Samedi 30 août 2008 6 30 /08 /2008 09:50
Charles CERISIER est  prêtre, comme l'était CÔTIS-CAPEL lui-même. Sans doute fut-il lui aussi un peu en dehors des sentiers battus traditionnels de cette fonction. Dans ce 'recueil de documents', il nous invite à mieux connaître celui qui fut pendant les quinze dernières années de sa vie (CÔTIS est mort en 1986) un compagnon de route tant au plan fraternel que spirituel.





  Beaucoup de lecteurs et admirateurs du poète connaissent son lyrisme incomparable et tous les vrais défenseurs de la langue normande ne tarissent pas d'éloges à l'égard
d'Albert LOHIER
devenu CÔTIS-CAPEL comme pour mieux s'ancrer dans ses origines haguaises.

   Mais dans ce livre, Charles CERISIER ne se contente pas de présenter des oeuvres poétiques de son ami. Il y ajoute quelque chose qu'il serait difficile d'appeler une biographie ou des 'mémoires par procuration' mais plutôt une sorte de mémorial fait d'archives et de scènes de vie réunies.

   Ce travail de compilation est précieux pour mieux comprendre l'oeuvre de CÔTIS-CAPEL, ses engagements et le souci permanent d'être au clair avec le cheminement entrepris depuis le début, tant dans le domaine de sa foi que dans celui de son rôle social auprès de ceux qu'il a souhaité approcher dans l'atmosphère de leur travail quotidien. À cet égard, le titre "J'ai gardé le cap" me paraît très évocateur de cette ligne de conduite toujours maintenue, contre vents et marées. Prêtre ouvrier, Albert fut le premier prêtre marin pêcheur et il dut subir les foudres vaticanes comme tant d'autres dès 1959.


   Albert LOHIER écrivait en 1951 :
"Être missionnaire de la mer n'est pas une fonction attribuée à un prêtre auquel l'autorité religieuse confierait le soin habituel des âmes avec l'obligation d'assumer le culte, de promouvoir les oeuvres diverses ou même d'animer l'action catholique dans le milieu.
Le missionnaire a accepté de vivre totalement la vie même des pêcheurs. Il est professionnel, inscrit maritime, embarqué. Il travaille comme un matelot. Il vit de son salaire. Il doit, le cas échéant, souffrir les aléas du métier : long séjour à terre à cause du mauvais temps, en cas de panne, en cas de chômage." (Extrait p. 107 du livre de Charles CERISIER.)











    Bien entendu, dans cet ouvrage, le défenseur de la langue normande et le poète ne sont pas oubliés. Dans le chapitre 5, "Une écriture", CERISIER présente l'oeuvre de CÔTIS comme un élément de sa quête, une recherche. Albert aurait aimé que l'on dise "ses méditations". Mais Albert LOHIER, c'est aussi une voix "persuasive, rapide, coléreuse, explicative et ponctueée..., retenue et méditative ... un peu éraillée par la pipe et marquée par des difficultés respiratoires, bronchite et asthme"...
  À la fin de l'ouvrage, un CD présente 16 enregistrements de la voix de CÔTIS-CAPEL et les textes se trouvent dans les chapitres 5 à 8. Je trouve cette idée tout à fait remarquable et, si les traductions du normand en français n'avaient pas de sens pour le poète CÔTIS, elles ont au moins le mérite de permettre à ceux qui ne comprennent pas parfaitement la langue normande, de saisir les idées et le sens général des méditations d'Albert, dans son loceis...
J'avais déjà eu l'occasion de faire une brève présentation de
ce très grand poète normand
(cliquer sur le lien ci-dessus)

à la mi-juin dernier, juste après que l'auteur nous eût présenté son livre.

