Samedi 24 mai 2008
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"C'est parce que quelque chose des
objets extérieurs pénètre en nous que nous voyons les formes et que nous pensons."
(Épicure : lettre à Hérodote)
ÉVACUER ENFIN L'INCONSCIENT...
Le
conscient - s'agissant du fonctionnement cérébral de l'être humain - voilà une notion bien difficile à cerner et à définir...
En effet, si le système nerveux de l'homme, installé dans son enveloppe corporelle est un système intelligent, c'est parce qu'il est en interaction permanente avec son environnement
et qu'il fait évoluer sans discontinuer le modèle - qu'il se crée et se recrée - de ce milieu de vie.
Avant d'entreprendre la moindre action sur cet environnement, dans un but déterminé, le système nerveux teste cette action sur son modèle. Si le résultat de la simulation n'est pas
favorable ou n'est pas celui escompté, une autre action est entreprise, jusqu'à l'obtention d'un résultat conforme au projet conçu...
En fait, tout commence à partir des stimulations sensorielles objectives, avec les perceptions reçues par les périphériques essentiels que sont la vue, l'ouïe, l'odorat, le toucher, le
goût, l'équilibre, la douleur, le plaisir etc... Et il est vrai que nous avons de multiples capteurs spécialisés pour toute la périphérie du corps ainsi que pour... l'intérieur.
Les constructions d'images mentales (de représentations) de la réalité se font donc à partir de tous ces percepts automatisés. C'est à partir de ce moment, juste après que les processus
neuronaux associés à ceux de l'ensemble du système nerveux aient été activés qu'entre en jeu notre conscience, dans un instant très bref, et il ne reste au système qu'une seule ressource, celle
de mémoriser tous les concepts consciemment élaborés à partir des percepts reçus.
Dans l'exercice automatique de cette boucle de la conscience, il faut bien isoler les processus perceptifs des actions mentales comparatives visant à distinguer des ressemblances au sein
de tout ce qui a été reçu. Il est également indispensable de repérer des attributs redondants afin de penser des inférences ou des hypothèses qui devront êtres vérifiées autant de fois qu'il le
faudra. C'est alors, et seulement si la répétition des vérifications réitérées est satisfaisante, qu'on pourra en inférer un concept, avec une conclusion provisoire.
La conscience que nous avons de notre environnement génère à son tour une conscience des pensées mémorisées qui parcourent notre esprit et, pour essayer de définir un peu ce concept
étrange, on pourrait dire que la conscience, c'est un état mental actif, transitoire, que l'on peut exprimer par le langage oral, écrit, par le dessin, la musique, par des constructions
physiques, mathématiques ou mécaniques.
Être conscient, c'est comprendre la relation qui existe entre des phénomènes (extérieurs ou intérieurs) et ce que l'on en perçoit objectivement, tout en étant capables de les énoncer
et de les analyser. Il paraît donc évident que la conscience ne s'exerce, ne se manifeste que chez un être qui a déjà conscience de son existence propre ainsi que de sa position réflexive et
existentielle unique.
Toute conscience est ancrée dans un substrat de mémoire(s) et se projette vers un futur souhaité par le sujet conscient.
Claire Sergent, chercheure de l'équipe de neuro-imagerie du CEA-INSERM dirigée par Stanislas Dehaene et soutenue par Jean-Pierre Changeux,
souvent en collaboration avec Lionel Naccache vient de réaliser des expériences édifiantes sur le sujet de la conscience humaine. Claire affirme "Pour que des informations visuelles [.........]
nous deviennent conscientes, un réseau cérébral spécifique doit être activé...
À l'écran, on voit très bien que, du cortex visuel, l'activité cérébrale se transpose au cortex frontal, puis au préfrontal ainsi qu'au cingulaire antérieur..."
Et ce, 436 milli secondes après la diffusion de l'objet qui suscitera la prise de conscience.
Mais, ces aires de la conscience ne traitent qu'une seule tâche à la fois...
