Vendredi 13 mai 2011 5 13 /05 /Mai /2011 18:20
Génome, empreinte génétique.
Cellule, noyau, chromosomes, gènes etc...



Nos gènes sont des filaments d'ADN fixés sur un locus bien précis dans les chromosomes contenus à l'identique dans le noyau de chaque cellule. Ils sont parfaitement localisés et localisables comme s'ils avaient une "adresse"... Nos gènes sont spécifiques et constitutifs de l'espèce Homo sapiens. Ces gènes sont rigoureusement les mêmes chez  tous les individus de l'espèce (sauf accidents rares comme dans le cas de la Trisomie 21 et dans d'autres anomalies survenues au moment de la méïose). Seuls leurs arrangements de détail, les suites de séquences de nucléotides varient d'un individu à l'autre. Il s'agit dans ce cas de l'empreinte génétique de chacun qui est unique sauf dans le cas des jumeaux homozygotes.



Les gamètes - le spermatozoïde  et l'ovule - sont  haploïdes car elles ne contiennent chacune que 23 chromosomes; les cellules ordinaires présentes dans tout le  corps sont, elles, diploïdes puisqu'elles contiennent les 46 chromosomes. Tous ces chromosomes sont absolument identiques dans chaque cellule et contiennent la totalité du matériau génétique qui est absolument semblable à celle contenue dans l'oeuf initial.


Les chromosomes se présentent en deux groupes de 23 correspondant à l'apport maternel contenu au départ dans l'ovule et à l'apport paternel inclus dans le spermatozoïde qui a fécondé l'ovule.. Ces chromosomes portent des numéros de 1 à 23.  Chaque chromosome a son "binôme" apparié, son équivalent puisqu'ils sont constitués à chaque fois d'une paire d'origine masculine & féminine associée. Les gènes ont donc eux aussi leurs homologues dans l'autre série et des gènes homologues sont appelés allèles.

Caryotype* d'un Homo sapiens

Le caryotype est l'ensemble des chromosomes, son appariement & la taille des différents éléments. On constate ici qu'il s'agit d'un individu de sexe masculin (XY pour le doublet de chromosomes n° 23)

Le génotype est la sommes de l'information génétique pour un individu. C'est tout ce qui est contenu dans les gènes de cette personne. C'est donc l'ensemble des allèles (paternels & maternels) contenus dans les gènes.

Le phénotype est l'apparence physique, les caractéristiques personnelles d'un être comme sa taille, la couleur de ses yeux ou de ses cheveux et ses particularités physiologiques voire psychologique. Tout ceci étant à la fois sous la dépendance des gènes et de l'environnement naturel et humain.

L'épigénome : le code épigénétique est contenu dans la cellule, c'est en quelque sorte la mémoire des cellules. Le codage épigénétique est important au regard de l'évolution. Il permet une variation et une variété dans l'expression des gènes.

Epigénome et paléogénome
(Cliquer sur ce lien)

Plasticité neuronale et/ou plasticité synaptique : les expériences menées sur ce sujet montrent que l’expérience laisse une trace structurelle et fonctionnelle dans le réseau neuronal, et met en évidence le fait qu'un réseau neuronal reste "ouvert", plastique, malléable en fonction des nouvelles expériences auxquelles il sera confronté.
(cf Pierre Magistratti & François Ansermet "A chacun son cerveau" chez Odile Jacob)

Le génome (ADN) désigne l'ensemble de l'information héréditaire d'un organisme, information présente en totalité dans chaque cellule du corps humain. Ce génome est le même pour tous les êtres humains exceptés les jumeaux vrais.

Dans cet espace de données on peut donc se poser llégitimement la question "qu'est-ce qui se réplique et contribue à l'évolution des espèces à la faveur de la sélection naturelle ?

C'est le génome qui se réplique depuis environ 100000 ans, voire davantage ?
Ce sont les gènes qui se répliquent avec un "égoïsme" sans partage ?
Ce sont les chromosomes qui se répliquent ?

Une chose est certaine, il y a une machinerie biologique qui fait que les agencements cellulaires, chromosomiques, génétiques se reproduisent depuis des milliers de générations (trois mille au moins) et pour l'essentiel, il semble que ce soit bien le même génome, celui d'Homo sapiens qui se perpétue en faisant preuve d'une stabilité remarquable. Bien entendu, il y a des remaniements imperceptibles, des phénotypes qui évoluent comme la taille ou la couleur des yeux et des cheveux mais pour l'essentiel l'homme de Cromagnon pourrait se présenter aujourd'hui dans une tenue vestimentaire de Monsieur Tout le Monde, on ne le remarquerait sans doute pas, sauf à l'entendre parler son langage des cavernes.

Alors, lorsque Richard Dawkins présente "the selfish gene"  dans son ouvrage de 1976, que veut-il dire exactement ? Le gène tourné vers lui-même, personnel, égoïste ou l'élément de base de toute réplication dans le vivant ?
En fait, c'est toute une machinerie qui est à l'oeuvre dans cette entreprise-évolution.
Le choix de la reproduction sexuée qui a été fait par la nature pour l'essentiel des êtres vivants n'empêche en rien cette incroyable stabilité génétique que rien n'entame...

Alors, bien entendu, il faut faire un retour en arrière considérable et en revenir à l'évolution des espèces telle que l'ont expliquée d'abord Jean-Baptiste Lamarck (avec son "transformisme)  puis Charles Darwin et son évolutionnisme à peine amélioré par les découvertes actuelles de la génétique.
Néanmoins, il semble bien qu'il faille prendre en compte tous les paramètres épigénétiques qui permettent aux gènes de s'exprimer de manière différente selon les conditions d'environnement au sens large et dans ce cas, on peut penser de nouveau à certaines propositions que faisait déjà Lamarck. Rien n'est fixé définitivement et la plasticité neuronale est là pour nous le rappeler...

Mais que s'est-il passé il y a 100 000 ou 170 000 ans qui a radicalement changé le phénotype et le génotype des hominidés qui précédaient cette époque ?