Voici ce que CÔTIS-CAPEL écrivait à propos du   grand métier   qu'est celui de la mer :

(Le prêtre marin pêcheur dit lui-même son poème)

Pendant les vacances, des critiques injustifiées ont été formulées à l'encontre de ce travail. Je n'en dirai pas plus que ces quelques mots, pour quatre pages ignobles :
Tout ce qui est excessif est dérisoire et lorsqu'on aimerait soi-même être mis en valeur, on écrit quelque chose de positif, utile à tous et à la langue normande. C'est le cas lorsque l'on met à la disposition de tous un recueil de documents sérieux et faciles à consulter. Il n'en est pas de même lorsqu'on se prétend "expert en langue normande" et qu'on affirme que les mots "quétoun" et "devaunté" ne font pas partie de notre loceis et qu'il faudrait dire "âne" et "tablier". Mais voyons ! ...
Ce qu'il faut, c'est humblement se mettre au service de cette langue normande qui a déjà été si souvent bafouée par le passé. Chiche ! Il y en a qui le font déjà très bien et je pense en particulier au groupe Magène, à son site et à tous ses animateurs. Et puis, dans l'ombre et le silence, il y a les experts, les vrais qui se taisent en mesurant avec tristesse les dégâts occasionnés.
À l'évidence ces quatre pages vindicatives et remplies d'un fiel amer ont été écrites par un cuistre égocentrique. Ça ne l'empêche pas d'écrire :

"Certes, je peux lui savoir gré de ne pas m'avoir trop cité afin que ma modestie ne puisse en souffrir, je ne suis pas d'un naturel à me mettre en avant et je préfère la discrétion et la retenue aux effets de manchettes et aux déclarations intempestives si prisées des fans de la 'com'."

Une annonce en forme de précaution oratoire; un bel oxymoron ironico-paranoïde ou l'art de dire tout le contraire de ce qu'on pense. C'est pitoyable ! La suite du paragraphe le démontre d'abondance...

Je pense revoir Charles CERISIER  prochainement mais je recommande dores et déjà à tous la lecture de son livre qui est paru au 2ème trimestre 2008 chez isoète.   Un outil bien précieux !
Par Merlin le zététicien - Publié dans : Philosophie, littérature et poésie
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Samedi 23 août 2008 6 23 /08 /2008 16:19


LA MER


Ainsi qu’une prairie au printemps sous la brume
La mer s’épanouissait en pétales d’écume
Et, papillons géants qui tournent et se penchent,
Les mouettes dans leur vol effleuraient ces fleurs blanches


À l’horizon fume le soleil rouge
Pareil à quelque tas broussailleux d’herbes rousses
Qui finit de brûler dans l’ombre
À petites secousses…

Là-bas aussi par où le ciel vient se confondre
Dans la nuance de l’eau
Les mâts des bateaux
Ont l’air de faner sur les roches
Le foin des nuages qui s’effilochent…

Ainsi qu’une prairie au printemps sous la brume
La mer s’épanouissait en pétales d’écume.




J'aime ce poème pour la simplicité harmonieuse des images qu'il évoque. Vous connaissez  son auteur j'imagine ? ...



Par Merlin le zététicien des Mèmes - Publié dans : Philosophie, littérature et poésie
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Mardi 12 août 2008 2 12 /08 /2008 17:14
EN ROUTE VERS LE CANYON  DE LA MONTAGNE DE LA CHÈVRE...

   Un ami m'a dit : "Ce qui est curieux, c'est que tu aies été déçu de ne pas trouver les réponses à tes questions, sans comprendre que plus on cherche à répondre à des questions, et plus on en trouve des questions. C'est un des principes de la recherche..."
   Je propose tout d'abord à cet ami de lire ce texte qui est une parabole de la vie et de la manière de représenter les connaissances de toute nature qu'on y acquiert en se posant des questions dans tous les domaines, chemin faisant :

Le parcours initiatique de la vie

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   Je voudrais reprendre aujourd'hui cette métaphore du canyon afin de mieux expliciter le cheminement de la pensée d'un être humain dans ce long et difficile chemin de l'acquisition de savoirs, de savoir-faire, de savoir-être et de savoir-vivre au final.

Ce canyon est magnifique ! C'est le Canyon de la Connaissance. Vous voulez bien que je l'appelle comme ça ?

