Mardi 10 janvier 2006 2 10 /01 /Jan /2006 16:28
L'exposition "L'âge d'or des sciences arabes"
 à l'Institut du Monde Arabe.

L'article de Civetta est très élogieux à l’égard de cette exposition qui n’est pas tout à fait la première que l’IMA consacre aux sciences arabes. Dès l’inauguration en 1987, il y en avait eu une qui présentait déjà de nombreux astrolabes et instruments utilisés par les savants arabes… Je trouve néanmoins comme Civetta que cet âge d’or méritait le lustre et la publicité qu’on lui a donnés mais


        dans cette affaire de "L'âge d'or de la Science Arabe", il n'est quand même pas indispensable de trop s’emballer comme le fait un peu Ahmed Djebbar. Son enthousiasme est probablement contagieux mais il ne faut pas oublier de rendre à César ce qui est à César. ..
    Beaucoup de "découvertes" ou "d'inventions" sont systématiquement arabisées et notamment par le truchement du vocable : algèbre, chiffres, zéro etc... Il est vrai qu'un nombre de mots important de notre langue française proviennent de l'arabe (assassin, alcool, calibre, charabia, civette [donc Civetta], élixir, mesquin, souk, toubib j'en passe et des meilleurs !...
Il n'en reste pas moins certain qu'il aurait été plus juste de parler de "samkhyas" indiens plutôt que de chiffres arabes et de "shûnya" plutôt que de zéro...

Pour en revenir à l'exposition elle-même,

1) Vanter les mérites de l’expansion vers l’ouest, le nord et l’est de cette science arabo-musulmane au rythme des conquêtes des cavaliers d'Allah en plein Jihad, n’est-ce pas en même temps reconnaître les bienfaits ou l'action positive d’une colonisation musulmane sans limites ou presque ?
    À une époque où ce n’est pas de bon goût de faire l 'éloge des colonisations (et j’en suis d’accord) c’est étonnant que l’on glorifie celle-ci au prétexte que la Science y aurait été le grand vainqueur ! Rien n’est moins sûr !

2) Les nombreux savants qui ont fait cet âge d’or incontestable n’étaient pas tous Arabes et l’on joue bien volontiers sur l’ambiguïté arabe/musulman/persan ou même vivant dans une société musulmane dominée par les Arabes pour faire croire que toute cette richesse culturelle et intellectuelle est purement d’essence arabe. Les Perses comme Avicenne, les Ouzbeks comme Al-Khwarismi ou les Berbères d’Andalousie se voient vite dépossédés de leur origine nationale ou ethnique et sont subtilement assimilés à l’arabitude glorieuse...

3) Il suffit de lire sur  le site de l'Institut du Monde Arabe le texte qui présente l’exposition pour s’en convaincre. Ainsi, dans cette phrase
" La civilisation arabo-musulmane nous a légué le système de numérotation utilisé dans le monde entier et a transmis le chiffre zéro inventé par les mathématiciens indiens."
On peut croire ainsi que la numérotation (terme impropre d’ailleurs puisqu’il s’agit en fait d’une véritable numération, décimale; il eût été plus judicieux de parler de l'invention des chiffres en usage aujourd'hui) a été initiée ou inventée par les Arabes eux-mêmes alors qu’il n’en est rien puisque ce sont les Indiens et notamment l’inventeur du zéro de position utilisable dans les calculs, Brahmagupta. Et si les rédacteurs de ce texte  redonnent (pour une fois) la paternité du zéro aux mathématiciens Indiens c’est bien à ce dernier, astronome prestigieux et mathématicien prodige, et à lui seul qu’on le doit, dans sa valeur positionnelle, calculatoire et pour tout dire de nombre à part entière. Évidemment "sifr" le mot arabe a donné chiffres puis chiffres arabes pour des signes qui étaient rigoureusement indiens. Zéro lui-même vient de « sifr » avec un passage par ‘zefiro’ pour finir en zéro…

4) Alors, certes, les mots sont arabes mais les concepts viennent d’ailleurs, d’Inde notamment, de Grèce aussi car les érudits arabes ont fait dans un premier temps l’immense effort de traduire tout ce qui présentait un quelconque intérêt scientifique, ce qui ne retire rien à leurs mérites postérieurs dans le développement de ces sciences retrouvées.

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Il s'agit, au début de l'expansion arabo-musulmane d'une science assez élitiste et confidentielle qui regroupe - notamment à Bagdad, des savants de l'ensemble de l'Orient

« Les savants des pays d’Islam ont d’abord étudié et assimilé, puis prolongé d’apports nouveaux les disciplines pratiquées dans les civilisations antérieures (surtout grecque, mésopotamienne et indienne) en ayant recours à la science expérimentale et en défrichant des domaines et des techniques qui ne se constitueront que bien plus tard en Europe. »

Tout se passe en effet comme si l’Occident, pendant tout le Moyen Âge avait ignoré ou oublié l’enseignement des anciens Grecs alors que les Arabes ont su le reprendre à leur compte très vite.
    Le directeur de l'IMA affirme que les savants arabes ont traduit les textes grecs et ont apporté autre chose qu'une simple application de ces bases scientifiques que notre civilisation occidentale avait oubliées ou laissées de côté (on peut se demander pourquoi ?) c'est vrai ! On ne peut pas nier la progression de la science en cette époque féconde où les savants avient pignon sur rue. Mais ils n'étaient pas si nombreux qu'on veut bien le faire croire car la société islamique n'était pas extrêment démocratique et tournait essentiellement autour du Calife.

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Au Xème siècle Bagdad et Cordoue sont les deux places fortes de la science musulmane


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Ces deux siècles sont vraiment l'âge d'or de la science arabo-andalouse

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La splendeur de Bagdad et de l'Andalousie s'est effondrée dès le XIIème siècle jusqu'en 1492
 
    Pendant tout ce temps, on prétend que l'Occident croupissait dans une ignorance grave et que les mathématiques ne pouvaient pas progresser, à cause de l'indigence du système de numération romaine. Gerbert d'Aurillac y remédiera dès 995 juste avant de devenir le pape Sylvestre II : il introduira le système de numération indien et le zéro répandus en Andalousie par la conquête arabo-musulmane.
   Mais il n'est pas si sûr que les sciences en Europe étaient moribondes, si l’on excepte les mathématiques dont l’impulsion a été décisive grâce à Brahmagupta, d'autres sciences, en particulier la médecine continuaient de se développer avec quelques progrès deça-delà, mais on peut s’interroger sur le peu d’écho donné à ce qui se faisait de mieux en Europe, au XIIème siècle par exemple avec  Hildegarde Von Bingen. Est-ce parce qu’il s’agissait d’une femme ?

   Mais la médecine a bien progressé également en Andalousie pendant cette période.

D' un point de vue mémétique, on peut se demander comment des mèmes scientifiques occidentaux, aussi élaborés que tous ceux qui ont été consignés par les plus grands de nos savants grecs anciens,  n'ont pu être repris et valorisés que par des intellectuels orientaux, qu'ils fussent d'ailleurs arabes, juifs, musulmans ou pas. C'est une question qui, pour l'instant, semble ne pas avoir de réponse.
Par Jean-Pierre CRESPIN - Publié dans : Passeurs de mèmes
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