Lundi 6 février 2006
EN ROUTE VERS LE CANYON DE LA MONTAGNE DE LA CHÈVRE...
Un @mi m'a dit aujourd'hui "Ce qui est curieux, c'est que tu as été déçu de ne pas trouver réponses à tes questions, sans comprendre que plus on cherche à répondre à des questions, et plus on en trouve des questions. C'est un des principes de la recherche..."
Je lui propose tout d'abord de lire ce texte qui est une parabole de la vie et de la manière de représenter les connaissances de toute nature qu'on y acquiert en se posant des questions dans tous les domaines, chemin faisant :
Un @mi m'a dit aujourd'hui "Ce qui est curieux, c'est que tu as été déçu de ne pas trouver réponses à tes questions, sans comprendre que plus on cherche à répondre à des questions, et plus on en trouve des questions. C'est un des principes de la recherche..."
Je lui propose tout d'abord de lire ce texte qui est une parabole de la vie et de la manière de représenter les connaissances de toute nature qu'on y acquiert en se posant des questions dans tous les domaines, chemin faisant :
Le parcours initiatique de la vie


Je voudrais reprendre aujourd'hui cette image du canyon afin de mieux expliciter le cheminement de la pensée d'un être humain dans ce difficile et long chemin de l'acquisition de savoirs, de savoir-faire, de savoir-être et de savoir-vivre au final.
Ce canyon est magnifique ! C'est le Canyon de la Connaissance. Vous voulez bien que je l'appelle comme ça ?
Je suis né, aux Sources d'Elle, une toute petite rivière normande, il y a un peu plus de six décennies. Au départ, je ne voyais rien de ce canyon car je suis resté à l'horizontale ou à quatre pattes plus de seize mois, retardé sans doute par des souvenirs de guerre qui n'aident pas à se redresser hardiment... Lorsque je me suis relevé un peu de mes frayeurs, j'ai commencé à apercevoir la belle ligne arborée que constitue sa partie la plus haute.
Et puis, fasciné par l'étrange beauté de ce paysage lointain, j'ai pris la décision d'avancer vers lui, à petits pas.
J'ai découvert au tout dbut du sentier le langage des hommes, celui que m'a appris ma mère essentiellement et Cécile l'employée de maison (comme on dit...)
J'ai rencontré la mort très tôt, celle de ma pauvre mère, alors que j'avais deux ans, puis j'ai connu des maîtresses exigeantes, compréhensives et bienveillantes à la fois jusqu'à cinq ou six ans...
Au fur et à mesure que mon pélerinage avançait, je découvrais de nouveaux aspects du canyon, de plus en plus précis. Les détails s'accentuaient, se précisaient, et chemin faisant, je faisais souvent des hypothèses car je n'avais pas de guide...
Vers mes sept ans, la lune et ses aspects divers de croissant ou de disque d'or m'intriguait : je décidai d'imaginer que ce serait grossièrement une demi-sphère, semblable à un ballon dégonflé, dont l'une des parties était rentrée dans l'autre; la partie rentrée étant obscure alors que la partie convexe était toujours lumineuse. Elle tournait sur elle-même et se présentait donc sous tous ses aspects : disque plein, croissant vers la droite, croissant vers la gauche ou creux invisible. J'avais imaginé ces phases de la lune... parce que personne ne voulaitou ne savait m'expliquer la réalité du phénomène...
Une partie de mon chemin a été difficile, triste, pénible même. J'avançais péniblement, souvent en pleurant, car j'étais seul au monde et l'image de la falaise du canyon, bien que je m'en approchât était trouble au travers de mes larmes.
Un peu de volonté retrouvée me fit découvrir les joies de la géométrie dans l'espace, la magie des nombres et la beauté du dessin et de la peinture auxquels je pouvais m'adonner sans réserves. Je voyais de mieux en mieux la rive droite de mon canyon et j'y découvrais des secrets incroyables au fur et à mesure que je croisais des gens qui, comme moi, se dirigeaient vers les mêmes buts : comprendre, savoir, agir, grandir.