    Je suis né, aux Sources d'Elle, une toute petite rivière normande, il y a un peu plus de six décennies. Au tout départ,  je ne voyais rien de ce canyon car je suis resté à l'horizontale ou à quatre pattes plus de seize mois, retardé sans doute par des souvenirs de guerre qui n'aident pas nécessairement à se redresser hardiment... Lorsque je me suis relevé un peu de mes frayeurs, j'ai commencé à apercevoir la belle ligne arborée que constitue sa partie la plus haute.
   Et puis, fasciné par l'étrange beauté de ce paysage lointain, j'ai pris la décision d'avancer vers lui pas à pas, à petits pas...
  J'ai découvert dès le début du sentier le langage des hommes, celui que m'a appris ma mère essentiellement et Cécile l'employée de maison ou la bonne comme on dit.
  J'ai rencontré la mort très tôt, celle de ma pauvre Maman, alors que j'avais deux ans, puis j'ai connu des maîtresses* exigeantes, compréhensives et bienveillantes à la fois jusqu'à cinq ou six ans...
*
Irène & Juliette furent des institutrices d'école maternelle exceptionnelles je dois le dire.

   Au fur et à mesure que mon pèlerinage avançait, je découvrais de nouveaux aspects du canyon, de plus en plus précis. Les détails s'accentuaient, se précisaient, et tout au long du chemin, je faisais de multiples hypothèses, car je n'avais pas de guide...
  Vers mes sept ans, la lune et ses aspects divers de croissant ou de disque d'or m'intriguait : je décidai d'imaginer que ce serait grossièrement une demi-sphère, semblable à un ballon dégonflé, dont l'une des parties était rentrée dans l'autre; la partie rentrée étant obscure alors que la partie convexe était toujours lumineuse. Elle tournait sur elle-même et se présentait donc sous tous ses aspects : disque plein, croissant vers la droite, croissant vers la gauche ou creux invisible. J'avais imaginé ces phases de la lune... parce que personne ne voulait ou ne savait m'expliquer la réalité du phénomène...
  Une partie de mon parcours a été difficile, triste, pénible même. J'avançais difficilement, souvent en pleurant, car j'étais seul au monde et l'image de la falaise du canyon, bien que je m'en approchasse chaque jour était troublée au travers de mes larmes.
  Un peu de volonté retrouvée me fit découvrir les joies de la géométrie dans l'espace, la magie des nombres et la beauté du dessin et de la peinture auxquels je pouvais m'adonner sans réserves. Je voyais de mieux en mieux la rive droite de mon canyon et j'y découvrais des secrets incroyables au fur et à mesure que je croisais des gens qui, comme moi, se dirigeaient vers les mêmes buts : comprendre, savoir, agir, grandir.

  Je commençai alors à saisir un peu mieux les règles de la société dans laquelle je vivais malgré moi : il s'agissait de reproduire les mêmes habitudes que celles que nos prédécesseurs avaient imaginées, reproduites, vécues. Les comportements, les mots, les gestes et les manières d'être étaient recopiés à l'infini et chaque rencontre nouvelle était l'occasion d'une nouvelle façon de singer ceux que nous croisions.

  Je m'approchais toujours, lentement, du bord du canyon, mais — si j'en découvrais les apparences et les évidences avec de plus en plus de netteté — je ne distinguais toujours pas encore les détails fins que j'aurais aimé pouvoir observer de beaucoup plus près.
  Bien sûr, des livres achetés dans les échoppes sur le parcours racontaient les merveilles et la beauté de la nature de l'autre côté ; la faune et la flore y étaient répertoriées par le menu. Mais je voulais voir tout ça en réalité,  par moi-même. J'achetai alors des jumelles, puis une lunette à fort grossissement. Je pouvais voir à présent des choses nouvelles qui m'éblouissaient et me comblaient de bonheur.
  Mes connaissances de la faune et de la flore de cette rive droite devenaient intéressantes. Mais je n'y étais toujours pas. Pendant ce temps, je rencontrais de plus en plus de semblables qui se passionnaient eux aussi pour cette quête de la réalité de l'autre rive qui s'approchait de plus en plus. Et là, il y avait un autre sujet d'étude, bien plus complexe, surtout le soir au bivouac. Les uns affirmaient qu'ils avaient imaginé une théorie globale explicative de tout ce qu'il y avait de l'autre côté, tandis que d'autres donnaient le détail de chaque élément  de vivant ou d'inerte présent le long de la merveilleuse falaise des connaissances. Et puis, ils inventaient des manières, des méthodes, des procédures, des protocoles et faisaient déjà des simulations informatiques sur les écrans de leurs portables de ce qu'on rencontrerait là-bas...
  Je fis, lors de ce périple, la connaissance de jeunes filles charmantes qui tournaient autour de moi, mais je continuai mon chemin et c'est seulement quelques années plus tard que j'en rencontrai une avec laquelle je poursuivis mon chemin, pour la vie, en compagnie de deux petits garçons qui nous accompagnèrent alors.
  Comme j'avais déjà acquis quelques rudiments, je les transmis en route à des centaines de jeunes gens car ma profession consistait à faire passer des mèmes dans les cerveaux d'enfants, d'adolescents ou de jeunes gens. C'était des moments passionnants pendant lesquels je leur faisais appréhender la nature des choses rencontrées le long du parcours commun, mais aussi des images de l'autre rive.

