Le silence éternel de ces espaces infinis m'effraie.
Le libre arbitre des hommes consiste à choisir la femme qui décidera à leur place.
C’est le propre des censures violentes d’accréditer les opinions qu’elles attaquent.
(Voltaire)
Si tu ne mènes pas ton propre combat, on fera de toi le combattant d'une cause qui n'est pas la tienne.
MÉMÉTIQUE:Discipline nouvelle des sciences humaines qui observe et étudie par des approches pluridisciplinaires la manière dont les activités culturelles de l'Humanité sont
initiées, se développent, se reproduisent, se répliquent au sein des communautés d'Homo sapiens sapiens, dans le temps et dans l'espace... MÈME:Unité d'information contenue dans un cerveau *, échangeable au sein d'une société
donnée. Il s'agit d'un contenu culturel capable de se dupliquer, de se répliquer (idée, technique, comportement, habitude, tradition,
mode) en se recopiant d'un cerveau vers d'autres cerveaux, selon des processus évolutionnistes et grâce à des procédures variées : mimétisme dû aux neurones miroirs, paroles, écrits,
dessins, attitudes, etc... Tous les modes de broadcasting peuvent être utilisés entre le cerveau émetteur et les cerveaux récepteurs.
* Jean-Pierre CHANGEUX parle d'engramme neuronal dès 1983.
(Les mots mémétique et mème juste au-dessus
sont cliquables et ils apportent de précieuses informations...)
Il existe sur les bords de la mer, entre Coutances et Lessay, un château nommé Pirou, dont l'origine se perd dans la nuit des temps. Maintenant au milieu d'une plaine aride, nue, exposée au vent de la mer, jadis il était entouré de hautes forêts. C'est un fait dont M. de Gerville a trouvé la preuve dans les anciens titres dans la Châtellenie. La cause probable du changement dans la nature du terrain est le rapprochement de la mer qui incontestablement, depuis un temps immémorial, dévore par degré les rivages de la presqu'île du Cotentin, et dont les vents, comme il est notoire sont si funestes à la croissance des arbres. Quoiqu'il en soit, voici ce qu'un auteur du siècle de Louis XIV, connu sous le nom de Vigneul-Marville, et le savant Bullet, dans son Dictionnaire Celtique, nous racontent qui arrivait de leur temps au château de Pirou, fait singulier que le premier déclare tenir du seigneur de ce château même.
Au printemps de chaque année, une grande quantité d'oies sauvages, venant des marécages voisins, s'abattaient dans les cours et les fossés du château pour y faire leurs petits. Les habitants avaient soin de préparer à ses hôtes des nids commodes avec de la paille. Pendant leur séjour, ces volatiles parcouraient avec la plus grande familiarité le château et les jardins. Quand les petits étaient assez forts pour voler, toute la colonie disparaissait en une nuit sans qu'on s'en aperçut, et c'était pour jusqu'à l'année suivante. Voilà ce que nous trouvons attesté comme une chose constante et vérifiée. Maintenant voici, d'après les mêmes auteurs, l'histoire merveilleuse bâtie sur ce fondement et qu'avait conservée une tradition locale d'une ancienneté indéfinie. Lorsque les Normands, nos ancêtres, sous la conduite du brave Rollon, faisait la conquête de la Neustrie qui leur fut concédée plus tard par le Roi de France, il se trouva un château qui, le dernier de tous, résista à leurs efforts ; c'était le château de Pirou, bâti par la puissance des fées, et d'une telle force que les Normands désespéraient de s'en emparer autrement que par la famine. Ce fléau ne tarda pas effectivement à tourmenter la garnison. Les Normands jurèrent que, dussent-ils y périr, ils ne partiraient pas de là que cette redoutable forteresse ne fut prise.
Un matin, ils sont surpris de ne plus entendre aucun bruit dans l'intérieur du château ; pas un homme n'apparaît ni sur les remparts, ni sur les tours, ni aux croisées. Ils ne doutent pas d'abord que ce soit un piège, et se gardent bien de monter à l'assaut. Plusieurs jours s'écoulent et toujours même silence. Et enfin, ils se décident à escalader les murs qui étaient d'une prodigieuse hauteur, et ils entrent dans la place. Ils n'y trouvent pas une âme ; je me trompe, il y avait un vieillard couché malade à l'infirmerie, qui n'avait pu suivre les autres, et qui raconta aux Normands comment la garnison s'était enfuie miraculeusement...
