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14 mai 2011 6 14 /05 /mai /2011 11:38
   Voici un texte que je vous demande de lire avec un regard de méméticien c'est à dire en ne considérant que l'espace du savoir, son évolution, ses mutations et son devenir dans une perspective d'écologie cognitive...


  Les objets de connaissance privilégiés de l’Espace du savoir sont les intellectuels collectifs et leurs mondes.
   Les intellectuels collectifs, c’est-à-dire des communautés humaines communiquant avec soi, se pensant elles-mêmes, partageant et négociant en permanence leurs relations et leurs contextes de significations partagées. Leurs mondes, c’est-à-dire leurs ressources, leurs environnements, leurs connexions cosmopolites avec les êtres, les signes et les choses, leurs implications dans les diverses machines cosmiques, techniques et sociales qui les traversent. Le monde d’un intellectuel collectif n’est rien de stable ni d’objectif. Il résulte d’ouvertures, d’élaborations, d’usages et d’évaluations mouvants, sans cesse réitérés. Si bien que ce monde dérive et se transforme au rythme des métamorphoses de son intellectuel collectif.
  L’objet privilégié de l’Espace du savoir n’est donc pas l’homme en général, ni même l’objet des sciences humaines ou sociales, mais une figure spécifique de l’Espace du savoir qui ne pourra s’appréhender qu’avec les instruments conceptuels et techniques propres à cet espace. Pourtant, le candidat qui semblait désigné pour être l’objet de connaissance favori du quatrième espace n’était-il pas la cognition ? En effet, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les sciences cognitives accompagnent la montée en puissance de l’Espace du savoir. Les sciences et techniques de la cognition forgent effectivement les outils informatiques et certains instruments conceptuels du quatrième espace. Mais bien qu’elles contribuent dans les faits à une véritable mutation anthropologique, les sciences cognitives ne sont pas, aujourd’hui, à la hauteur des effets qu’elles sont capables de provoquer. En effet, elles sont censées traiter de l’intelligence humaine en général, indépendamment des temps, des lieux et des cultures, alors que l’intelligence est depuis toujours artificielle, équipée de signes, de techniques, en devenir et collective.
  Nous avons proposé dans Les Technologies de l’intelligence un élargissement des perspectives des sciences de la cognition en esquissant le programme d’une « écologie cognitive ». Le régime de production et de distribution du savoir ne dépend pas seulement des particularités du système cognitif humain, mais également des modes d’organisation collective et des instruments de communication et de traitement de l’information. L’écologie cognitive devrait donc se consacrer à l’étude des interactions entre les déterminants biologiques, sociaux et techniques de la connaissance. Mais l’écologie cognitive relèverait encore des sciences humaines ou sociales, or nous voudrions indiquer ici un au-delà des sciences humaines.
 Si elles prenaient véritablement en compte la spécificité de leur objet, les sciences humaines traiteraient de la liberté et de la signification. La notion de signification doit être prise ici dans son acception la plus étendue. Il s’agit moins de la manière dont un signe se réfère à l’objet qu’il désigne que du rapport entre un événement et un contexte. La signification d’une entité propre au domaine humain n’émerge qu’en relation avec une configuration dynamique, et ne se réduit pas à la simple flèche de la référence. On peut dire que les êtres humains, considérés en tant qu’hommes, et non en tant qu’objets physiques ou corps vivants, évoluent dans les espaces de signification, espaces qu’ils ne se contentent pas de remplir et d’arpenter mais qu’ils contribuent tout aussi bien à produire et à transformer.
            Pierre LÉVY (L'Intelligence collective 1994 éd de la Découverte)


Mon commentaire à propos de cet extrait 1ère diff le 8 février 2006...

