Vendredi 4 septembre 2009 5 04 /09 /2009 14:15



La lecture sera-t-elle de même nature en 2010 qu'en 1910 ? Pourquoi tant de fautes d'orthographe aujourd'hui ?
L'orthographe est la parure de la chose écrite et en même temps, elle est témoignage de la rigueur de notre pensée, singulièrement s'il s'agit de celle des règles et des accords grammaticaux...Quant aux mots eux-mêmes. ALAIN disait bien que nous les reconnaissions à leur gréement : il faut par conséquent les représenter avec leur forme la  plus exacte possible, y compris avec les doublements de consonnes, quand il le faut.



L'orthographe est une discipline corollaire de la lecture : elle fait partie du code, des conventions qui permettent de se mettre d'accord au sein d'une communauté de locuteurs et de lecteurs qui partagent la même langue. L'orthographe, c'est l'ensemble des solutions qui ont été adoptées pour unifier la forme graphique d'un langage, ses costumes et ses ornementations. Il y a donc pour cela des règles, des protocoles à respecter tant du point de vue des noms que des terminaisons des verbes conjugués, des adjectifs et de toutes les classes de mots. Les codes et les convenances qui régissent l'orthographe française doivent être respectés par tous, ne serait-ce que par politesse pour les lecteurs.
Alors, simplifier l'orthographe, ne serait-ce pas retirer à la langue une partie importante de son histoire, de son originalité ?
Mais pourquoi ce respect des règles est-il tant négligé de nos jours, pour ne pas dire bafoué ?

La lecture, l'écriture et l'orthographe qui va avec constituent des activités cognitives complexes qui mettent en jeu de nombreux réseaux de neurones, parfois de manière quasi-synchrone, parfois dans des aires plus spécifiques mais tout est lié à la fonction globale du langage qui est située dans l'hémisphère gauche du cerveau.


http://accel95.mettre-put-idata.over-blog.com/0/13/42/39/langage.jpg

Au regard du langage oral et écrit, chaque fonction est située très précisément à un endroit qui est le même pour tous les humains et  au millimètre près. Néanmoins, chacune de ces zones très spécialisées est reliée aux autres, à l'ensemble des fonctions langagières sous la forme d'un réseau complexe dans lequel les tâches liées au langage oral et au langage écrit ainsi qu' au décodage des textes (lecture) et à la production de textes (écriture) sont en relation étroite.

 

Les neurones de la lecture


Depuis le début des années 1980 et surtout des années 90, la lecture s'est trouvée transplantée sur de nombreux supports qui ne sont plus de même nature que ceux en vigueur jusqu'à la première moitié du XXème siècle, comme la feuille blanche de papier ou la page de cahier d'écolier. Les écrans (de télévision et d'ordinateurs) se sont peu à peu emparés de l'écrit. Très peu pour la télévision mais énormément pour les ordinateurs et tous ces nouveaux supports numériques de l'écrit : e-books, agendas électroniques, téléphones portables etc...

Schéma extrait de "Les neurones de la lecture" (Stanislas DEHAENE p. 111)

L'aire visuelle spécialisée dans la reconnaissance des mots écrits est celle qui est en rouge  : elle est située entre l'aire qui identifie  les outils, les ustensiles de ménage et de cuisine et la zone qui identifie strictement et — avec une discrimination extraordinaire  —  les visages et uniquement les visages.


Un dossier très intéressant
"La lecture change, nos cerveaux aussi"
peut être consulté dans le n° 1104 Science & Vie de septembre 2009 p. 42 à 57. Il est également accessible directement en numérique par ce lien :


La page 47 est tout à fait étonnante dans ses révélations mais les données qu'elle présente ne sont pas sourcées ou en tout cas elles ne sont attribuées à aucun chercheur ou aucune équipe en particulier...

Vendredi.
dernier, France Inter diffusait une émission dans laquelle Fabienne CHAUVIÈRE interrogeait le chercheur Thierry BACCINO directeur scientifique au LUTIN.

http://sites.radiofrance.fr/franceinter/em/ete/toutsexplique/

Évidemment, les livres sont des outils ou, comme le disait Pierre LÉVY, les résultats de  technologies intellectuelles. Les écrans divers, cathodiques, plasma ou LCD eux aussi. L'ergonomie prévue pour ces différents supports de lecture entraîne des pratiques nécessairement différentes qui modifient les comportements des lecteurs. Certes le son, l'image, la vidéo sont des plus. L'accès à la musique et les multiples liens hypertexte ou hypermédia sont riches de promesses d'approfondissements. Mais on peut très vite arriver à une saturation de l'attention, de la concentration et de la mémoire. La densité d'informations peut désorienter les lecteurs moins bien préparés ou moins bien armés dans le domaine des stocks sémantiques personnels.
Il est incontestable qu'on lit plus vite, avec un meilleur résultat mnésique et un meilleur repérage dans la page qui ne bouge pas puisqu'il n'y a aucun scrolling vertical ou horizontal sur un livre... La mémoire spatiale y et en effet importante pour se repérer dans les blocs que constituent la page de gauche, la page de droite et les différents paragraphes du texte.

J'aurais aimé dans cette émission, en dépit des très bonnes questions de Fabienne CHAUVIÈRE à son invité, que Stanislas DEHAENE puisse lui apporter les résultats de ses recherches, soit en écho à celles du LUTIN, soit en contradiction sur certains points précis. Notamment au sujet de la zone précise de la reconnaissance des mots et des lettres. Thierry BACCINO  désigne la "zone occipito-temporale ventrale aussi bien pour une lecture sur écran que sur papier."..
Il dit aussi "qu'on lit si on est motivé, quel que soit le support". Je veux bien, mais je préfère dire que nous lisons si notre équipement neuronal est mûr pour entreprendre cette activité ou qu'il n'a pas été accaparé (et donc recyclé)  trop longtemps à une autre tâche. (Usage intensif de la télévision ou d'autres supports d'information tels que la radio...) De la galaxie Gutemberg, nous sommes passés insidieusement à la galaxie Marconi et les cerveaux de nos jeunes ne traiteront plus en 2010 ce que traitaient ceux des jeunes gens de 1910, nés au tout début du XXème siècle. Ni en quantité, ni en qualité...
La plasticité cérébrale n'est plus à démontrer : les aires neuronales spécialisées ont dû s'adapter, se recycler et les réseaux  à l'oeuvre dans tous les types d'activités cognitives aussi. Relativement à l'usage de la lecture et de l'écriture, j'ai pu observer les différences entre le fonctionnement de mon arrière grand-mère maternelle née en 1862 et celui de mes propres enfants. En quatre générations, tant de choses ont changé ! Et je ne parle pas de mes petits enfants, de ma petite fille dont j'observe avec émerveillement les progrès au regard du langage, de la musique, de l'éveil dans tous les domaines. (Elle apprend deux langues en même temps et elle chante aussi bien en français qu'en anglais...) Alors, fera-t-elle des fautes d'orthographe ? Je ne sais pas. C'est bien possible après tout mais au vu de ces capacités d'attention et de concentration, ça m'étonnerait beaucoup. Et elle n'a pas encore 18 mois...

Les travaux de Thierry BACCINO le conduisent à affirmer que l'on mémorise moins bien quand on lit sur écran plutôt que sur support papier. Certes, le texte-écran est plus fugace, plus mobile mais lire ce n'est peut-être pas seulement retenir l'emplacement du mot "travaux" dans une page. Je crois que c'est plutôt mémoriser de manière synthétique  l'essentiel de ces travaux, non ?

BACCINO termine en affirmant que les cerveaux n'ont pas changé depuis 5000 ans, période où l'on a développé des alphabets pour pratiquer l'écriture et la lecture. Je suis assez d'accord avec lui : il n'y a pas eu de "mutations" au sens génétique ou darwinien du terme, mais, comme le dit Stanislas DEHAENE, des recyclages neuronaux sont intervenus qui ont en particulier réussi à transformer cette aire neuronale, qui était celle des pisteurs/chasseurs d'avant le Néolithique, aire qui servait à décrypter des signes, des traces, des directions, des orientations : ces hommes lisaient les traces des gibiers ou celles de leurs ennemis possibles. À présent, nous lisons des symboles graphiques convenus entre nous qui représentent des mots et des phrases dans nos langages respectifs : les sons, devenus signes, nous parlent et nous renseignent ou nous instruisent.
Reste que la forme de ces codes qui ont été convenus pose parfois problème : c'est le sujet de l'orthographe.
Mais il n'y a pas que chez nous. Au Québec, chez nos "cousins", c'est pareil !