Le château de Pirou
La magie était cultivée de père en fils, par les seigneurs du château, qui en conservaient les livres très précieux. Quand les assiégés avaient vu qu'ils manquaient de vivres, et qu'ils seraient bientôt forcés de se rendre, ils s'étaient transformés en oies sauvages et envolés par dessus les remparts. Les Normands se rappelèrent alors qu'effectivement la veille du jour où un silence général avait commencé à régner dans le château, ils avaient vu plusieurs volées d'oies s'élever au dessus des toits, puis allaient s'enfoncer et disparaître dans les forêts et les marécages voisins. Mais on ne songe jamais à tout, quoiqu'on soit magicien. La métamorphose avait été très bien opérée, mais on n'avait pas prévu comment, une fois hors du danger, on reprendrait la figure humaine. Plus de livres alors, plus de moyens même d'articuler une parole. Force fut donc aux malheureux de rester, sous leur nouvelle forme, habitants des marais. Quand les Normands eurent embrassé la religion chrétienne, tous les livres magiques du château furent brûlés ; par conséquent moins d'espérance que jamais pour les malheureuses victimes de la métamorphose. Seulement, chaque année, cette race infortunée de volatiles revient visiter son ancienne patrie.
Tel est le récit que, de génération en génération, on répétait dans le manoir féodal de Pirou. Si l'histoire doit être une image des siècles passées, les fables merveilleuses qui ont obtenu crédit rentrent dans ce domaine et peignent souvent mieux les hommes qu'une froide et sèche énumération de noms propres et de généalogies.
J. COUPPEY - in Annuaire du Département de la Manche (1835)
Certains destins tragiques commencent parfois comme des contes de fées... Certains lecteurs seront peut-être touchés...
Paul, Amédée, Bienaimé était un "poussin de haie". Né en 1904, il n'avait donc jamais connu son père et Rosine, sa pauvre mère n'avait que dix sept ans lorsqu'il vint au monde. Très vite, on s'aperçut qu'il avait une jambe plus courte que l'autre et ce handicap ne s'estompa jamais. Il apprit à marcher en boitant et fut vite affublé du surnom de "Bancroche" par ses petits copains, charitables ici comme partout ailleurs. Paul avait un visage d'ange, des cheveux blonds bouclés et des yeux bleus, d'un bleu si pur qu'on aurait cru voir l'entrée du Paradis… Pendant que Rosine allait à sa journée pour gagner le pain quotidien, sa grand-mère Édélie faisait l'éducation de Paulo. Oh, bien sûr, il allait à l'école, au village de Doville, mais elle lui apprenait ses secrets, ses remèdes de bonne fâme, les vertus des plantes ainsi que des pratiques d'Étenclin désavouées, condamnées mais tenaces. Édélie avait encore la réputation d'une 'guérisseuse'. On n'avait plus le droit de dire le mot "sorcière"…depuis le procès de 1668 qui avait tant défrayé la chronique… Dès qu'il eut atteint ses dix huit ans, Paul fut très vite connu et reconnu pour son savoir-faire et ses dons à soigner le mal. Il devint rebouteux, guérisseur, magnétiseur. Sa réputation se répandit vite bien au-delà du canton. Mais, à partir de 1939, du fait de la guerre, son succès devint un triomphe !
Bien sûr, il n'avait pas été mobilisé à cause de son infirmité, mais les patientes étaient nombreuses à venir le consulter pour un zona, une conjonctivite, des maux de tête persistants ou bien sûr une luxation, une entorse ou même une fracture.
