L'esclavage de l'heure

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TEMPUS FUGIT...
 

Le temps s'en va madame
Las le temps
Mais nous nous en allons

Et tôt serons étendus sous la lame...
 

Un univers pascalien

 
Le silence éternel de ces espaces infinis m'effraie.

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Le libre arbitre des hommes consiste à choisir la femme qui décidera à leur place.

C’est le propre des censures violentes d’accréditer les opinions qu’elles attaquent.
(Voltaire)

Si tu ne mènes pas ton propre combat, on fera de toi le combattant d'une cause qui n'est pas la tienne.

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  • : Merlin le zététicien des Mèmes
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  • : 01/01/2008
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Lundi 30 janvier 2006



Voilà ! Cela fait 10 jours que ces textes étaient en ligne. Je donne les résultats manquants :

- LES MÈMES FONT-ILS DE LA FUMÉE
GUY DE MAUPASSANT dans "BEL AMI" chap III
- LES MÈMES MYTHIQUES DU GRAND OUEST
YVES BERGER dans "L'ATTRAPEUR D'OMBRES" 1992 éd Grasset
- LES MÈMES ROMANESQUES DE L'IMAGINATION FERTILE
JACQUES ATTALI dans "AU-DELÀ DE NULLE PART" éd Fayard 1997
- LES MÈMES DE LA PHILOSOPHIE
PIERRE LÉVY dans "L'INTELLIGENCE COLLECTIVE" éd de la Découverte 1994

Je n'en propose pas d'autres pour l'instant... on aurait pu mieux jouer peut-être, sans la moindre arrière pensée. Lévy avait été trouvé... mais pas dit.
S'agissant de la musique, l'auteur était Phil Collins "A day in paradise".
@mitiés



J'ai déposé dans les cinq articles qui suivent cinq extraits de textes de nature différente à chaque fois (philosophiques, poétiques ou pris dans des romans ou nouvelles...)

À vous de découvrir l'auteur et le titre de l'ouvrage d'où cet extrait provient.
Celui/celle qui aura trouvé le plus de bonnes réponses sera le gagnant ou la gagnante.

Euh, ce jeu n'est pas vénal c'est juste pour le plaisir de chercher et de participer, si le coeur vous en dit...

J'ajoute aujourd'hui dimanche 5-2 quelques 1-10 qui pourront vous mettre sur la piste des auteurs :

-"Les mèmes font-ils de la fumée?" Un très grand auteur, parmi les plus grands. Il est Normand...

-"Les mèmes mythiques du grand ouest" Il est mort depuis peu mais avait obtenu le prix Fémina il y a quelques décennies...

-"Les mèmes romanesques de l'imagination fertile" L'auteur est un surdoué touche à tout lui aussi mais pas essentiellement écrivain. Il a côtoyé la politique, la banque etc...

-"Les mèmes de la philosophie" Ce philosophe est pour moi l'un des phares les plus éclairants de notre époque. Ça n'engage que moi bien sûr & je ne fais pas dresser un hit parade mais je le classe dans la demi-douzaine des plus grands philosophes vivants. Il a plus ou moins quitté la France, comme beaucoup de penseurs ou de chercheurs et il est les deux à la fois.

- Dans "Le jeu un super-mème vieux comme le Monde" La petite musique midi est d'un jeune londonien qui a été très lié à Genesis, ce groupe fabuleux. Auteur de musiques de films, batteur, chanteur, c'est...


Question subsidiaire (afin de départager les éventuel(le)s ex-aequo)

Quel est le titre de ce morceau et qui en est le compositeur ?

Avez-vous trouvé ? Qui ? Quoi ?
par Jean-Pierre CRESPIN publié dans : Autour du feu primitif
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Lundi 30 janvier 2006
Un dernier extrait pour cette série d'aujourd'hui. Moi j'aime beaucoup !
Qui ? Dans quoi ?


