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6 novembre 2008 4 06 /11 /novembre /2008 22:58
« On ne peut saisir les raisons de l'incertitude où s'enfoncent actuellement les démocraties sans avoir élucidé au préalable la manière dont elles se sont extirpées de la crise du libéralisme. Ce qu'il s'agit de dégager c'est la révolution de l'être-ensemble qui aura été la vraie révolution du XXème siècle, la révolution silencieuse dissimulée derrière ses convulsions, une vraie révolution puisqu'au travers d'elle l'humanité a trouvé le moyen de se structurer indépendamment de la religion, puisqu'elle inaugure un nouveau mode de coexistence à l'échelle de l'aventure humaine. L'intelligence de cette mutation décisive est le seul fil à même de nous guider dans le labyrinthe de nos contradictions et de nos désarrois. Elle ne nous met pas seulement en position de discerner pourquoi et comment le libéralisme met la démocratie en crise ; elle nous apporte surtout de quoi nous orienter par rapport à la seule question qui vaille aujourd'hui, la question de savoir ce qu'il peut advenir de cette démocratie qui ne se comprend plus. »
(Marcel Gauchet, « La crise du libéralisme », pages 18-19)

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"LE TEMPS DE PENSER"

Émission visible sur la Chaîne Parlementaire lcpan
  http://www.lcpan.fr/emission/62697

animée par Richard MICHEL

"Le triomphe du supercapitalisme a conduit, indirectement et par inadvertance, au déclin de la démocratie. Mais ce n'est pas inévitable. Nous pouvons avoir à la fois une démocratie dynamique et un capitalisme dynamique. À condition de mettre en place une cloison étanche entre les deux sphères. Le but du capitalisme est d'optimiser la satisfaction du consommateur et de l'investisseur. Le but de la démocratie est d'atteindre collectivement des objectifs que nous ne pouvons pas atteindre en tant qu'individus. La frontière qui les sépare est violée lorsque des entreprises semblent assumer des responsabilités sociales ou encore lorsqu'elles utilisent la politique pour renforcer ou conserver leur position concurrentielle."
Robert REICH* "Supercapitalisme" Éd Vuibert jan 2008 p. 241

* Ancien Secrétaire d'État à l'Emploi de Bill CLINTON.

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Published by Merlin le zététicien des Mèmes - dans La crise du libéralisme
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commentaires

Viviane 08/11/2008 09:40

Quelle puissance de réflexion et quelle sagesse. Ce remarquable entretien appelle en moi ( à bonne heure comme tu vois ;o) ce qui est le meilleur moment pour réfléchir) quelques remarques qui vont dans le sens des propos de ton cher Ami.Tout d'abord la laïcité. Je ne peux que souscrire à ce devoir de mémoire de ce qui nous fonde et le terme sympathie ici me parait prendre une force nouvelle. j'ai toujours pensé qu'on ne pourrait résoudre les problèmes de religion qu'en les inscrivant comme les oeuvres d'art au patrimoine de l'humanité.Finkielkraut disait que la culture est l'art de faire commerce avec les morts et que nos sociétés sont en grand danger de cet oubli là, de tout ce qui nous fonde. Je retrouve la même préoccupation chez Gauchet, culture au sens large, bien sûr, pas simplement conversationnel.Ensuite, toute cette partie de son intervention qui me ramène aux inquiiétudes si lointaines et si proches à la fois de Tocqueville: naissance de l'individualisme, dangers de la démocratie. Ou pour le dire auterment, on est passé du temps où l'homme était héritier de son passé, à celui où on le posa, comme individu, sur un piédestal, puis à celui où nous sommes aujourd'hui, où déraciné au sens propre et figuré, l'homme peine à se situer et comme individu et comme membre d'une collectivité.Ton ami rappelle à juste titre cette notion de droits et de devoirs qui fonde toute démocratie, mais dans les républiques de coquins... Tout est à repenser . A commencer par évincer les coquins et de ce point de vue, il rappelle aussi à juste titre les connivences entre politique et grandes instances financières ( dans le Nouvel Obs, je lisais qu'Obama est celui des présidents américains élus qui aura reçu le plus de fonds des banques privées...)Les droits de l'homme. vaste question. Car en son nom que ne fait-on pas? A commencer par créer toutes ces instances fort juteuses et cette " pensée " au ras des paquerettes qui sans cesse assigne tout "mal- pensant" au tribunal au nom du respect à la différence et aux communautarismes. Nous vivons dans une société qui se complait dans la haine d'elle-même et cela ne peut conduire à la réflexion sereine, à la reconstruction apaisée d'une démocratie où chacun aurait sa place, comme Homme et Femme conscient de ses droits et devoirs, et pas simplement existant, admiré parce que faisant d'abord partie d'une minorité. j'ai toujours dit que le pire des racisme, c'était l'admiration des minorités. leur infantilisation comme minorités support du lécontentement de soi, qui nourrit bien sûr le protocole humanitaire et cette ingérence dans les affaires du monde au nom du respect des droits de l'homme.Et puis cette citation en tête de son intervention sur les convulsions du libéralisme. Oui, l'Etat est plus que jamais indispensable comme moteur de la pensée politique afin de contrer durablement les dérives d'un marché posé comme fondement des société ( ou lien, dit ton ami, entre les êtres...) surtout quand on voit naitre à chaque fois davantage d'instances qui prennent des décision hors avis du peuple. Mais comment réformer tout cela, comment rendre parole aux peuples et puissance aux états? Pédagogie des devoirs peut-être.merci de ce bon moment de réflexion matinale à toi et ton ami encore une fois. Je me suis régalée à écouter.