Je commençai alors à saisir un peu mieux les règles de la société dans laquelle je vivais malgré moi : il s'agissait de reproduire les mêmes habitudes que celles que nos prédécesseurs avaient imaginées, reproduites, vécues. Les comportements, les mots, les gestes et les manières d'être étaient recopiés à l'infini et chaque rencontre nouvelle était l'occasion d'une nouvelle façon de singer ceux que nous croisions.
Je m'approchais toujours, lentement, du bord du canyon, mais - si j'en découvrais les apparences et les évidences avec de plus en plus de netteté, je ne distinguais pas encore les détails fins que j'aurais voulu observer de beaucoup plus près.
Bien sûr, des livres achetés dans les échoppes sur le parcours racontaient les merveilles et la beauté de la nature de l'autre côté ; la faune et la flore y étaient répertoriées par le menu. Mais je voulais voir tout ça de près, par moi-même. J'achetai alors des jumelles, puis une lunette à fort grossissement. Je pouvais voir à présent des choses nouvelles qui m'éblouissaient et me comblaient de bonheur.
Mes connaissances de la faune et de la flore de cette rive droite devenaient importantes. Mais je n'y étais toujours pas. Pendant ce temps, je rencontrais de plus en plus de semblables qui se passionnaient aussi pour cette quête de la réalité de l'autre rive qui s'approchait de plus en plus. Et là, il y avait un autre sujet d'étude, bien plus complexe, surtout le soir au bivouac. Les uns affirmaient qu'ils avaient imaginé une théorie globale explicative de tout ce qu'il y avait de l'autre côté, tandis que d'autres donnaient le détail de chaque élément de vivant ou d'inerte présent le long de la merveilleuse falaise des connaissances. Et puis, ils inventaient des manières, des méthodes, des procédures, des protocoles et faisaient déjà des simulations informatiques sur les écrans de leurs portables de ce qu'on rencontrerait là-bas...
Je fis, lors de ce périple, la connaissance de jeunes filles charmantes qui tournaient autour de moi, mais je continuai mon chemin et c'est seulement quelques années plus tard que j'en rencontrai une avec laquelle je poursuivis mon chemin, pour la vie, en compagnie de deux petits garçons qui nous accompagnèrent alors.
Comme j'avais déjà acquis quelques rudiments, je les transmis en route à des centaines de jeunes gens car ma profession consistait à faire passer des mèmes dans les cerveaux d'enfants, d'adolescents ou de jeunes gens. C'était des moments passionnants pendant lesquels je leur faisais appréhender la nature des choses rencontrées le long du parcours commun, mais aussi des images de l'autre rive.
Ce canyon est magnifique ! C'est le Canyon de la Connaissance. Vous voulez bien que je l'appelle comme ça ?
Je suis né, aux Sources d'Elle, une toute petite rivière normande, il y a un peu plus de six décennies. Au départ, je ne voyais rien de ce canyon car je suis resté à l'horizontale ou à quatre pattes plus de seize mois, retardé sans doute par des souvenirs de guerre qui n'aident pas à se redresser hardiment... Lorsque je me suis relevé un peu de mes frayeurs, j'ai commencé à apercevoir la belle ligne arborée que constitue sa partie la plus haute.
Et puis, fasciné par l'étrange beauté de ce paysage lointain, j'ai pris la décision d'avancer vers lui, à petits pas.
J'ai découvert au tout dbut du sentier le langage des hommes, celui que m'a appris ma mère essentiellement et Cécile l'employée de maison (comme on dit...)
J'ai rencontré la mort très tôt, celle de ma pauvre mère, alors que j'avais deux ans, puis j'ai connu des maîtresses exigeantes, compréhensives et bienveillantes à la fois jusqu'à cinq ou six ans...
Au fur et à mesure que mon pélerinage avançait, je découvrais de nouveaux aspects du canyon, de plus en plus précis. Les détails s'accentuaient, se précisaient, et chemin faisant, je faisais souvent des hypothèses car je n'avais pas de guide...