L'orthographe au Québec



Un entretien avec Jean Pierre Jaffré, chercheur en linguistique génétique au CNRS.

- Confirmez-vous la baisse du niveau en orthographe établie par Danièle Manesse et Danièle Cogis dans leur livre ?

  • Qu’il y ait une baisse du niveau en orthographe, d’un point de vue technique, statistique, c’est indiscutable.qu’il y ait aujourd’hui une mutation des compétences en orthographe, ce n’est pas si inattendu. Le statut de l’orthographe n’est plus tout à fait le même, aujourd’hui et il y a 20 ans, et a fortiori il y a un siècle !

- Doit-on alors revenir aux méthodes traditionnelles ? Supprimer l’ORL (Observation Réfléchie de la Langue) comme le pense le ministre de l’Éducation nationale ?

  • L’ORL va dans le bon sens même si elle devrait être prolongée par des activités plus techniques qui passent par la confection et l’utilisation d’outils donnant à voir les formes orthographiques. Quand l’école apprenait à « lire, écrire et compter », le niveau en orthographe était peut-être meilleur. En se centrant sur les seuls savoirs de base, l’école pouvait se permettre d’entraîner les gens de manière plus intensive. Mais n’oublions pas qu’à ces époques, l’orthographe était aussi un moyen de sélection qui laissait beaucoup d’élèves en chemin. Tous n’entraient pas en sixième et tous n’étaient même pas présentés au certificat d’études. Autrefois, le savoir orthographique servait finalement moins qu’aujourd’hui. On ne vivait pas dans une société de scripteurs, on n’avait donc moins l’occasion de réemployer ces savoirs et ce qui était appris à l’école primaire avait ensuite tendance à s’oublier. Aujourd’hui, avec l’apparition des TICE notamment, la production écrite a pris une place plus importante…
  •  On demande aux gens d’écrire sans cesse davantage et, du coup, l’orthographe apparaît dans toute sa complexité et s’avère plutôt inadaptée aux besoins de notre société. En partant de ce constat, on peut raisonner de deux façons. On peut conclure à la catastrophe, voir des erreurs partout, condamner l’école, etc. Mais on peut suivre une voie à mes yeux plus pragmatique en considérant que les formes graphiques doivent pouvoir répondre à des demandes différentes et varier en fonction de ces demandes. Cette polygraphie effraie les Français construits par une conception hyperrigide de la norme orthographique mais d’autres pays - le Japon par exemple - sont depuis longtemps accoutumés à la coexistence d’écritures différentes. De fait, l’augmentation des besoins en production écrite ne fait que révéler un peu plus les limites d’une orthographe une et indivisible, confrontée à des besoins multiples, à des supports et à des destinataires distincts.

- L’idée grandement développée par certains est qu’il existe une baisse générale du niveau. Pensez-vous que l’orthographe en soit une illustration ?

  • D’une manière générale, je pense qu’il n’y a pas une réelle baisse de niveau. Des gens vivent dans une société donnée et développent des aptitudes adaptées à cette société. Dans la mesure où l’école n’est pas un lieu imperméable à la vie sociale, il est normal que la société exerce sur elle une influence, en particulier sur les demandes qui lui sont faites et sur les compétences qu’elle est censée enseigner. J’irai d’ailleurs jusqu’à dire que, globalement, les savoirs dont disposent les élèves d’aujourd’hui sont plus diversifiés, et peut-être même plus importants que ceux d’autrefois. Tous ceux qui ont travaillé sur la question concluent plutôt à un changement, à une mutation, qu’à une baisse du niveau.

- Quel avenir pour l’orthographe ?

  • L’orthographe fait partie des outils qui doivent s’adapter à la demande sociale, et pas l’inverse. Le problème de l’orthographe c’est qu’elle est à la fois un objet culturel qui, en tant que tel, est sans doute respectable, et un outil dont on se sert tous les jours. C’est donc le grand écart perpétuel. Il y a sans doute des choses à faire sur le plan didactique mais la solution à terme reste la simplification d’une orthographe qui, contrairement à celles d’autres pays, est un outil difficilement maîtrisable. Et si on n’accepte pas de réformer l’orthographe, il faudrait au moins que se développent des attitudes plus tolérantes. Or les tolérances existent, mais qui les utilise ? Il faut dire sur ce point que les enseignants entretiennent eux mêmes des relations souvent complexes avec la norme orthographique. Si, comme ils en ont le droit, ils se référaient plus régulièrement aux tolérances de 1901, aux rectifications de 1990, entre autres, ils contribueraient utilement à libérer les citoyens du poids excessif de cette norme.

Dans ces conditions, comment peut-on essayer de comparer l'orthographe des élèves de 12 ans en 1910 avec celle des collégiens de 12 ans en 2010 ? C'est une tentative qui n'a aucun sens !

Certes, ma grand-mère et mon grand-père, nés respectivement en 1892 et 1885 avaient une bonne orthographe et une syntaxe tout à fait convenable pour des paysans de cette époque. J'ai conservé quelques documents... Mais mon père et ma mère (nés respectivement en 1915 & 1920) avaient une orthographe parfaite et un style écrit tout à fait remarquable. Quant à moi, je ne faisais plus d'erreurs d'orthographe à 10 ans et je parviens encore à mon âge à écrire un texte en français compréhensible de la plupart de mes concitoyens. Mes enfants (des quadras de leur époque) orthographient encore très bien et possèdent en plus des connaissances scientifiques et des compétences sur les NTIC bien supérieures aux miennes car ce sont leurs principaux outils de travail. Sur quatre générations, je ne vois que des adaptations, des recyclages neuronaux opportuns. Et puis, je n'oublie pas que mon fils aîné a été dans la première cohorte à inaugurer le collège unique de René HABY. Ce fut une catastrophe pédagogique au plan national et pour tant d'individualités : les élèves en difficulté ont plongé dans leurs problèmes ; les bons et très bons élèves ont souvent été lésés ou on les a laissés faire leur cheminement seuls. On a tiré l'ensemble vers le bas en essayant de faire croire qu'il était possible que 85 % d'une tranche d'âge obtienne le bac. Ce fut une erreur fatale ! Pour l'orthographe de l'élève lambda et pour l'apprentissage de la rigueur et du respect des règles de toute nature. Mai 68 était passé par là : il était devenu interdit d'interdire et tout se valait...

Pour en finir, puisque François de CLOSETS cherche à régler ses comptes avec l'orthographe, surtout sans doute parce que le sujet est... vendeur, je propose cet excellent article du bloggueur associé à Marianne 2 (ANTIDOTE) à votre sagacité, sans compter les nombreux commentaires et en sachant qu'il a été lu plus de 7000 fois et qu'il ne comporte aucune faute d'orthographe :

François de Closets veut tuer l'orthographe en pure perte

Ecrire sans fautes ? Un défi trop difficile à relever selon François de Closets. Son dernier livre, "Zéro faute", véritable plaidoyer pour des règles orthographiques assouplies, n'est pas du goût d'Antidote. Pour notre blogueur associé, l'orthographe est de plus en plus violentée, inutile d'en rajouter.



J’attendais de me procurer Le Point de cette semaine pour écrire ce papier, agacé que j’étais devant sa une « Orthographe, la grande injustice ». David Pujadas, en consacrant un moment de son JT à ce dossier, et en invitant François de Closets sur son plateau, a précipité cette écriture.

François de Closets a donc écrit un bouquin dans lequel il règle ses comptes avec une discipline qui l’a fait souffrir dans sa jeunesse. Notre langue et ses subtilités seraient, selon lui, trop dures pour la moitié de la population. Et c’est trop inzuste, comme dirait Caliméro. Il insiste notamment sur le fait que la très grande variété et complexité de notre vocabulaire lèsent les personnes dépourvues d’une bonne mémoire.

Heureusement que Monsieur de Closets n’est pas né Chinois ni Japonais. Apprendre tous ces idéogrammes l’aurait lésé davantage. Effectivement quand on n’a pas une bonne mémoire, il faut bûcher, apprendre les mots par cœur en les écrivant, en les réécrivant. En sport, j’ai toujours eu du mal avec les barres parallèles, fixes ou asymétriques. Dame Nature ne m’avait pas doté des bras adéquats. Pourtant, je suis aujourd’hui certain qu’avec davantage de volonté et de travail, j’aurais pu en faire beaucoup plus que je ne le faisais. Eh oui, c’est du boulot, le sport, l’orthographe mais aussi les maths ou les sciences quand on n’est pas spontanément doué pour.