Le généticien Jean De Grouchy proposait l'explication d'une mutation gémellaire incroyable à l'origine de toute la lignée Homo sapiens. Je suis pour ma part assez partisan d'une explication de cet ordre c'est à dire dans un principe de matérialisme fort (comme le dit Jean-Paul Baquiast) un hasard exceptionnel, une anomalie impensable qui permet brutalement et non pas graduellement de voir émerger une espèce à part, dans la continuité des Australopithèques graciles (genre Lucy) mais doté cette fois d'un néocortex complètement nouveau, énorme et qui va changer toute la vie de l'espèce et la faire prospérer et proliférer de manière inédite pour un mammifère.

C'est à ce moment-là que la culture va prendre le dessus sur les potentialités innées et instinctives du primate et on peut dire que l'évolution, la manière de vivre des hommes ne vont se faire pratiquement que sur la base de l'évolution culturelle, en tout cas au moins à 95 %. C'est sans doute cela qui est le propre de l'Homo sapiens...

On en revient à ce topic :

Autour du feu primitif


Un @mi du Net posait récemment la question sur un forum de mémétique bien connu :

"Enfin bon, ma question est: comment percevez-vous la théorie du gêne égoïste de Dawkins? Fait-elle consensus? Ou pas? J'aurais tendance moi-même à dire non..."

J'aime bien Dawkins qui est un bon divulgateur de la science, au service d'un néodarwinisme qu'il importe de renforcer en cette époque de retour du créationnisme et autres idées obscurantistes mais parfois, dans ses titres, il se laisse emporter dans une didactisation excessive et un peu trop voyante : ainsi "L'horloger aveugle" puis "Le gène égoïste" et enfin (mais là il n'est pas responsable je pense de la mauvaise traduction) "Pour en finir avec Dieu". Les éditeurs ? Bon, mais ses livres et singulièrement le dernier sont utiles en cette période de retour du n'importe quoi en matière de réflexion. Alors bravo et merci Richard DAWKINS même si le gène n'a pas plus de raison d'être égoïste qu'altruiste. Le gène, les gènes sont dans la machine qui reproduit ces systèmes complexes comme le dit Lucas DEGRYSE et le gène ne fait que cela, comme le caillou ou la pomme  qui retombent par l'effet de la gravité.

Une mutation peut rendre marteau

Un gène du marteau pour mieux marteler les idées ? Chimère créée par un Pygmalion...
Enfoncez-vous bien ça dans la tête ! Oops, dans le parquet.
Par Merlin - Publié dans : Mémétique appliquée
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Vendredi 13 mai 2011 5 13 /05 /Mai /2011 18:18
Avant toute chose, il convient de préciser ce qu'est la reproduction chez les êtres vivants. Je prendrai la définition dans l'encyclobio et quelques précisions dans Agora Vox.

 

REPRODUCTION lexique biologie : dictionnaire
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lexique biologie : dictionnaire Processus par lequel les êtres vivants transmettent leurs gènes en donnant naissance à une autre génération d’êtres vivants.  
lexique biologie : dictionnaire    
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lexique biologie : dictionnaire    
lexique biologie : dictionnaire Au cœur de la vie, se trouve l’ ADN et son cortège de gènes . C’est par le processus de la reproduction que les êtres vivants transmettent leurs gènes, en donnant naissance à une autre génération d’êtres vivants. Il existe essentiellement deux types de reproductions : la reproduction asexuée, sans sexe, et la reproduction sexuée.  
lexique biologie : dictionnaire  



Il y a près de 4 milliards d’années, les premiers êtres vivants utilisaient un mode de reproduction asexuée : le clonage . Depuis quelques centaines de millions d’années à peine, le sexe est apparu. C’est alors par la fécondation d’un mâle et d’une femelle, qu’une nouvelle génération naît, possédant pour moitié les caractéristiques génétiques de la mère et pour moitié celles du père. Parfois, une femelle seule peut se reproduire par parthénogenèse . Pour autant, la reproduction sexuée n’a pas remplacé le clonage, et aujourd’hui encore, on trouve de tout dans la nature : des bactéries ne se reproduisant que par clonage, des mammifères ne se reproduisant que par voie sexuée, et des êtres comme les pucerons des céréales qui utilisent tantôt le clonage, tantôt la voie sexuée.
 
lexicon biology : glossary  
Caractéristiques de la reproduction dans le monde vivant

On peut donc admettre que les êtres vivants se re-produisent à l'identique par des moyens qui ont varié au cours de l'évolution et qui, pour l'essentiel, concernant les primates que nous sommes, nous les Homo sapiens, est une reproduction sexuée qui a pour objet de faire des êtres semblables à leurs géniteurs. Qui dit reproduction sexuée dit partage/distribution de chromosomes (23 provenant du parent femelle & 23 provenant du parent mâle). Les gènes contenus dans les chromosomes sont les mêmes dans des proportions qui sont surprenantes. Certains chercheurs parlent de 99,9 % de similitude, d'autres annoncent 99,5 %. Quoi qu'il en soit la reproduction sexuée des Homo sapiens maintient de puis des dizaines de milliers d'années les caractéristiques d'un génome qui ne varie que très très peu.


Cela signifie que d'un individu à un autre, dans notre espèce Homo sapiens , seule une petite proportion de ces 12 % marque des différences. C'est l'objet des recherches qui sont effectuées à propos de l'empreinte ADN. Cela signifie que les génomes humains qui se répliquent depuis sans doute 100 000 ans sont identiques et que les variations qui se produisent nécessairement sont invisibles ou insignifiantes.
D'autre part, dans une situation démographique comme celle que nous connaissons (6, 7 ou 8 milliards d'individus), il paraît peu vraisemblable qu'une mutation d'importance puisse se montrer un jour dominante en dehors d'un cataclysme planétaire (nucléaire ou naturel) qui rendrait cette mutation viable et durable. (Par exemple meilleure résistance à des froids sibériens ou à des radiations nocives...)
Le génome humain est donc très homogène et stable depuis des dizaines de milliers d'années, ce qui n'hypothèque en rien l'avenir et les perspectives d'une évolution sur des périodes beaucoup plus longues, de l'ordre du million d'années par exemple...

