Le Bateleur écrit en bleu
Merlin répond en bistre
Le titre est en fait incorrect
il s'agit bien plus à présent d'enseigner la "démarche de l'historien" et ce dès l'école primaire
Oui, il s'agit bien de cela. Mais au travers de
cette démarche qui va permettre aux écoliers de comprendre comment les historiens reconstruisent l'Histoire, il y a la vue plus lointaine qui consistera pour eux à mieux comprendre ce qu'est
l'Histoire dans sa diversité.
Pour s'en convaincre, il suffit de lire quelques conseils donnés par un inspecteur de l'éducation nationale.
Je ne connais pas cet inspecteur de l'Éducation Nationale mais j'avoue que je ne suis pas
loin de penser comme lui sur ce sujet tout au moins...
J'essaie de dire pourquoi et comment dans le corps de son texte (en vert) :
I. RÉFLEXION ET SUGGESTIONS SUR LES CONTENUS ENSEIGNES
A L'ÉCOLE ÉLÉMENTAIRE :
· Redonner place à l'événement, insister sur l'histoire de la vie quotidienne
(alimentation, habillement, habitat, transports...), intérêt de l'étude diachronique d'une institution comme
l'École...
§ Oui, c'est indiscutable ! Il faut en revenir à une histoire qui
concerne les hommes du pays dont on étudie l'histoire et pas seulement les rois, les militaires et leurs batailles sous la forme d'une liste de dates remarquables sans doute mais dont les
écoliers n'ont cure au fond de leur esprit.
· Penser "notions essentielles" plutôt
qu'accumulation de questions encyclopédiques.(1) Par exemple, pour les deux ou trois séquences maximum à consacrer à la
Préhistoire, privilégier l'essentiel, à
savoir le passage du nomadisme lié à la chasse, au sédentarisme lié à l'agriculture.
§- C'est indispensable pour les jeunes élèves d'alléger le listing des étapes d'un ensemble de processus qui vont de la maîtrise du feu
aux applications déjà très élaborées de la métallurgie parallèlement à la révolution du néolithique qui va voir la sédentarisation des tribus nomades s'effectuer très rapidement et la
naissance des premières cités. Je suis d'accord aussi pour ne pas faire en sorte de s'éterniser chaque année en une longue succession de séances sur la préhistoire au prétexte un peu
démagogue que ce sujet plaît aux enfants de tous âges. Mieux vaut expliquer en détail les raisons de ces changements de style de vie et insister en effet sur la véritable révolution
culturelle que va constituer le passage de la chasse à l'élevage et de la cueillette à l'agriculture.
· Puiser dans l'histoire
globale qui regroupe grands évènements chargés de sens, personnages significatifs,(2) vie économique, vie culturelle etc. Accéder, au-delà de l'histoire de la France à l'histoire universelle.
§- Tout à fait d'accord là aussi : c'est l'histoire de l'évolution des cultures qui est fondamentale. La
description des événements qui marquent ces étapes est bien plus importante que les récits des batailles qui ont frappé ces époques. À cet égard - pour prendre juste un exemple - l'étude de
la tapisserie de Bayeux est mille fois plus riche en détails concernant la vie des hommes qui ont été impliqués dans la bataille d'Hastings que les détails et la stratégie mise en oeuvre lors
de cette bataille importante dans la perspective de mutations culturelles et linguistiques inédites en Angleterre.
· On peut partir de questions fondamentales d'aujourd'hui : évolution de
l'environnement, des activités de
production...
§ Là, je suis moins d'accord. Je dirais plutôt qu'on peut y arriver... Mais toujours
partir de la réalité historique telle que relatée par des textes ou déduite de documents de l'époque.
L' évocation de ce qui se passe à notre époque ne pourra être faite qu'en toute fin et juste à titre de comparaison sans véritable intérêt historique... pour l'instant.
· Les évènements n'ont pas d'importance en
eux-mêmes(3): ils sont intéressants quand ils révèlent les spécificités d'une époque, quand ils déterminent un avant et un après.
Oui, c'est ce que je voulais dire à propos de la bataille d'Hastings : c'est juste la péripétie qui permet de passer
d'une époque à une autre. L'important se trouve plutôt dans les raisons de ce conflit de succession, les coutumes féodales, la tradition viking (à très gros traits pour ce qui est en amont)
mais il sera bon d'y revenir lors des conflits de succession franco-anglais, la guerre de cent ans et toutes les misères humaines qui en découleront. 1066 est une date parce que c'est une
charnière et ce sont les liens qui ont été noués avant et ceux qui en découleront qui sont intéressants, pas la bataille elle-même sauf à faire un mémoire sur ce sujet en licence ou en
maîtrise d'histoire...
