Dimanche 6 juillet 2008
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10:24
Paroles: Jacques Brel. Musique: Jacques Brel, Gérard Jouannest et Jean Corti 1964
© Editions Musicales Pouchenel
Les vieux ne parlent plus ou alors seulement parfois du bout des yeux
Même riches ils sont pauvres, ils n'ont plus d'illusions et n'ont qu'un cœur pour deux
Chez eux ça sent le thym, le propre, la lavande et le verbe d'antan
Que l'on vive à Paris on vit tous en province quand on vit trop longtemps
Est-ce d'avoir trop ri que leur voix se lézarde quand ils parlent d'hier
Et d'avoir trop pleuré que des larmes encore leur perlent aux paupières
Et s'ils tremblent un peu est-ce de voir vieillir la pendule d'argent
Qui ronronne au salon, qui dit oui qui dit non, qui dit : je vous attends
Les vieux ne rêvent plus, leurs livres s'ensommeillent, leurs pianos sont fermés
Le petit chat est mort, le muscat du dimanche ne les fait plus chanter
Les vieux ne bougent plus leurs gestes ont trop de rides leur monde est trop petit
Du lit à la fenêtre, puis du lit au fauteuil et puis du lit au lit
Et s'ils sortent encore bras dessus bras dessous tout habillés de raide
C'est pour suivre au soleil l'enterrement d'un plus vieux, l'enterrement d'une plus laide
Et le temps d'un sanglot, oublier toute une heure la pendule d'argent
Qui ronronne au salon, qui dit oui qui dit non, et puis qui les attend
Les vieux ne meurent pas, ils s'endorment un jour et dorment trop longtemps
Ils se tiennent par la main, ils ont peur de se perdre et se perdent pourtant
Et l'autre reste là, le meilleur ou le pire, le doux ou le sévère
Cela n'importe pas, celui des deux qui reste se retrouve en enfer
Vous le verrez peut-être, vous la verrez parfois en pluie et en chagrin
Traverser le présent en s'excusant déjà de n'être pas plus loin
Et fuir devant vous une dernière fois la pendule d'argent
Qui ronronne au salon, qui dit oui qui dit non, qui leur dit : je t'attends
Qui ronronne au salon, qui dit oui qui dit non et puis qui nous attend.
Depuis plus de 40 ans, j'aurais eu envie que Jacques BREL transformât parfois les vers 13 & 14 :
"Et s'ils sortent
encore bras dessus bras dessous tout habillés de raide
C'est pour suivre au soleil l'enterrement d'un plus vieux, l'enterrement d'une plus laide"
en
"Et s'ils sortent encore bras dessus bras dessous tout habillés de rêve
C'est pour suivre au soleil l'enterrement d'un plus vieux et la fin d'une trêve"
Oui, j'avais envie de faire ressurgir les rêves endimanchés de nos vieux tout fanés
Par Merlin le zététicien des Mèmes
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Publié dans : Poésie
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Je n epeux m'empêcher de mettre des visages sur ces " vieux ", celui de ma grand-mère ( elle parlait du bout des yeux, cela sentait bon chez elle et sa peau de vieille personne qui n'allait jamais au soleil était d'une douceur de peau de bébé.). Quand elle évoquait son enfance de petite fille placée dès la naissance à l'assistance publique, il y avait quelque chose qui allait au-delà de la mélancolie dans sa voix. Je me souviens de sa tendresse à cajoler Bruno tout petit. Elle n'a pas eu letemps de connaître ses soeurs. Elle semblait heureuse qu'il y ait une suite à sa vie.
Et puis mon grand-père qui parlait si peu, mais lisais chaque jour la rubrique nécrologique ;o)) et semblait étonné que l'on quitte cette terre, que l'on y soit obligé, que l'on doive rendre cela. D'ailleurs ça ne l'amputait pas de sa sérénité, qu'il garda haute jusqu'au bout;
Et puis cette belle image de l'espace qui rétrécit, ds préoccupations qui deviennent minuscules...
Je me demande souvent ce qui permet de bien vieillir... Le silence, la méditation, le bon air, avoir été heureux, rester curieux, ne pas être embarqué depuis le début de sa vie dans un stress constant. les Himalayens vivent très vieux et apparemment très sages. La solitude des cimes peut-être?
Merci du cadeau de ce poème, Merlin.
Tu es dans le vrai : quelle belle description des vieux qui sont quant à eux un concentré d'humanité en fin de compte... (°!*)
C'est si bon d'avoir le droit de vieillir...
J'ai vu mes grands parents aller tranquillement l'un près de l'autre et s'aimant jusqu'au bout... j'ai vu mon père partir trop tôt et n'ayant pas cette chance là de tenir le bras de maman encore aujourd'hui...
Si j'ai le choix je veux entendre la pendule ronronner au salon... et entendre son pas venir vers moi... oui à deux vieillir doucement c'est cela que je souhaite. J'ai envie de vieillir bras dessus bras dessous avec mon chéri doudou...
Je suis exactement comme toi : j'ai envie de vieillir auprès de ma doudou, juste si mes neurones tiennent le coup et ne se mettent pas à dérailler en oublis désespérants ou en délires hallucinants.
Merci de ton commentaire Babou. Je vais aller faire un tour chez toi pour voir ce que tu dis de la vie...
Je suis comme toi : je redoute et je hais la solitude. C'est un enfer contrairement à ce que disait Jean-Paul Sartre. L'enfer c'est l'absence des autres !
Bonne journée !
C'est une très belle chanson et surtout merveilleusement interprétée par un gars du Plat Pays qui est habité par ce qu'il dit, qui l'a vécu avec les vieux qu'il connaissait et aimait.