Réponse à l'article de Luc (Le Bateleur) ci-dessous :
Je reviens sur le même sujet plus d'un an après...
Enseignement de l'histoire à l'école primaire
Le Bateleur écrit en bleu
Merlin répond en bistre
Le titre est en fait incorrect
il s'agit bien plus à présent d'enseigner la "démarche de l'historien" et ce dès l'école primaire
Oui, il s'agit bien de cela. Mais au travers de
cette démarche qui va permettre aux écoliers de comprendre comment les historiens reconstruisent l'Histoire, il y a la vue plus lointaine qui consistera pour eux à mieux comprendre ce qu'est
l'Histoire dans sa diversité.
Pour s'en convaincre, il suffit de lire quelques conseils donnés par un inspecteur de l'éducation nationale.
Je ne connais pas cet inspecteur de l'Éducation Nationale mais j'avoue que je ne suis pas
loin de penser comme lui sur ce sujet tout au moins...
J'essaie de dire pourquoi et comment dans le corps de son texte (en vert) :
A L'ÉCOLE ÉLÉMENTAIRE :
· Redonner place à l'événement, insister sur l'histoire de la vie quotidienne
(alimentation, habillement, habitat, transports...), intérêt de l'étude diachronique d'une institution comme
l'École...
§ Oui, c'est indiscutable ! Il faut en revenir à une histoire qui
concerne les hommes du pays dont on étudie l'histoire et pas seulement les rois, les militaires et leurs batailles sous la forme d'une liste de dates remarquables sans doute mais dont les
écoliers n'ont cure au fond de leur esprit.
· Penser "notions essentielles" plutôt
qu'accumulation de questions encyclopédiques.(1) Par exemple, pour les deux ou trois séquences maximum à consacrer à la
Préhistoire, privilégier l'essentiel, à
savoir le passage du nomadisme lié à la chasse, au sédentarisme lié à l'agriculture.
§- C'est indispensable pour les jeunes élèves d'alléger le listing des étapes d'un ensemble de processus qui vont de la maîtrise du feu
aux applications déjà très élaborées de la métallurgie parallèlement à la révolution du néolithique qui va voir la sédentarisation des tribus nomades s'effectuer très rapidement et la
naissance des premières cités. Je suis d'accord aussi pour ne pas faire en sorte de s'éterniser chaque année en une longue succession de séances sur la préhistoire au prétexte un peu
démagogue que ce sujet plaît aux enfants de tous âges. Mieux vaut expliquer en détail les raisons de ces changements de style de vie et insister en effet sur la véritable révolution
culturelle que va constituer le passage de la chasse à l'élevage et de la cueillette à l'agriculture.
· Puiser dans l'histoire
globale qui regroupe grands évènements chargés de sens, personnages significatifs,(2) vie économique, vie culturelle etc. Accéder, au-delà de l'histoire de la France à l'histoire universelle.
§- Tout à fait d'accord là aussi : c'est l'histoire de l'évolution des cultures qui est fondamentale. La
description des événements qui marquent ces étapes est bien plus importante que les récits des batailles qui ont frappé ces époques. À cet égard - pour prendre juste un exemple - l'étude de
la tapisserie de Bayeux est mille fois plus riche en détails concernant la vie des hommes qui ont été impliqués dans la bataille d'Hastings que les détails et la stratégie mise en oeuvre lors
de cette bataille importante dans la perspective de mutations culturelles et linguistiques inédites en Angleterre.
· On peut partir de questions fondamentales d'aujourd'hui : évolution de
l'environnement, des activités de
production...
§ Là, je suis moins d'accord. Je dirais plutôt qu'on peut y arriver... Mais toujours
partir de la réalité historique telle que relatée par des textes ou déduite de documents de l'époque.
L' évocation de ce qui se passe à notre époque ne pourra être faite qu'en toute fin et juste à titre de comparaison sans véritable intérêt historique... pour l'instant.
· Les évènements n'ont pas d'importance en
eux-mêmes(3): ils sont intéressants quand ils révèlent les spécificités d'une époque, quand ils déterminent un avant et un après.
Oui, c'est ce que je voulais dire à propos de la bataille d'Hastings : c'est juste la péripétie qui permet de passer d'une époque à une autre. L'important se trouve plutôt dans les raisons de ce conflit de succession, les coutumes féodales, la tradition viking (à très gros traits pour ce qui est en amont) mais il sera bon d'y revenir lors des conflits de succession franco-anglais, la guerre de cent ans et toutes les misères humaines qui en découleront. 1066 est une date parce que c'est une charnière et ce sont les liens qui ont été noués avant et ceux qui en découleront qui sont intéressants, pas la bataille elle-même sauf à faire un mémoire sur ce sujet en licence ou en maîtrise d'histoire...
La première partie de la vie est précisément une phase d'accumulation, la construction d'un "chaos intime" à partir duquel l'enfant pourra se construire.
Cette matière sera d'ailleurs la texture, le paysage arrière indispensable pour permettre à d'autres éléments de faire irruption en lui sans le submerger.