(1) Il suffirait d'un tout petit peu de recul (tout est fait pour qu'il
n'y en ait jamais) pour que l'adulte se rendre compte de l'énormité de ce type de prétention, vis a vis d'un enfant qui ne possède pas suffisament d'éléments en rapport avec sa propre
histoire.
La première partie de la vie est précisément une phase d'accumulation, la
construction d'un "chaos intime" à partir duquel l'enfant pourra se construire.
Cette matière sera d'ailleurs la texture, le paysage arrière
indispensable pour permettre à d'autres éléments de faire irruption en lui sans le submerger.
Sans elle, tout a le même statut et l'intelligence qui est précisément la
capacité d'établir des liens, et donc des différences, se retrouve tout à fait incapable d'agir ... disparaissant parfois au point de donner l'impression qu'un petit d'homme pourrait être ...
bête !
§- Pas d'accord avec ta remarque Luc !
L'intelligence est la capacité à établir des liens dans tous les domaines et autant dans le domaine du réel que dans celui de l'imaginaire poétique et onirique. Le petit d'homme se construit
ainsi dans son univers merveilleux, (dans celui des histoires quotidiennes que je lisais, racontais ou inventais pour mes fils comme tu as dû le faire toi-même pour tes enfants...) Mais il n'y
a pas que l'imaginaire qui structure la pensée et la rend souple et créatrice. Le concret aussi et je ne crois pas qu'il soit bon de mélanger les
genres.
L'histoire (discipline) se doit d'être rigoureuse. Les histoires
que je raconte ont vocation à être merveilleuses et matière à rêves de toute nature.
J'ai souvent remarqué que toi, tu ne faisais pas le
distingo...
Le chaos intime, je suis entièrement d'accord : c'est le domaine
réservé de tout être humain jeune ou moins jeune mais ça ne permet d'établir que des liens affectifs, imaginaires et en tous cas subjectifs. C'est nécessaire et si tu savais comme j'en ai usé,
mais il y a il y d'autres constructions à faire évoluer parallèlement à celles-ci ! Tu as une vision de l'esprit enfantin monolithique et restrictive car en fait toutes les
stimulations/sollicitations sont bonnes pour créer des liens et il ne faut surtout pas que les adultes enferment l'enfance dans son cocon nombrilo-psychologique, onirique et
magique.
J'ai consacré ma vie professionnelle à démêler les écheveaux de
toute cette complexité cognitive. Certes, on n'apprend rien sans émotions mais on doit aussi examiner des faits bruts sans émotion excessive et sans s'évader dans le merveilleux ou le
fantastique. C'est un apprentissage important.
(2) voir les propos d'Hubert Curien (rapportés dans "La Grande
Implosion") à propos de la nécessaire rationnalisation de l'enseignement, de la "percolation" de la science à travers toutes les autres disciplines, de la simplification des contenus pour en
venir à ce qui est supposé être essentiel !
Leurre absolu de ce qui confond l'inutile avec "ce dont il n'a pas encore vu
l'utilité"
Que peut-être cet essentiel, pour un enfant qui n'a pas encore rassemblé l'essentiel de
lui même et qui construit encore perception ... DU REEL.
J'ai l'impression que tu vois un enfant de primaire exactement comme un petit materneau de 4
ans !
J'ai peur que tu ne mesures pas bien les évolutions qui ont été celles de chaque gamin de 2 à 11 ans.
À sept ans un enfant est complètement capable de rationalité.
Mais même à 18 ans, le cerveau n'a pas fini de se construire. Est-ce une raison pour laisser le jeune
dans sa bulle du monde fabuleux et merveilleux dans lequel le raisonnement se fait à coups de "y' a qu'à" ou de baguettes magiques. Tu es en plein dans la mouvance d'Alexander Sutherland Neill
ou dans celle de L'histoire sans fin... L'enfance, ce n'est pas QUE cela !
(3) Magnifique phrase (!!) qui montre à quel point les intentions du
"forceur de croissance" sont en profond décalage avec la réalité de l'enfant pour lequel les évènements sont
tout.
