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12 août 2008 2 12 /08 /août /2008 17:14
EN ROUTE VERS LE CANYON  DE LA MONTAGNE DE LA CHÈVRE...

   Un ami m'a dit : "Ce qui est curieux, c'est que tu aies été déçu de ne pas trouver les réponses à tes questions, sans comprendre que plus on cherche à répondre à des questions, et plus on en trouve des questions. C'est un des principes de la recherche..."
   Je propose tout d'abord à cet ami de lire ce texte qui est une parabole de la vie et de la manière de représenter les connaissances de toute nature qu'on y acquiert en se posant des questions dans tous les domaines, chemin faisant :

Le parcours initiatique de la vie

L'image « http://idata.over-blog.com/0/13/42/39/grand-canyon-mountain-goat.jpg » ne peut être affichée, car elle contient des erreurs.

   Je voudrais reprendre aujourd'hui cette métaphore du canyon afin de mieux expliciter le cheminement de la pensée d'un être humain dans ce long et difficile chemin de l'acquisition de savoirs, de savoir-faire, de savoir-être et de savoir-vivre au final.

Ce canyon est magnifique ! C'est le Canyon de la Connaissance. Vous voulez bien que je l'appelle comme ça ?

    Je suis né, aux Sources d'Elle, une toute petite rivière normande, il y a un peu plus de six décennies. Au tout départ,  je ne voyais rien de ce canyon car je suis resté à l'horizontale ou à quatre pattes plus de seize mois, retardé sans doute par des souvenirs de guerre qui n'aident pas nécessairement à se redresser hardiment... Lorsque je me suis relevé un peu de mes frayeurs, j'ai commencé à apercevoir la belle ligne arborée que constitue sa partie la plus haute.
   Et puis, fasciné par l'étrange beauté de ce paysage lointain, j'ai pris la décision d'avancer vers lui pas à pas, à petits pas...
  J'ai découvert dès le début du sentier le langage des hommes, celui que m'a appris ma mère essentiellement et Cécile l'employée de maison ou la bonne comme on dit.
  J'ai rencontré la mort très tôt, celle de ma pauvre Maman, alors que j'avais deux ans, puis j'ai connu des maîtresses* exigeantes, compréhensives et bienveillantes à la fois jusqu'à cinq ou six ans...
*
Irène & Juliette furent des institutrices d'école maternelle exceptionnelles je dois le dire.

   Au fur et à mesure que mon pèlerinage avançait, je découvrais de nouveaux aspects du canyon, de plus en plus précis. Les détails s'accentuaient, se précisaient, et tout au long du chemin, je faisais de multiples hypothèses, car je n'avais pas de guide...
  Vers mes sept ans, la lune et ses aspects divers de croissant ou de disque d'or m'intriguait : je décidai d'imaginer que ce serait grossièrement une demi-sphère, semblable à un ballon dégonflé, dont l'une des parties était rentrée dans l'autre; la partie rentrée étant obscure alors que la partie convexe était toujours lumineuse. Elle tournait sur elle-même et se présentait donc sous tous ses aspects : disque plein, croissant vers la droite, croissant vers la gauche ou creux invisible. J'avais imaginé ces phases de la lune... parce que personne ne voulait ou ne savait m'expliquer la réalité du phénomène...
  Une partie de mon parcours a été difficile, triste, pénible même. J'avançais difficilement, souvent en pleurant, car j'étais seul au monde et l'image de la falaise du canyon, bien que je m'en approchasse chaque jour était troublée au travers de mes larmes.
  Un peu de volonté retrouvée me fit découvrir les joies de la géométrie dans l'espace, la magie des nombres et la beauté du dessin et de la peinture auxquels je pouvais m'adonner sans réserves. Je voyais de mieux en mieux la rive droite de mon canyon et j'y découvrais des secrets incroyables au fur et à mesure que je croisais des gens qui, comme moi, se dirigeaient vers les mêmes buts : comprendre, savoir, agir, grandir.

  Je commençai alors à saisir un peu mieux les règles de la société dans laquelle je vivais malgré moi : il s'agissait de reproduire les mêmes habitudes que celles que nos prédécesseurs avaient imaginées, reproduites, vécues. Les comportements, les mots, les gestes et les manières d'être étaient recopiés à l'infini et chaque rencontre nouvelle était l'occasion d'une nouvelle façon de singer ceux que nous croisions.