Par Jean-Pierre CRESPIN - Publié dans : Philosophie, littérature et poésie
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Dimanche 10 août 2008 7 10 /08 /2008 10:48



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Dans le cerveau humain, l'engramme d'un mème occupe des réseaux de neurones interconnectés au sein d'aires spécialisées dans des tâches bien spécifiques (Vision, audition, émotion, olfaction, cognition...)
Les 5 types de mémoires peuvent être sollicitées.

LES 5 TYPES DE MÉMOIRES
(Cliquer sur le lien ci-dessus pour lire l'article)

Pour davantage de détails quant aux fonctions de chaque aire,
se reporter à ce site
(Cliquer sur le lien ci-dessus)


Mèmes: Les mèmes sont à la fois un processus biologique du type réactions d'un système à des stimulations, et au final le résultat culturel de transformations neurochimiques au niveau de réseaux de neurones et de tout le substrat cérébral des Homo sapiens. Ils s'inscrivent dans le cadre de propriétés génétiques & épigénétiques identifiables chez tous les êtres humains, quelles que soient leurs origines géographiques ou ethniques et ces éléments de culture sont transférables, duplicables, transmissibles chez tous les peuples dès la plus tendre enfance (sous réserve que des amorçages perceptifs appropriés aient été initiés par des stimulations affectives et émotionnelles de la mère)  jusqu'à un âge avancé.
 Les mèmes sont donc des propriétés épigénétiques du système nerveux humain et ils subissent des phénomènes évolutifs d'un type assez proche de ceux de l'évolution génétique des espèces, telle qu'elle a été définie par Darwin.
   Il existe plusieurs grandes catégories de mèmes mais on devrait en faire un inventaire exhaustif et dresser une typologie des mèmes qui serait souvent en relation étroite avec les trois niveaux du cerveau humain définis par Paul D. MacLean :

- Les mèmes  inspirés par la nécessité impérieuse de la survie (mèmes issus des propriétés et des capacités propres du cerveau reptilien.) On apprend donc, dans le cadre de la société, par imitation des anciens à adopter des comportements sécuritaires, protégeant le clan et chaque individu du groupe. La maîtrise du feu et l'apprentissage de sa reproduction à volonté sont parmi les premiers mèmes qui ont permis à l'Humanité de se constituer en collectif pensant, agissant et reproduisant socialement des mèmes.

- Les mèmes qui sont sous la dépendance du cerveau paléo-mammalien (le système limbique) et qui gèrent essentiellement les situations de peur, de fuite, de répulsion, d'aversion et toute la dialectique fondamentale des systèmes de récompense/sanction.

- Les mèmes que permet de créer et de modifier le cerveau néo-mammalien (le néo-cortex*) qui traite des informations, les prend à son compte ou les rejette avec une importance considérable de l'éducation première qui conduit à un déterminisme global très prégnant mais assorti néanmoins d'un petit espace (mais si précieux !)  de choix volontaires : le libre-arbitre de chacun.

* Le cerveau qui calcule et conjecture...

  Les mèmes les plus puissants et qui n'ont que peu de difficulté à se répliquer sont ceux qui font partie du deuxième groupe (émotions) ou qui en proviennent indirectement.