Un peu de sémantique autour du mot "réplicateur" :

Je suis sans doute un puriste de la langue française mais je suis attaché à la bonne formation de ses mots. Or réplicateur, si ce mot veut dire comme je le vois dans Wikipédia, entité capable de se reproduire à l'identique, ça ne marche pas car une règle implicite des mots formés avec le suffixe "ateur" (comme duplicateur) signifie que l'objet en question est une machine qui effectue une action. Ce suffixe nominal indique clairement que l'on a à faire à l'agent d'une action et non pas au résultat de l'action. Le duplicateur ne se réplique pas lui-même, le photocopieur ne se photographie pas lui-même etc...
Je serais tenté de dire qu'un réplicateur est une machine ou une machinerie qui a pour fonction de faire en sorte de répliquer des "objets" (au sens large du mot objet bien entendu.) Ici, s'agissant des mèmes, on pourrait dire que le réplicateur (la machinerie à répliquer) est l'ensembles des neurones miroirs pour l'essentiel, compte-tenu d'un milieu naturel donné et d'une situation sociale et humaine donnée.
Il est pour moi de la plus grande importance de distinguer le réplicateur (auteur de l'action) du répliqué (bénéficiaire de l'action...). Jean-Paul BAQUIAST utilise, lui, pour le mème le terme de réplicant qui est beaucoup plus juste. C'est celui que j'adopterai...

Alors, essayons de voir ce qui est répliqué lors de la reproduction des Homo sapiens :

Le génome — c'est à dire les 30 000 gènes environ que contiennent les 23 + 23 chromosomes des antécédents (parents) —  se re-produit  ce qui sous-entend que les packs associés de gènes se perpétuent sur des quantités de générations, avec leurs connivences et leurs associations, les cellules se reproduisent à l'identique et avec leurs potentialités de morphogénèse à partir des cellules souches. Il y a donc bien copie de ce qui préexistait, copie à l'identique avec les infimes variations propres aux ethnies d'origine et aux particularités propres à chaque empreinte génétiqu individuelle. (Entre 99,5 et 99,9 % de similitudes...) Les seuls cas dommageables sont des anomalies qui se répètent soit par association de 2 allèles (maladies génétiques suivant le chromosome concerné et les gènes défectueux associés) soit en restant à l'état latent mais toujours susceptible de s'exprimer.

Dans sa théorie du gène égoïste, Richard DAWKINS fait exactement comme si le gène était l'unité de réplication par excellence, le réplicateur. En fait, je l'avais signalé à Sylvain dans un courrier perso, DAWKINS est là dans une perspective de didactisation qui peut induire de fausses idées chez ses lecteurs. Il le reconnaît lui-même dans "Pour en finir avec Dieu", page 208 :

"Par souci didactique, j'ai fait comme si les gènes étaient des unités séparées, agissant indépendamment. Mais, bien sûr, ils n'agissent pas indépendamment les uns des autres, ce qui se voit de deux façons. D'une part les gènes sont disposés en ligne sur les chromosomes, et donc ils ont des tendances à voyager au fil des générations en compagnie des autres gènes particuliers qui occupent les locus chromosomiques voisins."

Je suis donc pleinement rassuré de savoir que les cartels ou packs de gènes coopèrent, ce qui leur permet d'émerger, et DAWKINS ajoute que cette pratique s'apparente davantage au libéralisme (libre marché dit-il) qu'à l'économie planifiée. Cette dernière remarque est sans doute un peu moins rassurante...

Pour répondre à un intervenant du forum de la SFM, Jean-Michel ABRASSART, qui demandait 
"Enfin bon, ma question est: comment percevez-vous la théorie du gêne égoïste de Dawkins? Fait-elle consensus? Ou pas? J'aurais tendance moi-même à dire non..."
En fait, je ne crois rien de cette hyperbole à visée purement didactique. Ainsi que l'explique DAWKINS lui-même un peu plus haut... Je pense que des associations (assemblées collaborant) se sont constituées par le plus pur des hasards lors du fonctionnement très planifié de cette machinerie de la reproduction des êtres vivants avec leurs spécificités bien définies pour chaque espèce si l'on excepte quelques variations entre reproduction sexuée et parthénogénèse chez quelques insectes.

http://www.pasteur.fr/recherche/unites/REG/resume_fr.html
L’objet de la génomique est de comprendre l’organisation fonctionnelle des gènes au sein des chromosomes et comment cela concourt à produire le phénomène de la vie.

Je considère donc pour ma part que le réplicateur est cette machinerie biologique qui a évolué depuis quelques milliards d'années pour se stabiliser dans un mode de reproduction sexuée qui évite entre autres les copies trop nombreuses de gènes défectueux. La sagesse populaire sait d'expérience que la consanguinité est source de maladies endémiques et le tabou quasi général de l'inceste est là pour en témoigner.
Le réplicateur qui recopie à l'identique les gènes dans les différents éléments biologiques qui les contiennent est le système reproducteur humain.


L'embryon et le foetus

Dans les 4 items ci-dessus on trouve l'essentiel du réplicateur de la vie : le génome humain se transmet infailliblement avec les caractéristiques, la nature et la localisation des mêmes gènes sur les mêmes chromosomes, dans des cellules identiques à toutes celles qui existaient déjà sous notre ancêtre appelé homme de Cromagnon. La plupart des changements qui ont eu lieu depuis 3 milliards d'années l'ont été par l'effet de mutations importantes. Certes on peut assister à une Évolution dans l'arborescence phylogénétique, mais cela se produit sur des périodes extraordinairement longues. Certes c'est le sens d'une sélection naturelle des gènes les mieux adaptés aux conditions de milieu de chaque époque concernée mais déterminer le gène égoïste comme seul critère de cette évolution longue et sélective me paraît excessif et pour tout dire un rien caricatural.


Quelle variété phénoménale au regard de la stabilité des réplications de nos gènes à nous les Homo sapiens dans la brève période de l'anthropocène ! Au fait, nous sommes bien des cordés, vertébrés ? Waouh !

