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La quête du feu dans les premiers incendies de
broussailles
Ce sont les premiers incendies de broussailles qui vont inciter des individus audacieux
à "capturer" le feu et c'est assurément la maîtrise progressive du feu qui a déclenché la première révolution dans les processus d'hominisation. Entre - 790 000 ans et - 400 000 ans, les
peuples hominidés vont s'approprier le feu sous des formes différentes. Ces mammifères devenus bipèdes ont fait petit à petit la découverte du feu et de ses multiples utilités pour le groupe au
sein duquel ils vivaient.
Tout d'abord, à la suite d'orages ou d'éruptions volcaniques générant des incendies ici et là, les Erectus ont constaté, par hasard, que les viandes des gibiers grillés, cuites par
le feu avaient une autre saveur que la viande crue. Ils se sont essayés à reproduire cette cuisson en alimentant le premier "feu de
camp". La première chose qu'ils surent faire bien sûr était de l'alimenter, de l'entretenir et ces actes si importants pour le clan devinrent vite des sujets de disputes et de
pouvoir.
Il y eut rapidement sacralisation du feu...
On peut dire que la conservation et la pérénisation de cet
allié sacré a été à n'en pas douter l'un des premiers fondamentaux sociaux de ces hominidés. C'est en quelque sorte la forme archétypale du mythe de Prométhée : Erectus subtilise le feu
aux puissances qui le produisent mais en même temps c'est un grand pas vers la connaissance car de cet acte fondateur vont découler quantités de découvertes technologiques qui auront une
importance capitale dans toutes les civilisations humaines.
À partir du moment où le feu a été un tant soit peu maîtrisé par ces primates évolués, un mème puissant s'est aussitôt
développé et répliqué à loisir tant il avait de l'importance pour tous : "développer chez tous les congénères et dupliquer sans discontinuer le respect de cet allié puissant, indispensable qu'était devenu le feu, élément sacré du
foyer tribal primitif."
Bien des pouvoirs se sont alors assis, constitués, obtenus autour de ce feu, devenu indispensable à la survie de
tous...
Par Merlin
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Beaucoup plus tard, Homo néanderthalensis puis Homo sapiens vont apprendre à produire eux-mêmes le feu. Plusieurs
techniques concurrentes mais également complémentaires seront utilisées et elles doivent autant au hasard qu'à la pure inventivité des ces hommes qu'ils sont devenus à part
entière.
Ce sont d'autres mèmes et de nouveaux pouvoirs qui se sont alors mis en place car les individus les plus aptes à
produire à volonté le feu et non plus à le conserver dans un foyer au service du clan sont devenus les chefs de tribus d'autant qu'ils étaient indispensables au cours des parties de chasse
qu'ils organisaient. L'art de savoir reproduire le feu permettait aussi de continuer à être des nomades audacieux sans le risque de manquer de cet élément réchauffant, réconfortant, cuisant
les viandes et effrayant les animaux prédateurs.
Ce savoir-faire,
le mème de la maîtrise du feu est devenu un pouvoir au sein des différents clans. Ceux
qui l'avaient assimilé ne distribuaient leur compétence que très parcimonieusement. De tels mèmes sacrés ne se transmettaient que de père en fils ou au sein de la famille très proche (frères,
oncles etc...)
Les premiers "sorciers" se sont auto-proclamés ainsi, puis le chamanisme et le recours aux esprits divers sont apparus, donnant tous les pouvoirs à
des chamanes de plus en plus inspirés. Ce fut le début des micro-sociétés hiérarchisées sur la base de pouvoirs plus ou moins occultes conférés par des savoir-faire utiles et assez
exceptionnels. Le cadre des entrées des cavernes et des cavités plus profondes fut le décor idéal pour ces ébauches d'institutions dans lesquelles dominaient au départ la pensée magique et le
désir d'avoir un effet sur les événements à venir. Les premières peintures rupestres datent de cette époque.
Là encore, comme le signalait Marcel Gauchet, on ne peut être que frappés par l'universalité du phénomène 'chamane' qui s'est développé partout dans le monde, là où Homo sapiens a trouvé refuge.
Dans ces conditions initiales on peut poser la question qu'est-ce donc qu'un mème
?
Ne serait-ce pas un élément de connaissance (savoir, savoir-faire ou savoir être) que l'on accepte de transmettre à ses semblables,
sous certaines conditions ?
- Une
première catégorie de mèmes semble contenir avant tout des mèmes utilitaires, bénéfiques aux membres du clan. Néanmoins, les leaders, les individus dominants se les
approprient afin d'en retirer un pouvoir. Ils y associent les esprits dont ils affirment qu'ils communiquent avec eux au nom de tous les autres. Ils affirment qu'ils sont le lien sacré entre
les esprits et leurs congénères.