Il existe donc bien chez l'homme un espace neuronal spécifique dédié au travail conscient.
Tandis que de nombreuses stimulations (des bruits, des parfums, des formes ou des couleurs, des visages familiers, des mots entendus ou vus) sont traitées de manière automatisée et
non-consciente dans différentes aires cérébrales, les zones de la conscience prennent en charge le traitement d'une information
pour la rendre consciente et transmissible à d'autres membres de l'espèce.
En outre, pendant cette brève période durant laquelle l'attention est indispensable, nous sommes conscients d'avoir effectué ce traitement et nous pouvons en mémoriser durablement les
résultats.
La mémoire prend en charge les percepts devenus conscients au même titre que les processus sollicités de manière automatique et non-consciente mais dans au
moins cinq types de mémoires spécifiques :
Il paraît néanmoins évident que la mémoire n'est pas une capacité inépuisable et infinie
et qu'elle perd de sa pertinence au fur et à mesure que le temps s'écoule. Hermann Ebinghaus, un philosophe Allemand de la fin du XIXème siècle a étudié méthodiquement l'instauration et la
déperdition de mémoire.
Portrait d'Hermann Ebbinghaus à livre ouvert (comme la mémoire...)
La courbe de perte de mémoire de 0 à 31 jours.
La mémoire est une faculté éphémère. Il faut la
réactiver en permanence afin qu'elle conserve son efficacité.
Mais il reste que de nombreux acquis cognitifs ou événementiels seront oubliés faute
d'être réactivés.
Le non-conscient, après une
telle déperdition de mémoire devient l'essentiel de notre package mémoriel.
(75 % de pertes d'informations en un mois c'est vraiment très important !)
En effet, il reste très peu de nos acquisitions cognitives au bout de 31 jours. Mais au bout de 31 mois et, mieux encore, au bout de 31 ans, il ne reste
plus que des souvenirs de souvenirs sans cesse reconstruits.
Alors, est-ce à dire qu'il ne reste rien ? Sans doute pas. Il reste des traces, des facilités à reconstruire un succédané de nos expériences passées. Cependant, d'aucuns ont voulu, dès
la fin du XIXème siècle et surtout au début du XXème mettre en avant un inconscient tout puissant, sorte de chef d'orchestre
du psychisme. En fait, tout ce qui est "non-conscient" est constitué de traces mnésiques imperceptibles et non accessibles à la conscience car la conscience ne peut traiter qu'une
information-événement à la fois. Le non-conscient est essentiellement composé d'une réserve infinie d'automatisme salutaires (notamment toutes les acquisitions de la mémoire procédurale) qui
font que nous conduisons une voiture, une bicyclette ou manipulons nos outils technologiques complexes sans y réfléchir. Les mécanismes sont du même ordre pour les autres types de mémoires et
fort heureusement !
Est-ce qu'on met toute la mémoire de nos ordinateurs sur le bureau, ou en mémoire vive ? C'est impossible ! La comparaison est satisfaisante au niveau de ces attributs. Là où on
diffère sensiblement c'est que notre "unité centrale" est tenue de gérer à la fois la informations courantes fournies par nos différents capteurs et périphériques d'information sur le milieu
extérieur que sont la vue, l'ouïe, l'odorat, le goût, le toucher associés à des kyrielles de capteurs internes qui renseignent l'unité centrale sur des centaines de paramètres, et, sommum des
problèmes, c'est que nous, Homo sapiens, avons trois niveaux de cerveaux :
- le reptilien pour la survie basique.
- le paléomammalien pour de multiples fonctions vitales mais en particulier le système limbique (amygdale en tête) pour réceptionner les stimulations qui vont fabriquer des émotions aussi
diverses que la peur, la satisfaction, la tristesse etc :
- le néomammalien (néocortex) comme chef d'orchestre et superviseur final de toutes ces informations parvenues à lui en quelques dizaines de millisecondes, celui qui, en bon superviseur,
prendra les décisions finales. (Libre-arbitre oblige...)