La prochaine fois, je parlerai de la mémétique qui préoccupe les adhérents de la SFM (Société Francophone de Mémétique...)

Par Merlin le zététicien des Mèmes - Publié dans : Mémétique appliquée
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Vendredi 13 mai 2011 5 13 /05 /Mai /2011 18:13

 

Mémétique :

C'est l'étude de l'évolution des éléments culturels transmissibles au sein d'une civilisation donnée

La mémétique est une discipline nouvelle des sciences humaines qui étudie les solutions culturelles humaines sous un angle évolutionniste. Les mèmes (éléments culturels réplicables) se transmettent de cerveau en cerveaux par tous les moyens de communication disponibles.

http://memetics-story.com
Sur ce blog, on trouve quelques éléments de réflexion à propos des rapports entre la mémétique et les neurosciences.
La mémétique est apparue d'abord chez les Anglo-Saxons à la suite du fameux "Selfish gene" de Richard DAWKINS ("Le gène égoïste").

La mémétique est donc une discipline nouvelle des sciences humaines ou des sciences sociales qui a pour ambition de devenir une science à part entière. Elle étudie les mécanismes complexes qui conduisent une société donnée, une civilisation bien circonscrite à se transmettre en son sein des mèmes qui sont des réplicants, des réplications d'éléments culturels dont les transmissions sont réalisées de cerveau à cerveaux,  par imitation  : (gestes, attitudes, idées, croyances, comportements, mots, airs musicaux, tenues vestimentaires, types d'habitations, nourriture, technologies, etc...)

Les neurones miroirs :

Les mèmes sont reproduits, dupliqués, répliqués essentiellement grâce à des assemblées de neurones qui s'activent en voyant ou en entendant nos semblables effectuer des mouvements, montrer des postures gestuelles ou des mimiques faciales, proférer des sons signifiants notamment par le langage.
Ce sont les neurones miroirs qui permettent à cette faculté exceptionnellement développée chez l'homme de s'exercer dans des groupes sociaux constitués.
Les neurones miroirs ont été découverts par l'équipe de Giacomo RIZZOLATTI de l'université de Parme en 1996. La communication humaine a commencé il y a des dizaines de milliers d'années par une gestuelle faciale, corporelle et manuelle (communication non verbale) pour finir par développer un langage sonore articulé dans lequel les symboles deviennent des mots, des phrases, des discours.
 L'imitation et l'empathie vont de pair. Les neurones miroirs localisés notamment autour de l'aire de Broca et dans la zone F5 du cortex moteur sont ceux qui "s'allument" dès qu'un congénère agit ou veut exprimer quelque chose et les neurones actifs sont les mêmes chez l'émetteur et chez les récepteurs.

L'imitation est également très orientée vers les intentions et/ou les désirs des autres.
L'académicien René GIRARD a développé dans son oeuvre le concept de désir mimétique et la rivalité mimétique  qui conduit à la violence.
Vilayanur Ramachandran, un neuroscientifique reconnu dans le monde entier leur attribue le rôle de "neurones de la conscience" ou Theory of Other Minds (TOM). Il affirme que "La découverte des neurones miroirs est la plus importante nouvelle non-transmise de la décennie", et il prédit que les neurones miroirs deviendront pour la psychologie, ce que l'ADN a été pour la biologie.

Pour la culture, qu'est-ce qui se réplique ?


Richard DAWKINS utilise le terme de replicator, lorsqu'il parle des gènes ou des mèmes. Ce sont donc des entités qui se répliquent elles-mêmes à l'identique soit par le biais d'un mécanisme complexe de reproduction sexuée (comme chez tous les mammifères supérieurs) pour l'homme lorsqu'il s'agit de la réplication fidèle du génome, soit par simple copie à l'identique pour les éléments culturels reconnaissables que sont les mèmes.

Certains ont traduit l'anglais "replicators" par "réplicateurs" et je ne suis pas trop d'accord car les "réplicateurs", selon les normes de la construction des mots de langue française sont des machines à répliquer quelque chose ou des "machineries" susceptibles d'effectuer cette tâche.
On peut considérer que les mèmes reproduits à l'identique par rapport à leurs modèles d'origine sont des réplicants et que la machinerie qui permet pour l'essentiel ces réplications est celle des neurones miroirs, à laquelle s'ajoutent les systèmes de mémoires propres au cerveau des Homo sapiens sapiens.

La mémétique est davantage développée en Grande Bretagne et aux États Unis d'Amérique qu'en France mais les avancées marquantes tardent à venir.
En France, il existe une société qui travaille sur ce sujet. La Société Francophone de Mémétique. Son théoricien, Pascal JOUXTEL a déjà publié un livre qui est "une introduction à la mémétique" en octobre 2005. "Comment les Systèmes Pondent" aux éditions du Pommier.
L'approche jouxtélienne peut se résumer par ce qu'il appelle la posture méméticiennedans laquelle on n'observe que les mèmes en action et dans leurs évolutions darwiniennes.Les solutions culturelles sont considérées comme des analogues d'espèces vivantes et les humains ne sont vus que comme des terrains fournissant aux mèmes l'énergie nécessaire à leur survie. Deux interprétations coexistent : l'une dite objectiviste et l'autre subjectiviste...

Pour ma part, je ne peux pas entrevoir un seul instant une quelconque autonomie des mèmes ni de leurs "créatures". Il y a au contraire interaction permanente entre le milieu planétaire naturel, le milieu social & ses acquis culturels passés (l'intelligence, la mémoire et la conscience collectives) et  le cerveau de chaque humain qui copie en permanence des éléments culturels, grâce à ses neurones miroirs pour l'essentiel.
Les acquis culturels technologiques (outils, armes, savoirs théoriques, hautes technologies TIC) constituent avec les groupes humains et avec chaque individu des pools symbiotiques qui évoluent en même temps et demandent au génome humain (qui ne varie pas et n'a pas varié depuis plus de 35 000 ans) des adaptations comme celle qui s'est produite au moment de l'invention de l'écriture. Le cerveau humain met en oeuvre "un recyclage neuronal" qui ressemble à une sorte de "bricolage évolutif". (Cf Stanislas DEHAENE in "Les neurones de la lecture".