  L'arborescence quasi-fractale  du bagage mémétique humain peut se concevoir comme une pyramide inversée avec les mèmes fondamentaux ou archétypaux à la base (de sa pointe) et les mèmes les plus récents, les plus évolués, mais aussi les plus volatils, les plus mouvants, les plus changeants, dans la partie supérieure dont la surface augmente régulièrement en quantité et...  très peu en qualité.
  Cette même arborescence peut être figurée sous la forme d'un arbre dont les racines constitueraient les mèmes de base, le tronc contiendrait les mèmes de second niveau (émotions & premières technologies) et les branches, de différents diamètres, feraient émerger les mèmes plus modernes et plus mouvants, sujets éventuellement à des...  émondages ou à des modifications d'aspect.

   Les mèmes ne sont rien sans leur support biologique car c'est lui qui a permis leur émergence, leur création, par observation et comparaisons du milieu environnant  ou par calculs comparatifs & spéculatifs (Homo sapiens
est le seul mammifère à prévoir à long terme et à conjecturer ... sur les mèmes) et c'est ce même support biologique qui les nourrit, les supporte et permet leur stockage transitoire ou de plus longue durée dans les 5 mémoires des hommes.
   Dans la plupart des duplications de mèmes qui se font de cerveau à cerveau, il y a modification de l'information, du code qui se transmet de génération en génération mais, de plus en plus, de saison en saison. L'évolution des mèmes du XXIème siècle est infiniment plus rapide que celle qui a concerné les mèmes du XIIème au XIXème siècles.
  Les mèmes n'ont aucune autonomie, aucune capacité d'autarcie : ils restent sous l'entière dépendance du milieu environnant physique et surtout de leur milieu de vie qu'est le système biologique complexe qui les héberge. Les mèmes ne sont que des interactions d'idées émises par des hommes. Pas tous c'est vrai ! Mais, comme chez les autres primates, ce sont les "dominants*" qui sont les créateurs et les pourvoyeurs de mèmes.

* Reste à bien définir ce qu'est un "dominant" chez les Homo sapiens...

Les mèmes ne sont pas des "créatures" mais juste des créations temporaires (émergence, vie, mort) déterminées ou issues des potentialités épigénétiques des cerveaux humains interconnectés en réseaux d'intelligence collective au sein de sociétés organisées par les acquis culturels (règles, habitudes, comportements et lois), le package qui est "donné*" à chacun et à chaque communauté de vie à un instant "t" de la civilisation donnée.
* Ce qui est reçu en héritage

   La culture humaine et sa sauvegarde peuvent être considérés comme un système informatique complexe  (un système qui traite de l'information)  constitué de réseaux de réseaux interconnectés en interne (chaque être avec ses modules propres, ses aires spécifiques spécialisées) et en externe (l'ensemble de la communauté humaine) en liaison avec le milieu environnant par des périphériques d'entrée (ouïe, vue, odorat, goût, toucher associés à de multiples capteurs), par des périphériques de sortie (gestuelle,  mimiques, mouvements, voix/parole/langages, écrit & dessin assistés de nombreuses machines amplifiant et facilitant la communication).
   Cette culture que reçoivent et font évoluer sans cesse les humains est sous l'effet dynamique d'une "machine universelle" à traiter de l'information dont le coeur de l'unité centrale décisionnelle est de nature biologique. Pierre Lévy parle de la Machine Univers (il désigne plutôt l'ordinateur) mais pour la conscience c'est sans doute le seul Homo sapiens qui "peut" tout changer. Une preuve ? Je ne sais pas ! Ne sommes-nous pas en train d'en discuter entre nous ?


Où commence le jeu des mèmes ?

« Le biologique ignore le culturel. De tout ce que l'homme a appris, éprouvé, ressenti au long des siècles, rien ne s'est déposé dans son organisme [...]. Chaque génération doit refaire tout l'apprentissage [...]. Là gît la grande différence des civilisations humaines avec les civilisations animales. De jeunes fourmis isolées de la fourmilière refont d'emblée une fourmilière parfaite. Mais de jeunes humains séparés de l'humanité ne pourraient reprendre qu'à la base l'édification de la cité humaine. La civilisation fourmi est inscrite dans les réflexes de l'insecte [...]. La civilisation de l'homme est dans les bibliothèques, dans les musées et dans les codes ; elle exprime les chromosomes humains, elle ne s'y imprime pas. »

Jean ROSTAND (Pensées d'un biologiste)


  

Par Jean-Pierre CRESPIN - Publié dans : Pour une refondation de la mémétique
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Dimanche 10 août 2008 7 10 /08 /2008 10:11
Réponse à Sylvain MAGNE à propos du mème "A".