Les savoirs fondamentaux de l’espace culturel humain contribuent à édifier au fil du temps un conscient collectif en mouvement dans son environnement. Les ensembles de réseaux de réseaux de neurones composés par les systèmes nerveux de chacun, associés dans une relation permanente de toute la communauté humaine, constituent de fait les intellectuels collectifs de notre Humanité.
   Leurs mondes ou micro-mondes sont  les objets environnementaux que testent en permanence leurs capteurs : vue, ouïe, sens du toucher, goût, odorat, et tous les autres capteurs internes modifiant presque en temps réel équilibres hormonaux et neuro-hormonaux du système.
S’y ajoutent la raison - la capacité de choix donc -  et les machines (technologies intellectuelles) créées par l’esprit humain afin de prolonger ou affiner leurs sens et leurs potentialités diverses. Ce sont des systèmes intelligents, experts, en interaction permanente avec le milieu environnant. Ils testent leur espace de vie afin de s’y adapter de mieux en mieux en produisant des solutions et des comportements de plus en plus pertinents.
   Le sujet humain, individuellement et collectivement, ainsi que les objets de ce monde ambiant sont engagés conjointement dans une interactivité dynamique continuelle. L’objet privilégié qui anime cet ensemble et ce système qui se réajustent et se rééquilibrent en permanence n’est pas identifiable au premier abord. Est-ce une entité de niveau supérieur qui préside et contrôle l’équilibre de ces systèmes ? Est-ce le chaos ? Une construction fractale d’un espace modélisable du savoir ? On aimerait comprendre comment s’ajustent et s’organisent les conditions de la connaissance et comment s’opèrent les apprentissages au sein des cerveaux associés de l’Humanité…
   Les seules sciences auxquelles je reconnais actuellement une validité incontestable pour permettre d’aborder l'élucidation des mystères de la cognition sont les neurosciences dures. L’anthropologie peut être une aide diachronique précieuse mais elle ne peut expliquer à elle seule les ressorts de tous les fonctionnements neuronaux qui façonnent de manière quasi synchrone la pensée humaine et ses évolutions culturelles dans ses moindres détails.
   Les ressources à la fois individuelles et collectives de cette intelligence en réseau sont semblables à celles de la toile du www, cette étrange base de données qui nous relie tous. La différence essentielle étant que nous, à chaque instant, nous avons l’initiative et restons maîtres des choix que nous y opérons… Énorme différence de nature avec l’ univers cathodique ou médiatique classique, de la TSF ou des autres médias.
L’équilibre entre le sujet humain, ses collectifs intelligents associés et les objets environnants dans lequel Homo sapiens est condamné à vivre est indispensable à la survie de l’espèce, mais il est en même temps le moteur d’inférence de toutes les mutations et de tous les progrès que réalise le collectif intelligent.
À cet égard, les outils « amplificateurs de communication » que nos technologies les plus récentes ont permis de mettre en œuvre sont des artifices précieux de traitement de l’information, en même temps que des prothèses-prolongements techniques extra-biologiques. Leur utilisation est néanmoins entièrement sous notre contrôle et il conviendrait d’établir à cet égard des protocoles rigoureux et scientifiques afin d’en mesurer les effets pour  l'avenir et de proposer des prospectives fiables ainsi que des modèles explicatifs incontournables.
   Le libre-arbitre de l’Homme est en jeu dans la maîtrise de ce défi technologique. Le sens de la présence de l’homme dans ce pari est finalement celui d'une responsabilité totale. Les êtres humains ne sont pas seulement des objets physiques, lieux de résidence des objets de signification codés, mais ils sont avant tout créateurs, auteurs et acteurs des objets de culture - ces mèmes - qu’ils contribuent à transformer et à pérenniser dans les structures biologiques et dans les matières inertes qu’ils ont colonisées.
                          Jean-Pierre Crespin


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       Pierre LÉVY ?       

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      ORGANIGRAMME ?    