Les douleurs abdominales étaient - avec les rhumatismes - sa spécialité. Les gens disaient que Paul avait le don de toucher & guérir… À la fin de la guerre, un riche parisien, qui avait fait fortune dans la vente des armes, racheta l'abbaye de Blanchelande. Il fit procéder à des travaux car les lieux avaient été occupés sans ménagements par les troupes allemandes. Lors du nettoyage de l'étang, on retrouva treize cadavres d'enfants très jeunes, de nouveau-nés… L'affaire fit grand bruit dans toute la région ! Mais Paul, pendant ce temps, avait toujours autant de succès. On venait à présent le voir de très loin. De petits autocars et de nombreux taxis amenaient des clients à son officine. Le bouche à oreille fonctionnait à merveille. Un jour, la fille du député du coin vint consulter le rebouteux pour une méchante entorse qui la faisait souffrir cruellement. Paulo réduisit le dommage, la toucha et lui concocta un traitement naturel à base de plantes qu'il cueillait lui-même dans les collines et dans les marais. Hélas, le cas de la jeune fille s'aggrava sérieusement. Il fallut l'hospitaliser d'urgence. Les radios et tous les examens révélèrent qu'elle avait de multiples micro-fractures et des lésions épouvantables. Le sous-préfet fut informé. Le Procureur de la République se dérangea et une enquête révéla que la gamine n'était pas la première victime du "rebouteux peu scrupuleux". Des dizaines de patients étaient restés infirmes, estropiés, invalides à la suite des manipulations effectuées par Paul. Les langues se délièrent...
Une femme de quarante cinq ans finit par révéler que, pendant la guerre, elle avait été "touchée" par le guérisseur pour des maux de ventre et… qu'elle s'était retrouvée grosse quelques mois plus tard. Son mari, prisonnier de guerre en Poméranie... ... n'en avait rien su bien entendu ! Mais le fruit de ces soins attentifs avait été jeté dans l'étang de Blanchelande. Elle n'était pas la seule… Beaucoup de gens se mirent à parler, à jaser, à médire puis à calomnier peut-être. On en vint à découvrir ainsi que le père de Paul Amédée n'était autre que le curé de Varenguebec. On apprit que les douze autres mères infanticides étaient alors des jeunes filles de quatorze à dix sept ans. Bien d'autres manipulations et turpitudes du rebouteux se révélèrent jour après jour. On s'aperçut surtout qu'il était devenu immensément riche. Ce jour de janvier 1953, les gendarmes vinrent le chercher chez lui. Ils trouvèrent des quantités fabuleuses de billets de banque plus ou moins récents, mais de valeur nominale variée (les tarifs avaient augmenté sensiblement…) À la suite d'une enquête fort longue et fort pénible, le jugement de la cour d'assises fut prononcé : une peine de 30 ans. À sa sortie de prison, à l'automne 1983, il n'y avait personne pour l'accueillir. Sa grand-mère était décédée depuis longtemps et Rosine, après avoir essayé vainement par deux fois de se suicider, était morte de honte et de chagrin. Paul se retrouva seul à Doville…Le curé de Varenguebec avait été interné à l'hôpital psychiatrique de Pont l'Abbé. Il était mort lui aussi, deux ans après l'incarcération de Paul. Le lendemain de sa libération, c'est Jean-Luc qui l'a découvert dans son jardin. Il se balançait…
Mélancobucolique
Odeur de foin fraîchement coupé, de terre labourée, de rosée sur l'humus...
Dans nos campagnes même le silence a une odeur. Si, je vous l'assure, une odeur de solitude...
Paul se balance d’avant en arrière. Un oiseau siffle au-dessus de sa tête, mais la brise d’ouest se lève et le bruissement du vent dans les feuilles du vieux chêne le surprend. Le passereau apeuré s’envole jusqu’à la haie de buis entourant le puits et se faufile gracieusement à travers les épines des buissons pour se poser sur la margelle en pierre. Un chien aboie dans le lointain, il est certainement en train de courir derrière le renard qui rôde près du village depuis plus d’une huitaine, demandez aux poules, elles vous en parleront.
Paul se balance d’arrière en avant. Le petit village est calme, presque trop. C’est à peine si l’on perçoit le murmure des quelques postes de télévision encore allumés. Le ronronnement d’une automobile se perd derrière la colline tandis que le chien s’est fait plus silencieux, il est fort probable que monsieur Goupil se soit montré encore une fois bien plus malin que lui. Le vent tombe, laissant la place à un silence pesant rompu de temps à autre par l’appel désespéré d’un grillon bien solitaire.