Sylvain en bleu et J-P en orangé


  J-P, ta réponse était on ne peut plus claire. Merci.

J'ai fait de mon mieux mais ce n'est pas toujours facile d'exprimer sa pensée.

Il est vrai que je n'ai pas développé dans mon document le caractère historique des supports mémétiques, mais je trouve la question très intéressante. Si tu as des détails à partager sur le mème "A" et l'évolution des symboles et des codes, je serais vraiment ravi de les entendre.

J'ai commencé en ce qui concerne ce que tu as appelé en page 2 de ton topo pdf le mème "A".  Je suis aussi sur deux autres pistes :
- le gène de l'obésité et le mème de l'obésité en concurrence ?
- le mème "réchauffement climatique" et ses implications dans les milieux de la recherche & dans le microcosme politique.
S'agissant de la déjà longue histoire du mème "A", je commence.

L'émergence première du mème "A" prend corps dans l'Égypte ancienne, il y a près de 5000 ans avec un pictogramme qui désigne de manière très figurative un boeuf ou taureau (Bâta) sur ses quatre pattes :
http://classes.bnf.fr/dossiecr/atelier/images/2/sq04-07.gif

Un peu plus tard, chez les Cananéens & chez les Phéniciens (du côté de Byblos) qui vont répandre ce signe le long de la Méditerranée, le boeuf (Aleph) est déjà beaucoup plus stylisé et ce n'est plus que la tête qui est représentée :

http://classes.bnf.fr/dossiecr/atelier/images/2/sq04-02.gif

En même temps qu'on a réduit la représentation du bovin à sa tête, d'autres représentations expriment ses qualités morales telles la puissance, l'énergie, le calme, la vigueur et la robustesse :

http://classes.bnf.fr/dossiecr/atelier/images/2/sq04-06.gif

Une nouvelle étape arrive qui n'est plus guère figurative et qui symbolise le même"aleph" en 3 traits simples et dépouillés :

http://classes.bnf.fr/dossiecr/atelier/images/2/sq04-03.gif


Le stade suivant fait faire au signe une rotation horaire de 90° et la barre qui traverse la tête symbolise les cornes du boeuf, toujours "aleph" :

http://classes.bnf.fr/dossiecr/atelier/images/2/sq04-04.gif

Une nouvelle rotation horaire de 90° donnera le A grec tel que nous le connaissons aujourd'hui. Il s'appelera "alpha" :

http://classes.bnf.fr/dossiecr/atelier/images/2/sq04-05.gif

J'aimerais moi-même explorer l'idée que les supports se développent et se complexifient à la manière d'un code informatique (et oui encore ^_^) en se complexifiant en couches successives. Plus un ordinateur se donne une capacité de codage élevée (générations des 8 bits, 16 bits, 32, 64, 128 etc.) plus elle peut élaborer son langage et ses capacités.

C'est très exactement ce que je pense et ceci est aussi vrai pour les langages de programmation que pour les logiciels utilisés pour les faire tourner, fonctionner. C'est le même principe d'efficacité qui a fait passer les hommes des hiéroglyphes, pictogrammes ou autres idéogrammes aux lettres alphabétiques qui codent pour des sons bien déterminés. Du boeuf qui symbolisait des concepts divers, on est passés à des signes (pour le aleph) de plus en plus épurés qui avaient d'abord le sens sémitique de "coup de glotte" puis qui chez les Grecs représentèrent le son "A".
Il en fut de même pour les codes des langages informatiques qui, pour finir par un codage binaire réservé à la machine se devaient d'être de plus en plus rapides, précis, performants. Toujours dans le sens d'un gain en économie d'énergie mais sans se soucier du potentiel en mémoire vive et en mémoire morte qui pouvait technologiquement s'accroître de manière fulgurante.



