LE THÉORÈME JOUXTÉLIEN DE PROPAGATION DES FORMES
Énoncé :
a) Toute forme connaissable capable d'influencer les comportements de façon perceptible et répétée se propage spontanément
en générant, de proche en proche des manifestations apparentées mais non nécessairement identiques.
b) La propagation d'une forme s'opère en utilisant d'une façon croissante les ressources disponibles en temps, espace et
énergie, et se prolonge tant que ladite forme trouve des ressources à utiliser.
c) Le temps utilisé par une forme est la somme des temps vécus par ceux chez qui cette forme est perceptible, entre une
limite initiale et une limite finale.
d) L'espace utilisé par une forme à un instant donné est la somme des portions d'espace affectées simultanément par * cette forme, y compris les portions d'espace où cette forme est
perceptible.
e) L'énergie utilisée par une forme est égale à la quantité totale d'énergie transformée par les participants au cours des expériences vécues pendant lesquelles cette forme est perceptible.
Quand les formes connaissables influencent les comportements de façon assez
régulière pour entretenir un observable culturel, on peut les appeler "mèmes". Leur lot permanent est la rivalité.
Pascal JOUXTEL in "Comment les Systèmes pondent" p. 245-246
Je propose d'essayer de procéder à la vérification de ce théorème pour deux mèmes observables un peu partout dans l'univers francophone de la mémétique.
L'un est assez récent. Il s'agit du mème des hommes de paille qui sont au même titre que les hommes sandwiches des supports de messages à usage informatif.
Le second est plus ancien. C'est le mème de la culture des pommiers, en relation avec la fabrication du cidre et avec les diverses technologies qui en découlent.
Le culturème pommier-pommages-cidre
Je ne parlerai pas de Calvados car ce dernier mème, qui se reproduit fort bien n'est qu'une conséquence du
premier...
À propos de l'ancienneté de la présence des pommiers en
Normandie, une conversation s'engage à l'université.
L'un croit que les pommiers se sont implantés en Normandie après que les chevaliers les aient rapportés des croisades.
L'autre affirme que c'est Charles II de Navarre dit Charles le Mauvais qui a apporté ces arbres fruitiers en les faisant venir de Navarre.
Vérification faites, les deux explications ne sont pas ineptes et peut-être complémentaires mais la présence du pommier sur la terre normande n'a pas attendu ces deux opportunités.
En effet
La forme homme de paille
a) Il est incontestable que cet homme de paille est une forme connaissable qui a pour but d'influencer les comportements (des
automobilistes notamment), de façon perceptible et renouvelée. Il est aussi remarquable qu'elle se propage dans les cantons, dans les pays de tradition, de région en région avec des variantes
parfois intéressantes et toujours créatives.
b) La propagation de cette forme a eu lieu depuis un certain nombre d'années en développant - en détournant dirais-je - l'utilisation des
ressources nouvelles de la technologie agricole récente et en particulier celle qui permet d'obtenir - grâce aux presses à foin et à paille "haute densité" - des balles rondes (round bales) et
des balles parallélépédiques de très grand format transportables aisément grâce aux fourches hydrauliques des nouveaux tracteurs. Les ressources en la matière sont inépuisables puisqu'une
douzaine de ces objets imposants ne représentent quasiment rien pour une exploitation, d'autant qu'elles seront réutilisables dans leur fonction initiale après qu'elles auront achevé de remplir
leur mission de support d'information.
c) Le temps utilisé par une forme est fonction des besoins exprimés par les créateurs et se situe dans une zone de quelques semaines avant l'événement
que l'homme de paille est chargé de présenter aux usagers de la route. Il y a en effet une date de départ optimale et la date limite finale est celle de l'événement annoncé lui-même.
d) L'espace dont cette forme a besoin pour remplir sa fonction, dans chaque cas précis de ses réplications locales est déterminé par sa wisibilité de
la route ou voie de circulation où il est installé. Sa taille a donc de l'importance ainsi que celle des messages dont il est porteur. Wisibilité et lisibilité sont les deux critères qui
déterminent les contraintes de l'espace à mettre en scène.
e) Le sigma des énergies dépensées pour mettre en oeuvre cette forme à vocation de type "avenir-publicité" est en effet l'addition de toutes les
dépenses en énergie qui ont été déployées par les participants actifs (et très peu par les passifs) depuis le début de l'implantation de cet homme de paille, y compris les travaux agricoles
antérieurs qui - à priori - ne lui étaient pas expressément destinés.
Ces formes repérables influencent les comportements des hommes qui ont besoin d'un tel support d'information ainsi que ceux des hommes qui reçoivent
ladite information. On peut donc les appeler "mèmes" et certaines formes ayant même vocation entrent en conflit ou en rivalité avec d'autres procédés de "faire-savoir" qui auraient les mêmes
objectifs.
On peut bien sûr analyser l'attrait et l'impact particuliers de ces hommes de paille, mais c'est une autre histoire !
par Merlin le zététicien des Mèmes
publié dans :
Mémétique pratique
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