Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
30 août 2008 6 30 /08 /août /2008 09:50
Charles CERISIER est  prêtre, comme l'était CÔTIS-CAPEL lui-même. Sans doute fut-il lui aussi un peu en dehors des sentiers battus traditionnels de cette fonction. Dans ce 'recueil de documents', il nous invite à mieux connaître celui qui fut pendant les quinze dernières années de sa vie (CÔTIS est mort en 1986) un compagnon de route tant au plan fraternel que spirituel.




  Beaucoup de lecteurs et admirateurs du poète connaissent son lyrisme incomparable et tous les vrais défenseurs de la langue normande ne tarissent pas d'éloges à l'égard
d'Albert LOHIER
devenu CÔTIS-CAPEL comme pour mieux s'ancrer dans ses origines haguaises.

   Mais dans ce livre, Charles CERISIER ne se contente pas de présenter des oeuvres poétiques de son ami. Il y ajoute quelque chose qu'il serait difficile d'appeler une biographie ou des 'mémoires par procuration' mais plutôt une sorte de mémorial fait d'archives et de scènes de vie réunies.

   Ce travail de compilation est précieux pour mieux comprendre l'oeuvre de CÔTIS-CAPEL, ses engagements et le souci permanent d'être au clair avec le cheminement entrepris depuis le début, tant dans le domaine de sa foi que dans celui de son rôle social auprès de ceux qu'il a souhaité approcher dans l'atmosphère de leur travail quotidien. À cet égard, le titre "J'ai gardé le cap" me paraît très évocateur de cette ligne de conduite toujours maintenue, contre vents et marées. Prêtre ouvrier, Albert fut le premier prêtre marin pêcheur et il dut subir les foudres vaticanes comme tant d'autres dès 1959.


   Albert LOHIER écrivait en 1951 :
"Être missionnaire de la mer n'est pas une fonction attribuée à un prêtre auquel l'autorité religieuse confierait le soin habituel des âmes avec l'obligation d'assumer le culte, de promouvoir les oeuvres diverses ou même d'animer l'action catholique dans le milieu.
Le missionnaire a accepté de vivre totalement la vie même des pêcheurs. Il est professionnel, inscrit maritime, embarqué. Il travaille comme un matelot. Il vit de son salaire. Il doit, le cas échéant, souffrir les aléas du métier : long séjour à terre à cause du mauvais temps, en cas de panne, en cas de chômage." (Extrait p. 107 du livre de Charles CERISIER.)











    Bien entendu, dans cet ouvrage, le défenseur de la langue normande et le poète ne sont pas oubliés. Dans le chapitre 5, "Une écriture", CERISIER présente l'oeuvre de CÔTIS comme un élément de sa quête, une recherche. Albert aurait aimé que l'on dise "ses méditations". Mais Albert LOHIER, c'est aussi une voix "persuasive, rapide, coléreuse, explicative et ponctueée..., retenue et méditative ... un peu éraillée par la pipe et marquée par des difficultés respiratoires, bronchite et asthme"...
  À la fin de l'ouvrage, un CD présente 16 enregistrements de la voix de CÔTIS-CAPEL et les textes se trouvent dans les chapitres 5 à 8. Je trouve cette idée tout à fait remarquable et, si les traductions du normand en français n'avaient pas de sens pour le poète CÔTIS, elles ont au moins le mérite de permettre à ceux qui ne comprennent pas parfaitement la langue normande, de saisir les idées et le sens général des méditations d'Albert, dans son loceis...
J'avais déjà eu l'occasion de faire une brève présentation de
ce très grand poète normand
(cliquer sur le lien ci-dessus)
à la mi-juin dernier, juste après que l'auteur nous eût présenté son livre.

Voici ce que CÔTIS-CAPEL écrivait à propos du   grand métier   qu'est celui de la mer :

 

(Le prêtre marin pêcheur dit lui-même son poème)

Pendant les vacances, des critiques injustifiées ont été formulées à l'encontre de ce travail. Je n'en dirai pas plus que ces quelques mots, pour quatre pages ignobles :
Tout ce qui est excessif est dérisoire et lorsqu'on aimerait soi-même être mis en valeur, on écrit quelque chose de positif, utile à tous et à la langue normande. C'est le cas lorsque l'on met à la disposition de tous un recueil de documents sérieux et faciles à consulter. Il n'en est pas de même lorsqu'on se prétend "expert en langue normande" et qu'on affirme que les mots "quétoun" et "devaunté" ne font pas partie de notre loceis et qu'il faudrait dire "âne" et "tablier". Mais voyons ! ...
Ce qu'il faut, c'est humblement se mettre au service de cette langue normande qui a déjà été si souvent bafouée par le passé. Chiche ! Il y en a qui le font déjà très bien et je pense en particulier au groupe Magène, à son site et à tous ses animateurs. Et puis, dans l'ombre et le silence, il y a les experts, les vrais qui se taisent en mesurant avec tristesse les dégâts occasionnés.
À l'évidence ces quatre pages vindicatives et remplies d'un fiel amer ont été écrites par un cuistre égocentrique. Ça ne l'empêche pas d'écrire :