  Je m'approchais toujours, lentement, du bord du canyon, mais — si j'en découvrais les apparences et les évidences avec de plus en plus de netteté — je ne distinguais toujours pas encore les détails fins que j'aurais aimé pouvoir observer de beaucoup plus près.
  Bien sûr, des livres achetés dans les échoppes sur le parcours racontaient les merveilles et la beauté de la nature de l'autre côté ; la faune et la flore y étaient répertoriées par le menu. Mais je voulais voir tout ça en réalité,  par moi-même. J'achetai alors des jumelles, puis une lunette à fort grossissement. Je pouvais voir à présent des choses nouvelles qui m'éblouissaient et me comblaient de bonheur.
  Mes connaissances de la faune et de la flore de cette rive droite devenaient intéressantes. Mais je n'y étais toujours pas. Pendant ce temps, je rencontrais de plus en plus de semblables qui se passionnaient eux aussi pour cette quête de la réalité de l'autre rive qui s'approchait de plus en plus. Et là, il y avait un autre sujet d'étude, bien plus complexe, surtout le soir au bivouac. Les uns affirmaient qu'ils avaient imaginé une théorie globale explicative de tout ce qu'il y avait de l'autre côté, tandis que d'autres donnaient le détail de chaque élément  de vivant ou d'inerte présent le long de la merveilleuse falaise des connaissances. Et puis, ils inventaient des manières, des méthodes, des procédures, des protocoles et faisaient déjà des simulations informatiques sur les écrans de leurs portables de ce qu'on rencontrerait là-bas...
  Je fis, lors de ce périple, la connaissance de jeunes filles charmantes qui tournaient autour de moi, mais je continuai mon chemin et c'est seulement quelques années plus tard que j'en rencontrai une avec laquelle je poursuivis mon chemin, pour la vie, en compagnie de deux petits garçons qui nous accompagnèrent alors.
  Comme j'avais déjà acquis quelques rudiments, je les transmis en route à des centaines de jeunes gens car ma profession consistait à faire passer des mèmes dans les cerveaux d'enfants, d'adolescents ou de jeunes gens. C'était des moments passionnants pendant lesquels je leur faisais appréhender la nature des choses rencontrées le long du parcours commun, mais aussi des images de l'autre rive.

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commentaires

valerie 18/08/2008 16:12

très belle photo ! merci pour la ballade...

Merlin le zététicien des Mèmes 19/08/2008 11:37


Autant pour une autre fois. À deux, on prendra un mulet au pied sûr.


Valentine :0056: 14/08/2008 20:44

Belle parabole, Merlin, autour d'un paysage grandiose.

aimela 13/08/2008 14:16

Le canyon représente bien le chemin de la vie, je me suis souvent étalée,continellement blessée, je reonte à quatre pattes  afin d'entrevoir le sommet

Viviane 13/08/2008 10:25

Tant de plaisir à relire ce texte dont tu sais qu'il est un de mes préféréspour l'ampleur du voyagepour ce qui s'y dit de toi en filigranepour ce que j'y perçois de liberté enracinée dans l'âme et de passion pour la découverteJe me suis permis de lire els autres commentaires et cet aspect  être sujet et objet " de la réflexion me renvoie au ressenti des musiciens qui sont instruments et instrumentistes: les chanteurs en tout premiers, mais aussi tous les artistes qui souhaitent comprendre comment ils fonctionnent afin de transmettre à leurs pairs ou leurs élèves. La vidéo et la radiologie ont infiniment aidé à la compréhension de la gestuelle vocale ou corporelle au sens plus large, tout Martenot est fondé sur l'étude de petits films au ralenti détaillant la technique pianistique chez des pianistes au jeu sensible et facile.  Et je ne doute pas qu'un jour on apprendra en lisant leur jeu via une IRM...

Martine, la PÚlerine 09/03/2006 22:30

Ce que j'ai le plus apprécié dans ce texte qui tend à démontrer... n'est pas la démonstration mais ce qui parle de toi, par petites touches pudiques et ce qui finalement est le plus émouvant : les premiers pas d'un homme qui fut d'abord un enfant... et l'histoire de l'enfant perdu dans les méandres de la vie...  Tu parles d'un pèlerinage, tu parles de petits pas, tu parles d'avancer... oui c'est bien ça la vie... amitiés à toi, Martine, la pèlerine