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Published by Jean-Pierre CRESPIN - dans Mémétique appliquée
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commentaires

aimela 03/02/2010 12:06


Oulà ! j'ai lu jusqu'au bout  mais comme d'habitude, je n'ai pas tout compris enfin, j'ai appris de nouveaux mots ,
c'est déjà quelque chose, j'espère pouvoir les utiliser  un de ces jours  ( rires). Amitiés


Luc 01/02/2010 16:29


La seconde lecture de ce texte de Pierre Levy et le recul des années à partir desquelles j'ai reçu une à une les publications de cet auteur prolixe d'idées, me confirme dans la pensée que nous
privilégions bien trop ce qui ne correspond qu'à moins de 10% des motivations de nos actes (1% serait plus près de la réalité)
L'homme progressera à nouveau, hors des laboratoires lorsqu'il aura réintégré son corps, tout son corps.
Merci Jean-Pierre de cet engagement et cette conviction qui aide à préciser les notres.


Merlin le zététicien des Mèmes 01/02/2010 17:23




Content de te retrouver ici Luc. Je ne te voyais plus depuis un bon mois. J'espère que tu vas bien
néanmoins.
Je réponds à ton commentaire très intéressant à plusieurs titres :

1) L'Homme n'est pas un concept uniformisable ou standardisable, tu le sais aussi bien que moi. Ce qui caractérise l'humanité c'est avant tout sa diversité et sa capacité d'interagir en
complémentarité totale, ce qui n'exclut pas l'égalité : le spécialiste des arbres ou des roses, le mécanicien ou le soudeur ne sont pas en retrait par rapport au philosophe ou au généticien.
C'est l'excellence de tous ces hommes au sein d'un collectif intelligent qui va permettre de faire progresser la société humaine dans sa globalité. Ce qui est contenu dans cette idée, c'est qu'il
n'y a pas des hommes qui valent 300, 400 ou 500 fois un autre, comme on le voit avec les salaires du PDG d'EDF & Véolia. Non ! Égale dignité et reconnaissance dans l'exercice de talents
différents ! Notre éducation Nationale crève de ça à petit feu depuis 35 ans, bien avant 1985.

2) Oui, l'homme ne doit pas quitter son corps et s'il est astreint parfois à externaliser ses compétences grâce à des machines (comme les ordinateurs entre autres), il doit le faire en pleine
conscience et rester maître de ce qu'il entreprend. Je m'efforce de le faire avec une grande vigilance et c'est à ce prix que je reste dans mon enveloppe corporelle qui comprend aussi mon système
nerveux... à moi. Je ne cède à aucune addiction ni à aucun chant des sirènes. Tu sais, fianlement, je suis quelqu'un de très terre-à-terre car j'ai gardé mon esprit paysan.

3) Quand tu évoques "les motivations de nos actes", tu parles uniquement de nos actes physiques ou aussi de nos choix, de nos décisions, bref de notre appareil cognitif ?
J'ai pu mesurer dans ma jeunesse lointaine les limites de mon corps ou en tout cas ses capacités, tandis que je ne faisais AUCUN effort dans le domaine des disciplines scolaires. Certes, je
lisais beaucoup mais je n'avais aucun cahier de cours si ce n'est celui de TP en biologie. Bon, je regrette ceci bien entendu mais je peux comprendre  ma posture de l'époque : j'étais en
révolte (pour de bonnes raisons)  et il fallait bien que mon ire passe sur quelque chose. Ce fut le domaine des connaissances. Je ne me suis donc jamais mis à cet égard dans des laboratoires
; je suis resté au service de mon corps qui me le rend bien aujourd'hui car je l'ai épuisé à cette époque dans des sports intensifs, voire extrêmes.