"Certes, je peux lui savoir gré de ne pas m'avoir trop cité afin que ma modestie ne puisse en souffrir, je ne suis pas d'un naturel à me mettre en avant et je préfère la discrétion et la retenue aux effets de manchettes et aux déclarations intempestives si prisées des fans de la 'com'."

Une annonce en forme de précaution oratoire; un bel oxymoron ironico-paranoïde ou l'art de dire tout le contraire de ce qu'on pense. C'est pitoyable ! La suite du paragraphe le démontre d'abondance...

Je pense revoir Charles CERISIER  prochainement mais je recommande dores et déjà à tous la lecture de son livre qui est paru au 2ème trimestre 2008 chez isoète.   Un outil bien précieux !

Partager cet article

Repost 0
Published by Merlin le zététicien - dans Philosophie - littérature et poésie
commenter cet article

commentaires

aimela 09/09/2008 12:27

 Merci Merlin  pour m'avoir fait découvrir cet auteur, Bien que je sois normande  d'une très longue génération, je ne l'ai jamais appris et ne comprends que quelques mots au hasard ( rires) . On ne parle pas tous le même  le normand , J'avais un cousin à Cherbourg qui le parlait différament  que  les ornais  ou les calvadosiens, on ne le comprenais absolument pas  lorsqu'il venait nous voir .

Merlin le zététicien des Mèmes 10/09/2008 18:38



Oui Aimela, tu as raison ! Il y a des variations perceptibles de Charbourg à Alençon et d'ailleurs je vais peut-être te décevoir mais le vrai normand se parle
essentiellement au nord d'une ligne appelée ligne JORET.
Dans le Calvados, aucun problème, de même dans la Seine Maritime.

http://projetbabel.org/forum/viewtopic.php?t=2448

Au sud de la ligne Joret c'est du normand... méridional.  (°!*)



Viviane 03/09/2008 11:33

Et je lis doucement ton article , avec cet homme debout, les mains en prière autour du cordage, cette croix des haubans ou des bommes qui dessinent sa foi sur le bateau.C'est si différent l'image que donnent les phrases de Lohier de ce que l'on a coutume de montrer par exemple dans les films: l'homme de Dieu avec le crucifix au bout du bras comme s'il ne voulait toucher la vie ... vivante et prête à mourir. ici on sent un ancrage dans la glaise humaine.Tu as raison,  joindre des Cd, c'est une idée géniale. merci de ce bel articlke qui done envie de partir en voyage dans ses pages

Merlin le zététicien des Mèmes 10/09/2008 18:40


J'espère que le livre de Charles CERISIER aura du succès pour faire connaître Côtis, ce splendide poète et surtout la langue normande.


Le bateleur 30/08/2008 19:14

(j'oubliais)Comprendre sans comprendreentendre la musique et deviner parfoisest un délice

Merlin le zététicien des Mèmes 30/08/2008 22:13



Oui ! C'est exactement ce que je pense. Dans un premier temps c'est nécessaire. Le normand n'est pas une langue facile à traduire  - contrairement à ce
que pensent beaucoup de personnes -  mais je vais essayer d'en faire une, un peu plus fidèle que celle qu'a proposée Charles CERISIER dans son livre. Dans 48 h si le dieu de CÔTIS me prête
vie...
Merci de ta lecture et de ton écoute devineresse Luc.
Alors tu es rentré ? As-tu ramené un petit olivier ?
J'en ai deux devant ma porte d'entrée qui crie à l'huile. (°!*)



Le bateleur 30/08/2008 19:13

Merci Jean-Pierrej'ignorais tout de luiet tu m'as fait rentré dans la pénombreMerci aussi d'avoir cueilli et rapporté cet'extrait lu par l'auteur

Merlin le zététicien des Mèmes 30/08/2008 22:06



Albert LOHIER était un homme intéressant à bien des égards. La pénombre des mots obscurs éclaire parfois la lumière de la pensée mieux que le plus puissant
dictionnaire. La voix de CÔTIS impressionne par sa puissance et la conviction qu'elle emporte. J'aime écouter parfois du russe ou d l'espagnol car ce que j'entends alors n'est que musique et
vocalises, mais c'est souvent si harmonieux !