Lui laisser le temps de s'immerger dans "l'évènement" au moyen d'une histoire qui raconte (et non qui le force à
réfléchir ... une absence de perception) lui permettre de toucher avant de développer et formaliser des hypothèses devrait être la priorité de cet
enseignement.
Quand tu affirmes que pour l'enfant les événements sont tout, tu exagères vraiment !
Comment se fait-il alors qu'un nombre très important d'entre eux se passionne tant pour les dinosaures qui ont peuplé la terre de 245 millions d'années à 65 millions d'années avant nous ? Les
événements ? Il n'y en a pas ou juste des reconstitutions plus ou moins plausibles.
Là, je te pose la question : as-tu enseigné l'histoire à de jeunes enfants Luc ? J'ai comme plus
mauvais souvenirs personnels les enseignants qui racontaient des histoires et en faisaient un résumé. D'ailleurs l'enseignement de l'histoire de mon époque d'écolier était nul je n'hésite pas à
le dire : un contenu inexact, des images d'Épinal trafiquées pour une histoire arrangée avec plein de "cocoricos" glorieux. Non merci ! Heureusement, j'ai pu revisiter l'histoire au travers de
recherches personnelles et je me suis aperçu par exemple que le temps historique ne correspond pas du tout au temps personnel : ainsi je m'explique, mon aïeul Pierre né en 1690 me paraissait
beaucoup plus proche (en années) que la victoire de Fleurus (déjà !) pour Louis XIV contre une coalition européenne (encore !) Et ce qui 'm'intéressait était de savoir comment ils vivaient, ce
qu'ils faisaient, ce qu'ils possédaient (je veux dire les maigres choses de leur trousseau et de leur mobilier...) là, je les ai VUS vivre enfin et l'autre histoire, celle des maréchaux et de
l'amiral Tourville (un voisin pourtant) ne m'ont expliqué que les raisons essentielles de la misère des miens et de leurs semblables et les motivations de la folie des Grands de ce
monde.
Personnellement, c'est cette vision que j'ai essayé de faire comprendre aux centaines d'élèves
qui ont eu à subir ma "vision" de l'histoire pendant près de 40 ans...
Mais assurément un grand nombre de parents auront l'impression d'un
progrès :
Leur enfant apprend plus scientifiquement et rationnellement
qu'eux.
Il ne s'agit pas que de cela. Il s'agit surtout de changer la manière de braquer l'objectif et
la manière de relater l'histoire : dans la guerre de 14-18, ce ne sont pas les victoires ou défaites qui méritent notre attention et celle des élèves. C'est plutôt la condition humaine des
poilus dans les tranchées et pour comprendre cela, rien de tel que de déchiffrer des documents de l'époque c'est à dire des lettres de ces malheureux soldats à leurs familles. Il y a aussi lieu
de développer la mémoire de cette tragédie en insistant bien sur le "plus jamais ça !"
Rien de scientifique dans tout cela mais juste un renversement d'optique salutaire.
Par contre si on étudie des documents iconographiques ou si l'on se sert d'objets ayant une valeur de témoignage historique, on ne peut pas se dispenser d'une démarche
rigoureuse et scientifique dans son approche.
Bref, sur ton interprétation de ces quelques recommandations d'un inspecteur, je ne te suis pas du tout !
Relis les programmes et instructions détaillées pour l'enseignement de l'histoire en primaire, tu verras que ce n'est pas "apprendre plus scientifiquement et plus
rationnellement qu'autrefois". C'est juste apprendre d'autres données en essayant davantage de comprendre leur origine, leurs aboutissements et surtout leur intérêt humain.
Aimerais-tu qu'on poursuive ce dialogue, Luc ? Qu'est-ce que peut
apporter l'histoire à nos élèves du primaire et du collège ? Comment y parvenir ? Quelle histoire ?
Je ne sais quelles étaient à mon époque les instructions officielles, par contre nous connaissions la chronologie des faits, sans forcément être encombrés de dates, nous avions envie d'aller chercher plus loin comment vivaient les peuples et j'ai le sentiment en te lisant que c'était aussi ta préoccupation.
