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18 juin 2008 3 18 /06 /juin /2008 17:23

Côtis-Capel

 


D'après une photo d'Alex BOIVIN prise en 1982 à la kermesse
d'Urville-Nacqueville, face à l'école qui, quelques années plus tard,
s'appelera "École Côtis-Capel".

Côtis-Capel, c'est le pseudonyme littéraire de l'un de nos plus grands poètes en langue normande. Cet homme, Albert LOHIER, naquit le 22 janvier 1915 à Urville- Hague.

On peut trouver une biographie de ce personnage atypique, qui étai prêtre ouvrier, mais qui fut surtout le premier prêtre marin pêcheur à ce lien Wiki :


La voix d'Albert était exceptionnelle et on peut mesurer ici toute la richesse de ses inflexions, toute l'expressivité et toute l'émotion qu'elle recèle dans ce texte de Jacques LANIÈCE où il fait parler un ouvrier agricole :



Ah ! Ah ! C'te jeunesse, la v'là déjà envolae... C'est byin comme la myinne de jeunesse. À c't'heure les trucs d'amoureux j'm'en fous pas mal, c'n'est pus d'mon temps. C'qui m'faudrait à mé, c'est une moque de beire à chaque coup qu'j'en ai envie.
Créyous qu'c'est juste d'arriver à m'n'âge sans beire, sans fagots ni bouais pour m'caoffer les pyids ?
Y' a byin la pension des vieux... Ah vé, la pension des vus... Quand vous aurez travailli coume mé garçons, quand vous auras fait autant d'fagots, autant d'bottes de foin qu'j'en ai fait dans ma vie, quand vous aurez sumé c'que j'ai sumé d'blé et d'orge et d'avaine et d'colza et r'piqui autant d'bettes et laboura, faochi, herchi autant d' vergies, quand vous n'n'aurez bavé coume mé à couri ces maudites gerces, à rapasser des génisses qu'étaient parties dans le clos au tauré...
Ah quand vous aurez ramassé dans la gelae autant de boussiaux d'poumes que mé qu'en avais les doigts tout raidis... Eh byi vous pourrez prêchi garçons...
NB : Ce texte lu par Albert LOHIER,n'est pas écrit en pur normand mais il représente bien la manière dont les journaliers agricoles pouvaient s'adresser à des horzains ou à des "gens de la ville" quand ils leur adressaient la parole.

Voici à présent un texte de Côtis-Capel en personne, dit par lui-même. Il s'agit de son "miserere", celui qui sera dit le jour de son inhumation. Une sorte de confession de vie grandiose et en même temps pleine de modestie et d'humilité :

 



Je donnerai bientôt la traduction de ce poème qui, dans sa langue originelle, est tout simplement sublime.

Albert LOHIER fut le premier prêtre marin pêcheur. Un de ses amis, Charles CERISIER (prêtre lui aussi) vient d'écrire un livre dans lequel il rapporte les événements forts de la vie de Côtis-Capel grâce à de nombreux documents, notamment écrits de la main du poète prêtre et marin.

"J'ai gardé le cap"
Albert Lohier/Côtis-Capel
Documents
de Charles CERISIER
Éditions Isoète 2ème trim 2008

Je ferai un article complet pour présenter cet ouvrage précieux dès que j'aurai fini de le lire jusqu'au dernier paragraphe.

<== Côtis-Capel dans son travail quotidien de marin pêcheur, au milieu de ses compagnons dont il a voulu partager la vie.






Un merveilleux poème de Côtis

Anichi dauns sen bèr, eun qu'nâlot qui vous guette,
Et vous v'là inochent, et vous v'là surgouolaé,
Y a-t-i d' quei d' pus jati qu'un p'tiotin afêtaé
Qu'en est ergouème' dé beire et qui fait des risettes.

J'n'ousons paé y touqui, ch'est gros coume eun' rébette !
Et touos, dé louen, j'prêchons dé sa joulie sauntaé,
D'sen ren et d' sen fèssyi qu'ount byin toutes les bountaés,
Et j'counv' nouons tout bouon'ement qu'i s'porte coume sounette.

Mei qui n'i janmais eu ni bourjouès' ni éfaunts
- Mais ch'est lo men histouèr', vous l'ont dit les set vents -
Chu qu'nâle e sen p'tit lyit toute la seirée m'assoument,

J'mé dis qu'chu p'tiotinet s' sa quiqu'eun d' counséquent
Pis qu'i réra des qu'nâl's et qu'cha r'séra des houmes.
Veir' ch'est eun gros dé d'quei qué d'mouri sauns éfaunt.