Le psychisme, c'est qualitativement la gestion de tout cela.
je me demande totu à coup comment il se fait que dans ce prodigieux centre de triage des informations il n'y ait pas davabtage de "bugs" car outre le traitement des informations extérieures il y a toute cette activité autonome, intrinsèque, cette production sous forme ( je suppose, tu sais que je ne suis qu'une petite indienne) à la fois d'impulsions électriques et de processus physico chimiques que l'on nomme Penser...
Bravo!!je vais faire lire à Miguelin...
Les indiennes (Cheyennes, Algonquines etc...) ont exactement le même hardware que les Normandes seuls les softwares diffèrent un peu : les joliciels :o)) je veux dire, bref la culture.
Merci de ton avis. Je serai content d'avoir celui de Michel mais ce déni du concept d'inconscient agissant n'est pas fini pour moi. Je vais m'attaquer au paradigme du refoulement très bientôt.
Ce phénomène est tellement fréquent et concerne tant de domaines (en fait tous les domaines sur lesquels l’on est capable d’avoir une opinion sans l’avoir déjà formulée) qu’il paraît être l’essentiel de notre production mentale.
Après, qu’on l’appelle non- ou in- ou sub-conscient relève de dogmes ou de chapelles.
Ton choix pour le non-conscient a l’avantage de n’être pas restrictif et de s’en tenir aux faits plutôt qu’aux croyances, et je te reconnais bien là !
Mais
- sub conscient
- in conscient
ou autres dénominations étranges de ce qui "reste" dans la boîte noire ne sont comme tu le dis que des "interprétations" souvent fallacieuses de processus cérébraux qui sont semblables - en pourcentage- à la partie immergée de l'iceberg (invisible) par rapport à la partie émergée (visible). Mais pourquoi vouloir que la partie immergée ait des desseins obscurs, des refoulements ou des cachotteries dignes d'une bonne soeur dans un milieu bien judéo-chrétien et quelque peu prude ou puritain (en appararence). Et que dire des perceptions subliminales ou de tous ces amorçages perceptifs ou pré-perceptifs qui n'apparaissent pas dans le périscope du capitaine Némo ? ;o))
Je conserve le vocable de "non-conscient", toujours dans le même souci de ménager le doute, au cas où un jour j'auarais des velléités de certitudes.
Merci de ton comment taire Miguel.
Plus sérieusement... auriez-vous dans votre bibliothèque un livre (réservé au néophyte) à me conseiller sur le fonctionnement de la mémoire et plus précisément sur l'aspect cognitif ?
1) Oublier Freud définitivement. Ça allégera considérablement la mémoire épisodique. (°!*)
2) Lire Alain Lieury "Mémoire et réussite scolaire" (Dunod). C'est facile à lire... Et on conserve les idées en mémoire.
2) J'aurais dû préciser dans mon message précédent que c'est la mémoire chez la personne âgée qui m'intéresse particulièrement.
Merci pour votre aide,
Une perspective cognitive
Par Patrick Lemaire, Louis Bherer
De Boeck Université
bonsoir!
waouh, j'ai bien fait de venir lire çà avant d'aller me coucher
je sens que je vais avoir mal à la tête
je suis contente que tu les remettes en avant du blog car ils sont vraiment importants
Le cestuy-là que tu emploies à bon escient me rappelle le joli poème de Joachim du Bellay :
Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage
Ou comme cestuy-là qui conquit la toison
Et puis est retourné plein d'usages et raison
Vivre entre ses parents le reste de son âge
Comme tu le vois ma mémoire est fidèle car elle n'a rien cédé depuis environ un demi-siècle.
Luc a raison : il faut réhabiliter l'usage de la mémoire mais pas n'importe comment ni sur n'importe quoi. La mémoire est là pour nous tracer des chemins qui deviendront les routes et les fleuves de l'intelligence personnelle et collective. Oublier cela et papillonner de sujet en sujet superficiellement c'est coupable pour notre jeunesse et même encore pour les adultes.