Mes gosses ont eu droit ( à partir du collège) à un enseignement de l histoire décousu, des périodes évoquées dans le désordre, une soi-disant analyse de documents qu'il fallait examiner au sens propre et figuré à la loupe tant par exemple, les documents iconographiques étaient de la taille d'un timbre poste. Ils ont été surtout écoeurés de devoir se trouver enfermés dans la double contrainte de cours professoraux qui se voulaient structurés (et l'étaient sans doute mais pas au point de les passionner) et des ouvrages scolaires support de recherche complètement déstructurés, brouillons, fouillis, foutoir, même. Résultat: ils HAÎSSENT l'histoire, et Sarah pour te dire n'a refait connaissance avec intérêt pour cette matière que lors de ses deux années de droit. Je crois qu'il y a tout de même un sérieux problème et d e méthodologie et de manuels scolaires, et si au primaire ils ont été effectivement très très passionnés par leurs instituteurs, au collège et au lycée, je peux témoigner que ce fut une catastrophe qui m'a bien désolée (j'adore l'histoire...)
"En me situant hors champ de vos échanges à tous deux, je dois dire que j'ai trouvé une nette différence entre la manière dont me fut enseignée l'histoire et celle qui a dégoûté mes enfants de l'histoire (sourire)"
J'ai foi en ton témoignage et pour rester dans le même registre je dois te dire que dans mon cas et dans celui de mes propres enfants c'est exactement le contraire qui s'est produit : de 1950 à 1955 pour moi, ce fut "les Césars des hauts faits guerriers datés et hissés sur un pavois au son du Cocorico tricolore", bref une histoire falsifiée, sans le moindre intérêt humain ou culturel. Pour mes fils, de 1972 à 1977 d'une part et de 1976 à 1981 d'autre part, la chronologie guerrière était abandonnée et on leur a donné en effet le goût du document et la recherche du sens, le pourquoi de ces événements parallèlement à la vie des gens qui agissaient ou subissaient ces faits. Bref, une histoire un peu hors des champs de bataille.
Ça, c'est pour la période qui correspond - comme le sujet de Luc l'évoque - à la période de l'école élémentaire.
Pour le collège, en ce qui me concerne, ce fut le néant pointé (sauf en année de prépa-EN) et mes fils par contre ont eu la chance d'avoir quelques profs très motivés et hyper compétents et, au delà des programmes et des instructions, un enseignement structuré et très cohérent de cette discipline qui nécessite de grandes connaissances et une méthode irréprochable.
Pour ma part, j'ai dû attendre la terminale pour voir arriver un jeune prof agrégé qui avait toutes les qualitéq requises pour enseigner aussi bien l'histoire que la géographie, le tout assorti d'une capacité de synthèse et d'un sens des liens explicatifs des faits tout à fait extraordinaire. Il m'a énormément appris en quelques mois...
Pour résumer, au-delà des programmes, c'est l'enseignant qui fait son business avec l'histoire : s'il est passionné tout passe ; s'il ne l'est pas, tout casse.
Mais je persiste à dire que les programmes et les instructions actuels ne sont pas si mal dans leur esprit. J'ai enseigné l'histoire à des jeunes de 6 à 20 ans : j'ai adoré ça sans réserves ! Une sorte de revanche peut-être ?
Mais bon ! Qu'est-ce qu'on appelle Histoire ? Raconter des histoires de conquêtes territoriales ou essayer de comprendre la vie des gens en fonction d'une religion, d'un climat donné, d'un paysage particulier et c'est vrai aussi au gré des invasions qu'ils auront eu à subir. Et quoi qu'il en soit, l'historien ne peut se baser dans sa recherche d'un vécu historique QUE sur des documents et tout élève doit comprendre cela et s'y initier méthodiquement et très jeune, à la mesure de ses possibilités cognitives et affectives du moment, cela va sans dire.
car en Afrique, au primaire, à ce qu'on m'a dit (tu sais que je n'ai découvert l'école qu'à partir de la sixième, c'est ma mère qui me faisait la classe) on apprenait aux africains " Nos ancêtres les gaulois"
mais ensuite au collège puis lycée, l'histoire de ce continent était très largement abordée sans faire l'impasse sur l'histoire du reste du monde
et j'ai encore chez moi un bouquin de ma classe de troisième, formidable; pas trop de documents iconographiques, beaucoup de textes, beaucoup de questions auxquelles nous devions répondre en devoirs à la maison...
des profs comme tu dis passionnés et passionnants.
Mais ce sera forcément dans l'axe de
on enseigne pas à des enfants la recherche universitaire
ceux qui ont la chance d'avoir les "histoires" à la maison
pour compléter l'absence de ce qui est en classe
s'en sortiront sans dégout (dans le meilleur des cas)
les autres barbouillerons sans comprendre
"une phrase à propos de la shoa" (exemple sorti du livre déjà cité)
ou
"une critique de l'école de Gargantua" (idem)
que ma femme hésite à aborder avec ses premières.
