France, remplaçant le feu de cheminée central. Le réel est maintenant recréé au plus fidèle : image et son sont au rendez-vous et si le monde de Marconi (la TSF) était proche de l’oralité classique, celui des media cathodiques (pour l’instant) fournira momentanément l’illusion d’un idéal de vérité et de beauté à ses télespectateurs ébahis...
    Hélas, il faut bien dire que les prosélytismes de ceux qui se sont emparés de ce temple, la publicité et la duplicité auront vite raison de ce bel espoir d’une culture exigente offerte à tous. Aujourd’hui, à l’époque des écrans plasma plats, les programmes sont plats eux aussi : c’est devenu très souvent, trop souvent, une télé-daube dont les seuls soucis sont de promouvoir les talents 'des copains et des coquins'. Bref un népotisme commercial sans idéal digne de ce nom, même si on pourrait citer quelques émissions-exceptions.


(À suivre...)

Par Merlin - Publié dans : Histoire
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Samedi 14 mai 2011 6 14 /05 /Mai /2011 01:22

ENTRE 400 000 ANS ET 790 000 ANS AVANT NOUS.....


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La fascination du feu

   Tout à fait par hasard, plus 2 200 000 ans après les débuts de l'hominisation, des Homo Erectus vont s'approprier le feu, progressivement, mais de manière fort utile pour leurs communautés, au sein de chaque clan ou tribu.
   Le premier Erectus qui a eu l'idée de se servir du feu pour améliorer la vie quotidienne des siens est l'inventeur et le créateur du premier mème qui va devenir d'une importance considérable   pour la suite de l'aventure extraordinaire des hominidés.


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Le premier brandon naturel

   Cette torche magique va alimenter le foyer du groupe de cet Homo Erectus, leur permettant de
- faire cuire les aliments et notamment les viandes du produit de leur chasse
- s'éclairer les longues soirées d'hiver, à l'entrée des grottes qui leur servaient d'abri
- se réchauffer le corps lorsque des périodes trop rigoureuses décimaient les clans par suite notamment de pneumopathies impossibles à guérir
- durcir les pointes de leurs lances en bois
- se protéger de leurs différents prédateurs ou concurrents...
- se réunir autour d'un foyer qui sera par la suite générateur de toute société organisée et de toutes les civilisations...

   En effet, le plus important dans cette découverte fortuite va être l'élan nouveau vers de formidables changements dans les comportements individuels et sociaux de ces ancêtres de l'homme actuel.
  Bien entendu, depuis l'époque lointaine (3 à 4 millions d'années) des Australopithèques semblables d'assez près à Lucy, on peut imaginer que bien des attitudes ou pratiques régulières des individus dominants ont été imitées, quotidiennement. De nombreux mèmes pré-hominiens ont circulé au sein des groupes qui occupaient les contours de la Rift Valley.

   Susan Blackmore affirme dans une conférence - dont le contenu a été traduit par Pascal Jouxtel -  que les premiers mèmes qui se sont diffusés dans le microcosme pré-humain l'ont été par "les meilleurs à imiter".

   Certes, mais elle oublie de dire qu'ils ont été créés, inventés  et lancés sur le marché, par les meilleurs pour inventer et  se faire respecter de la tribu. Nous les appellerons encore les "dominants", pour la commodité de l'exposé. Sue Blackmore ajoute que ce sont les gènes qui leur ont communiqué cette habileté et qu'il en est résulté pour eux le caractère physique de posséder les plus gros cerveaux.
  Là encore on peut se demander si c'était les fins observateurs-déducteurs et inducteurs de nouvelles pratiques collectives qui possédaient ou développaient les plus grosses capacités cérébrales ou leurs imitateurs serviles ? Rien n'est moins sûr !

   Le développement vers de plus en plus gros cerveaux des lignées d'homo xxxx  serait le fruit du "labeur" permanent des mèmes des bons imitateurs ? Cela ne peut être en tout état de cause qu'une hypothèse. On peut penser aussi que le volume de l'encéphale s'est développé pour de toutes autres raisons, (mutations génétiques par exemple) et qu'il a autorisé parallèlement l'installation de mèmes nombreux et attractifs.

