L'esclavage de l'heure

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TEMPUS FUGIT...
 

Le temps s'en va madame
Las le temps
Mais nous nous en allons

Et tôt serons étendus sous la lame...
 

Un univers pascalien

 
Le silence éternel de ces espaces infinis m'effraie.

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Le libre arbitre des hommes consiste à choisir la femme qui décidera à leur place.

C’est le propre des censures violentes d’accréditer les opinions qu’elles attaquent.
(Voltaire)

Si tu ne mènes pas ton propre combat, on fera de toi le combattant d'une cause qui n'est pas la tienne.

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Lundi 26 juin 2006
Un modèle informatique du cerveau

    Il se développe à l'heure actuelle tout un vocabulaire à propos d'une quête nouvelle au sujet du fonctionnement du cerveau des humains : sciences cognitives, psychologie cognitive, cognitivisme, connexionnisme etc...
Il est vrai que trop longtemps, des psychologues aussi rigoureux que Jean Piaget se sont contentés de noter scrupuleusement ce qui se passait à l'entrée et à la sortie de la boîte noire que constitue le cerveau.

     Dans ses entretiens avec François Azouvi & Sylvain Piron, répondant à la question,

De quel côté, selon vous, peut venir aujourd'hui ou demain le renouvellement de la psychanalyse ? Du cognitivisme ?

Marcel Gauchet* déclare : 

"Je reste assez sceptique, en l'état actuel, sur la portée de ce qui nous est proposé sous le nom de cognitivisme. Énormément de bruit pour pas grand chose. Je suis prêt à penser, cela dit, que ce mouvement aura de profondes retombées. Pas celles qu'on croit. Mais la comparaison entre les cerveau humain et l'ordinateur me semble ponctuellement très féconde. Je suis sûr qu'on écrira un jour un grand livre expliquant en quoi le cerveau humain n'est pas un ordinateur et fonctionne autrement, en dépit de ses aspects computationnels.
Il y a à ce scepticisme un motif de méthode. Je ne crois pas beaucoup à la psychologie normale. L'esprit humain est une machine tellement compliquée, opaque et surprenante que, si on l'approche en bloc, on ne voit pas grand chose. En revanche, quand on l'aborde à partir de ses défaillances, on peut entrer dans l'intimité de son fonctionnement. La voie royale pour avancer dans sa connaissance, c'est la pathologie. De ce point de vue, je crois qu'on peut fonder de légitimes espoirs sur la neuropsychologie clinique, et en particulier sur l'étude des aphasies. À côté des névroses et des psychoses, il y a là un continent pathologique qui est susceptible de renouveler profondément notre compréhension de l'architecture et des mécanismes de l'esprit. L'équivalent pour le XXIè siècle de ce que le freudisme a été pour le XXè peut sortir de l'analyse des pathologies de fonctionnement langagier." [......]

(La condition historique Stock 2003  p. 211-212)

    Je dois dire que si je suis assez globalement d'accord avec ce que dit Gauchet à ce sujet, j'ai néanmoins quelques petites divergences de détail par rapport à ce qu'il conjecture.
     Cognitivisme, psychologie cognitive, toutes ces étiquettes, semblables à celle de "sciences de l'éducation", ne font que récupérer une discipline qui, elle, est rigoureusement une science : les neurosciences (neurobiologie, neurophysiologie). Ce qui aura des retombées réelles grâce aux progrès de l'imagerie médicale notamment mais aussi de la micro-chirurgie cérébrale, ce sont les applications des neurosciences elles-mêmes, pas les inférences en "psychologie". L'IRMf et la caméra à positons (TEP) feront davantage avancer nos connaissances sur le fonctionnement du cerveau que les spéculations psychologiques qui en découleraient.

     Si on veut bien utiliser comme outil intellectuel spéculatif un modèle computationnel du cerveau, je suis actuellement entièrement d'accord pour cela tout durant qu'on n'aura pas un modèle technologique plus évolué, puisqu'aussi bien il s'agit d'un organ chargé du traitement de l'information, de la régulation et de la prise de décision.
     En fait, mieux qu'un seul ordinateur, c'est l'équivalent d'un réseau de réseaux informatiques interconnectés au sein desquels chaque réseau est spécialisé dans une tâche bien spécifique, les aires préfrontales et frontales du néocortex jouant le rôle du coordinateur ou du chef d'orchestre alors que le système limbique assure la fonction émotionnelle et énergétique de l'ensemble du système (avec un rôle fondamental dévolu à l'amygdale.)
     Selon ce modèle computationnel, connexionniste, mais également systémique, le cerveau humain (système nerveux central) est l'un des systèmes intelligents contenus dans l'ensemble du corpus de l'être Homo sapiens sapiens (système osseux, musculaire, articulaire, digestif, cardio-vasculaire, endocrinien, lymphatique etc...) système qui est doté de périphériques (vision, ouïe, olfaction, goût, toucher) et qui teste en permanence l'environnement naturel (biotope) et humain (société) en vue d'adapter ses décisions/choix aux tests effectués, en renforçant à chaque fois qu'il progresse (test réussi) la pertinence de ses processus conscients ou non-conscients. Mais c'est la véritable unité centrale de l'ensemble des systèmes associés.

     Il est vrai que, comme le souligne Marcel Gauchet, pour la connaissance plus pointue de ce système intelligent, les pathologies ont été et seront encore d'un secours terriblement éclairant dans les particularités fonctionnelles locales de telle ou telle zone. S'agissant des troubles ou pathologies plus lourdes du langage, en dehors des aires incontournables que sont celle de Broca et de Wernicke, on commence à rétablir des vérités qui avaient été dévoyées (comme pour la dyslexie ou l'autisme). On est en mesure de repérer sérieusement les anomalies de "câblage" (Cf Pr Michel Habib) qui en sont à l'origine et les hypothèses de Bruno Bettelheim, largement et complaisamment répandues, n'ont plus guère cours en 2005.

* Marcel Gauchet, un des tout premiers penseurs français actuels
     (J'aime beaucoup cet article du Point qui décrit si bien Marcel.)

Ce que je crois, c'est que, bien au-delà des pathologies, on sera capables (et on est déjà en mesure de le faire) de suivre à la trace les processus normaux des activités intellectuelles courantes comme lire, parler, écouter, calculer, mémoriser, reproduire etc...
Et cette nouvelle cartographie du normalement normal nous donnera des indications précieuses sur l'origine des pathologies du langage ou de la mémoire (lésions physiques ou traumatismes psychiques.)
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Voir par exemple les travaux de l'équipe de Stanislas Dehaene :

par Jean-Pierre CRESPIN publié dans : Dans le champ des neurosciences
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