Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
11 novembre 2007 7 11 /11 /novembre /2007 19:25
UNE ACTIVITÉ CULTURELLE ÉTONNANTE, LA LECTURE...




Comme les caravanes s'étirent sur les crêtes des ergs et des regs du sable brûlant du désert, les influx générés dans les réseaux de neurones de notre cerveau font le commerce du savoir et assurent sa transmission, pour une meilleure réplication de notre culture humaine.
Ainsi, l'invention de l'écriture, il y a plus de 6000 ans nous permet de conserver de précieuses informations, bien au-delà de la mémoire des traditions orales.
Mais comment tout cela se passe-t-il et d'abord pourquoi et comment apprend-on à lire ?


Lecture et écriture, des potentialités du cerveau
 
http://accel95.mettre-put-idata.over-blog.com/0/13/42/39/langage.jpg



La lecture est une acquisition culturelle de niveau supérieur car elle implique au moins une dizaine d'aires neuronales de notre néocortex. Elle est une activité à la fois consciente et non-consciente, qui met en action des processus observables et mémorisables et d'autres qui sont parfois de nature subliminale. Par ailleurs, l'hémisphère gauche (majoritaire dans ces opérations de décodage) et l'hémisphère droit communiquent leurs informations-perceptions par le canal du corps calleux.

Les dernières découvertes en neurosciences cognitives sur les aires neuronales et les processus activés lors de l’acte de lire/écrire et singulièrement au moment de ses apprentissages montrent sans ambiguïté qu’il y a (au moins) deux voies essentielles qui permettent de décrypter les messages écrits et qu’il est indispensable de les solliciter  simultanément  :

- La voie ventrale qui, après les signaux transmis par  l’œil aux aires visuelles 17, 18,19  est un processus qui  focalise d'abord dans une aire précise de neurones située juste entre une zone qui traite/perçoit les objet/les outils et une autre qui traite et reconnaît les visages, juste avant une autre qui est dédiée à la perception des maisons. Puis ces informations (graphèmes) sont transmises aux zones phonologiques qui traitent les phonèmes et les syllabes avant de transmettre le message aux aires de la compréhension sémantique.
C’est par excellence la voie qui nécessite un apprentissage alphabético-syllabique celle d’une saisie à dominante visuelle mais sollicitant instantanément la boucle phonologique.

- La voie dorsale qui s’occupe des mots de grande fréquence et/ou des mots irréguliers mais qui surtout permet d’accéder directement au sens.


http://accel6.mettre-put-idata.over-blog.com/0/13/42/39/brodmann.jpg

Des aires bien spécialisées (aires de Brodmann)


Aire 7. (Cortex pariétal supérieur) Cette zone d'assemblée de neurones est impliquée dans la vision spatiale.
Aire 8. (Aire frontale supérieure) Très impliquée dans l'oculomotricité et les modifications pupillaires.  Elle est activée lors de tâches de discrimination visuelle.

Aires 9-12. (Ce sont les aires frontales associatives)  Ces régions ont un rôle essentiel dans les fontions intellectuelles et psychiques les plus élevées. Par exemple, elles sont importantes dans la concentration, les critères moraux et sociaux et le comportement. Ainsi, dans certains cas de névroses obsessionnelles ou d'angoisse, de schizophrénie ou de douleurs rebelles, des interventions chirurgicales étaient réalisées pour éliminer ces régions du lobe frontal (lobotomie frontale), en particulier les aires 9 et 10. Ces deux dernières sont aussi activées lors de tâches de discrimination auditive. Les aires 9-11 auraient également un rôle régulateur de la motricité. L'aire 12 est particulièrement impliquée dans la mémoire des traits et des caractéristiques des objets.

Aires 11 et 12. (Région du cortex préfrontal) impliquée dans la mémoire des traits et caractéristiques des objets. Gyrus orbital.



Aire 17. (Aire visuelle primaire) Elle est située au niveau du pôle occipital. Sa destruction provoque des amputations du champ visuel ou la cécité totale. Au contraire, son excitation provoque des hallucinations visuelles (scintillements, éclairs, etc...)

Aires 18, 19. (Cortex visuel associatif) Il est situé au niveau du lobe occipital. Une lésion au niveau de ces aires peut entraîner des troubles de l'orientation spatiale et une désorganisation visuelle.