   Quant à affirmer que dès que chacun se mit à imiter, "les mèmes furent alors libérés et purent entrer en compétition", c'est encore une toute autre histoire : la saga de la libération des mèmes...

    Mais ce n'est là bien sûr que le fondement de la théorie orthodoxe actuelle de la mémétique : les mèmes sont en compétition darwinienne entre eux comme l'ont été depuis toujours les gènes.

  En fait, tout remonte vraiment à la nuit des temps. Le parcours de l'Homme est celui d'un être vivant - un système de systèmes intelligents - qui prend à son compte, de manière aiguë et opportuniste, ses potentialités génétiques. À cet éveil aléatoire et finalement très chanceux s'ajoute en effet une autre capacité de l'espèce à imiter ses leaders et à transmettre le message. Marcel Gauchet explique cet asservissement progressif de l'homme et la dépossession primitive radicale de l'individu au profit de l'ordre qui rassemble, en ces termes (p. 13 in "Le Désenchantement du Monde") :

   "Il est vrai qu'on a quelque peine à concilier l'idée d'un choix d'institution avec la régularité sans faille dans la radicalité qui paraît avoir présidé à son adoption. Partout, sous les latitudes les plus variées, et ce sans une seule exception, c'est, dans les vestiges de sociétés d'avant l'État que nous sommes à même d'observer la même double observation, aussi diverse en ses expressions que monotone en sa teneur dernière, d'une dépossession radicale des hommes quant à ce qui détermine leur existence et d'une permanence intangible de l'ordre qui les rassemble. Nous ne sommes pour rien dans ce qui est. Notre manière de vivre, nos règles, nos usages, ce que nous savons, c'est à d'autres que nous le devons, ce sont des êtres d'une autre nature que nous, des Ancêtres, des Héros, des Dieux, qui les ont établis ou instaurés. Nous ne faisons que les suivre, les imiter ou répéter ce qu'ils nous ont appris. Par essence, en d'autres termes, tout ce qui règle les travaux et les jours est reçu ; grandes obligations et menus gestes, toute l'armature dans laquelle se coule la pratique des présents-vivants procède d'un passé fondateur que le rite vient en permanence réactiver comme inépuisable source et réaffirmer dans son altérité sacrée. Pareille récurrence uniforme d'un dispositif par ailleurs aussi complet dans sa cohérence tend évidemment à accréditer l'intervention d'un déterminisme à la fois originel, universel et particulièrement implacable. Il faut qu'il y ait plus même qu'une puissante raison, une impérieuse obligation, est-on tenté de penser, pour qu'une attitude aussi systématique ait unaniment prévalu, sur des millénaires, par-dessus l'infinie fragmentation planétaire des cultures et des groupes. L'un des points sans doute où s'atteste le mieux l'unité de l'espèce humaine et de son histoire - et donc, est-il logique de le supposer, où doit s'avérer le plus clairement l'identité des facteurs susceptibles d'en façonner le cours.
   Au nombre de ceux-ci, on songe aussitôt bien sûr au très faible développement des ressources techniques, et, en général, des moyens de contrôle de la nature - la dépendance religieuse traduisant en représentation l'infériorité ressentie devant ces puissances infiniment autres que l'homme. À quoi les objections se ramènent toutes au fond à faire ressortir la forte autonomie relative de ce système d'attitudes et de pensée par rapport à son substrat matériel et son organisation systématique au regard des données de l'expérience. Constat historique, pour commencer : un changement aussi capital dans les moyens de production et de subsistance que la "révolution du néolithique", l'une des deux grandes transformations de la base matérielle des sociétés, a pu survenir sans du tout systématiquement entraîner de mutation culturelle et religieuse"... [......]
Par Merlin - Publié dans : Histoire
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