Du reste, et la fameuse dictée de Sauver les lettres est là pour le prouver, le niveau en orthographe était meilleur au milieu des années 80, date à laquelle la massification était déjà intervenue dans le second degré. Et l’orthographe n’était pas plus facile il y a vingt-cinq ans. Cela démontre bien qu’on a lâché la bride aux élèves sur ce plan là. On a notamment interdit de distinguer les notes de Français selon qu’elles concernaient la rédaction, l’orthographe, la grammaire ou l’explication de textes. Au lieu d’avoir une note  sur le bulletin trimestriel comme aujourd’hui, on en avait quatre, ce qui obligeait à faire un effort dans toutes ces disciplines. On a aussi concocté des barèmes plutôt empathiques envers les allergiques à la dictée.

Et c’est là que j’en arrive à me demander si François de Closets vit bien en France en 2009. Il parle de gens montrés du doigt parce qu’ils ont une mauvaise orthographe, dans les entreprises ou ailleurs. Aujourd’hui, pourtant, il n’est pas rare que même de jeunes directeurs de ressources humaines ne soient pas non plus exemplaires sur ce plan là. Le “montré du doigt”, le bouffon, de nos jours, c’est davantage celui qui fait attention à ne pas faire de faute et qui écrit des textos ou des courriels dans un français correct.

Même si François de Closets et Le Point, qui semble avoir pris ce combat au sérieux, arrivaient à leurs fins et influençaient les décideurs pour aboutir à cette fameuse simplification, on n’aurait pas de meilleurs élèves pour autant.

Pas de meilleurs élèves. Et une langue estropiée pour rien.



Autrefois (1910) peu de gens écrivaient, même après avoir obtenu le Certificat d'Études Primaires. La perception que nous avons aujourd'hui d'une dégradation inexorable des capacités lire-écrire & bien orthographier est une fausse impression et il semble que la comparaison se fasse surtout entre les populations scolaires d'avant 1975 et celles d'après l'implantation du collège unique (réforme du ministre René HABY)...
Alors, bien sûr, on déclame haut ey fort "C'était mieux avant, tout fout le camp" en ne sachant pas bien qu'on compare deux "échantillons" qui n'ont rien de comparable.
Bac en 1962-1963 :   5 % d'une tranche d'âge.
Bac en 2008-2009 : 85 % d'une tranche d'âge.

Quant à la capacité à bien lire & écrire, et, transitivement, à orthographier dans les règles convenues, voyons ces chiffres :

Si l’on considère les 3 100 000 personnes concernées par l'illettrisme :
9 % sont âgées de 18 à 25 ans
15 % sont âgées de 26 à 35 ans
23 % sont âgées de 36 à 45 ans
30 % sont âgées de 46 à 55 ans
23 % sont âgées de 56 à 65 ans


Mais le site de SLL (Sauver Les Lettres) http://www.sauv.net/ctrc.php?id=31 a contribué largement à répandre l'idée que l'illettrisme observé actuellement était dû pour l'essentiel aux enseignants et à la "mméthode globale" ou "semi-globale" à défaut :

"
La cause principale apparaît rapidement être la méthode globale et son avatar, la méthode dite semi-globale. Les dégâts causés ne sont pas tous apparents mais sont énormes.
[...] La cause secondaire est la démission parentale. Pour qu'un enfant ait le goût de la lecture et donc progresse, il faut que les parents lui en donne l'envie. C'est à dire qu'au lieu de les coller directement devant la télévision puis de les coucher, ils prennent le temps de lui raconter des histoires issues d'un livre pour donner à l'enfant l'envie de découvrir le monde du livre. L'illettrisme est aussi lié à l'absence de la magie du conte.

Jean-Albert Caire "


Les chiffres de l'ANLCI  http://www.anlci.fr/  contredisent formellement les conclusions hâtives de M. Caire. En effet, l'illettrisme est plus important dans les classes d'âge dont il juge qu'elles seraient les meilleures en lecture et en orthographe.

Est-ce à dire que l'impression qui prévaut d'une baisse généralisée du niveau en orthographe est fausse ?

En fait, ce ne sont plus les mêmes personnes qui produisent de l'écrit. Si en 1964 par exemple, on avait demandé à une population aussi importante qu'aujourd'hui d'écrire tout ce qui s'écrit en 2009, dans la presse, sur des blogs ou des fora de toute nature, on aurait eu sans doute des résultats aussi médiocres voire pires.

Un professeur de médecine de la Faculté de Rennes nous disait récemment que même ses étudiants (médecins donc) en oncologie médicale faisaient de plus en plus de fautes d'orthographe dans leurs productions écrites.
J'ai remarqué moi-même dans un forum d'enseignants, que les jeunes en IUFM ou nouveaux Professeurs des Écoles n'avaient pas toujours une orthographe irréprochable, notamment dans les accords grammaticaux et que la syntaxe et pour tout dire l'élégance de la langue laissaient parfois à désirer.
Je pense à une courbe de Gauss infaillible : quand 5 % des élèves seulement obtenaient le bac, la sélection s'était faite aussi sur la base d'une bonne orthographe, dès l'entrée en 6ème d'ailleurs. Aujourd'hui, l'accès à tous ou presque à l'université implique que nous y ayons accepté aussi toute la frange dans la courbe de Gauss des gens "faibles en orthographe" dès le départ. Or, ces faiblesses n'ont jamais pu être compensées ou résorbées par un système scolaire qui a supprimé les redoublements et qui propose quantité de disciplines nouvelles, réduisant d'autant plus le nombre d'heures consacrées à l'apprentissage de l'orthographe et de la grammaire. Démocratiser, c'est louable et même souhaitable, mais il faut s'en donner le temps et les moyens. Mais depuis mai 68, comme tout se vaut et que l'on essaie même de renier la valeur des notes, en tolérant ce qui était intolérable jusqu'au début des années 60, on aboutit nécessairement à un laxisme général qui met en valeur une "baisse de niveau". Mais c'est celle d'un échantillon plus important comparée à un autre qui était le résultat d'une certaine sélection.
Alors, parmi les étudiants en oncologie médicale du Pr KERBRAT combien n'auraient pas obtenu leur bac en 1962 ? Idem pour toutes celles et ceux qui sortent des IUFM aujourd'hui ?
Réponse : beaucoup plus de la moitié !
Je ne parle pas des sollicitations multiples de la télévision qui ne raconte pas des histoires écrites mais des suites d'images à raison de 24 par seconde et j'élude aussi les consoles de jeux vidéo qui n'ont pas que des inconvénients mais ne favorisent pas la pratique de l'orthographe.
Le philosophe ALAIN écrivait dans ses "Propos sur l'éducation" que nous reconnaissions les mots à leur gréement.
Nous avons deux voies de lecture :
- la voie ventrale qui est essentiellement sub-vocalisante car elle sollicite la boucle phonologique, le déchiffrage ou décodage grapho-phonétique des mots.
- la voie dorsale qui est fulgurante et fonctionne même souvent dans le domaine subliminal car le sens du mot y est compris, décodé par la conscience avant même d'avoir été décodé et transmis au stock sémantique de notre lexique total.

Nous avons tous observé que c'est après avoir écrit un mot un peu étrange, ou peu courant que c'est en le regardant bien ou en écrivant juste au-dessous les formes possibles que nous pouvons identifier "le bon gréement". Résonner, résonance, honorable, honneur, hypothèse, hippomobile, connexion, connecté etc... C'est une sorte de mémoire visuelle très rapide qui s'est mise en place.
Écrire des mots en encodant des sons, des phonèmes conduit à l'échec en orthographe d'usage.
Pour les accords et toutes les règles d'orthographe grammaticale, c'est une question de rigueur dans l'élaboration de la pensée. Or c'est sans doute là que le bât blesse : la rigueur s'est évanouie très souvent, trop souvent dans une tolérance coupable et singulièrement pour les accords des participes passés.
Dans une société plus technologique et plus cientifique que jamais, nous avons besoin de cette rigueur et du respect des protocoles imposés.
Aucune réforme de l'orthographe ne pourrait nous mettre à l'abri de ces défaillances de la pensée organisée. La bonne forme orthographique est à la fois une politesse et une marque qui montre que l'on garde le contrôle de sa pensée. Une écriture qui se pare du bel habillage, celui qui rappelle la culture dont notre langue est un témoin irremplaçable, c'est une belle écriture.