Je pars ce matin pour déposer mon iMac G4 chez Apple afin qu'ils effectuent une réparation sur la carte mère car je ne peux plus le rallumer si je l'éteins complètement. ;o((
Dans une petite semaine, j'aurai plein de spams (junk mail) dans ma BAL mais j'aurai de nouveau je l'espère un ordi qui s'allume s'éteint et se ré-allume à volonté.
Je vais dans ton sens déjà en disant "à chaque âge une didactique de l'histoire propre, i.e adaptée au niveau de formation de l'esprit, à l'affectivité et surtout aux représentations mentales et cognitives des élèves.
Je vais préparer sur mon petit iBook un petit topo détaillé sur l'enseignement de l'histoire tel que je l'envisage aujourd'hui, près de 60 ans après en avoir été la victime parmi tant d'autres enfants de la République des derniers hussards noirs de l'École laïque. ;o))
J'enrage de manque de temps pour continuer ce dialogue autrement que par accoup
mais je n'ai pas le moyen de faire autrement.
Bien sur, les programmes ne disent pas qu'il faut apprendre l'histoire plus rationnellement
mais la recherche de davantage d'objectivité n'est-ce pas déjà cela ?
C'est la même recherche d'objectivité qui fait modifier les fables traditionnelles pour les remettre au goût du jour et y insérer le sida, le réchauffement climatique etc.
Qu'est la lettre d'un poilu pour quelqu'un qui n'a jamais reçu une lettre ?
Toutes ces choses parlent divinement à celui qui a
des références
un contexte stable
un peu de recul sur tout cela
Le signe révélateur du problème se situe du côté de tous ces élèves qui ont entre 1 et 5 en instruction civique ou en histoire
"Ils savent la leçon par coeur, mais sont incapables de répondre aux questions"
... (à suivre)
Les programmes sont des grandes lignes indicatives et d'ailleurs j'ai eu pour habitude dans "Programmes & instructions" de ne retenir que ce qui allait dans MON sens. En fait j'ai toujours été un enseignat qui effectuait lui-même sa propre recherche et ne tenait pas trop compte des grandes injonctions ministérielles et celles de leurs laquais que sont nos supérieurs hiérarchiques.
Objectivité ? Je ne sais pas vraiment. Comment peut-on rendre l'histoire objective ?
Si c'est au sens des objets qu'elle nous a laissés, oui. Si c'est une sorte de rééquilibrage mieux accordé aux bons sentiements du moment et à la pensée unique du politiquement correct, alors NON !
Sur les veuleries lénifiantes et gorgées d'une mansuétude suspecte comme la contrition du Clergé de l'Ancien Régime à propos du SIDA, du réchauffement climatique et autres sujets détournant opportunément des vrais sujets de politique & d'économie, je dois dire que mon opinion est intraitable et sans doute cynique même si je pense que ce sont des sujets à traiter avec le plus grand sérieux.
Pour "la lettre du poilu" je ferai un post à part car ça le mérite amplement je pense même s'il faut expliquer par le menu ce qu'est une lettre et toute la richesse émotionelle et événementielle qu'elle contient au-delà de son marquage historique.
Tu parles de "références" : mon but d'enseignant a toujours été de fournir ces références au plus grand nombre possible. Pour les cas désespérés il existe des traitements didactiques d'exception : j'en ai usé parfois.
Ce qui prouve s'il en était besoin qu'un enseignant n'est pas qu'un transmetteur de savoirs ou de savoir-faire mais aussi assez souvent celui qui trouve le moyen d'imprimer la première couche sur la tabula rasa lorsque le milieu est trop indigent ou destructeur.
Tu sais très bien que "savoir par coeur n'est pas savoir" ; je rappelle la phrase de Rabelais disant qu'un enfant n'est pas un vase qu'on remplit mais un feu qu'on allume.
Or, pour allumer un feu, il faut du bois sec et un procédé efficace. Le bois sec, ça se ramasse à l'avance et ça se stocke, comme la mémoire afin d'utiliser tout cela au bon moment.
J'ai eu récemment une discussion avec un maître de conférences en psychologie de l'université de Caen qui affirmait que pour apprendre et se réaliser il fallait faire naître la motivation.