   Elle se leva et se mit à marcher, après avoir allumé une autre cigarette, et elle dictait, en soufflant des filets de fumée qui sortaient d'abord tout droit d'un petit trou rond au milieu de ses lèvres serrées, puis s'élargissant, s'évaporaient en laissant par places, dans l'air, des lignes grises, une sorte de brume transparente, une buée pareille à des fils d'araignée; parfois, d'un coup de sa main ouverte, elle effaçait ces traces légères et plus persistantes; parfois aussi elle les coupait d'un mouvement tranchant de l'index et regardait ensuite, avec un attention grave, les deux tronçons d'imperceptibles vapeur disparaître lentement.
    Et Le Bateleur, les yeux levés, suivait tous ses gestes, toutes ses attitudes, tous les mouvements de son corps et de son visage occupés à ce jeu vague qui ne prenait point sa pensée.
Elle imaginait les péripéties de la route, portraiturait des compagnons de voyage inventés par elle, et ébauchait une aventure d'amour...[......]
Puis, s'étant rassise, elle interrogea Le Bateleur sur la topographie de l'Algérie qu'elle ignorait absolument. En dix minutes, elle en sut autant que lui et elle fit un petit chapitre de géographie politique et coloniale pour mettre le lecteur au courant et le bien préparer à comprendre les questions sérieuses qui seraient soulevées dans les articles suivants.

Bon, tu me pardonneras Luc. J'ai mis "Le Bateleur" en lieu et place du véritable nom du personnage mais je suis prêt à témoigner que ce n'était pas toi qui étais à ses côtés, tout au moins ce jour-là. ;o))
par Jean-Pierre CRESPIN publié dans : Grâce au feu
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Lundi 30 janvier 2006
    Un texte qui est le début d'un ouvrage assez récent pour réjouir les amoureux du Nouveau Monde...
Quel est le titre du livre et le nom de l'auteur (qui a quand même obtenu le prix fémina il y a quelques décennies !)
QUI  EST-CE ? C'est dans  ..............................   ........................... ?


   "C'était un jour où, plus que les autres, l'Amérique me manquait, au point que je me sentais, dans le Vieux Monde où je suis né et où je vis, en manque du Nouveau. En exil. Des merveilles depuis le matin entraient en moi, sortaient de moi, revenaient, rapides à la façon des nuages que le vent prend en chasse, merveilles fiévreuses puisées à mes voyages américains et que la mémoire, qui les avait retenues, activait, là dans la forge des souvenirs dont elle poussait soudain les feux mais je reconnaissais d'autres images, à venir et à vérifier celles-là, toutes issues de mes lectures, de mon savoir, de ma voyance, de ma méditation, appréhension et impatience des choses d'Amérique. Faucon Pélerin a surgi à ce moment où tant de richesses eussent pu me submerger...
   De toutes les images qui me font une vie intérieure, le faucon pélerin est celle peut-être que je j'aime le plus... Celle dont j'ai le plus besoin, en Europe. Un jour, voici longtemps, mon esprit happa l'oiseau, qui depuis lors ne cesse de m'habiter. En moi son nid, ses erres, ses pinces...
Mystère Faucon Pélerin. Les autres me traversent mais lui, son aire est en moi."
par Jean-Pierre CRESPIN publié dans : Grâce au feu
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Lundi 30 janvier 2006
Voici un bref extrait d'un roman dont je vous demande quel est le titre ainsi que le nom de son auteur.




"La nuit était décidément très chaude et A.............. ressentit encore l'impression de vertige qui l'avait saisi peu avant d'arriver chez lui. Sa vue se brouilla, il en vint à perdre l'équilibre et faillit tomber de sa chaise. Quand il se fut remis d'aplomb et que son esprit fut redevenu lucide, il se leva, alla ouvrir les trois grandes portes-fenêtres du salon et fit quelques pas sur la terrasse entourant la maison. Il resta un moment à contempler les lumières de la ville et, un peu plus loin, la masse opaque du Centre. Même la nuit ne parvenait pas à rafraîchir le désert.
A.............. n'avait pas d'enfants et n'éprouvait nullement d'en avoir depuis le départ d' Anna.... Pourtant, cette prédiction le rendait heureux. Sans doute se dit-il un peu plus tard -  fut-ce la raison pour laquelle il décida de poursuivre la conversation.
Il revint dans la moiteur du salon et s'installa de nouveau devant la console. Il relut attentivement tous les textes qui s'étaient inscrits depuis le début. En son absence, lautre avait questionné :
 - Vous êtes toujours là, Professeur ? Vous êtes encore là ?"
par Jean-Pierre CRESPIN publié dans : Grâce au feu
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Lundi 30 janvier 2006
Dites moi qui a écrit ce texte et quel est le titre de l'ouvrage, s'il vous plaît...