Paul se balance d’avant en arrière. Le gémissement d’une vache prête à vêler s’élève de la ferme. Des volets s’ouvrent, des portes claquent et des pas précipités se dirigent vers l’étable. Dans peu de temps arrivera la fourgonnette du Marcel, vétérinaire dans le bourg voisin, et c’est une nouvelle vie qui verra le jour dans le sang et la souffrance.
Mais Paul s’en fout, il se balance d’arrière en avant, et la corde grince dans la nuit. Jean-Luc Renouil (La Réunion)
Toujours dans la série « comment les mèmes de la musique se répliquent » et avec quelles qualités de variations dans le ressenti et dans la manière d’exécuter le code, voici quatre interprétations de Leyenda de Asturias composé par Isaac ALBENIZ, le grand-père de Cécilia SARKOZY.
Oliver ALDORT n'a que 13 ans mais il a tout d'un grand !
C'est extraordinairement difficile d'essayer de se représenter comment les oeuvres musicales se transmettent d'une génération à une autre et comment ces méméplexes qui nécessitent un très haut niveau technique pour se répliquer d'une salle de concert à une autre se perpétuent parfois durant des siècles sans mutations majeures...
On peut représenter des ensembles complexes de mèmes de cet ordre avec un système de cartographie sémantique, comme le fait très bien Christophe TRICOT qui a soutenu brillamment une thèse de doctorat en informatique sur ce sujet :
MARCEL GAUCHET FAIT LE POINT SUR LA SITUATION POLITIQUE DE LA FRANCE AU DÉBUT DE L'ANNÉE 2007
Première séquence vidéo :
Gauchet développe non sans humour les événements que la tournure sociale actuelle génèrent comme les sans abri du Canal Saint Martin porté avec compassion par les Don Quichotte saltimbanques médiatiques, le film "Indigène" qui fait prendre des décisions politiques et tout cet environnement qui fait que les médias de divertissement prennent en réalité les affaires en mains dans un marasme français général. Arrivent les deux principaux protagonistes des élections présidentielles pour lesquels Gauchet donne quelques petites clefs de lecture de leur position qui sont assez savoureuses...
Deuxième séquence :
Finalement, le but serait de réconcilier les Français avec la politique, mais la "démocratie participative" n'est pas une méthode de la conduite politique valide, juste un symbole. Il faut se souvenir que la poiltique, c'est la rhétorique et qu'il y aura des choix à faire. Il ne peut s'agir que d'une clarification des données. En effet, les Français en sont très demandeurs car en 2002 ils ont été frustrés d'une véritable élection et la dernière échéance remonte à cet égard à 1995. La voie de l'image en fait plus que les discours est devenue le seul langage politique qu'entendent les électeurs. Cependant, pour un président de la République il y a nécessité de gouverner au centre, comme l'a fait Jacques Chirac, même peut-on dire au centre gauche...
eune
tchaire
a chair
eune fourque a fork
eune
boutèle
a bottle
man pouore quenâle my poor child
contrée
country
eune
couette
a kilt
des paires (poires) pears
compost (compôt = mélange) compost (engrais)
eun
vimblet
a wimble (une tarière)
hardi (bien portant, vigoureux) hardy (robuste, vigoureux)
des ribans (rubans) ribbon
caôdron (chaudron) caldron
eun flée
(fléau)
flail
terrine
tureen (vase)
pinte
pint
tuile de
gerbes
to twill (croiser)
détourber
disturb (to disturb)
eun
cat
a cat
le viquet (pron vitchet) wicket (guichet)
un cheval bruche
to brush (brosser, frotter)
eun picot (dindon) a
pea cock (paon car il fait aussi la roue)
eune ch'rise
cherry (cerise)
eune pouque
eune
poutchette
pocket
Leyenda de Asturias
Vous pouvez l'écouter ou l'arrêter à votre guise. C'est encore un exemple d'un bien joli langage (un autre !) qui plaira je l'espère à Miguel de la medicina y las setas...