-
D'autres mèmes plus banals se transmettent par imitation simple. On observe un geste de l'autre et on le reproduit par simple effet de mimétisme. On écoute les sons produits par son voisin et
on les imite d'abord par jeu, mais tout cela finit par faire sens. Au départ, l'essentiel de la communication inter-groupe est de type non-verbal à peu près à 100 % puis progressivement des
sonorités répétées codant pour du sens voient le jour pour atteindre aujourd'hui 45 % de notre communication. Il nous reste encore 55 % d'éléments signifiants faits de communication
non-verbale, ce qui n'est pas rien ! Tous les langages sont nés ainsi.
Débuts des premières industries humaines et débuts du langage
Par Merlin
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Les Industries du Paléolithique
Les premiers outils en pierre taillée datent de 2 700 000 ans environ, mais cette époque
préhistorique appelée paléolithique va durer jusqu'à une période assez proche de nous, 6000 à 8000 ans environ avant JC.
Parallèlement à ces créations d'outils et également d'armes pour la chasse et les conflits naissants entre tribus voisines, l'homme va développer, il y
a environ 5 dizaines de milliers d'années, (sans doute autour du feu où il fabrique tous ces outils qu'il invente) une capacité extraordinaire à se projeter dans le futur, à imaginer et à créer
des nouveautés technologiques de plus en plus sophistiquées.
(Conférence par Mark Turner au Collège de France)
À ce point d'humanisation - relativement récent si l'on rapporte cette période aux 3 millions d'années qui nous
séparent des premiers Australopithèques graciles comme Lucy (1/60è) - on peut se poser la question de savoir si les mèmes créés par ces Homo sapiens sapiens se sont mis à "voler de leurs
propres ailes" en se répliquant à qui mieux mieux, au même titre que les gènes...
Rien n'est moins sûr !
Le développement de ces industries, de toutes ces technologies premières, autour du feu, n'a pas toujours permis que chaque pattern nouveau soit
divulgué dans le domaine public car très vite, au sein des clans, il s'est formé des corporations qui ont transmis leurs savoir-faire, leurs connaissances et de multiples petits secrets de
fabrication, moyennant d'autres avantages. Les éléments minima d'information ne se sont pas transmis aussi vite ni aussi largement que semble le prétendre Susan Blackmore lorsqu'elle affirme que
les capacités cérébrales de l'homme se seraient progressivement accrues en même temps que le volume du cerveau sous la "poussée mémétique" qui aurait incité les gènes à répondre en améliorant
l'imitation sélective.
"Si cette évolution mémétique va trop loin, les gènes
répondront avec des améliorations dans l'imitation sélective, mais leur réponse sera toujours subséquente à la compétition mémétique. De cette façon, les mèmes tiennent toujours les rênes. Ceci
est le processus que j'ai nommé "poussée mémétique" : les mèmes sont en concurrence entre eux et évoluent dans une direction. Les gènes répondent ensuite en améliorant l'imitation sélective. Ceci
conduit à accroître les capacités cérébrales et le volume du cerveau." (Susan Blackmore)
EEt si c'était juste l'effet
d'une mutation aléatoire réalisée en quelques dizaines de milliers d'années qui avait entraîné cette augmentation de la structure et du volume cérébral, notamment du néocortex frontal
?
Ces individus, mieux dotés en créativité et en imagination se seraient
davantage reproduits et la sélection génétique darwinnienne aurait procédé naturellement à l'élimination progressive des moins bien pourvus, comme elle l'a fait inexorablement avec Homo
néanderthalensis qui a été rayé de la carte. Les mèmes ont été davantage un moyen de développer le langage et les techniques qu'une source de modifications physiques de la physiologie du cerveau
ou d'autres systèmes propres à la nature biologique de l'homme. Les mèmes ne changent que les modalités culturelles, pas la nature biologique profonde d'Homo sapiens.
Pour ne prendre qu'un seul
exemple, ce ne sont pas les mèmes, ni la pression mémétique qui ont permis de constituer les aires du langage telles que l'aire de Broca et celle de Wernicke chez l'homme ou alors il faudrait
m'expliquer aussi que dans le questionnement classique de "l'oeuf ou la poule ?" c'est le caquètement de cette volaille qui a permis de générer les poussins par suite de poussée
mémétique...
Par Merlin
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Une évolution mémétique, ou opportuniste ?
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Le premier mème important pour l'humanité naissante a été celui qui lui a fait saisir
l'importance du feu, de sa maîtrise et de la transmission de ce savoir-faire pour le devenir de l'espèce. Homo sapiens sapiens est alors devenu indiscutablement le mammifère le plus "maître
de l'environnement" qu'on ait jamais connu, grâce à cette découverte entretenue et développée des millions de fois.
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Après toutes ces périgrinations, de nombreux mèmes se sont transmis au sein des
groupes constitués selon des règles universelles qui obéissent grosso modo à celles de la communication :
- Les mèmes ont été inventés, générés, créés par des individus plus imaginatifs que la moyenne.
- Ces mèmes se sont dupliqués avec un bonheur inégal en sautant de cerveau en cerveau, utilisant les réseaux relationnels du microcosme dans
lequel ils avaient voix au chapitre.