Mais évoquer l'espace du savoir dans une perspective de collectif intelligent, c'est juste se préparer à une harmonie des intelligences si variées que l'on trouve dans la nature humaine. C'est la
conjugaison des intelligences et des talents qui nous sera utile dans l'avenir. Je veux bien sûr parler essentiellement pour nos enfants et petits enfants. Pour l'humanité qui se prépare. Regarde
ce qui se passe dans la plupart de nos collèges en ce moment : on dispense À TOUS un enseignement qui n'est utile qu'à ceux qui deviendront enseignants, chercheurs, ingénieurs, docteurs,
écrivains, que sais-je ? La majorité de nos élèves n'ont pas besoin de tous ces paradigmes cognitifs complexes qui les barbent pour se réaliser, tels qu'ils sont, et selon leurs aspirations
véritables. Là, je dénonce l'illusion coupable de 80 % d'une tranche d'âge au Bac et tout ce qui s'y rattache. Nous avons besoin de professionnels, de techniciens, d'artisans motivés et
compétents, dans tous les domaines de l'activité des hommes. Nous avons besoin de services aux anciens, aux personnes en difficulté. Recensons tout cela pour proposer des choix éducatifs et des
choix de carrières à nos jeunes ! Je crois que c'est ce corps-là qu'il faut réintégrer : celui de la réalité sociale, de la réalité des compétences et des goûts d'action de vie de chacun.
Bien à toi !




martin 06/06/2008 19:01

un sans-papiers veut prouver son intellgence et crée le dictionnaire des sites français (une sorte d'annuaire) avec lequel il veut avoir 1 million d'euro et devenir millionnaire!! voici son site www.jeseraimillionnaire.com

Merlin le zététicien des Mèmes 11/06/2008 21:01


BRAVO !


valentine :0056: 10/03/2006 22:50

Ton commentaire a le mérite d'être clair.Mais je trouve qu'il est difficile de lire des textes ardus sur un écran d'ordinateur ; je ne pense pas que ce type de textes puisse être convenablement lu autrement que dans un livre, sous la lampe, à tête reposée, un crayon à la main.

Merlin des MÚmes 12/03/2006 22:34

Merci pour le commentaire... clair.J'ai déjà entendu cet argument de la difficulté à lire sur un écran d'ordinateur. C'est recevable bien entendu mais on a toujours la possibilité d'imprimer la page écran qui résiste trop. Personnellement, je n'ai jamais de crayon lorsque je lis et mes livres - même ceux qui sont des livres d'étude parfois un peu ardus - sont immaculés comme au premier jour. Par contre, j'utilise plusieurs signets lorsque je lis un bouquin et notamment ceux qui me servent de livres de chevet.Lire c'est penser avec l'appui d'un autre... qui a déjà laissé des traces sur le papier. C'est reconstituer sa pensée et essayer d'entrer dedans.

gmc 01/03/2006 16:35

trouve donc quelqu'un qui sache répondre à la question "qui suis-je?" sans qu'elle puisse être invalidée.si tu veux un auto-portait, c'est très simple:- je ne suis pas ce corps et il n'est pas mien- je ne suis pas ces pensées et elles ne sont pas miennes- je ne suis pas ces émotions et elles ne sont pas miennesquand tu parles de "ta" et "tienne", à qui t'adresses-tu?

Jean-Pierre CRESPIN 01/03/2006 22:44

Oui ! J'en ai trouvé un... Il est prêt.Ton autoportrait dis-tu ! ;o))- je ne suis pas ce corps et il n'est pas mienTu es donc doué d'ubiquité- je ne suis pas ces pensées et elles ne sont pas miennesTu es donc un plagiaire- je ne suis pas ces émotions et elles ne sont pas miennesTu fais du théâtrequand tu parles de "ta" et "tienne", à qui t'adresses-tu?À un éventuel voire hypothétique correspond@nt qui signe gmg mais je ne sais pas ce que cela recouvre... Donc  "tu" n'est pas un pronom bien défini et la "tienne" c'est peut-être celle qui t'appartient mais si tu prends tout aux autres, je ne peux pas contrôler moi. Pas douanier, pas de la police !As-tu au moins un passeport "en bon uniforme" ? ;o)) Hi hi hi !@ +  demain peut-être