Et si on faisait une bonne dictée ?
Par Merlin le zététicien des Mèmes - Publié dans : Sociologie comparative
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Mardi 28 juillet 2009 2 28 /07 /2009 14:39
On peut avoir des idées, c'est certain. Mais d'où viennent-elles ? Ya t-il un jaillissement spontané qui provient des cerveaux fertiles en eurêkas ou alors ces idées, vivantes elles-mêmes, viennent-elles coloniser les cerveaux disponibles, accueillants pour se reproduire et se dupliquer.
Ces idées ont peut-être suivi un long cheminement pour voir le jour à un moment donné et être répliquées à l'envi dans une société bien définie, dans des sphères et des réseaux relationnels bien ciblés ou bien définis.













http://la-planete-des-idees.org/?p=3


Les hommes changent-ils le monde des idées en créant des solutions culturelles nouvelles qui se perpétuent ou s'éteignent un jour ou est-ce le monde des idées qui s'insinue dans les esprits humains pour s'en servir comme terrain favorable, se développer, se répliquer et se répandre de manière darwinienne en faisant jouer la loi de la sélection naturelle ? Les mieux adaptées survivent et celles qui sont ineptes pour l'environnement , le milieu du moment, s'étiolent et finissent par mourir ?

Une définition simple et compacte de la mémétique :
http://www.larousse.fr/encyclopedie/article/m%E9m%E9tique/11004167


Une définition plus méméticienne :

Qu'en pensez-vous ? L'homme est-il partie prenante dans l'élaboration des éléments qui constituent sa culture, les mèmes, ou n'est-il qu'un terrain cérébral colonisé par des idées ?
Par Merlin le zététicien des Mèmes - Publié dans : Mémétique pratique
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Lundi 18 mai 2009 1 18 /05 /2009 17:32
Comment un méméticien définirait-il la phase dite (en américain) de demoralization ?


Yuri Bezmenov
envoyé par onmyway02.

"Youri  Alexandrovitch Bezmenov est né en 1939 dans la banlieue de Moscou. Il est le fils d’un officier de haut rang de l’armée soviétique. Il est issu des écoles de l’élite du système soviétique, et il est devenu un expert de la culture et des langues de l’Inde. Il a fait une carrière exceptionnelle au sein de Novosti, qui était, et est encore, l’agence de presse du régime soviétique, agence qui servait également de paravent pour le KGB.

Il est passé à l’Ouest en 1970 après été avoir été totalement dégouté du système soviétique, et il l’a fait au péril de sa vie. C’est certainement l’un des plus grands experts mondiaux en matière de propagande soviétique, de désinformation et de manipulation. Quand les soviétiques parlent de subversion idéologique , qu’entendent-ils par là ?

La subversion idéologique, c’est un processus qui n’a rien d’illégal ou de caché. C’est une action menée au grand jour. Il suffit pour s’en rendre compte de se déboucher les oreilles, d’ouvrir les yeux, et cela devient évident. Il n’y a aucun mystère. Cela n’a rien à voir avec l’espionnage. Je sais que travailler dans le renseignement, cela fait plus romantique, c’est plus vendeur auprès du public. C’est sûrement pour ça que les producteurs d’Hollywood aiment tant les films du genre James Bond.

Mais en réalité, l’action principale du KGB n’est pas du tout de faire du renseignement. Selon moi, et selon l’avis de beaucoup d’autres transfuges qui ont le même profil que moi, seuls 15% du temps, de l’argent et des effectifs sont consacrés à l’espionnage en tant que tel. Les 85% restants sont consacrés à un processus très lent, que l’on appelle soit subversion idéologique ou manipulation de l’opinion, – xxxxxxxxxxx dans le langage du KGB – ou guerre psychologique . Cela signifie essentiellement : changer la perception de la réalité de tous les américains, au point que malgré la profusion d’information, plus personne n’est plus capable de tenir un raisonnement correct afin de défendre ses propres intérêts, ceux de sa famille, de sa communauté, ou de son pays. C’est un processus de lavage de cerveau généralisé, qui va très lentement, et qui comprend 4 phases.

La première phase est celle de la démoralisation . Cela prend entre 15 et 20 ans pour démoraliser un pays. Pourquoi tant d’années ? Parce que c’est le nombre d’années minimum requis pour éduquer une génération d’étudiants du pays visé, et pour l’exposer à l’idéologie adverse. En d’autres termes, l’idéologie marxiste-léniniste est actuellement injectée dans les esprits malléables d’au moins 3 générations de jeunes américains, sans rencontrer de résistance, sans être contre-balancée par les valeurs de base de l’Amérique ou par un patriotisme américain.

L’essentiel de l’activité du département était de compiler d’énormes quantités d’information sur des personnes qui étaient ensuite instrumentalisés pour influencer l’opinion publique. Éditeurs, écrivains, journalistes, acteurs, éducateurs, profs de sciences politiques, députés, hommes d’affaires… La plupart de ces gens étaient divisés en deux groupes : ceux qui soutenaient la politique du régime soviétique étaient promus à des postes de pouvoir. grâce à la manipulation de l’opinion et des media. Ceux qui refusaient l’influence du communisme dans leur pays, leur réputation était ruinée. Ou ils étaient exécutés. Physiquement. Révolution oblige.

Ainsi, dans une petite ville du Sud-Vietnam, plusieurs milliers de Vietnamiens ont été exécutés en une seule nuit, après que la ville ait été prise par les Viet-Cong, au bout de seulement deux jours. Et la CIA n’a jamais compris comment les communistes avaient pu aller si vite, pour repérer chacun d’entre eux, connaître leurs domiciles là où les trouver, les arrêter, tout cela en une seule nuit. en à peine quelques heures, avant le lever du jour, et les embarquer dans des camions, les conduire hors de la ville et les exécuter.

La réponse est très simple : bien avant que les communistes occupent la ville, il existait un réseau complet d’informateurs, des vietnamiens habitant la région, qui savaient absolument tout des personnes en mesure d’influencer l’opinion publique, jusqu’aux simples barbiers ou aux chauffeurs de taxi. Tout ceux qui étaient favorables aux États-Unis ont été exécutés. Même chose à Hanoï [Vietnam], pilotée par l’ambassade soviétique. et je faisais la même chose à New-Dheli. À ma grande horreur, j’ai découvert, dans les dossiers des personnes qui allaient être exécutées, le nom de journalistes pro-soviétiques qui étaient mes amis personnels

- Pro-soviétiques !?
- Oui, absolument ! Ils défendaient un idéal communiste, ils avaient fait plusieurs voyages en URSS. Et pourtant, le KGB avait décidé que, révolution oblige, pour mener à bien les changements politiques drastiques de l’Inde, il fallait les éliminer. – Pourquoi cela ? Parce qu’ils en savaient trop… Simplement parce que les idiots utiles, les gens de gauche qui sont idéalistes, qui croient en la beauté du système soviétique, communiste, socialiste… quand ils ouvrent les yeux sur la réalité, ils deviennent les pires ennemis du système.

C’est pourquoi mes instructeurs, au KGB, insistaient tout particulièrement sur ce point : Ne vous préoccupez jamais des gauchistes. Oubliez ces prostitués politiques. Visez plus haut. Telles étaient mes instructions. Essayez de pénétrer les média conservateurs bien établis, essayez d’atteindre les producteurs de films riches à millions les intellectuels, les milieux soit-disant académiques, entrez en contact avec les cyniques, les égo-centriques qui peuvent vous mentir d’un air angélique en vous regardant droit dans les yeux. Voilà les gens qu’il fallait recruter : ceux qui n’avaient plus aucuns principes moraux, les gens avides de pouvoir, ceux qui se prennent pour quelqu’un, ou qui se croient très importants. Voilà les profils que le KGB cherchait à recruter .