La mémétique est en devenir. Elle devra s'organiser pour expliquer de manière univoque comment les éléments culturels se créent, sont communiqués au sein des groupes humains, se trouvent mémorisés, ont des succès fabuleux parfois et comment  ils disparaissent imperceptiblement, discrètement  ou par mort brutale.

Par Merlin le zététicien des Mèmes - Publié dans : Mémétique appliquée
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Vendredi 13 mai 2011 5 13 /05 /Mai /2011 17:37
La conférence de Dominique GUILLO


15/07/2003    Durée 83 mn 58 '

 

Depuis une trentaine d'années, les explications néo-darwiniennes de la diffusion des idées, des sentiments et des pratiques dans les sociétés humaines — autrement dit, de la culture, au sens large — se multiplient et connaissent un succès croissant. Aux yeux des théoriciens qui proposent de telles explications, les principes fondamentaux du néo-darwinisme ont vocation à s'étendre bien au-delà de la biologie : ils constitueraient les clés épistémologiques des sciences humaines et sociales. Toutefois, derrière cette référence affichée à un même paradigme biologique, ces théories de la culture présentent d'assez vifs contrastes, fréquemment brouillés au regard par les polémiques qu'elles ont soulevées. Outre les vues réductionnistes souvent fort sommaires proposées depuis les années 70 sous l'étiquette "sociobiologie humaine", que l'on n'évoquera pas ou peu ici, deux grands modèles peuvent être dégagés. Le premier, inspiré par les sciences cognitives, explique les phénomènes culturels en les ramenant, plus ou moins directement selon les cas, à des dispositions innées inscrites dans le cerveau et commandées par des gènes (S. Pinker, J. Tooby et L. Cosmides, ou D. Sperber). Le second, dont la version la plus célèbre est la théorie des mèmes de l'éthologue Richard Dawkins, propose de rendre raison de la diffusion des idées et des pratiques dans les groupes sociaux en s'appuyant sur une analogie avec le mode de diffusion des gènes : les phénomènes culturels seraient le siège d'une évolution semblable dans ses principes à celle des gènes, mais totalement indépendante vis-à-vis d'eux. La conférence sera consacrée à la présentation et à la discussion générales de ces deux grands modèles explicatifs. Une attention toute particulière sera accordée au second, qui reste sans doute encore relativement méconnu en France.






Quel dommage que l'explication du rôle des neurones-miroirs ne soit pas  (en 2003) venue éclairer cette très bonne conférence à l'appui de la théorie  mémétique de la diffusion des idées, une théorie évolutionniste en parfaite cohérence avec la théorie darwinienne de l'évolution des espèces ! Lors de la discussion, le questionnement d'un monsieur à barbe blanche était tout à fait remarquable et il n'était pas facile de lui répondre...



Les théories néodarwiniennes de la société et de la culture

DOMINIQUE GUILLO

Texte extrait de Sciences Humaines  

http://www.scienceshumaines.com/index.php?id_article=1613&lg=fr

"Expliquer les règles sociales, les idées, l'imaginaire... à partir de la théorie de l'évolution: tel est l'objectif des modèles néodarwiniens de la culture. Toutes ces théories accordent une autonomie à la culture par rapport aux contraintes de la nature.

La morale, le pouvoir, l'amour, la religion, les relations sociales ou encore la culture peuvent-ils s'expliquer en termes d'évolution darwinienne, c'est-à-dire en évoquant la sélection naturelle et des mécanismes héréditaires ? A cette question délicate et sensible, l'anthropologie et la sociologie ont le plus souvent répondu, au xxe siècle, par la négative. Depuis le début de ce siècle, les sciences sociales se sont en effet globalement développées autour de l'idée selon laquelle le propre de l'humain consiste à s'être affranchi en grande partie des contraintes naturelles pour entrer dans le monde de la culture : grâce au langage, à la technique, à l'intelligence, à la complexité de l'organisation sociale ou encore à la prohibition de l'inceste. Une ligne de démarcation s'est ainsi implicitement établie entre les sciences naturelles et les sciences de la société : d'un côté donc, la nature, où règnent les lois de la biologie ; de l'autre, la culture et les sociétés humaines, régies par des dynamiques autonomes.

Depuis les années 70, les théories néodarwiniennes de la culture ont cherché à remettre en cause ce découpage. Elles proposent d'appliquer les logiques de l'évolution aux phénomènes sociaux et culturels. Ces tentatives ont suscité de vives polémiques. Les auteurs sont souvent accusés de « réductionnisme biologique » et de nier toute autonomie à la culture humaine. La radicalisation du débat entre les tenants du « tout biologique » et du « tout culturel » a fait écran à la bonne compréhension des positions en présence. Les théories néodarwiniennes sont ainsi assez fréquemment décrites comme les variantes d'un corps doctrinal homogène, principalement centré sur l'idée de déterminisme génétique. Pourtant, par-delà la référence commune aux interprétations contemporaines de Darwin, ces modèles explicatifs dessinent un ensemble assez vaste, dans lequel on trouve, à côté de thèses réductionnistes, des théories articulées — tout à l'opposé — autour de l'idée d'une indépendance totale de la culture humaine à l'égard des gènes. Dans cet ensemble, on peut dégager au moins quatre grands types de modèles :

1) la sociobiologie humaine stricto sensu ;

2) la théorie des « mèmes », forgée par Richard Dawkins ;

3) les théories de la coévolution gène/culture ;

4) et enfin les théories anthropologiques inspirées des sciences cognitives.

La sociobiologie humaine

La sociobiologie humaine est apparue dans le paysage intellectuel occidental au milieu des années 70, sous l'impulsion, principalement, de l'entomologiste américain Edward O. Wilson. Cette théorie a été bâtie dans le prolongement d'une sociobiologie animale. Elle consiste en une extension du darwinisme à l'explication des comportements sociaux, tel que l'altruisme, observables dans le monde vivant.