Sans elle, tout a le même statut et l'intelligence qui est précisément la capacité d'établir des liens, et donc des différences, se retrouve tout à fait incapable d'agir ... disparaissant parfois au point de donner l'impression qu'un petit d'homme pourrait être ... bête !
L'histoire (discipline) se doit d'être rigoureuse. Les histoires que je raconte ont vocation à être merveilleuses et matière à rêves de toute nature.
J'ai souvent remarqué que toi, tu ne faisais pas le distingo...
Le chaos intime, je suis entièrement d'accord : c'est le domaine réservé de tout être humain jeune ou moins jeune mais ça ne permet d'établir que des liens affectifs, imaginaires et en tous cas subjectifs. C'est nécessaire et si tu savais comme j'en ai usé, mais il y a il y d'autres constructions à faire évoluer parallèlement à celles-ci ! Tu as une vision de l'esprit enfantin monolithique et restrictive car en fait toutes les stimulations/sollicitations sont bonnes pour créer des liens et il ne faut surtout pas que les adultes enferment l'enfance dans son cocon nombrilo-psychologique, onirique et magique.
J'ai consacré ma vie professionnelle à démêler les écheveaux de toute cette complexité cognitive. Certes, on n'apprend rien sans émotions mais on doit aussi examiner des faits bruts sans émotion excessive et sans s'évader dans le merveilleux ou le fantastique. C'est un apprentissage important.
Leurre absolu de ce qui confond l'inutile avec "ce dont il n'a pas encore vu l'utilité"
Que peut-être cet essentiel, pour un enfant qui n'a pas encore rassemblé l'essentiel de lui même et qui construit encore perception ... DU REEL.
J'ai peur que tu ne mesures pas bien les évolutions qui ont été celles de chaque gamin de 2 à 11 ans. À sept ans un enfant est complètement capable de rationalité.
Mais même à 18 ans, le cerveau n'a pas fini de se construire. Est-ce une raison pour laisser le jeune dans sa bulle du monde fabuleux et merveilleux dans lequel le raisonnement se fait à coups de "y' a qu'à" ou de baguettes magiques. Tu es en plein dans la mouvance d'Alexander Sutherland Neill ou dans celle de L'histoire sans fin... L'enfance, ce n'est pas QUE cela !
Lui laisser le temps de s'immerger dans "l'évènement" au moyen d'une histoire qui raconte (et non qui le force à réfléchir ... une absence de perception) lui permettre de toucher avant de développer et formaliser des hypothèses devrait être la priorité de cet enseignement.
Là, je te pose la question : as-tu enseigné l'histoire à de jeunes enfants Luc ? J'ai comme plus mauvais souvenirs personnels les enseignants qui racontaient des histoires et en faisaient un résumé. D'ailleurs l'enseignement de l'histoire de mon époque d'écolier était nul je n'hésite pas à le dire : un contenu inexact, des images d'Épinal trafiquées pour une histoire arrangée avec plein de "cocoricos" glorieux. Non merci ! Heureusement, j'ai pu revisiter l'histoire au travers de recherches personnelles et je me suis aperçu par exemple que le temps historique ne correspond pas du tout au temps personnel : ainsi je m'explique, mon aïeul Pierre né en 1690 me paraissait beaucoup plus proche (en années) que la victoire de Fleurus (déjà !) pour Louis XIV contre une coalition européenne (encore !) Et ce qui 'm'intéressait était de savoir comment ils vivaient, ce qu'ils faisaient, ce qu'ils possédaient (je veux dire les maigres choses de leur trousseau et de leur mobilier...) là, je les ai VUS vivre enfin et l'autre histoire, celle des maréchaux et de l'amiral Tourville (un voisin pourtant) ne m'ont expliqué que les raisons essentielles de la misère des miens et de leurs semblables et les motivations de la folie des Grands de ce monde.
Personnellement, c'est cette vision que j'ai essayé de faire comprendre aux centaines d'élèves qui ont eu à subir ma "vision" de l'histoire pendant près de 40 ans...
Mais assurément un grand nombre de parents auront l'impression d'un progrès :
Rien de scientifique dans tout cela mais juste un renversement d'optique salutaire.
Par contre si on étudie des documents iconographiques ou si l'on se sert d'objets ayant une valeur de témoignage historique, on ne peut pas se dispenser d'une démarche rigoureuse et scientifique dans son approche.
Bref, sur ton interprétation de ces quelques recommandations d'un inspecteur, je ne te suis pas du tout !
Relis les programmes et instructions détaillées pour l'enseignement de l'histoire en primaire, tu verras que ce n'est pas "apprendre plus scientifiquement et plus rationnellement qu'autrefois". C'est juste apprendre d'autres données en essayant davantage de comprendre leur origine, leurs aboutissements et surtout leur intérêt humain.
Aimerais-tu qu'on poursuive ce dialogue, Luc ? Qu'est-ce que peut apporter l'histoire à nos élèves du primaire et du collège ? Comment y parvenir ? Quelle histoire ?
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