Dimanche 10 août 2008
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Réponse à Sylvain MAGNE à propos du mème "A".
Sylvain en bleu et J-P en orangé
J-P, ta réponse était on ne peut plus claire. Merci.
J'ai fait de mon mieux mais ce n'est pas toujours facile d'exprimer sa pensée.
Il est vrai que je n'ai pas développé dans mon document le caractère historique des supports mémétiques, mais je trouve la question très intéressante. Si tu as des
détails à partager sur le mème "A" et l'évolution des symboles et des codes, je serais vraiment ravi de les entendre.
J'ai commencé en ce qui concerne ce que tu as appelé en page 2 de ton topo pdf le mème "A". Je suis aussi sur deux autres
pistes :
- le gène de l'obésité et le mème de l'obésité en concurrence ?
- le mème "réchauffement climatique" et ses implications dans les milieux de la recherche & dans le microcosme politique.
S'agissant de la déjà longue histoire du mème "A", je commence.
L'émergence première
du mème "A" prend corps dans l'Égypte ancienne, il y a près de 5000 ans avec un pictogramme qui désigne de manière très
figurative un boeuf ou taureau (Bâta) sur ses quatre pattes :
Un peu plus tard, chez les Cananéens & chez les Phéniciens (du côté de Byblos) qui vont répandre ce signe le long de
la Méditerranée, le boeuf (Aleph) est déjà beaucoup plus stylisé et ce n'est plus que la tête qui est représentée
:
En même temps qu'on a réduit la représentation du bovin à sa tête, d'autres représentations expriment ses qualités morales
telles la puissance, l'énergie, le calme, la vigueur et la robustesse :
Une nouvelle étape arrive qui n'est plus guère figurative et qui symbolise le
même"aleph" en 3 traits simples et dépouillés :
Le stade suivant fait faire au signe une rotation horaire de 90° et la barre qui traverse la tête
symbolise les cornes du boeuf, toujours "aleph" :
Une nouvelle rotation horaire de 90° donnera le A grec tel que nous le connaissons aujourd'hui. Il s'appelera "alpha" :
J'aimerais moi-même explorer l'idée que les supports se développent et se complexifient à la manière d'un code informatique
(et oui encore ^_^) en se complexifiant en couches successives. Plus un ordinateur se donne une capacité de codage élevée (générations des 8 bits, 16 bits, 32, 64, 128 etc.) plus elle peut
élaborer son langage et ses capacités.
C'est très exactement ce que je pense et ceci est aussi vrai pour les langages de programmation
que pour les logiciels utilisés pour les faire tourner, fonctionner. C'est le même principe d'efficacité qui a fait passer les hommes des hiéroglyphes, pictogrammes ou autres idéogrammes aux
lettres alphabétiques qui codent pour des sons bien déterminés. Du boeuf qui symbolisait des concepts divers, on est passés à des signes (pour le aleph) de plus en plus épurés qui avaient
d'abord le sens sémitique de "coup de glotte" puis qui chez les Grecs représentèrent le son "A".
Il en fut de même pour les codes des langages informatiques qui, pour finir par un codage binaire réservé à la machine se devaient d'être de plus en plus rapides, précis, performants. Toujours
dans le sens d'un gain en économie d'énergie mais sans se soucier du potentiel en mémoire vive et en mémoire morte qui pouvait technologiquement s'accroître de manière
fulgurante.
Je ne dis pas que le cerveau fonctionne ainsi mais que le passage du « support comportemental » au « support verbal », puis « au
supports physiques modernes », semble être représentatif des niveaux de complexités cérébraux de plus en plus complexes.
Mon opinion est que c'est exactement pareil. Le cerveau se comporte comme un
réseau de réseaux d'ordinateurs interconnectés qui sont reliés à des périphériques sensoriels entrants et sortants. C'est une machine à fabriquer de la pensée, à traiter les données, à
faire des choix opportunistes. Reste à définir les limites du libre-arbitre. Il en a déjà été question sur cette liste de discussions et sur "Automates intelligents". Je pense pour ma part que
le pourcentage de libre-arbitre dans nos décisions est très ténu mais c'est l'existence de celui-ci qui fait toute la différence entre les mammifères supérieurs et Homo sapiens : c'est cette
conscience qui ne peut traiter qu'un seul problème à la fois (il y a une file d'attente...) mais qui peut surtout choisir en pesant les conséquences des différents choix possibles. En fait
cette conscience peut extrapoler et imaginer, calculer des 'possibles'...
