[memetique] Les articles de Erwan
Erwan, j’ai enfin pris le temps de relire quelques-uns de tes articles sur internet. Je les ai trouvés très chouettes et, en
conséquence, j’ai quelques remarques et questions à formuler ^_^
Voici des extraits de “UNE DÉFINITION POSSIBLE DES MÈMES” auxquels je réagis.
Erwan :
[ … Mèmes: Les mèmes sont le résultat culturel de transformations neurochimiques au
niveau de réseaux de neurones et de tout le substrat cérébral des Homo sapiens. Ils s'inscrivent dans le cadre de propriétés génétiques & épigénétiques identifiables chez tous les êtres
humains, quelles que soient leurs origines géographiques ou ethniques et sont transférables, duplicables chez tous les peuples dès la plus tendre enfance (sous réserve que des amorçages
perceptifs appropriés aient été initiés par des stimulations affectives et émotionnelles de la mère) jusqu'à un âge avancé. … ]
Sylvain :
Tu sembles insister dans tes articles sur la recentralisation du mème au niveau cérébral. Presque comme si d’autres supports
pouvaient être négligeables.
Oui, je considère en effet qu'il n'y a pas d'autre support pour les mèmes
que celui du substrat neuronal avec toutes ses potentialités. C'est le cerveau qui est l'habitat exclusif de ces culturèmes, aussi bien en phase de création qu'après diffusion et adoption... Les
différents procédés utilisés pour noter ou stocker ces culturèmes - inventés par des cerveaux humains - ne sont là que comme médias, pour les transmettre. Ainsi le mème [...]
"je voudrois aussi qu'on fut soigneux de luy choisir un conducteur qui eust plustost la teste bien faicte que bien pleine, et qu'on y requit tous les deux, mais
plus les meurs et l'entendement que la science; et qu'il se conduisist en sa charge d'une nouvelle maniere" [...] est une idée qui a germé dans le cerveau de MONTAIGNE et
qu'il a transcrite dans "Les Essais" (Chap 'de l'institution des enfans'.) Ce que j'ai mis là en violet et en italique n'est pas un mème. C'est juste une notation d'un mème qui se trouvait dans
l'esprit de Michel EYQUEM, une représentation codée et symbolique bien utile pour le retrouver certes. L'écriture est un médium qui permet la distribution des mèmes dans d'autres cerveaux mais
elle n'est qu'un moyen de ce broadcasting, de cette déhiscence des idées et des concepts, comme la modulation de fréquence en radio ou les réseaux hertziens en télévision. Au final, ce mème est
parvenu textuellement dans mon cerveau et dans des dizaines de milliers de cerveaux de pédagogues ou de didacticiens depuis le XVIème siècle jusqu'à aujourd'hui. Le médium, ce qui permet le
broadcasting n'est pas le mème. Ça c'est mon avis personnel.
Pour tout dire la pierre de Rosette n'était pas un mème (car elle ne transmettait plus rien, ne diffusait rien depuis bien longtemps) jusqu'à ce que Champollion lui redonne tout son sens et
permette que l'émission atteigne de nouveau des cerveaux à l'esprit ouvert et accueillant. Un objet didactique ne diffuse des mèmes que lorsque le code de son message est connu c'est à dire que
les cerveaux potentiellement accueillants ont intégré le décodeur. Sinon, c'est l'écran noir. Un "fait culturel" ancien, voire très ancien qui ne se transmet plus n'est pas un mème puisque aussi
bien la caractéristique principale de celui-ci est de se répliquer. Alors bien sûr des paléoméméticiens pourraient dire qu'il s'agit de mèmes fossiles ou de paléomèmes. Je veux bien. Pour moi, ce
sont des signaux, des stockages de données et rien de plus. Mais certains sont éventuellement extraordinairement précieux.
Certes, la représentation cérébrale est une condition nécessaire à leur existence, mais pour moi, l’inscription d’un mème
dans le cerveau n’est qu’une de ses nombreuses représentations possibles. Et ces représentations me semblent tout aussi importantes. Par exemple, un autre élément parfaitement nécessaire à
leur existence est le support comportementale, simplement pour que la transmission des mèmes se fasse.
Tu parles de "représentations" Sylvain et c'est pour moi un mot très important. Les codes
écrits ou toutes les notations de nature sémiotique ne sont que des relais, des étapes transitoires de la transmission d'un mème. Par contre le mème revit ou se réactive dès qu'il se retrouve
dans le milieu adapté, i.e le milieu cérébral auquel il est destiné et c'est là qu'il devient une représentation mentale, de mémoire, potentiellement retransmissible, quel que soit le type de
mémoire impliqué parmi les 5 qui sont répertoriées actuellement.