- Mais pour éliminer les autres, ne sont-ils pas utiles ?
- Non, ils ne sont utiles que dans la phase de déstabilisation du pays. Par exemple, tous les gens de gauche ici, tous ces professeurs, et ces magnifiques défenseurs des droits à l’égalité, sont instrumentalisés dans ce processus de subversion, et ce uniquement pour déstabiliser le pays. Quand cette étape sera achevée, ils ne seront plus nécessaires. Ils en savent trop. Quand leurs illusions tomberont, une fois un pouvoir marxiste en place, ils seront bien évidemment scandalisés, car ils s’imaginent que ce sont eux qui vont prendre le pouvoir. Cela n’arrivera jamais bien sur. Ils seront alignés contre un mur et exécutés. Ils seraient les adversaires les plus acharnés d’un régime marxiste-leniniste.

C’est ce qui s’est passé au Nicaragua : vous vous souvenez quand la plupart des anciens communistes ont été jetés en prison, ou quand l’un d’entre eux a changé de camp pour s’opposer aux sandinistes. C’est aussi arrivé à Grenade, quand Maurice Bishop, du parti marxiste, a été exécuté par un autre, plus marxiste que lui. Même chose en Afghanistan quand Taraki a été assassiné par Amin, lui même assassiné par Karmal avec l’aide du KGB. Même chose au Bangladesh, avec Mujibur Rahman, un leader de gauche très pro-soviétique, assassiné par ses propres amis communistes de l’armée. Le mécanisme se répète chaque fois à l’identique. Une fois qu’ils ont servi, les idiots utiles sont soit exécutés jusqu’au dernier – je parle des idéalistes marxistes – ou exilés, ou jetés en prison, comme à Cuba, ou beaucoup d’anciens marxistes sont en prison.

Fondamentalement, l’Amérique est coincée par cette démoralisation . Si vous commenciez maintenant, à la minute même, à former une nouvelle génération d’américains, cela prendra quand même de 15 à 20 ans pour inverser la tendance, pour inverser cette perception idéologique de la réalité, et revenir à la normale et aux idées patriotiques.

Le résultat ? Vous pouvez observer le résultat. La plupart de ceux qui ont fait leurs études dans les années 60, de ceux qui ont quitté l’école, et la plupart des pseudo- intellectuels occupent à l’heure actuelle des postes de pouvoir au gouvernement, dans l’administration, dans les affaires, les médias, ou dans le système éducatif. Vous êtes coincés avec eux. Et vous ne pouvez pas vous en débarasser. Ils sont contaminés. Ils sont programmés pour penser et réagir à certains stimulus d’une façon déterminée. Vous ne pouvez pas changer leur façon de voir, même si vous leur présentez des informations véridiques. Même si vous leur démontrez que blanc, c’est blanc, et noir c’est noir, vous ne pouvez pas modifier leur perception de base et leur logique de comportement.

En d’autres termes, chez ces gens, le processus de «démoralisation» est total et irréversible. Pour débarasser la société de ces personnes, il faut de nouveau attendre 15 à 20 ans, pour éduquer une nouvelle génération d’étudiants, leur inculquer des idéaux patriotiques et en faire des gens de bon sens, qui agissent dans l’intérêt de la société américaine. Et ces personnes qui ont été programmées , et qui sont en place, favorables aux idéaux communistes, ce sont ces mêmes personnes qui seraient voués à être massacrés dans un tel système. La plupart d’entre eux, oui. Simplement parce que avec le choc psychologique qu’ils éprouveraient en découvrant ce qu’est VRAIMENT leur magnifique société d’égalité et de justice , ils se révolteraient, c’est bien évident. Ils seraient extrêmement mécontents, frustrés. Et un régime marxiste-léniniste ne peut tolérer ce genre de personnes. Ils rejoindraient à coup sûr le camp des dissidents et des opposants. Et à la différence des États-Unis actuels, il n’y a pas de place pour les dissidents dans un régime marxiste-léniniste. Ici, vous pouvez devenir très célèbre, comme Daniel Ellsberg, ou démesurément riche comme Jane Fonda, en répandant des opinions dissidentes ou en critiquant la politique du Pentagone. Dans un système marxiste, ces gens seraient simplement pfft’, écrasés comme des cafards. Ils n’obtiendraient rien en retour de leurs belles et nobles idées d’égalité. Ca, ils ne le comprennent pas. Ce serait un shock terrible pour eux.

Aux États-Unis, le processus de démoralisation est en fait terminé. Et cela depuis 25 ans. Il dépasse même toutes les espérances : la démoralisation atteint désormais une telle ampleur que même Andropov et tous ses experts n’auraient jamais rêvé d’un tel succès. Pour la plupart, elle est maintenant effectuée par les américains eux-mêmes sur d’autres américains, grâce à la disparition des repères moraux. Comme je l’ai dit auparavant, dire la vérité [sur les régimes marxistes] n’a plus aucune d’importance. Une personne démoralisée n’est plus en mesure de prendre en compte la réalité des faits. Les faits, le réel, cela ne l’atteint plus. Même si je la bombardais d’information, de preuves authentiques, de documents, de photos, même si je l’emmenais de force en URSS pour lui montrer les camps de concentration, elle refuserait de le croire, jusqu’à ce qu’il recoive un bon coup de pied au derrière. C’est seulement quand la botte militaire s’abattra qu’alors il comprendra. Mais pas avant. C’est ça le tragique de la démoralisation.

L’étape suivante est la déstabilisation : dans ce cas, les révolutionnaires ne se soucient plus de vos idées ou de votre façon de vivre. Tout ça ne compte plus. Cela prend seulement 2 à 5 ans pour déstabiliser un pays, et ce qui compte, ce sont les fondamentaux : économie, relations étrangères, défense. Et l’on peut voir clairement que, dans certains domaines, dans des domaines aussi sensibles que la défense ou l’économie, l’influence des idées marxistes-léninistes est absolument prodigieuse. Je n’en croyais pas mes yeux, il y a 14 ans, quand je suis arrivé ici, je ne pensais pas que le processus irait aussi vite.

L’étape suivante est l’insurrection. Cela prend environ 6 semaines pour amener un pays au bord de la crise, comme vous pouvez le voir en Amérique Centrale actuellement.

Après la crise, à la suite des violents changements de régime, de structure et d’économie, arrive ce que l’on appelle la phase de normalisation, qui peut durer indéfiniment. La normalisation est une expression d’un grand cynisme, issue de la propagande soviétique. Quand les chars ont envahi la Tchécoslovaquie en 1968, Brejnev a déclaré : Maintenant, la situation en Tchécoslovaquie est normalisée .

Et c’est ce qui arrivera aux Etats-Unis si vous laissez tous ces abrutis amener le pays à la crise, si vous les laissez promettre aux gens monts-et-merveilles et le paradis sur terre , si vous les laissez déstabiliser votre économie, éliminer l’économie de libre-échange, et mettre un gouvernement Big-Brother à Washington, avec des dictateurs bienveillants du genre Walter Mondale qui vous promettront tout ce que voulez, peu importe que ces promesses sont tenues ou non. Il ira ensuite à Moscou baiser les pieds de la nouvelle génération de criminels communistes. Il donnera l’illusion d’avoir les choses bien en main et qu’il contrôle la situation.

Mais la situation n’est PAS sous contrôle. Elle est même épouvantablement hors de tout contrôle, La plupart des politiciens américains, la plupart des médias, et le système éducatif forment une génération de gens qui croient vivre une période de paix. C’est faux. Les Etats-Unis sont en guerre. Une guerre non déclarée et totale, contre les principes et les fondements même de ce système. Et l’initiateur de cette guerre, ce n’est pas Andropov, bien sur, c’est une guerre contre le système communiste mondial, aussi ridicule que cela paraisse. ou contre la conspiration communiste mondiale, que cela fasse peur aux gens ou non, je m’en fiche. Et si vous n’avez pas peur maintenant, rien ne vous fera peur… Il ne faut pas devenir paranoiaque à ce sujet. A vrai dire, ce qui se passe actuellement, c’est que contrairement à moi, vous avez encore plusieurs années à vivre, – à moins que l’Amérique ne se réveille – avec cette bombe à retardement. Et le désastre approche chaque seconde un peu plus. Et contrairement à moi, vous n’aurez nulle part où vous réfugier. A moins d’aller en Antarctique, avec les pingouins. Ici, c’est le dernier pays de libertés, où tout reste possible.