Le dévouement à autrui, comme celui des abeilles stériles qui consacrent toute leur énergie à la reproduction ou à la défense de la reine, restait en effet une énigme depuis Darwin : comment expliquer que des conduites apparemment si désavantageuses pour les individus aient pu être retenues par la sélection naturelle ? Au début des années 60, le généticien William Hamilton propose une réponse à cette énigme à travers la théorie de la « sélection de parentèle » (kin selection). Cette théorie dit, en simplifiant, qu'un comportement altruiste à l'égard d'un membre de sa parenté (par exemple, pour les fourmis ouvrières, de s'occuper des larves pondues par la reine) peut constituer, dans certains cas, un comportement adaptatif : en s'occupant de ses jeunes soeurs, avec qui elle partage les trois quarts de son patrimoine génétique, la fourmi ouvrière stérile assure la propagation d'une partie importante de ses gènes, tout autant que si elle se reproduisait directement par voie sexuée.

Dans son livre Sociobiology (1975), E.O. Wilson a rassemblé et synthétisé toute une série de travaux relatifs à « l'étude des bases biologiques du comportement social chez l'animal comme chez l'homme » (1). Qu'il s'agisse de la chasse collective chez les lions ou les loups, des relations hiérarchiques chez les poules, des comportements parentaux et sexuels chez les oiseaux et mammifères, E.O. Wilson s'attache à montrer que les conduites sociales peuvent s'expliquer en termes adaptatifs. Par exemple, le fait que les femelles s'occupent plus de leur progéniture que les mâles dans la plupart des espèces animales tiendrait à ce que la production d'un ovule représente un investissement biologique plus grand que la production d'un spermatozoïde. Les comportements masculin et féminin chez les animaux constitueraient deux stratégies adaptatives différentes, mais également efficaces : la stratégie du mâle consisterait à consacrer tous ses efforts à multiplier les cellules sexuelles et à les répandre le plus largement possible, en dépensant un mininum d'énergie pour le développement des rejetons issus de ces cellules ; celle des femelles, à produire peu de cellules sexuelles, mais à maximiser les chances de développement et de survie de chacune d'entre elles, notamment en leur prodiguant des soins tout au long de leur croissance.

Dans le dernier chapitre de son livre, celui qui déclencha la polémique, E.O. Wilson a voulu transposer la logique darwinienne à toute une classe de phénomènes humains : le mariage, la morale, la religion, les rituels, le troc, la division du travail homme/femme. Ainsi, à ses yeux, les normes sociales (règles de l'éthique, de l'évitement de l'inceste, de mariage et de parenté) sont l'expression de dispositions biologiques ancrées dans les gènes humains. Ces dispositions génétiques, dont le siège se trouverait pour l'essentiel dans le système limbique du cerveau, auraient été sélectionnées chez nos ancêtres du pléistocène, en vertu des avantages qu'elles procuraient.

Les critiques adressées à la sociobiologie humaine ne vinrent pas seulement de scientifiques ou d'intellectuels hostiles aux thèses zoologiques de E.O. Wilson. Dès le début des années 70, certains éthologistes néodarwiniens refusèrent d'étendre leurs conclusions à l'homme. Une partie d'entre eux était toutefois convaincue que le darwinisme restait valable pour expliquer les phénomènes sociaux et culturels humains, mais sous une forme radicalement opposée au déterminisme réductionniste proposé par la sociobiologie humaine. Reprenant à leur compte, en la réactualisant, une idée assez ancienne, soutenue également à la même époque par des psychologues comme D.T. Campbell ou des généticiens comme Luca Cavalli-Sforza, ces chercheurs soutinrent ainsi la thèse selon laquelle le principe de sélection ou d'évolution conserve toute sa pertinence dans l'explication des phénomènes humains, pour autant que l'on s'en serve comme d'un schéma abstrait permettant de formaliser, par analogie, la dynamique culturelle.

Les « mèmes » contre les gènes

La plus célèbre de ces constructions théoriques est assurément la théorie des « mèmes », proposée par l'éthologiste anglais R. Dawkins au milieu des années 70 et reprise aujourd'hui, notamment par le philosophe américain Daniel C. Dennett.

Dans un ouvrage qui a fait date, Le Gène égoïste (2), R. Dawkins souligne que l'idée révolutionnaire du darwinisme consiste à concevoir l'évolution comme un processus de descendance avec modification ou, si l'on veut, de réplication avec mutations. Les gènes, précise l'éthologiste anglais, sont des unités qui se perpétuent en vertu de leur capacité à produire des répliques fidèles d'elles-mêmes, soit par la reproduction, sexuée ou non, des organismes qui les portent, soit par d'autres moyens, en particulier les comportements sociaux qu'ils engendrent dans ces mêmes organismes. Les organismes biologiques ne seraient ainsi que des machines utilisées par les gènes pour se reproduire eux-mêmes. Mais comme dans tout processus de copie, ajoute R. Dawkins, il arrive que ces répliques soient entachées d'erreurs : ce sont les mutations, qui forment de nouveaux gènes. Certains de ces nouveaux gènes parviennent à produire plus de répliques que les autres : ils deviennent alors statistiquement dominant dans la population des gènes avec lesquels ils sont en concurrence. Parfois, ils échouent à se répliquer et disparaissent.

Les gènes, ajoute R. Dawkins, ne constituent qu'un exemple parmi d'autres de réplicateurs. À ses yeux, le mécanisme de l'évolution, tel qu'il est modélisé dans le darwinisme, loin d'être limité aux phénomènes biologiques, commande également la dynamique culturelle. La culture de chaque groupe humain peut être décrite, selon Richard Dawkins, comme un ensemble d'unités qu'il choisit de nommer les « mèmes » - qui forment en quelque sorte les idées élémentaires d'une culture. Un mème - ce peut être l'idée de Dieu, une recette de cuisine, une chanson, une opinion xénophobe, un adagio de Mozart, un théorème mathématique... Les mèmes se transmettent de cerveau à cerveaux en se répliquant, tout comme les gènes au cours de la reproduction. La réplication s'effectue ici, principalement, par imitation, au sens large, d'autrui : les bons réplicateurs culturels colonisent ainsi les populations humaines.