- Ces unités d'information ont été parfois, souvent, reprises sous forme prosélyte à des fins intéressées. Des diffuseurs volontaires ou
contraints les ont répandus ici et là.
- Ces mèmes ont été reçus, acceptés puis hébergés par des hôtes récepteurs dont on peut dire que l'état neuronal était satisafaisant pour recevoir
ce type d'unité d'information (formatage ou climat social).
Le plus étonnant dans le succès de certains mèmes est la facilité avec laquelle ils s'implantent dans les substrats neuronaux de
leurs hôtes.
Quels sont alors les phénomènes chimico-hormonaux qui font que certains mèmes ont un succès phénomal par rapport à d'autres ? On a vraiment
l'impression qu'il y a comme "un air du temps", une atmosphère de réceptivité inexplicable et indicible.
J'ai le souvenir, à la fin des années 70, peu de temps avant les fêtes de Noël
d'une grand-mère qui, dans un grand magasin de jouets, voulait acheter à l'un de ses petits enfants une mini-console électronique genre "Donkey-Kong". La vendeuse ne parvenait pas à lui expliquer
le fonctionnement du jeu. Mon fils cadet - qui n'avait pas dix ans - était juste à côté, car il lorgnait lui aussi cette console... Il lui dit : "Madame, je veux bien vous expliquer si vous
voulez." Ce qu'il fit sans la moindre difficulté. Il ne connaissait pas ce nouveau "jouet" mais il en maîtrisait déjà le fonctionnement...
L'exemple est extensible aujourd'hui à tous les enfants et adolescents qui maîtrisent parfaitement toutes les arcanes de ce monde à écrans LCD, cathodiques ou plasma. Il y a là une
évolution très rapide des compétences due à la plus grande plasticité cérébrale de nos jeunes, certes, mais anticiper renvoie à autre chose...
C'est ce qui s'est produit dans les cerveaux de nos ancêtres lointains qui peut, seul, expliquer cela : la capacité à la prévision, au calcul sur les idées et les concepts,
l'imagination prospective. Une vraie révolution génétique quant aux nouvelles potentialités, une filière mémétique infinie s'agissant des découvertes multiples à transmettre de cerveau en
cerveau.
Par Merlin
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Les débuts du
Néolithique
Il est très probable que c'est la possibilité de rester davantage autour des foyers de leurs clans, devenus des regroupements familiaux, qui va inciter
les hommes à modifier leur genre de vie de chasseurs.
Il est donc vraisemblable que c'est encore le feu qui va déterminer les hommes à rester désormais sur place. De nomades qu'ils étaient jusqu'alors, afin de poursuivre le gibier et
pratiquer la cueillette saisonnière, ils vont devenir progressivement sédentaires et développer des techniques d'agriculture et d'élevage.
Bien sûr la fin de la dernière glaciation est loin. La flore et la faune vont changer rapidement de lieux de distribution et c'est d'abord sous des climats propices, dans le
Croissant Fertile, que vont se développer ces pratiques :
- Les outils et les armes de pierre ne seront plus taillés par percussion mais polis sur des polissoirs fixes.
- Les animaux (tout d'abord les caprins) seront capturés et domestiqués afin de fournir des réserves de viande.
- Les premières graines de céréales seront semées afin de pourvoir aux premières récoltes.
- Des villages, voire de véritables villes commencent à s'édifier progressivement entre - 12500 et - 7500 avant JC.
Çatal Hüyük une des toutes premières cités du Néolithique - 6500 - 5700
(Dessin original de Nadine Grosgurin)
Çatal Hüyük s'étendait alors sur environ 13 hectares et
ne comptait pas moins de 1000 habitants.
À cette époque, on trouve de nombreux indices d'une prééminence de la femme
et du matriarchat. Les liens familiaux ont commencé à devenir très forts. L'argile occupe une place prépondérante tant dans les constructions que dans les objets d'art.
Statuette en terre cuite datant de 8000 ans (11 cm de haut)
Elle représente la déesse-mère symbole de la fertilité et de la fécondité
Les hommes ne vont pas tarder non plus à domestiquer les bovidés et les ovins, puis, plus tard, le dromadaire
(3500 avant JC). Ailleurs, dans les Andes ce sera le lama.
Progressivement, les communautés sédentarisées vont développer la culture du blé, de l'orge, des lentilles, des pois au
Proche-Orient, du riz et du millet en Extrême-Orient, du maïs, du haricot, du piment et de la pomme de terre dans le futur Nouveau-Monde.
Ainsi, grâce à la conjonction de la sécurité que lui
donnait le feu et d'une amélioration climatique très sensible les groupes humains auront accompli une des plus grandes révolutions de leur histoire, celle du Néolithique. De nombreux mèmes
nouveaux vont se répandre dans tous les continents de la planète bleue au sein de communautés à dominante agricole.
Mais le feu n'a pas fini d'inspirer Homo sapiens qui va encore trouver dans sa contemplation des ressources nouvelles pour inventer encore d'autres technologies
surprenantes.
Par Merlin
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