Aires 20-21-22. (Aires temporales associatives) inférieure, médiane, supérieure. Circonvolution temporale supérieure ou T1 pour l'aire 22 ; médiane ou T2 pour l'aire 21 et inférieure ou T3 pour l'aire 20. Ces régions jouent un rôle dans la perception et la mémoire. (Cf aire de Wernicke.)

Aires 23, 31. (Cortex cingulaire postérieur. Cortex limbique.) Zone des émotions perçues.

Aie 24. (Cortex cingulaire antérieur.) Des expériences d'excitation et de destruction de l'aire 24 semble indiquer qu'elle joue un rôle dans les réactions émotionnelles, la dilatation des pupilles, l'érection des poils, des modifications cardio-vasculaires variables. Son excitation peut par exemple conduire à un arrêt respiratoire et une perte de tonus musculaire (inhibition de la motricité volontaire).

Aire 25. Lobe frontal, cortex infralimbique B (LB)/FL; FM/Juxta allocortex, mesocortex
Aire 26. Lobe temporal/limbique C (LC)/LE2/Allocortex.
Aire 27. Présubiculum, lobe temporal. Cortex limbique.
Aire 28. Cortex entorhinal. Cette aire limbique reçoit des projections nerveuses de toutes les régions du néocortex et envoit à son tour des projections vers l'hippocampe.
Aire 29. Région limbique C (LC) / LE1 / Allocortex. Aires rétrospléniales. Voir aussi aire 30.
Aire  30. Région limbique C (LC) / LD / Homotypique. Voir aire 29.
Aire 31. Cortex cingulaire postérieur. Cortex limbique. Voir aire 23.
Aire 32. Aire prélimbique. Gyrus frontal supérieur mésial.
Aire 33. Lobe frontal.
Aire 34. Voir hippocampe.
Aire 35-37. Gyrus fusiforme. Correspond à la 4ème circonvolution temporale. Aire impliquée dans les processus mnésiques (de la mémoire).
Aire 37: comprend une partie de la 2ème (moyenne), de la 3ème (inférieure) et la 4ème circonvolution temporale.
Aire 36 Région périrhinale, limbique.
Aire 37. Lobe temporal.
Aire 38. Aire temporale associative. Temporal antérieur. Région limbique. Une excitation de cette région va provoquer une augmentation de la tension artérielle
Aire 39. Gyrus angulaire. Lobe pariétal inférieur.
Des lésions dans cette région vont provoquer une aphasie de conduction, et une aphasie de Wernicke s'il y a également des lésions dans le cortex temporal (aire 22): les mots sont entendus normalement mais le patient est incapable de comprendre leur signification. De même, il peut y avoir une cécité verbale: incompréhension du langage écrit alors que la vision est normale.
Aire 40. Gyrus supramarginalis. Aire associative du cortex. Lobe pariétal inférieur.
Aire 41, 42 Aire auditive primaire du gyrus de Heschl. Située dans le cortex temporal supérieur, en position postérieure et interne sur la circonvolution temporale T1 (voir aire de Brodmann 20-22). Une destruction unilatérale va provoquer une baisse significative de l'acuité auditive; une destruction totale provoque la surdité.
Aire 42. Cortex auditif secondaire. Il appartient au lobe temporal, circonvolution supérieure T1, partie interne. Cette aire enregistre les sons sans les interpréter.
Aire 43. FB/PF; dysgranulaire et homotypique; aire gustative primaire??
Aire 44-45. Ces régions sont aussi regroupées sous le terme d'aire de Broca. Elles appartiennent au lobe frontal. Une lésion dans cette partie du cerveau peut être responsable d'une aphasie motrice. Le patient, bien qu'il puisse bouger les lèvres et la langue est dans l'impossibilité d'effectuer correctement les mouvements nécessaires à la production du langage articulé. Ce trouble est souvent accompagné d'une agraphie: impossibilité d'écrire les mots. L'aire 45 est également activée lors de l'analyse d'informations visuelles ou auditives. Une atteinte de cette région provoque une "aphasie de Broca".
Aire 46. Région du cortex frontal impliquée dans la mémoire spatiale. Rôle régulateur de la motricité, activé lors de tâches de discrimination auditive.
Aire 47. Partie postérieure de la face orbitaire du lobe frontal. Son excitation peut provoquer des troubles végétatifs intenses, une inhibition respiratoire et des variations de la pression artérielle. Rôle régulateur de la motricité. Activée lors de l'analyse d'informations visuelles ou auditives.
Aire  48. Présubiculum. Région hippocampique.
Aire  49. Parasubiculum. Région hippocampique.
Aire 51. Cortex rudimentaire de la région prépiriforme et du tubercule olfactif
Aire  52. Insula.