Les mèmes se transmettent donc d'un cerveau à l'autre comme les virus dans un processus épidémiologique. Mais comme pour les gènes, qui se transmettent également par réplication, il y a parfois des ratés dans le processus de copie. Et cette copie modifiée se solde par la production d'une réplique mutante : le moine du Moyen Age oublie ou modifie une phrase en recopiant un ouvrage ancien ; un gouvernement fait voter un amendement à une loi ; une personne change un mot dans le couplet d'une chanson ; ou encore, quelqu'un introduit une amélioration technique dans les moteurs automobiles ou modifie la coupe d'un vêtement. Souvent, les mèmes mutants ne parviennent pas à produire de répliques d'eux-mêmes : en d'autres termes, personne ne les imite. Mais dans certains cas, sautant d'un cerveau à un autre, ils se répandent dans la population, parfois de façon fugitive - ce sont les modes - d'autres fois de manière durable - comme le mème de Dieu, par exemple. En ce sens, les mèmes, comme les gènes, sont l'objet d'un processus de sélection.

Les mèmes, ajoute R. Dawkins, peuvent améliorer leur chance de propagation en s'associant entre eux, formant des complexes intégrés susceptibles de se répliquer plus efficacement que s'ils étaient séparés. Ainsi, les idées du feu de l'enfer et de Dieu, lorsqu'elles sont associées, se renforcent considérablement l'une l'autre et augmentent leurs probabilités respectives de propagation, tout comme les gènes commandant un agencement cohérent de dents, de mâchoire, d'estomac, d'intestins et d'organes des sens.

Dans la théorie des mèmes, la culture humaine apparaît comme le siège d'une évolution autonome, déconnectée de l'évolution biologique et beaucoup plus rapide qu'elle : les réplicateurs culturels, comme par exemple l'idée de célibat, peuvent même se trouver en opposition avec les gènes. En ce sens, la théorie proposée par Dawkins s'oppose à toute forme de déterminisme génétique ou de réductionnisme dans l'explication des phénomènes culturels.

La coévolution gène/culture

C'est en anthropologie que ces théories ont remporté, jusqu'à aujourd'hui, leurs plus grands succès, notamment à travers le modèle de la transmission des traits culturels de L. Cavalli-Sforza et Marcus W. Feldman, et celui de l'évolution des organismes culturels proposé par Robert Boyd et Peter J. Richerson (3). Dans cette discipline, les réflexions théoriques menées autour de l'analogie entre les gènes et les réplicateurs culturels se sont peu à peu orientées vers la constitution d'une théorie globale de la culture, intégrant les deux niveaux d'évolution. Deux tendances majeures se dessinent dans ces modélisations de la coévolution gène/culture.

La première est représentée par E.O. Wilson qui, dans les années 80, s'est quelque peu éloigné de la sociobiologie pour défendre une théorie dans laquelle la culture n'est plus conçue, en principe du moins, comme la simple expression de dispositions biologiques, mais comme un ordre de phénomènes relativement autonomes, interagissant avec les gènes dans un processus coévolutif. L'idée générale de la coévolution gène/ culture, telle que l'entend E.O. Wilson, peut se résumer ainsi : la sélection naturelle favorise l'acquisition, par les gènes porteurs de certaines aptitudes, des comportements culturels (aptitude à l'apprentissage, création d'outils, maîtrise du langage, conduites sociales, etc). Les cultures humaines qui se développent à partir de ce fonds d'aptitudes (génétiquement programmées) influent en retour sur la sélection des gènes porteurs de ces comportements (4). E.O. Wilson en donne l'exemple suivant. La peur et la fascination face aux serpents résultent en partie d'un instinct inné chez la plupart des mammifères. Chez les humains, la transmission de la peur du serpent se fait autant par le relais de la culture que par instinct : de nombreuses sociétés ont construit des mythes autour du serpent comme représentant du mal. L'adoption de ce « culturegène » (peur des serpents) favorise donc la fuite face aux serpents, et les sociétés qui adoptent et transmettent le mieux ces « culturegènes » ont une meilleure chance de survie. Il y a donc coévolution entre gène/culture. Toutefois, même si la culture intervient ici dans le processus de sélection des aptitudes, elle constitue en définitive le relais ou l'accélérateur de l'évolution, plutôt que son véritable moteur : en dernière instance, les conduites et les croyances, autrement dit la culture, restent encore sous le contrôle des gènes : les gènes « tiennent en laisse la culture », dit E.O. Wilson.

La seconde tendance rassemble des anthropologues qui, tout en accordant une autonomie réelle à l'évolution culturelle, s'efforcent de dresser une typologie des relations possibles entre gènes et unités culturelles - ou mèmes - et proposent des études empiriques illustrant les modèles ainsi élaborés. L'Américain William H. Durham, en particulier, distingue deux grands cas de figures (5) : d'un côté, les modes de relation gène/culture dans lesquels l'évolution biologique et l'évolution culturelle agissent et réagissent l'une sur l'autre, comme dans le cas de l'absorption du lactose chez les adultes (une majorité d'humains est incapable, à l'âge adulte, de digérer le lait, cette affection frappant surtout dans les pays n'ayant pas de tradition de consommation de produits lactés) ; de l'autre, les situations dans lesquelles la culture change principalement sous l'effet de sa dynamique propre.

Trois cas doivent être distingués, selon W.H. Durham, dans ce second sous-ensemble : le « renforcement » de la dynamique culturelle par la dynamique génétique - dont l'évolution culturelle du tabou de l'inceste constitue, aux yeux de l'anthropologue américain, le meilleur exemple -, la « neutralité » et, enfin, l'« opposition » - que l'on peut observer en particulier chez les Fores de Nouvelle-Guinée. Les pratiques cannibales, culturellement valorisées dans la société Fore, auraient ainsi entraîné la diffusion, dans les groupes dont se compose cette société, d'une maladie neurophysiologique mortelle - le kuru, variante ancienne de la maladie de la vache folle - qui décimerait assez régulièrement une partie de la population.