D'ailleurs, il est intéressant de remarquer comment lorsqu'un programmeur doit utiliser un langage d'un niveau
supérieur, cela lui prendra beaucoup de temps pour en explorer toutes les capacités, ce n’est pas immédiat. Plus un langage est complexe plus l’horizon des possibles augmente et plus cela prend
du temps à explorer, de facon exponentielle. Je veux dire que depuis que nos cerveaux sont capables de gérer des mèmes complexes, cela ne veut pas dire qu'il ne nous faudra pas encore de
nombreux siècles pour en explorer toutes les capacités. Le nombre de mèmes possibles, imaginés et imaginables est infini.
Le chaos c'est ça ! Plus c'est compliqué et plus ça devient complexe. Alors je ne
te dis pas les fractales que ça va générer. Mais nous avons à présent des ordinateurs extraordinairement puissants pour faire cela. Que nos pauvres cerveaux monotâche se concentrent sur les
problèmes les plus vitaux !
(Où on en revient étonnamment au concept d'externalisation de l'intelligence humaine abordé par Hervé JUVIN
lors du séminaire de mémétique, le 27 juin dernier à Puteaux, chez Eurogroup justement...)
Pour ce qui est de la spirale, je reste encore dubitatif.
Le temps me manque mais je reste curieux.
Moi aussi je regarde avec curiosité ces "trouvailles" qui mettent en liaison
l'évolution des sociétés humaines et celle de chaque individu mais je préfère me référer à Gregory BATESON et à son "Écologie de l'esprit" plutôt qu'à une dynamique, fût-elle en forme de
spirale. (Ce que je ne crois pas d'ailleurs...) Je pense plutôt à des concepts évolutifs qui s'emboîtent de manière concentrique (théorie des ensembles) ou à la formidable métaphore de
l'hypertexte qui permet de générer des liens pertinents entre tous les concepts, avec ou sans hiérarchisation.
Un bref extrait de l'introduction du livre de BATESON :
"Les questions que soulève ce livre sont bien des questions écologiques:
Comment les idées agissent-elles les unes sur les autres ? Y a-t-il une sorte de sélection naturelle qui détermine la survivance de certaines idées et l'extinction ou la mort de certaines
autres ? Quel type d'économie limite la multiplication des idées dans une région donnée de la pensée ? Quelles sont les conditions nécessaires pour la stabilité (ou la survivance) d'un système
ou d'un sous-système de ce genre ? Certains de ces problèmes seront concrètement analysés par la suite, le but de ce livre étant surtout de nettoyer le terrain pour que des questions comme
celles qu'on vient d'évoquer puissent être posées d'une façon sensée."
-
Vers une écologie de l’esprit, I, Seuil, Paris, 1977.
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Vers une écologie de l’esprit, II, Seuil, Paris, 1980.
Je reviendrai sur ce sujet en développant un peu "le mème de la lecture, un apprentissage culturel exemplaire".
Par Merlin le zététicien
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Publié dans : Pour une refondation de la mémétique
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- cette double rotation de l'Aleph pourrait-elle être motivée par une économie de la gestuelle?
- Tu dis que le signe signifiait " coup de glotte. " En chant lyrique, la voyelle A est la plus difficile à chanter car spontanément accompagnée d'un coup de glotte, interdit dans le bel canto qui aime les attaques douces.
La double rotation est due à mon avis à une adaptation de l'ergonomie de l'écriture aux supports et aux calames nouveaux utilisés mais aussi sans doute à la situation du lecteur destinataire du message. Est-il derrière le scribe. (Voir la posture du scribe accroupi...)
Une chanson populaire de mon pays "La Granvillaise" commence ainsi :
"Ah ah ah ah ; Ah ah ah ah !
C'est la Granvillaise
Fleur de la falaise."
Les 8 premières syllabes sont en effet très difficiles à chanter. (°!*) Mais ce n'est pas du chant lyrique, juste l'air très cocardier des Granvillais. ;o)
En tout cas je retiens ton "économie de la gestuelle" que j'appelle moi ergonomie scripturaire. On peut dire aussi ergonomie de l'écriture... en toute simplicité. (°!*)