"Dans l'espace des marchandises, ce n'est pas seulement la parole qui est séparée d'une situation vivante. Tableaux et visages, paysages et musiques, rites et spectacles, les événements de toutes sortes sont indéfiniment reproduits et diffusés par les livres, la presse, la photo, les disques, le cinéma, la radio, les cassettes, la télévision, hors de leur contexte d'émergence. Multiplié par les médias, emporté par mille voies et canaux, le signe est détérritorialisé.
Avant l'enregistrement du son et la radio, la majeure partie de l'humanité n'avait jamais entendu que les musiques de sa nation, de sa région, et toujours en liaison avec une circonstance particulière : chants de travail ou d'amour, seguedille ou bourrée, chansons de fête ou cantique religieux. Avant la photographie, le cinéma et la télévision, les images étaient attachées à des lieux, à des occasions, à des saisons. Désormais, les signes sont déliés. Le Territoire séparait la chose du signe, mais pour mieux les réarticuler par l'arbitraire de la convention, de la loi, de l'État. Sur l'espace des marchandises, les flux des signes courent sans frein. La coupure a si bien fonctionné que la transcendance ne fait plus lien.
L'écriture avait permis une analyse du discours, une réification des mots, une première décontextualisation du langage. Les médias opèrent une décontextualisation massive et généralisée de tous les signes qu'aucune transcendance ne vient plus réguler.
La sémiotique du Territoire distinguait la chose de sa représentation. Sur l'Espace marchand ou médiatique, il n'y a plus vraiment de chose, de référent, d'original. La monnaie continue à circuler en l'absence d'étalon-or. La mélodie écoutée à la radio ou enregistrée sur le disque n'a jamais été chantée telle que je l'entends : ce n'est qu'un effet de studio, cela n'existe que dans la sphère du spectacle. La presse et la télévision créent l'événement, produisent la réalité médiatique, évoluent dans leur propre espace plutôt que de nous envoyer les signaux des choses mêmes. La référence ne renvoie qu'à la médiasphère. Le grand magasin du signe, ou le Spectacle, devient alors une sorte de surréalité par quoi toute parole ou toute image doit passer si elle prétend avoir quelque efficacité."
par Jean-Pierre CRESPIN publié dans : Autour du feu primitif
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Lundi 30 janvier 2006
Voici comme promis, la première d'une série de cinq énigmes :
De qui est ce poème ?
 
LA MER


Ainsi qu’une prairie au printemps sous la brume
La mer s’épanouissait en pétales d’écume
Et papillons géants qui tournent et se penchent
Les mouettes dans leur vol effleuraient ces fleurs blanches


À l’horizon fume le soleil rouge
Pareil à quelque tas broussailleux d’herbes rousses
Qui finit de brûler dans l’ombre
À petites secousses…

Là-bas aussi par où le ciel vient se confondre
Dans la nuance de l’eau
Les mâts des bateaux
Ont l’air de faner sur les roches
Le foin des nuages qui s’effilochent…

Ainsi qu’une prairie au printemps sous la brume
La mer s’épanouissait en pétales d’écume.



par Jean-Pierre CRESPIN publié dans : Grâce au feu
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Samedi 28 janvier 2006
 Juste en préambule à quelques textes sur le langage, cette petite introspection dans un livre qui mérite d'être lu dans tous les sens. Je ne propose pas de noms d'auteurs potentiels. Vous trouverez vous-mêmes...

Alors, qui a écrit cela ?..........