Je ne dis pas que le cerveau fonctionne ainsi mais que le passage du « support comportemental » au « support verbal », puis « au supports physiques modernes », semble être représentatif des niveaux de complexités cérébraux de plus en plus complexes.

Mon opinion est que c'est exactement pareil. Le cerveau se comporte comme un réseau de réseaux d'ordinateurs interconnectés qui sont reliés à des périphériques sensoriels  entrants et sortants. C'est une machine à fabriquer de la pensée, à traiter les données, à faire des choix opportunistes. Reste à définir les limites du libre-arbitre. Il en a déjà été question sur cette liste de discussions et sur "Automates intelligents". Je pense pour ma part que le pourcentage de libre-arbitre dans nos décisions est très ténu mais c'est l'existence de celui-ci qui fait toute la différence entre les mammifères supérieurs et Homo sapiens : c'est cette conscience qui ne peut traiter qu'un seul problème à la fois (il y a une file d'attente...) mais qui peut surtout choisir en pesant les conséquences des différents choix possibles. En fait cette conscience peut extrapoler et imaginer, calculer des 'possibles'...

D'ailleurs, il est intéressant de remarquer comment lorsqu'un programmeur doit utiliser un langage d'un niveau supérieur, cela lui prendra beaucoup de temps pour en explorer toutes les capacités, ce n’est pas immédiat. Plus un langage est complexe plus l’horizon des possibles augmente et plus cela prend du temps à explorer, de facon exponentielle. Je veux dire que depuis que nos cerveaux sont capables de gérer des mèmes complexes, cela ne veut pas dire qu'il ne nous faudra pas encore de nombreux siècles pour en explorer toutes les capacités. Le nombre de mèmes possibles, imaginés et imaginables est infini.

Le chaos c'est ça ! Plus c'est compliqué et plus ça devient complexe. Alors je ne te dis pas les fractales que ça va générer. Mais nous avons à présent des ordinateurs extraordinairement puissants pour faire cela. Que nos pauvres cerveaux monotâche se concentrent sur les problèmes les plus vitaux !

(Où on en revient étonnamment au concept d'externalisation de l'intelligence humaine abordé par Hervé JUVIN lors du séminaire de mémétique, le 27 juin dernier à Puteaux, chez Eurogroup justement...)

Pour ce qui est de la spirale, je reste encore dubitatif.
Le temps me manque mais je reste curieux.


Moi aussi je regarde avec curiosité ces "trouvailles" qui mettent en liaison l'évolution des sociétés humaines et celle de chaque individu mais je préfère me référer à Gregory BATESON et à son "Écologie de l'esprit" plutôt qu'à une dynamique, fût-elle en forme de spirale. (Ce que je ne crois pas d'ailleurs...) Je pense plutôt à des concepts évolutifs qui s'emboîtent de manière concentrique (théorie des ensembles) ou à la formidable métaphore de l'hypertexte qui permet de générer des liens pertinents entre tous les concepts, avec ou sans hiérarchisation.

Un bref extrait de l'introduction du livre de BATESON :

"Les questions que soulève ce livre sont bien des questions écologiques: Comment les idées agissent-elles les unes sur les autres ? Y a-t-il une sorte de sélection naturelle qui détermine la survivance de certaines idées et l'extinction ou la mort de certaines autres ? Quel type d'économie limite la multiplication des idées dans une région donnée de la pensée ? Quelles sont les conditions nécessaires pour la stabilité (ou la survivance) d'un système ou d'un sous-système de ce genre ? Certains de ces problèmes seront concrètement analysés par la suite, le but de ce livre étant surtout de nettoyer le terrain pour que des questions comme celles qu'on vient d'évoquer puissent être posées d'une façon sensée."
  • Vers une écologie de l’esprit,  I, Seuil, Paris, 1977.
  • Vers une écologie de l’esprit, II, Seuil, Paris, 1980.
Je reviendrai sur ce sujet en développant un peu "le mème de la lecture, un apprentissage culturel exemplaire".



Par Merlin le zététicien - Publié dans : Pour une refondation de la mémétique
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