Vers mes sept ans, la lune et ses aspects divers de croissant ou de disque d'or m'intriguait : je décidai d'imaginer que ce serait grossièrement une demi-sphère, semblable à un ballon dégonflé, dont l'une des parties était rentrée dans l'autre; la partie rentrée étant obscure alors que la partie convexe était toujours lumineuse. Elle tournait sur elle-même et se présentait donc sous tous ses aspects : disque plein, croissant vers la droite, croissant vers la gauche ou creux invisible. J'avais imaginé ces phases de la lune... parce que personne ne voulaitou ne savait m'expliquer la réalité du phénomène...
Une partie de mon chemin a été difficile, triste, pénible même. J'avançais péniblement, souvent en pleurant, car j'étais seul au monde et l'image de la falaise du canyon, bien que je m'en approchât était trouble au travers de mes larmes.
Un peu de volonté retrouvée me fit découvrir les joies de la géométrie dans l'espace, la magie des nombres et la beauté du dessin et de la peinture auxquels je pouvais m'adonner sans réserves. Je voyais de mieux en mieux la rive droite de mon canyon et j'y découvrais des secrets incroyables au fur et à mesure que je croisais des gens qui, comme moi, se dirigeaient vers les mêmes buts : comprendre, savoir, agir, grandir.
Je commençai alors à saisir un peu mieux les règles de la société dans laquelle je vivais malgré moi : il s'agissait de reproduire les mêmes habitudes que celles que nos prédécesseurs avaient imaginées, reproduites, vécues. Les comportements, les mots, les gestes et les manières d'être étaient recopiés à l'infini et chaque rencontre nouvelle était l'occasion d'une nouvelle façon de singer ceux que nous croisions.
Je m'approchais toujours, lentement, du bord du canyon, mais - si j'en découvrais les apparences et les évidences avec de plus en plus de netteté, je ne distinguais pas encore les détails fins que j'aurais voulu observer de beaucoup plus près.
Bien sûr, des livres achetés dans les échoppes sur le parcours racontaient les merveilles et la beauté de la nature de l'autre côté ; la faune et la flore y étaient répertoriées par le menu. Mais je voulais voir tout ça de près, par moi-même. J'achetai alors des jumelles, puis une lunette à fort grossissement. Je pouvais voir à présent des choses nouvelles qui m'éblouissaient et me comblaient de bonheur.
Mes connaissances de la faune et de la flore de cette rive droite devenaient importantes. Mais je n'y étais toujours pas. Pendant ce temps, je rencontrais de plus en plus de semblables qui se passionnaient aussi pour cette quête de la réalité de l'autre rive qui s'approchait de plus en plus. Et là, il y avait un autre sujet d'étude, bien plus complexe, surtout le soir au bivouac. Les uns affirmaient qu'ils avaient imaginé une théorie globale explicative de tout ce qu'il y avait de l'autre côté, tandis que d'autres donnaient le détail de chaque élément de vivant ou d'inerte présent le long de la merveilleuse falaise des connaissances. Et puis, ils inventaient des manières, des méthodes, des procédures, des protocoles et faisaient déjà des simulations informatiques sur les écrans de leurs portables de ce qu'on rencontrerait là-bas...
Je fis, lors de ce périple, la connaissance de jeunes filles charmantes qui tournaient autour de moi, mais je continuai mon chemin et c'est seulement quelques années plus tard que j'en rencontrai une avec laquelle je poursuivis mon chemin, pour la vie, en compagnie de deux petits garçons qui nous accompagnèrent alors.
Comme j'avais déjà acquis quelques rudiments, je les transmis en route à des centaines de jeunes gens car ma profession consistait à faire passer des mèmes dans les cerveaux d'enfants, d'adolescents ou de jeunes gens. C'était des moments passionnants pendant lesquels je leur faisais appréhender la nature des choses rencontrées le long du parcours commun, mais aussi des images de l'autre rive.
par Jean-Pierre CRESPIN
publié dans :
Autour du feu primitif
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