                                    (Les côtis éd Isoète 1985 p.167)



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Published by Merlin le zététicien des Mèmes - dans Philosophie - littérature et poésie
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commentaires

Babou* 26/06/2008 09:29

Je suis désolée je n'ai rien compris... (rires)en plus je n'ai pas retrouvé les hauts parleurs de mon pc pour entendre la version parler... (sniff) parce que je suis sûre que la musique des mots m'aurait aidé, ou alors peut être que j'aime à penser que de tous nos patois elle m'aurait parlé de mon grand père... qui parlait si bien l'occitan.Je vais persévérer et chercher ses maudits hauts parleurs et surtout je reviendrai voir la traduction.Merci Merlin de me faire découvrir une région que je connais fort peu... où pourtant j'ai failli perdre ma fille (mais ça c'est une autre histoire)Bisous Babou*

Merlin le zététicien des Mèmes 01/07/2008 22:42



Je mettrai la traduction des deux poèmes dans la semaine Babou.
Tu sais, moi aussi j'aime bien l'occitan et toutes les autres langues régionales de notre pays dont les cultures multiples étaient  une richesse incroyable !



Valentine :0056: 24/06/2008 22:38

C'est vraiment émouvant d'entendre parler ainsi le patois de nos ancêtres... On a voulu bien faire en l'éliminant, et en fait il est chargé d'histoire et de sagesse.

Merlin le zététicien des Mèmes 01/07/2008 22:27



Tu as raison Martine, c'est très émouvant. Mais moi, je n'entends pas un "patois". Juste une langue d'Oïl aussi riche en syntaxe et en vocabulaire que le
français d'Île de France que nous parlons tous.
Oui, certains ont cru bien faire en "interdisant" les langues régionales, mais ce fut une erreur monumentale.



aimela 24/06/2008 13:31

Il m'en faudra du temps pour tout déchiffer du poème, je ne parle pas le normand( sourire). Je suis rentrée de mes courtes vacances avec le projet de mettre des textes en cette langue mais tu m'as devancé . Merci de cette riche idée

Merlin le zététicien des Mèmes 01/07/2008 22:24


Moi aussi je rentre de quelques jours passés à Paris. Je mettrai la traduction dans la semaine.
Tu peux mettre des textes en normand Aimela, ce ne sera que plaisir.


Viviane 23/06/2008 16:27

A chaque fois que j'en ai eu le temps ces derneirs jours, je suis venue me resourcer dans cet article aux mots qui chantent...Que cette langue est belle! et que de mélancolie et de fatalisme je reçois, sans comprendre tous les mots, juste quelques uns, dans ce deuxième poème. merci du voyage en temps d'hier et d'aujourd'hui.

Merlin le zététicien des Mèmes 23/06/2008 21:47


Je mettrai les traductions quand il le faudra. Cette langue qui ressemble tant au français, à moins que ce ne soit le contraire) a ses spécificités, son riche
vocabulaire et sa poésie propre faite d'un élan lyrique et d'une chaleur humaine un rien métaphorique.
Tu as raison, chez Côtis, il y a la mélancolie et le fatalisme avec cette sorte de résignation fière propre à tous les Normands.
Promis, je t'envoie une traduction (la plus fidèle possible) du poème de la fin de l'article.
Cet homme-là était grand, comme le fut Philéas LEBESGUE 50 ans plus tôt et avant. Mais ce ne sont pas ces pointures véritables qui sont médiatisées, loin s'en faut !


Viviane 20/06/2008 19:01

C'est une voix merveilleuse et une langue merveilleuse. Quelle joie de la retrouver ici, j'en avais eu une avant première  dont l'éprouvé fut intenseet quel beau visage aussi je suis sensible à ce que je eprçois de profondeur dans ce regard qui fixe sans déshabiller.

Merlin le zététicien des Mèmes 20/06/2008 22:42


Je n'ai pas fini cet article. Je termine de lire le livre de son ami Charles CERISIER et j'essaierai de présenter les différentes facettes du personnage. Celui
qui m'est le plus sensible, celui dont je sens toute la richesse est pour l'instant le poète (homme d'engagement certes) mais doté d'une sensibilité étonnante, hors du commun.
Côtis était une sacrée personnalité !