  "Rien d’autre, rien d’autre pour moi que le langage. C’est le seul problème, ou plutôt la seule réalité. Tout s’y retrouve, tout y est accordé. Je vis dans ma langue, c’est elle qui me construit. Les mots sont des accomplissements, non pas des instruments. Au fond, il n’existe pas pour moi vraiment de souci de communiquer. Je ne veux pas me servir de débris étra,gers, à moi donnés, pour échanger avec les autres. Cette communication est une fausse mesure ; à la fois illusoire et enfoncée dans ma vie. Que puis-je dire aux autres ? Qu’ai-je à leur dire ? Pourquoi leur dirais-je quelque chose ? Tout cela n’est que duperie. Et pourtant, c’est vrai, j’utilise. Je me sers. Je puise dans un domaine éparpillé, multiforme, mécanique. Je vis la cause de la société. Je possède la parole. Mais dès l’instant où le mot est devenu ma propriété, annexé, objet de doute, de discorde, relation du dictionnaire, me voici enfoncé dans mon corps réel. Comme toutes les illusions, celle entretenue par le langage se dépasse elle-même ; elle devient nature de ma fuite, force de mon ascension, peut-être même ascèse.
Bien sûr à aucun moment je n’oublie les règles fixes, élémentaires, qui font des mots des valeurs d’échange ; ainsi en apparence je reste en adhésion avec l’extérieur, je participe. Mais cette syntaxe, cette logique comportent leur part d’oubli ; si je ne peux jamais être pur, si je ne peux jamais parler une langue pure, qui rende parfaitement compte du caractère unique de mon expérience, du moins suis-je au-delà de la pureté. Amoralisme étonnant de la langue qui vous lie, qu’on méprise et qui vous fait atteindre la jouissance de l’autonomie. Amoralisme de ce qu’il y a d’individuel dans ma phrase, et morale pour les ensembles. De toute manière, cela ne peut plus être un débat : c’est ma condition sociale évidente, contre quoi je ne puis rien, même si je le veux. Je suis celui-ci ; je l’ai été, je le serai ; il est inutile, par souci d’objectivité, ou par cette naturelle hypocrisie qu’on appelle lucidité, qui veut vous faire voir les angles divers d’une chose unique, d’essayer d’échapper.
  On ne joue pas avec soi, on n’échappe pas à soi-même. Comme le temps, comme l’espace, cette évidence est au-delà de tout jugement. La liberté n’est pas le but du langage. Suis-je libre d’être moi ?"
        
par Jean-Pierre CRESPIN publié dans : Les mèmes de notre lexique
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Mardi 24 janvier 2006
 Une BD décapante va voir le jour au festival d'Angoulème :

L'affaire du voile  par René Pétillon

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"Après avoir expédié son plus que douteux détective, Jack Palmer, enquêter en Corse, René Pétillon le ramène à Paris pour élucider une nouvelle affaire, "l'Affaire du voile".
Madame Clara Pelerin, dentiste stressée, le charge de retrouver sa fille Lucie, disparue subitement. Elle se serait convertie à l'islam le plus radical, voilée jusqu'aux yeux et aurait changé de nom pour s'appeler Yasmina Fatwa.
Jack enquête chez les marchands de tapis de prière avec boussole incorporée indiquant la Mecque, dans les hammams (se trompant bien sûr et y introduisant une mixité mal venue), chez les imams des plus modérés aux plus fondamentalistes (l'un se glorifie d'avoir des fidèles à Guantanamo, l'autre se plaint de la concurrence, lui qui n'en a qu'à Fleury-Mérogis) et finalement dans une bizarre école coranique pour jeunes filles voilées, observant tous les jeûnes même les facultatifs.
Evidemment, Jack a tout faux. Quant à l'auteur, il brouille les pistes et multiplie les quiproquos, se moque doucement des uns comme les autres: les bobos ayant perdu de vue leurs enfants ne sont pas épargnés. Toutefois, Pétillon ne s'est pas "lâché" comme il le fit avec "L'enquête corsse" il y a trois ans. C'est moins outré, moins jubilatoire aussi, plus réservé, plus subtil et peut-être plus précautionneux dans la dérision."
(Albin Michel éditeur. Sortie le 24 janvier. 56 pages couleurs. 12,50 euros)

Qu'on se le lise !...

Oops ! dans le courrier des lecteurs de mon quotidien préféré (obligatoirement préféré puisque je n'ai pas le choix)  j'ai retrouvé ce petit pavé écrit par mes soins en réponse à un petit texte de Mme O. B. qui trouvait le foulard islamique (hidjab) parfaitement à sa convenance dans les lieux publics où les femmes pouvaient porter cet ornement selon elle sans inconvénient pour les autres usagers...