Et que faire alors ? Que recommandez-vous aux Américains ?
La première chose qui me vient à l’esprit, c’est qu’il faut un effort national de grande ampleur pour éduquer les gens dans le sens des valeurs patriotiques, et ensuite expliquer le réel danger du système socialiste, communiste, quel que soit son nom, le danger de l’état providence , du système Big Brother . Si les gens ne réussissent pas à saisir l’imminence de ce danger et de cette évolution, rien n’aidera les Etats-Unis. Vous pouvez dire au revoir à vos libertés. à la liberté des homosexuels, aux droits des détenus etc… Toutes vos libertés disparaitront, elles seront carbonisées en quelques secondes. Et vos précieuses vies avec. Deuxièmement, au moins une partie de la population est convaincue que le danger est réel. Ils doivent FORCER le gouvernement, – et je ne parle pas d’envoyer des lettres, des pétitions, ou d’autres nobles et belles activités de ce genre – , je parle bien de forcer le gouvernement à arrêter d’aider le communisme."




1: Aust N Z J Psychiatry. 2002 Dec;36(6):733-42.Click here to read Links
    Demoralization: its phenomenology and importance.
    Clarke DM, Kissane DW.

    Consultation-Liaison Psychiatry Research Unit, Department of Psychological Medicine, Monash University, Monash Medical Centre, Melbourne, Australia. david.clarke@med.monash.edu.au


    OBJECTIVE: Demoralization, as described by Jerome Frank, is experienced as a persistent inability to cope, together with associated feelings of helplessness, hopelessness, meaninglessness, subjective incompetence and diminished self-esteem. It is arguably the main reason people seek psychiatric treatment, yet is a concept largely ignored in psychiatry. The aim here is to review and summarize the literature pertaining to demoralization in order to examine the validity of the construct. METHOD: A narrative review of demoralization and the related concepts of hope, hopelessness, and meaning is presented, drawing on a range of empirical and observational studies in the medical and psychiatric literature. RESULTS: An examination of the concepts of the 'Giving Up-Given Up' syndrome (George Engel), 'suffering' (Eric Cassell), and demoralization (Jerome Frank), demonstrate considerable convergence of ideas. Demoralization has been commonly observed in the medically and psychiatrically ill and is experienced as existential despair, hopelessness, helplessness, and loss of meaning and purpose in life. Although sharing symptoms of distress, demoralization is distinguished from depression by subjective incompetence in the former and anhedonia in the latter. Demoralization can occur in people who are depressed, cancer patients who are not depressed and those with schizophrenia. Hopelessness, the hallmark of demoralization, is associated with poor outcomes in physical and psychiatric illness, and importantly, with suicidal ideation and the wish to die. CONCLUSIONS: Demoralization is an important construct with established descriptive and predictive validity. A place needs to be found for it in psychiatric nomenclature.

Par Merlin le zététicien des Mèmes - Publié dans : Mémétique pratique
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Lundi 23 février 2009 1 23 /02 /2009 17:37
La conférence de Dominique GUILLO


15/07/2003    Durée 83 mn 58 '

 

Depuis une trentaine d'années, les explications néo-darwiniennes de la diffusion des idées, des sentiments et des pratiques dans les sociétés humaines — autrement dit, de la culture, au sens large — se multiplient et connaissent un succès croissant. Aux yeux des théoriciens qui proposent de telles explications, les principes fondamentaux du néo-darwinisme ont vocation à s'étendre bien au-delà de la biologie : ils constitueraient les clés épistémologiques des sciences humaines et sociales. Toutefois, derrière cette référence affichée à un même paradigme biologique, ces théories de la culture présentent d'assez vifs contrastes, fréquemment brouillés au regard par les polémiques qu'elles ont soulevées. Outre les vues réductionnistes souvent fort sommaires proposées depuis les années 70 sous l'étiquette "sociobiologie humaine", que l'on n'évoquera pas ou peu ici, deux grands modèles peuvent être dégagés. Le premier, inspiré par les sciences cognitives, explique les phénomènes culturels en les ramenant, plus ou moins directement selon les cas, à des dispositions innées inscrites dans le cerveau et commandées par des gènes (S. Pinker, J. Tooby et L. Cosmides, ou D. Sperber). Le second, dont la version la plus célèbre est la théorie des mèmes de l'éthologue Richard Dawkins, propose de rendre raison de la diffusion des idées et des pratiques dans les groupes sociaux en s'appuyant sur une analogie avec le mode de diffusion des gènes : les phénomènes culturels seraient le siège d'une évolution semblable dans ses principes à celle des gènes, mais totalement indépendante vis-à-vis d'eux. La conférence sera consacrée à la présentation et à la discussion générales de ces deux grands modèles explicatifs. Une attention toute particulière sera accordée au second, qui reste sans doute encore relativement méconnu en France.






Quel dommage que l'explication du rôle des neurones-miroirs ne soit pas  (en 2003) venue éclairer cette très bonne conférence à l'appui de la théorie  mémétique de la diffusion des idées, une théorie évolutionniste en parfaite cohérence avec la théorie darwinienne de l'évolution des espèces ! Lors de la discussion, le questionnement d'un monsieur à barbe blanche était tout à fait remarquable et il n'était pas facile de lui répondre...



Les théories néodarwiniennes de la société et de la culture

DOMINIQUE GUILLO

Texte extrait de Sciences Humaines  

http://www.scienceshumaines.com/index.php?id_article=1613&lg=fr

"Expliquer les règles sociales, les idées, l'imaginaire... à partir de la théorie de l'évolution: tel est l'objectif des modèles néodarwiniens de la culture. Toutes ces théories accordent une autonomie à la culture par rapport aux contraintes de la nature.

La morale, le pouvoir, l'amour, la religion, les relations sociales ou encore la culture peuvent-ils s'expliquer en termes d'évolution darwinienne, c'est-à-dire en évoquant la sélection naturelle et des mécanismes héréditaires ? A cette question délicate et sensible, l'anthropologie et la sociologie ont le plus souvent répondu, au xxe siècle, par la négative. Depuis le début de ce siècle, les sciences sociales se sont en effet globalement développées autour de l'idée selon laquelle le propre de l'humain consiste à s'être affranchi en grande partie des contraintes naturelles pour entrer dans le monde de la culture : grâce au langage, à la technique, à l'intelligence, à la complexité de l'organisation sociale ou encore à la prohibition de l'inceste. Une ligne de démarcation s'est ainsi implicitement établie entre les sciences naturelles et les sciences de la société : d'un côté donc, la nature, où règnent les lois de la biologie ; de l'autre, la culture et les sociétés humaines, régies par des dynamiques autonomes.

Depuis les années 70, les théories néodarwiniennes de la culture ont cherché à remettre en cause ce découpage. Elles proposent d'appliquer les logiques de l'évolution aux phénomènes sociaux et culturels. Ces tentatives ont suscité de vives polémiques. Les auteurs sont souvent accusés de « réductionnisme biologique » et de nier toute autonomie à la culture humaine. La radicalisation du débat entre les tenants du « tout biologique » et du « tout culturel » a fait écran à la bonne compréhension des positions en présence. Les théories néodarwiniennes sont ainsi assez fréquemment décrites comme les variantes d'un corps doctrinal homogène, principalement centré sur l'idée de déterminisme génétique. Pourtant, par-delà la référence commune aux interprétations contemporaines de Darwin, ces modèles explicatifs dessinent un ensemble assez vaste, dans lequel on trouve, à côté de thèses réductionnistes, des théories articulées — tout à l'opposé — autour de l'idée d'une indépendance totale de la culture humaine à l'égard des gènes. Dans cet ensemble, on peut dégager au moins quatre grands types de modèles :

1) la sociobiologie humaine stricto sensu ;

2) la théorie des « mèmes », forgée par Richard Dawkins ;

3) les théories de la coévolution gène/culture ;

4) et enfin les théories anthropologiques inspirées des sciences cognitives.

La sociobiologie humaine

La sociobiologie humaine est apparue dans le paysage intellectuel occidental au milieu des années 70, sous l'impulsion, principalement, de l'entomologiste américain Edward O. Wilson. Cette théorie a été bâtie dans le prolongement d'une sociobiologie animale. Elle consiste en une extension du darwinisme à l'explication des comportements sociaux, tel que l'altruisme, observables dans le monde vivant.