Merlin 08/11/2008 12:03



Oui, tu as raison, quelle puissance de réflexion et en même temps quelle sérénité !
Bien que je n'aie pas revu GAUCHET depuis fort longtemps, quelques coups de téléphone et quelques e-mails me montrent à quel point ce très grand penseur est resté simple, aimable et très à
l'écoute de ses lecteurs et de son vieux condisciple J-P C. Il est d'une exquise gentillesse et, dans ces milieux, ce n'est pas nécessairement le comportement le plus courant.
J'ai beaucoup d'amitié et de reconnaissance intellectuelle envers lui : il me donne à penser et m'aide à penser...
Sa vision de la laïcité est remarquable et elle s'impose à nous, au lieu de ce renoncement à nos origines culturelles profondes, elle doit bien poser les jalons, marquer notre cheminement, nos
décourcis (comme dit Luc). Nous devons connaître notre parcours pour mieux nous situer dans la trajectoire qui nous attend. Bien sûr que notre mémoire de société occidentale d'extraction
judéo-chrétienne est importante. Notre culture en est pétrie !

Oui, l'émergence d'un individualisme forcené au détriment du devoir envers tout ce qui est public détruit le sens de notre démocratie. Bien sûr que chacun de nous est un individu privé mais aussi
l'acteur incontournable d'une contribution nécessaire à l'effort collectif. On ne peut pas impunément toujours recevoir et ne jamais rien donner, c'est inconcevable !

À cet égard, les dérives "droits de l'hommistes" comme le dit quelquefois GAUCHET sont un réel détournement de ce que représentent ces droits chèrement acquis, car, en effet — comme pour la
liberté — qui implique simultanément son exercice pour soi-même et  le respect de celle des autres, aucun droit ne peut se concevoir sans les devoirs qui permettent à ces droits d'être vécus
& reçus  par tous.

Je suis d'accord, dans "l'antirascisme" et dans la défense symptomatique des minorités (ces pauvres gens laissés pour compte !) il y a un degré de commisération et une sorte de suffisance du
riche par rapport au pauvre qui fait que pour moi, c'est en réalité le pire des racismes. Je me moque que Barack OBAMA soit "noir, métis ou blanc". Ce qu'il compte c'est qu'il est un Homme (Homo
sapiens) et que son gène ACA2  — qui lui donne une couleur de peau légèrement foncée — ne constitue que 1/30 000 ème de son patrimoine génétique.

Je suis comme toi, je me régale toujours à écouter la pensée de GAUCHET en mouvement et en action. As-tu remarqué comme sa gestuelle, les mouvements de ses mains notamment sont en harmonie totale
avec les idées qu'il exprime ? Mais, à le lire, je crois que c'est (avec plus d'efforts il est vrai — encore plus patent.

Sans parti-pris, Marcel est un très grand penseur. Un phare pour notre démocratie mal en point, "qui ne se comprend plus" comme il le dit lui-même.

Merci de ton très bon commentaire matinal Viviane de Toulenne !