                   

 OUEST-FRANCE du mardi 9 septembre 2003 (Courrier des lecteurs)

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Mais quelques jours plus tard, je recevais avec étonnement une lettre d'un lecteur de Vannes postée au centre de tri de cette ville 48 h plus tard. En voici le contenu :

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   Comme quoi il apparaît clairement que dans un texte, quel qu'il soit, on ne ponctionne que ce qu'on a voulu y voir ! Sacré Émile !
    Hélas, je n'avais pas son adresse pour lui répondre, sinon je me serais fait un plaisir de lui préciser ce que j'entendais réellement par "les vertus supposées de nos grand-mères"...

    Finalement, ce n'est pas si facile de transmettre les mèmes que l'on veut puisque tout dépend de l'état & de la tournure de réceptivité des destinataires...
N'est-il pas ? ;o))





Du vent dans les voiles
par Jean-Pierre CRESPIN publié dans : Grâce au feu
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Mardi 10 janvier 2006
L'exposition "L'âge d'or des sciences arabes"
 à l'Institut du Monde Arabe.

L'article de Civetta est très élogieux à l’égard de cette exposition qui n’est pas tout à fait la première que l’IMA consacre aux sciences arabes. Dès l’inauguration en 1987, il y en avait eu une qui présentait déjà de nombreux astrolabes et instruments utilisés par les savants arabes… Je trouve néanmoins comme Civetta que cet âge d’or méritait le lustre et la publicité qu’on lui a donnés mais


        dans cette affaire de "L'âge d'or de la Science Arabe", il n'est quand même pas indispensable de trop s’emballer comme le fait un peu Ahmed Djebbar. Son enthousiasme est probablement contagieux mais il ne faut pas oublier de rendre à César ce qui est à César. ..
    Beaucoup de "découvertes" ou "d'inventions" sont systématiquement arabisées et notamment par le truchement du vocable : algèbre, chiffres, zéro etc... Il est vrai qu'un nombre de mots important de notre langue française proviennent de l'arabe (assassin, alcool, calibre, charabia, civette [donc Civetta], élixir, mesquin, souk, toubib j'en passe et des meilleurs !...
Il n'en reste pas moins certain qu'il aurait été plus juste de parler de "samkhyas" indiens plutôt que de chiffres arabes et de "shûnya" plutôt que de zéro...

Pour en revenir à l'exposition elle-même,

1) Vanter les mérites de l’expansion vers l’ouest, le nord et l’est de cette science arabo-musulmane au rythme des conquêtes des cavaliers d'Allah en plein Jihad, n’est-ce pas en même temps reconnaître les bienfaits ou l'action positive d’une colonisation musulmane sans limites ou presque ?
    À une époque où ce n’est pas de bon goût de faire l 'éloge des colonisations (et j’en suis d’accord) c’est étonnant que l’on glorifie celle-ci au prétexte que la Science y aurait été le grand vainqueur ! Rien n’est moins sûr !

2) Les nombreux savants qui ont fait cet âge d’or incontestable n’étaient pas tous Arabes et l’on joue bien volontiers sur l’ambiguïté arabe/musulman/persan ou même vivant dans une société musulmane dominée par les Arabes pour faire croire que toute cette richesse culturelle et intellectuelle est purement d’essence arabe. Les Perses comme Avicenne, les Ouzbeks comme Al-Khwarismi ou les Berbères d’Andalousie se voient vite dépossédés de leur origine nationale ou ethnique et sont subtilement assimilés à l’arabitude glorieuse...

3) Il suffit de lire sur  le site de l'Institut du Monde Arabe le texte qui présente l’exposition pour s’en convaincre. Ainsi, dans cette phrase
" La civilisation arabo-musulmane nous a légué le système de numérotation utilisé dans le monde entier et a transmis le chiffre zéro inventé par les mathématiciens indiens."
On peut croire ainsi que la numérotation (terme impropre d’ailleurs puisqu’il s’agit en fait d’une véritable numération, décimale; il eût été plus judicieux de parler de l'invention des chiffres en usage aujourd'hui) a été initiée ou inventée par les Arabes eux-mêmes alors qu’il n’en est rien puisque ce sont les Indiens et notamment l’inventeur du zéro de position utilisable dans les calculs, Brahmagupta. Et si les rédacteurs de ce texte  redonnent (pour une fois) la paternité du zéro aux mathématiciens Indiens c’est bien à ce dernier, astronome prestigieux et mathématicien prodige, et à lui seul qu’on le doit, dans sa valeur positionnelle, calculatoire et pour tout dire de nombre à part entière. Évidemment "sifr" le mot arabe a donné chiffres puis chiffres arabes pour des signes qui étaient rigoureusement indiens. Zéro lui-même vient de « sifr » avec un passage par ‘zefiro’ pour finir en zéro…