« Écrire, c’est une façon de parler sans être interrompu... » (Jules Renard)
Depuis
sans doute beaucoup plus de 50 000 ans, les hommes modernes se sont assis autour du feu, près de leurs abris comme les grottes ou, de place en place, au cours des périodes de chasse où ils
poursuivaient le gibier. Leurs neurones miroirs s’activaient naturellement, à la lueur du feu de bois, lorsque l’un de leurs
congénères effectuait un mouvement de la tête ou des mains pour signifier quelque chose, raconter la dernière chasse au mammouth, se levant au besoin pour mimer une séquence de la scène
évoquée.
Ces échanges ont permis de développer la
cohésion des groupes, grâce à l’empathie générée au sein de ces communautés de destin. Le feu fut le lien nécessaire et le moyen de renforcer ce lien d’espèce. Les émotions vitales sucitées par
le système limbique étaient là, très présentes dans ces premiers dialogues et le langage n’allait pas tarder à se développer considérablement. Certes, au départ, ce furent les "récits de vie" qui dominèrent autour du foyer du clan, mais très vite,
on rendit ces séquences plus cérémoniales et pour tout dire plus rituelles. Le feu vénéré avait fait découvrir à ces premiers hommes le sens du sacré, une vraie religiosité.
Le temps des incantations et de la magie :
Très tôt, ce sens de la convivialité, grâce à l’empathie permise par la mise en activité des neurones
miroirs va mettre ces hommes en situation de s’exprimer individuellement, pour le groupe, et de développer des conduites rituelles autour du feu central. Les récits vont se multiplier :
mimodrames d’abord, avec une gestuelle et une mise en scène adaptées, mais aussi bruitages, onomatopées signifiantes, cris et sonorités avec inflexions spécifiques de la voix. Les mélopées
étaient nées et les premières incantations s’élevaient à proximité du campement. La magie de ces actes collectifs n’échappait à personne. Le caractère sacré de ces rites qui devinrent des danses,
des cérémonies, puis des fêtes était indiscutable et mystérieux, et chacun s’en réjouissait au nom de l’esprit de clan qui prévalut très vite. L’empathie clanique fut donc le ciment social de ces
Homo sapiens. On peut parler dès lors de pacte sacré avec les esprits et les puissances de la nature. Bien sûr, les plus habiles à danser et à psalmodier ces incantations pour la réussite de la tribu (à la
chasse notamment) devinrent les chamanes, qui étaient infiniment respectés car ils intervenaient auprès des esprits pour la survie du groupe et l’appel de la chance. Ils cherchaient à conjurer le
mauvais sort en communiquant directement avec les dieux. D'autres immortalisèrent certaines scènes de vie sur les parois de grottes sacrées.
Paul TRÉHIN fait à cet égard l'hypothèse que ces artistes du paléolithique étaient des autistes, protégés et très respectés par le clan.
Le temps de l’oralité primaire ou période privilégiée de la tradition orale :
Très vite, des codes phonologiques vont s’organiser dans l’esprit de ces clans, toujours autour du feu.
(J’en reparlerai d'abondance dans "l’édification du langage").
Les hommes de ces temps farouches vont développer une tradition orale qui va permettre pendant très longtemps, au cours de ces soirées au coin du feu, de raconter des histoires du passé, de
transmettre les mythes hérités des souvenirs des anciens, de créer des espaces festifs avec distractions simples assorties de chants et de danses. Cette époque n’est pas encore complètement
éteinte mais on peut dire que globalement elle a perdu tout son lustre et son éclat au milieu du XXè siècle en même temps que chez nous, on brûlait les derniers cierges flamboyants de la religion
catholique (comme le démontre Marcel Gauchet dans son magistral essai "Le désenchantement du
monde").
C’est en fait très vite la télévision qui va remplacer cette
convivialité fort ancienne des veillées au coin du feu.
Les débuts de l’écrit ; premiers alphabets :
Il est très probable que le cheminement vers une écriture alphabétique a commencé très tôt. L’envie de
laisser des traces ou marques durables transparaît déjà - avec des encoches - dans la grotte de Niaux (- 13 000 ans), souci de représenter les jours (calendrier) ou les animaux tués à la chasse ?