Le comportement (humain) a deux composantes essentielles, tu le sais : ce qui provient du génome (inné, génétique donc) et ce qui découle de
l'éducation et donc de la culture acquise. Je pense avec Marguerite DESILE (et ceci est développé par des chercheurs comme Alain BERTHOZ, Antonio DAMASIO ou Jean DECETY) que l'émotion (le
système limbique par conséquent et l'amygdale notamment) jouent un rôle primordial dans la transmission des mèmes. Et, DECETY ne me contredira pas, l'empathie et la réactivité des neurones
miroirs y est aussi pour une part considérable. René GIRARD parlera de désir mimétique ou de rivalité mimétique, mais on est dans le même schéma. Les comportements se fabriquent dans le cerveau,
grâce notamment à des neuro-hormones ou à des neuro-médiateurs chimiques spécifiques à chaque comportement observable. Le comportement n'est pas selon moi un support. C'est un des éléments de
l'état neuronal favorable ou défavorable à l'accueil de mèmes qui sont diffusés dans une culture donnée par des médias donnés.
D’accord les langages parlé ou écrit, ne sont effectivement pas « nécessaires », mais certainement très utiles. Un
mème écrit dans un livre n’est-il pas un mème au même titre que son équivalent cérébral ? Qu’il dépende ou nom du cerveau pour se copier ?
J'ai déjà répondu par avance. On peut écrire ce qu'on veut ! Il s'agit d'un broadcasting,
d'une diffusion. Pour que ça fasse tilt, il faut qu'il y ait au bout du processus des récepteurs qui connaissent le code et percutent.
Si je t'écris "CLNSARIOE" sans que tu connaisses le code, tu vas pouvoir chercher longtemps et le mème qu'il contient ne te sera pas transmis. Si je te dis par contre que c'est une anagramme
d'une plante marine, tu vas au moins pouvoir orienter ton antenne et comme tu es intelligent, tu vas trouver que c'est ... le haricot de ... (°!*)
Il y a donc mème au départ et mème à l'arrivée (le même en principe, sauf mutations), dans le cerveau de l'émetteur et dans celui du récepteur (des récepteurs) à condition qu'ils aient le bon
décodeur et qu'il fonctionne bien. Bon, là c'est juste un mème lexical mais si tu veux, je pourrais te donner une recette intéressante pour la salicorne puisque c'est d'elle qu'il s'agissait.
(°!*)
Un parasite n’est pas moins un être vivant même si son existence dépend de son hôte.
Les parasites sont effectivement des êtres vivants. Ils dépendent complètement de leur hôte.
Ils ont néanmoins un génome bien défini (Je pense au gui par exemple). Mais pour autant le gui qui se développera sur des pommiers ou des peupliers n'a pas jusqu'à présent développé une culture ?
Si ?
Pour en revenir au concept général des interactions biologiques (parasitisme, symbiose, mutualisme, commensalisme, concurrence voire phorésie), rien de tout cela ne peut s'appliquer aux mèmes qui
ne sont pas des éléments biologiques associés aux bilans énergétiques de l'être humain mais qui - au contraire, n'en sont que des émanations, des productions épigénétiques, tant au titre de
concepts créés, que des messages codés émis que de messages réceptionnés après émission (broadcasting ou déhiscence.)
Plus qu'un phénomène de parasitisme, la diffusion de mèmes et sa réplication s'apparenterait davantage à un processus d'économie en énergie dévolue à la création de solutions. Une manifestation
naturelle de l'écologie cognitive. Ils parviennent aux cerveaux accueillants sans effort autre que celui de l'émotion que suscite le pattern transmis. L'énergie utile, là encore est celle de
l'être vivant Homo sapiens. Le mème, lui, ne dépense rien qui ne soit à charge des humains ou de la société. Mais - pour ma part - ce n'est pas un "être" vivant, pas plus que la pensée ne peut se
représenter par une "âme". Juste un phénomène biologique humain et rien de plus...
Un humain n’est pas moins humain qu’il soit d'origine noble ou paysanne. Qu’en penses-tu ?
Je pense que ces deux critères-là n'ont plus aucun sens depuis la nuit du 4 août 1789.
(°!*)
Un humain n'est humain qu'au regard de son génome d'Homo sapiens avec ses 23 paires de chromosomes et ses quelque 30000 gènes. Le reste, la culture qui se transmet verticalement (transmission de
génération à génération) ou horizontalement (transmission par les pairs et les membres des réseaux relationnels contemporains) comporte de par le monde tellement de variables que noble ou paysan
n'ont que peu de pertinence. Certains paysans ont une noblesse d'âme remarquable alors que certains "nobles" se comportent comme les premiers ploucs venus.
As-tu regardé les deux films inspirés de Maupassant hier soir sur France 2 ? Dans le premier, tu avais la réponse à ta question. L'origine n'y est pour rien. Seule compte l'éducation ! Le sang
bleu, c'est une gro
5 comment taire..