Le dévouement à autrui, comme celui des abeilles stériles qui consacrent toute leur énergie à la reproduction ou à la défense de la reine, restait en effet une énigme depuis Darwin : comment expliquer que des conduites apparemment si désavantageuses pour les individus aient pu être retenues par la sélection naturelle ? Au début des années 60, le généticien William Hamilton propose une réponse à cette énigme à travers la théorie de la « sélection de parentèle » (kin selection). Cette théorie dit, en simplifiant, qu'un comportement altruiste à l'égard d'un membre de sa parenté (par exemple, pour les fourmis ouvrières, de s'occuper des larves pondues par la reine) peut constituer, dans certains cas, un comportement adaptatif : en s'occupant de ses jeunes soeurs, avec qui elle partage les trois quarts de son patrimoine génétique, la fourmi ouvrière stérile assure la propagation d'une partie importante de ses gènes, tout autant que si elle se reproduisait directement par voie sexuée.

Dans son livre Sociobiology (1975), E.O. Wilson a rassemblé et synthétisé toute une série de travaux relatifs à « l'étude des bases biologiques du comportement social chez l'animal comme chez l'homme » (1). Qu'il s'agisse de la chasse collective chez les lions ou les loups, des relations hiérarchiques chez les poules, des comportements parentaux et sexuels chez les oiseaux et mammifères, E.O. Wilson s'attache à montrer que les conduites sociales peuvent s'expliquer en termes adaptatifs. Par exemple, le fait que les femelles s'occupent plus de leur progéniture que les mâles dans la plupart des espèces animales tiendrait à ce que la production d'un ovule représente un investissement biologique plus grand que la production d'un spermatozoïde. Les comportements masculin et féminin chez les animaux constitueraient deux stratégies adaptatives différentes, mais également efficaces : la stratégie du mâle consisterait à consacrer tous ses efforts à multiplier les cellules sexuelles et à les répandre le plus largement possible, en dépensant un mininum d'énergie pour le développement des rejetons issus de ces cellules ; celle des femelles, à produire peu de cellules sexuelles, mais à maximiser les chances de développement et de survie de chacune d'entre elles, notamment en leur prodiguant des soins tout au long de leur croissance.

Dans le dernier chapitre de son livre, celui qui déclencha la polémique, E.O. Wilson a voulu transposer la logique darwinienne à toute une classe de phénomènes humains : le mariage, la morale, la religion, les rituels, le troc, la division du travail homme/femme. Ainsi, à ses yeux, les normes sociales (règles de l'éthique, de l'évitement de l'inceste, de mariage et de parenté) sont l'expression de dispositions biologiques ancrées dans les gènes humains. Ces dispositions génétiques, dont le siège se trouverait pour l'essentiel dans le système limbique du cerveau, auraient été sélectionnées chez nos ancêtres du pléistocène, en vertu des avantages qu'elles procuraient.

Les critiques adressées à la sociobiologie humaine ne vinrent pas seulement de scientifiques ou d'intellectuels hostiles aux thèses zoologiques de E.O. Wilson. Dès le début des années 70, certains éthologistes néodarwiniens refusèrent d'étendre leurs conclusions à l'homme. Une partie d'entre eux était toutefois convaincue que le darwinisme restait valable pour expliquer les phénomènes sociaux et culturels humains, mais sous une forme radicalement opposée au déterminisme réductionniste proposé par la sociobiologie humaine. Reprenant à leur compte, en la réactualisant, une idée assez ancienne, soutenue également à la même époque par des psychologues comme D.T. Campbell ou des généticiens comme Luca Cavalli-Sforza, ces chercheurs soutinrent ainsi la thèse selon laquelle le principe de sélection ou d'évolution conserve toute sa pertinence dans l'explication des phénomènes humains, pour autant que l'on s'en serve comme d'un schéma abstrait permettant de formaliser, par analogie, la dynamique culturelle.

Les « mèmes » contre les gènes

La plus célèbre de ces constructions théoriques est assurément la théorie des « mèmes », proposée par l'éthologiste anglais R. Dawkins au milieu des années 70 et reprise aujourd'hui, notamment par le philosophe américain Daniel C. Dennett.

Dans un ouvrage qui a fait date, Le Gène égoïste (2), R. Dawkins souligne que l'idée révolutionnaire du darwinisme consiste à concevoir l'évolution comme un processus de descendance avec modification ou, si l'on veut, de réplication avec mutations. Les gènes, précise l'éthologiste anglais, sont des unités qui se perpétuent en vertu de leur capacité à produire des répliques fidèles d'elles-mêmes, soit par la reproduction, sexuée ou non, des organismes qui les portent, soit par d'autres moyens, en particulier les comportements sociaux qu'ils engendrent dans ces mêmes organismes. Les organismes biologiques ne seraient ainsi que des machines utilisées par les gènes pour se reproduire eux-mêmes. Mais comme dans tout processus de copie, ajoute R. Dawkins, il arrive que ces répliques soient entachées d'erreurs : ce sont les mutations, qui forment de nouveaux gènes. Certains de ces nouveaux gènes parviennent à produire plus de répliques que les autres : ils deviennent alors statistiquement dominant dans la population des gènes avec lesquels ils sont en concurrence. Parfois, ils échouent à se répliquer et disparaissent.

Les gènes, ajoute R. Dawkins, ne constituent qu'un exemple parmi d'autres de réplicateurs. À ses yeux, le mécanisme de l'évolution, tel qu'il est modélisé dans le darwinisme, loin d'être limité aux phénomènes biologiques, commande également la dynamique culturelle. La culture de chaque groupe humain peut être décrite, selon Richard Dawkins, comme un ensemble d'unités qu'il choisit de nommer les « mèmes » - qui forment en quelque sorte les idées élémentaires d'une culture. Un mème - ce peut être l'idée de Dieu, une recette de cuisine, une chanson, une opinion xénophobe, un adagio de Mozart, un théorème mathématique... Les mèmes se transmettent de cerveau à cerveaux en se répliquant, tout comme les gènes au cours de la reproduction. La réplication s'effectue ici, principalement, par imitation, au sens large, d'autrui : les bons réplicateurs culturels colonisent ainsi les populations humaines.

Les mèmes se transmettent donc d'un cerveau à l'autre comme les virus dans un processus épidémiologique. Mais comme pour les gènes, qui se transmettent également par réplication, il y a parfois des ratés dans le processus de copie. Et cette copie modifiée se solde par la production d'une réplique mutante : le moine du Moyen Age oublie ou modifie une phrase en recopiant un ouvrage ancien ; un gouvernement fait voter un amendement à une loi ; une personne change un mot dans le couplet d'une chanson ; ou encore, quelqu'un introduit une amélioration technique dans les moteurs automobiles ou modifie la coupe d'un vêtement. Souvent, les mèmes mutants ne parviennent pas à produire de répliques d'eux-mêmes : en d'autres termes, personne ne les imite. Mais dans certains cas, sautant d'un cerveau à un autre, ils se répandent dans la population, parfois de façon fugitive - ce sont les modes - d'autres fois de manière durable - comme le mème de Dieu, par exemple. En ce sens, les mèmes, comme les gènes, sont l'objet d'un processus de sélection.

Les mèmes, ajoute R. Dawkins, peuvent améliorer leur chance de propagation en s'associant entre eux, formant des complexes intégrés susceptibles de se répliquer plus efficacement que s'ils étaient séparés. Ainsi, les idées du feu de l'enfer et de Dieu, lorsqu'elles sont associées, se renforcent considérablement l'une l'autre et augmentent leurs probabilités respectives de propagation, tout comme les gènes commandant un agencement cohérent de dents, de mâchoire, d'estomac, d'intestins et d'organes des sens.

Dans la théorie des mèmes, la culture humaine apparaît comme le siège d'une évolution autonome, déconnectée de l'évolution biologique et beaucoup plus rapide qu'elle : les réplicateurs culturels, comme par exemple l'idée de célibat, peuvent même se trouver en opposition avec les gènes. En ce sens, la théorie proposée par Dawkins s'oppose à toute forme de déterminisme génétique ou de réductionnisme dans l'explication des phénomènes culturels.

La coévolution gène/culture

C'est en anthropologie que ces théories ont remporté, jusqu'à aujourd'hui, leurs plus grands succès, notamment à travers le modèle de la transmission des traits culturels de L. Cavalli-Sforza et Marcus W. Feldman, et celui de l'évolution des organismes culturels proposé par Robert Boyd et Peter J. Richerson (3). Dans cette discipline, les réflexions théoriques menées autour de l'analogie entre les gènes et les réplicateurs culturels se sont peu à peu orientées vers la constitution d'une théorie globale de la culture, intégrant les deux niveaux d'évolution. Deux tendances majeures se dessinent dans ces modélisations de la coévolution gène/culture.