Depuis le début des années 80 s'est dessiné en anthropologie un autre courant darwinien, qui s'inscrit dans le prolongement des thèses psychologiques développées dans le cadre des sciences cognitives. Les représentants de ce courant, en particulier l'anthropologue Dan Sperber, considèrent, comme les théoriciens des mèmes et la plupart des théoriciens de la coévolution, que l'évolution culturelle obéit à une logique de diffusion qui rappelle celle des épidémies. Aux yeux de D. Sperber, les idées et représentations se répandent d'un cerveau à l'autre par une sorte de contamination. D'où le titre de son livre : La Contagion des idées (6). Toutefois, les anthropologues dont il est ici question marquent très nettement leur distance à l'égard des divers modèles appuyés, d'une manière ou d'une autre, sur l'idée de réplicateurs culturels, et leur adressent de nombreuses critiques. D. Sperber, notamment, fait remarquer que la diffusion des unités culturelles ne s'effectue que rarement selon une réplication à l'identique. Le plus souvent, en passant d'un cerveau à l'autre, les idées sont transformées. Une telle instabilité interdit de concevoir les représentations culturelles comme des réplicateurs. En réalité, souligne ainsi D. Sperber, la transformation, et non la réplication, constitue la loi générale de la transmission culturelle.

Selon D. Sperber, si certaines représentations culturelles possèdent une certaine stabilité, c'est en vertu de l'existence « d'attracteurs culturels ». L'histoire du Petit Chaperon rouge, par exemple, subit d'incessantes modifications en passant d'un individu à un autre, d'un individu à un livre ou d'un livre à un individu. Ces changements qui s'ajoutent les uns aux autres n'entraînent pas, toutefois, de modifications telles que la version obtenue après plusieurs transmissions n'ait plus rien à voir avec la version initiale : tout à l'inverse, les différentes versions se maintiennent autour d'un contenu standard moyen, sans jamais, toutefois, lui être identique. Cette stabilité des représentations culturelles s'explique, selon D. Sperber, par le caractère « attractif » de telles versions moyennes.

Mais d'où vient le pouvoir attracteur de ces représentations ? Pourquoi telle ou telle idée prendrait plus d'importance que d'autre, se reproduirait avec plus de facilité ? Sur ce point, D. Sperber reprend les thèses de la psychologie évolutionniste inspirée par les sciences cognitives, en particulier les travaux de John Tooby et Leda Cosmides (voir l'article en p. 37).

Un ensemble hétérogène

De la sociobiologie humaine aux théories de la coévolution gène/culture, de la théorie des mèmes à l'anthropologie cognitive, les modèles qui s'inspirent aujourd'hui de Darwin en sciences sociales sont fort divers. Parfois même, ils sont opposés les uns aux autres dans leurs principes et leurs conclusions. En tout cas, ils sont bien loin de se réduire au seul modèle réductionniste de la sociobiologie humaine. Ces théories apparaissent plutôt comme des reformulations, dans le langage des sciences de la vie, de quelques grands modèles sociologiques traditionnels.

Parmi ces différents modèles néodarwiniens, tous n'ont pas la même qualité scientifique. Certains relèvent de spéculations sommaires et à forte charge idéologique. C'est le cas de bien des études qui jalonnent la littérature sociobiologique consacrée à l'homme (7). D'autres, comme celui de W.H. Durham, constituent des modèles élaborés et complexes. La communauté ou la ressemblance de vocabulaire ne doit pas tromper sur la nature de ces différents modèles. Il est important d'analyser chacun d'entre eux à part, dans sa spécificité, et de se demander, dans chaque cas, si l'on a affaire à une reformulation théorique originale et suffisamment solide pour être discutée, ou à un simple habillage lexical, destiné à donner l'allure de la science à des vues stériles."


NOTES


1 E.O. Wilson, La Sociobiologie (trad. de l'édition abrégée de Sociobiology: The new synthesis, 1975), Le Rocher, 1987.

2 R. Dawkins, Le Gène égoïste (1re édition anglaise en 1976, revue et augmentée en 1989), Odile Jacob, 1996.

3 D. Guillo, Sciences sociales et sciences de la vie, Puf, 2000.

4 C.J. Lumsden et E.O. Wilson, Genes, Mind, and Culture. The coevolutionary process, Harvard University Press, 1981.

5 W.H. Durham, Coevolution. Genes, culture and human diversity, Stanford University Press, 1991.

6 D. Sperber, La Contagion des idées, Odile Jacob, 1996.

7 R. Wright, L'Animal moral, éd. Michalon, 1995.
Par Merlin le zététicien des Mèmes - Publié dans : Mémétique appliquée
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Vendredi 13 mai 2011 5 13 /05 /Mai /2011 14:39
On peut avoir des idées, c'est certain. Mais d'où viennent-elles ? Ya t-il un jaillissement spontané qui provient des cerveaux fertiles en eurêkas ou alors ces idées, vivantes elles-mêmes, viennent-elles coloniser les cerveaux disponibles, accueillants pour se reproduire et se dupliquer.
Ces idées ont peut-être suivi un long cheminement pour voir le jour à un moment donné et être répliquées à l'envi dans une société bien définie, dans des sphères et des réseaux relationnels bien ciblés ou bien définis.














http://la-planete-des-idees.org/?p=3


Les hommes changent-ils le monde des idées en créant des solutions culturelles nouvelles qui se perpétuent ou s'éteignent un jour ou est-ce le monde des idées qui s'insinue dans les esprits humains pour s'en servir comme terrain favorable, se développer, se répliquer et se répandre de manière darwinienne en faisant jouer la loi de la sélection naturelle ? Les mieux adaptées survivent et celles qui sont ineptes pour l'environnement , le milieu du moment, s'étiolent et finissent par mourir ?

Une définition simple et compacte de la mémétique :
http://www.larousse.fr/encyclopedie/article/m%E9m%E9tique/11004167


Une définition plus méméticienne :

Qu'en pensez-vous ? L'homme est-il partie prenante dans l'élaboration des éléments qui constituent sa culture, les mèmes, ou n'est-il qu'un terrain cérébral colonisé par des idées ?
Par Merlin le zététicien des Mèmes - Publié dans : Mémétique appliquée
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