Je ne suis pas d'accord avec lui et le lui ai dit sans détour : pour moi, ce qu'il faut, ce sont des représentations, c'est à dire des modèles en cohérence avec le milieu dans lequel on vit et qui par une sorte de mécanisme semblable à celui d'un moteur d'inférence donne du ressort à l'action que doit entreprendre chaque "apprenant" pour affiner, perfectionner, enrichir, relier et rendre tous ses modèles de plus en plus valorisants pour lui et son entourage. La seule méthode est l'encouragement et la récompense car j'affirme que seuls les satisfecits font progresser un élève. Les sanctions ne sont là que lorsque la ligne jaune a été LARGEMENT dépassée.
Et j'affirme que pour chaque être, il y a une clef. En cela, je suis assez fréneiticien, tu t'en doutes.
Alors, en histoire rien ne vaut le concret ; j'ai presque toujours fait de l'histoire sur le terrain car les bâtiments sont les documents qui parlent le mieux aux jeunes. Je détaillerai sur ce point si tu le veux bien avec l'histoire de Saint-Lô, ville pour laquelle j'ai de nombreux documents, évidemment.
je suis mille fois d'accord avec ta remarque à propos de la motivation
tarte à la crème qui permet d'enfermer le problème en un lieu qui n'existe pas.
Merci aussi pour cette belle définition de la mémoire
(je rentre 25 à 30 stère de bois par an)
à bientôt
c'est tellement important pour des enfants de se situer dans une généalogie d'hommes et de faits, d'y trouver ses héros et ses guides.
C'est marrant j'écrivais justement en pensant à) mon petit Maxou un article sur nos promenades aux Eysies avec els enfants, (leur papa entre autres)
et imaginais déjà sa joie de petit bonhomme rencontrant l'historie en vrai...
Un vrai régal en perspective !
Comme tu dis, c'est extraordinairement important pour les enfants de se re-situer par rapport à un réel tangible, palpable et datable. Là, les faits sont parlants, la civilisation émerge et la bataille d'Hastings est une péripétie ! 1066 ? Un repère tout juste. Je propose dans ce cas 3 séances. (°!*)
et notamment ces conseils de classes aux cours desquels il est si souvent dit pour justifier un 6 de moyenne
elle apprend par coeur mais ne comprend rien !
Lorsque je mets 6 à un enfant, je sais que la moitié de la note
est pour moi
...
N'y a-t-il pas un problème dans cet enseignement qui demande peut-être un peu trop tôt à mettre en oeuvre une pensée critique qui n'en est qu'aux balbutiements ?
- soit ce sont les programmes & les objectifs qui sont en cause
- soit l'enseignant n'a pas été à la hauteur de ses ambitions, pour une raison ou pour une autre...
Dans tous les cas, c'est l'élève qui trinque !
Sur l'apprentissage "par coeur" il y aurait beaucoup à dire et à redire. Les "résumés" proposés par certains professeurs ne sont pas étrangers à cette ineptie totale. Les photocopies à tort et à travers également. J'ai souvenir d'une prof d'histoire-géo qui, en collège faisait apprendre par coeur des définitions à caractère géographique à ses élèves comme latitude, longitude, méridien, parallèle, équateur, tropique du cancer etc... Quoi de plus stupide ? Elle me disait que c'était pour qu'il reste au moins quelque chose de tangible aux élèves les plus défavorisés. Tout ceci n'est qu'une illusion !
"Savoir par coeur n'est pas savoir.C'est tenir ce qu'on a donné en garde à sa mémoire." (Montaigne, les Essais 16ème siècle)
Éviter à tout prix les résumés rassurants à priori mais qui deviennent vite des pièges. On s'oriente rapidement vers un minimum reader digest qui n'a plus aucun sens et ne participe d'aucune construction du savoir. Idem pour les dates. Je ne dis pas que le rôle de la mémoire est à négliger, bien au contraire. Mais ce n'est pas ainsi qu'il faut la solliciter : plutôt le mind mapping ou les diagrammes sémantiques personnalisés. Car il n'y a pas que la méthode en histoire, il y a aussi ce qu'il en resetra c'està dire la culture historique avec tous ses liens internes.
Je me mets au sujet : les Celtes ; les Gaulois ; la romanisation et la christianisation de la Gaule. Avec le souci que tous les élèves retiennent l'essentiel grâce à la démarche adoptée. (3 séances de 1 h...)