La première est représentée par E.O. Wilson qui, dans les années 80, s'est quelque peu éloigné de la sociobiologie pour défendre une théorie dans laquelle la culture n'est plus conçue, en principe du moins, comme la simple expression de dispositions biologiques, mais comme un ordre de phénomènes relativement autonomes, interagissant avec les gènes dans un processus coévolutif. L'idée générale de la coévolution gène/ culture, telle que l'entend E.O. Wilson, peut se résumer ainsi : la sélection naturelle favorise l'acquisition, par les gènes porteurs de certaines aptitudes, des comportements culturels (aptitude à l'apprentissage, création d'outils, maîtrise du langage, conduites sociales, etc). Les cultures humaines qui se développent à partir de ce fonds d'aptitudes (génétiquement programmées) influent en retour sur la sélection des gènes porteurs de ces comportements (4). E.O. Wilson en donne l'exemple suivant. La peur et la fascination face aux serpents résultent en partie d'un instinct inné chez la plupart des mammifères. Chez les humains, la transmission de la peur du serpent se fait autant par le relais de la culture que par instinct : de nombreuses sociétés ont construit des mythes autour du serpent comme représentant du mal. L'adoption de ce « culturegène » (peur des serpents) favorise donc la fuite face aux serpents, et les sociétés qui adoptent et transmettent le mieux ces « culturegènes » ont une meilleure chance de survie. Il y a donc coévolution entre gène/culture. Toutefois, même si la culture intervient ici dans le processus de sélection des aptitudes, elle constitue en définitive le relais ou l'accélérateur de l'évolution, plutôt que son véritable moteur : en dernière instance, les conduites et les croyances, autrement dit la culture, restent encore sous le contrôle des gènes : les gènes « tiennent en laisse la culture », dit E.O. Wilson.

La seconde tendance rassemble des anthropologues qui, tout en accordant une autonomie réelle à l'évolution culturelle, s'efforcent de dresser une typologie des relations possibles entre gènes et unités culturelles - ou mèmes - et proposent des études empiriques illustrant les modèles ainsi élaborés. L'Américain William H. Durham, en particulier, distingue deux grands cas de figures (5) : d'un côté, les modes de relation gène/culture dans lesquels l'évolution biologique et l'évolution culturelle agissent et réagissent l'une sur l'autre, comme dans le cas de l'absorption du lactose chez les adultes (une majorité d'humains est incapable, à l'âge adulte, de digérer le lait, cette affection frappant surtout dans les pays n'ayant pas de tradition de consommation de produits lactés) ; de l'autre, les situations dans lesquelles la culture change principalement sous l'effet de sa dynamique propre.

Trois cas doivent être distingués, selon W.H. Durham, dans ce second sous-ensemble : le « renforcement » de la dynamique culturelle par la dynamique génétique - dont l'évolution culturelle du tabou de l'inceste constitue, aux yeux de l'anthropologue américain, le meilleur exemple -, la « neutralité » et, enfin, l'« opposition » - que l'on peut observer en particulier chez les Fores de Nouvelle-Guinée. Les pratiques cannibales, culturellement valorisées dans la société Fore, auraient ainsi entraîné la diffusion, dans les groupes dont se compose cette société, d'une maladie neurophysiologique mortelle - le kuru, variante ancienne de la maladie de la vache folle - qui décimerait assez régulièrement une partie de la population.

Depuis le début des années 80 s'est dessiné en anthropologie un autre courant darwinien, qui s'inscrit dans le prolongement des thèses psychologiques développées dans le cadre des sciences cognitives. Les représentants de ce courant, en particulier l'anthropologue Dan Sperber, considèrent, comme les théoriciens des mèmes et la plupart des théoriciens de la coévolution, que l'évolution culturelle obéit à une logique de diffusion qui rappelle celle des épidémies. Aux yeux de D. Sperber, les idées et représentations se répandent d'un cerveau à l'autre par une sorte de contamination. D'où le titre de son livre : La Contagion des idées (6). Toutefois, les anthropologues dont il est ici question marquent très nettement leur distance à l'égard des divers modèles appuyés, d'une manière ou d'une autre, sur l'idée de réplicateurs culturels, et leur adressent de nombreuses critiques. D. Sperber, notamment, fait remarquer que la diffusion des unités culturelles ne s'effectue que rarement selon une réplication à l'identique. Le plus souvent, en passant d'un cerveau à l'autre, les idées sont transformées. Une telle instabilité interdit de concevoir les représentations culturelles comme des réplicateurs. En réalité, souligne ainsi D. Sperber, la transformation, et non la réplication, constitue la loi générale de la transmission culturelle.

Selon D. Sperber, si certaines représentations culturelles possèdent une certaine stabilité, c'est en vertu de l'existence « d'attracteurs culturels ». L'histoire du Petit Chaperon rouge, par exemple, subit d'incessantes modifications en passant d'un individu à un autre, d'un individu à un livre ou d'un livre à un individu. Ces changements qui s'ajoutent les uns aux autres n'entraînent pas, toutefois, de modifications telles que la version obtenue après plusieurs transmissions n'ait plus rien à voir avec la version initiale : tout à l'inverse, les différentes versions se maintiennent autour d'un contenu standard moyen, sans jamais, toutefois, lui être identique. Cette stabilité des représentations culturelles s'explique, selon D. Sperber, par le caractère « attractif » de telles versions moyennes.

Mais d'où vient le pouvoir attracteur de ces représentations ? Pourquoi telle ou telle idée prendrait plus d'importance que d'autre, se reproduirait avec plus de facilité ? Sur ce point, D. Sperber reprend les thèses de la psychologie évolutionniste inspirée par les sciences cognitives, en particulier les travaux de John Tooby et Leda Cosmides (voir l'article en p. 37).

Un ensemble hétérogène

De la sociobiologie humaine aux théories de la coévolution gène/culture, de la théorie des mèmes à l'anthropologie cognitive, les modèles qui s'inspirent aujourd'hui de Darwin en sciences sociales sont fort divers. Parfois même, ils sont opposés les uns aux autres dans leurs principes et leurs conclusions. En tout cas, ils sont bien loin de se réduire au seul modèle réductionniste de la sociobiologie humaine. Ces théories apparaissent plutôt comme des reformulations, dans le langage des sciences de la vie, de quelques grands modèles sociologiques traditionnels.

Parmi ces différents modèles néodarwiniens, tous n'ont pas la même qualité scientifique. Certains relèvent de spéculations sommaires et à forte charge idéologique. C'est le cas de bien des études qui jalonnent la littérature sociobiologique consacrée à l'homme (7). D'autres, comme celui de W.H. Durham, constituent des modèles élaborés et complexes. La communauté ou la ressemblance de vocabulaire ne doit pas tromper sur la nature de ces différents modèles. Il est important d'analyser chacun d'entre eux à part, dans sa spécificité, et de se demander, dans chaque cas, si l'on a affaire à une reformulation théorique originale et suffisamment solide pour être discutée, ou à un simple habillage lexical, destiné à donner l'allure de la science à des vues stériles."


NOTES


1 E.O. Wilson, La Sociobiologie (trad. de l'édition abrégée de Sociobiology: The new synthesis, 1975), Le Rocher, 1987.

2 R. Dawkins, Le Gène égoïste (1re édition anglaise en 1976, revue et augmentée en 1989), Odile Jacob, 1996.

3 D. Guillo, Sciences sociales et sciences de la vie, Puf, 2000.

4 C.J. Lumsden et E.O. Wilson, Genes, Mind, and Culture. The coevolutionary process, Harvard University Press, 1981.

5 W.H. Durham, Coevolution. Genes, culture and human diversity, Stanford University Press, 1991.

6 D. Sperber, La Contagion des idées, Odile Jacob, 1996.

7 R. Wright, L'Animal moral, éd. Michalon, 1995.
Par Merlin le zététicien des Mèmes - Publié dans : Sociologie comparative
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Vendredi 20 février 2009 5 20 /02 /2009 14:07

Les quatre saisons
Par Merlin le zététicien des Mèmes - Publié dans : Les mèmes de la musique
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