On n’en sait rien.
Cerf de la grotte de Niaux
Mais déjà, 3000 ans avant Jésus Christ, les
hiéroglyphes égyptiens permettaient d’écrire des récits sur la pierre. Dès 2950 avant JC, chez les Sumériens, des pictogrammes servirent à exprimer des idées avant qu’une écriture cunéiforme ne
s’immortalise sur des tablettes d’argile. À partir de 2340 avant JC, des scribes écrivaient en Akkadien et cette langue perdurera à Babylone… Mais au XIIème siècle avant JC, des marchands et navigateurs mirent au point un alphabet qui, cette fois
avait toutes les caractéristiques d’un alphabet phonétique. Il s’agit de l’alphabet phénicien. Celui-ci fut à l’origine de l’alphabet grec, puis de notre alphabet latin mais aussi de l’alphabet
araméen qui donna ceux de l’Hébreu et de l’Arabe…
Grâce à ces encodages de la
parole, la mémoire des hommes était fixée une fois pour toutes sur un support et devenait indélébile et très difficile à falsifier. L'usage de l'écriture et des chiffres dans les affaires et le
commerce (tenue de comptes, contrats etc…) en théologie (prosélytisme orienté vers la conversion), en poésie et en littérature aussi bien sûr commencèrent à se répandre de par le monde. Mais tout
ceci restait réservé à une certaine élite car il ne s’agissait que de papyrus, tablettes, codex ou manuscrits uniques. Néanmoins, la capacité de communiquer et d’informer avait élargi la palette et le champ d’action du verbe
humain. En outre, le type de pensée que mobilisait l’écrit devint sensiblement différent de celui de l’oralité première.
Apparition de l’écrit « industriel » :
C’est seulement en 1440 que Gutemberg développa l’imprimerie en Europe, alors que cela faisait 13 siècles
que les Chinois avaient mis au point ce procédé, après avoir inventé la fabrication du papier. Mais on peut dire que l’avènement de cette Galaxie Gutemberg a révolutionné la communication dans le
monde entier et que cette capacité à dupliquer de l'information à l’infini a été génératrice de beaucoup de changements culturels. Les représentations de tous les lecteurs allaient devenir très sensiblement différentes de celles des
auditeurs accrochés à l’oral. Vers la fin du XIXème siècle, en France, l’école gratuite et obligatoire de Jules Ferry va mettre cet
outil de l’écrit à la disposition de tous, puisque chacun pourra désormais apprendre à lire et à écrire dans l’école de la République.
C’est une révolution culturelle dans les faits.
La civilisation de l’image :
Progressivement - même si l’image et le dessin ont toujours rempli un rôle important
dans la communication entre les hommes (fresques pariétales, iconographie ancienne, enluminures, gravure, photographie etc…) - le rôle de l'image va s'amplifier à côté de l'écrit,
mais c’est surtout après la deuxième guerre mondiale que la civilisation de l’image va exploser.
La photo et le cinéma vont prendre leur vitesse de croisère et bientôt une étrange petite lucarne va s’installer assez vite dans tous les foyers de France, remplaçant le feu de
cheminée central. Le réel est maintenant recréé au plus fidèle : image et son sont au rendez-vous et si le monde de Marconi (la TSF) était proche de l’oralité classique, celui des media
cathodiques (pour l’instant) fournira momentanément l’illusion d’un idéal de vérité et de beauté à ses télespectateurs ébahis...
Hélas, il faut bien dire que les prosélytismes de ceux qui se sont emparés de ce temple, la publicité et la duplicité auront vite raison de ce bel espoir d’une culture exigente
offerte à tous. Aujourd’hui, à l’époque des écrans plasma plats, les programmes sont plats eux aussi : c’est devenu très souvent, trop souvent, une télé-daube dont les seuls soucis sont de
promouvoir les talents 'des copains et des coquins'. Bref un népotisme commercial sans idéal digne de ce nom, même si on pourrait citer quelques émissions-exceptions.
5 comment taire..