Un livre événement :


http://accel10.mettre-put-idata.over-blog.com/0/13/42/39/lesneuronesdelalecture.jpg

Le livre de Stanislas DEHAENE "Les Neurones de la lecture" pose d'abord une question troublante à propos de l'apprentissage de la lecture car l'évolution n'a pas eu le temps de remanier les circuits neuronaux de notre cerveau de primates Homo sapiens. Or en quelques mois d'un apprentissage approprié, le miracle se produit. J'ai l'habitude de dire "vers Pâques, la mayonnaise prend". DEHAENE et ses collaborateurs parlent d'un recyclage neuronal : des zones limitées qui étaient dédiées à l'observation minutieuse des objets de la nature sont réaffectées à la reconnaissance des caractères écrits. La lecture est à l'échelle du développement de notre espèce une activité culturelle récente et c'est l'invention de pictogrammes d'abord, puis de hiéroglyphes et enfin d'un alphabet qui code pour des sons particuliers, c'est cette succession quelque peu tâtonnante, démarrée il y a un peu plus de 6000 ans qui va se reproduire dans le cerveau du jeune enfant qui va apprendre à lire en quelques mois seulement.

L'IRMf, le PET Scan (caméra à positons) mais aussi l'électroencéphalographie permettent de pister dans le cerveau lui-même tandis que les résultats obtenus en sciences cognitives permettent d'imaginer puis de valider les thèses Ces résultats inédits conduisent à une hypothèse scientifique nouvelle.   C'est donc l'explication du recyclage neuronal qui est proposée par Stanislas DEHAENE, avec la dualité de cet acte de lire qui utilise une voie ventrale essentiellement alphabético-phonétique et une voie dorsale qui fait directement du sens, sans oublier le cas échéant une voie subliminale (profonde et impliquant le système limbique) qui faciliterait la compréhension en réalisant des amorçages sémantiques.

DEHAENE évoque aussi les "déboires" de la méthode globale cette sorte de serpent de mer qui n'est pratiquée nulle part mais ça c'est ce que créent les médias de toutes pièces. Peut-être veut-il plutôt parler de la méthode "idéo-visuelle" qui a été introduite dans les années 1980 par des chercheurs en pédagogie ?
Il termine par une observation de ce que pourrait-être la dyslexie.

Partager cet article

Repost 0
Published by Merlin le zététicien - dans Pour une refondation de la mémétique
commenter cet article

commentaires

mireille 21/11/2007 14:31

En effet, une telle montagne de travail , et un tel art de transmettre, cela laisse ...sans voix! mais bravo tout de même!

Merlin le zététicien des MÚmes 27/11/2007 21:41

J'ai des porte-voix pour ceux et celles qui restent aphones. ;o))

clémentine 15/11/2007 00:55

bonsoir, j\\\'ai cliqué sur un monde enchanteur et scientifique à la fois. clémentine S

Merlin le zététicien des MÚmes 18/11/2007 22:12

Merci de ta visite Clémentine. J'irai voir ton blog un soir.

Viviane 11/11/2007 20:23

Ton article est d'une clarté confondante. Il me donne envie d'aller chercher ce livre de Dehaene et le répandre autour de moi.En particulier, je trouve formidable le travail que tu as fait ici en ce qui concerne les aires du cerveau évoquées. La suite ... j'espère qu'il y aura une suite!!

Merlin le zététicien des MÚmes 11/11/2007 21:46

Ah oui, il faut absolument lire ce livre !Ce n'est pas facile de condenser pour tenter d'expliquer une telle complexité.Mais bien sûr, il y aura une suite, surprenante sans doute...