4) Alors, certes, les mots sont arabes mais les concepts viennent d’ailleurs, d’Inde notamment, de Grèce aussi car les érudits arabes ont fait dans un premier temps l’immense effort de traduire tout ce qui présentait un quelconque intérêt scientifique, ce qui ne retire rien à leurs mérites postérieurs dans le développement de ces sciences retrouvées.

L'image « http://idata.over-blog.com/0/13/42/39/science-arabe1.jpg » ne peut être affichée, car elle contient des erreurs.
Il s'agit, au début de l'expansion arabo-musulmane d'une science assez élitiste et confidentielle qui regroupe - notamment à Bagdad, des savants de l'ensemble de l'Orient

« Les savants des pays d’Islam ont d’abord étudié et assimilé, puis prolongé d’apports nouveaux les disciplines pratiquées dans les civilisations antérieures (surtout grecque, mésopotamienne et indienne) en ayant recours à la science expérimentale et en défrichant des domaines et des techniques qui ne se constitueront que bien plus tard en Europe. »

Tout se passe en effet comme si l’Occident, pendant tout le Moyen Âge avait ignoré ou oublié l’enseignement des anciens Grecs alors que les Arabes ont su le reprendre à leur compte très vite.
    Le directeur de l'IMA affirme que les savants arabes ont traduit les textes grecs et ont apporté autre chose qu'une simple application de ces bases scientifiques que notre civilisation occidentale avait oubliées ou laissées de côté (on peut se demander pourquoi ?) c'est vrai ! On ne peut pas nier la progression de la science en cette époque féconde où les savants avient pignon sur rue. Mais ils n'étaient pas si nombreux qu'on veut bien le faire croire car la société islamique n'était pas extrêment démocratique et tournait essentiellement autour du Calife.

L'image « http://idata.over-blog.com/0/13/42/39/science-arabe2.jpg » ne peut être affichée, car elle contient des erreurs.
Au Xème siècle Bagdad et Cordoue sont les deux places fortes de la science musulmane


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Ces deux siècles sont vraiment l'âge d'or de la science arabo-andalouse

L'image « http://idata.over-blog.com/0/13/42/39/science-arabe4.jpg » ne peut être affichée, car elle contient des erreurs.
La splendeur de Bagdad et de l'Andalousie s'est effondrée dès le XIIème siècle jusqu'en 1492
 
    Pendant tout ce temps, on prétend que l'Occident croupissait dans une ignorance grave et que les mathématiques ne pouvaient pas progresser, à cause de l'indigence du système de numération romaine. Gerbert d'Aurillac y remédiera dès 995 juste avant de devenir le pape Sylvestre II : il introduira le système de numération indien et le zéro répandus en Andalousie par la conquête arabo-musulmane.
   Mais il n'est pas si sûr que les sciences en Europe étaient moribondes, si l’on excepte les mathématiques dont l’impulsion a été décisive grâce à Brahmagupta, d'autres sciences, en particulier la médecine continuaient de se développer avec quelques progrès deça-delà, mais on peut s’interroger sur le peu d’écho donné à ce qui se faisait de mieux en Europe, au XIIème siècle par exemple avec  Hildegarde Von Bingen. Est-ce parce qu’il s’agissait d’une femme ?

   Mais la médecine a bien progressé également en Andalousie pendant cette période.

D' un point de vue mémétique, on peut se demander comment des mèmes scientifiques occidentaux, aussi élaborés que tous ceux qui ont été consignés par les plus grands de nos savants grecs anciens,  n'ont pu être repris et valorisés que par des intellectuels orientaux, qu'ils fussent d'ailleurs arabes, juifs, musulmans ou pas. C'est une question qui, pour l'instant, semble ne pas avoir de réponse.
par Jean-Pierre CRESPIN publié dans : Passeurs de mèmes
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