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mèmes & neurosciences
La mémétique pour les nuls
Souvent c'est la découverte d'une certaine autonomie des idées qui
nous conduit lorsqu'on croise les chemins de la mémétique à nous y
intéresser. Dès lors c'est le début des complications.
Je cherche dans mon expérience personnelle, dans mon environnement amical et familier, des exemples qui montrent l’autonomie des idées ou même « une certaine autonomie » de celles-ci, mais j’avoue un peu honteusement ne pas en avoir trouvé une seule. Au contraire, je trouve que toutes les idées sont liées, reliées entre elles, dans une sorte de hiérarchie ressemblant à une arborescence extrêmement complexe. Elles nous viennent d’ailleurs toutes d’assez loin… et s’enchaînent les unes aux autres comme une suite de conséquences logiques.
Dans le monde des idées de Platon comme dans le mythe de la caverne certes les idées ont une apparente entéléchie qui pourrait les faire apparaître comme vivant dans un monde indépendant, un peu comme les monades de LEIBNIZ ou les vâsânâs du Bouddhisme qui nous viendraient de nos vies précédentes. Idem pour les samskaras…
http://www.sadhana.ca/kc041010f.html
(Lire ce texte fort explicite)
Un des premiers écueils auquel on se trouve fréquemment confronté est
d'essayer de comprendre en quoi la mémétique diffère de plein d'autres
approches s'occupant de la culture. Pour n'en citer que quelques unes :
l'ethnologie, le Darwinisme social, la psychologie des foules, etc
apparaissent comme autant d'expertises creusant chacune dans la
connaissance en se complétant pour étendre notre savoir.
En définissant avec une meilleure précision ce que sont les mèmes, cela deviendrait plus aisé de dire enfin ce qu’étudie exactement la mémétique : étudie-t-elle des propriétés humaines, des conséquences sociales et humaines des possibilités épigénétiques des Homo sapiens ou se concentre-t-elle sur la nature et le fonctionnement des ces patterns culturels reproductibles sans tenir compte du milieu biologique qui les héberge, ni du milieu naturel (nature, environnement minéral, végétal et animal au sein d’une planète tellurique composée aux trois quarts d’eau salée) ?
Où situer la mémétique dans ce paysage ? Dire qu'elle n'est pas à un
endroit mais partout embrouille en général plus que cela n'éclaire. Nous
y reviendrons.
A la difficulté de la situer s'ajoute un second écueil. Au lieu de nous
apporter des réponses elle nous inonde de questions. A commencer par
le mème lui même incapable de nous livrer facilement son identité.
Perdu dans ses multiples définitions qui ont pour effet de renforcer la
confusion.
Mais la mémétique — plus récente — est nécessairement au confluent de toutes ces disciplines scientifiques dures ou plus orientées sciences humaines. Elle a juste la spécificité d’étudier les mèmes dans leur environnement global.
Si l'on persiste malgré tout, un autre écueil se dresse encore sur notre
chemin. On s'aperçoit qu'il faut laisser tomber la métaphore génétique
qui nous avait permis de commencer à comprendre cette approche pour
le moins déroutante. Béquille nécessaire pour mettre le pied à l'étrier qui
se révèle un fardeau lorsqu'on souhaite commencer à lâcher la bride.
S'ajoute à tout cela le sourire en coin provoqué à l'énonciation du mot
mémétique qui le plus souvent peine à être défendu tellement il n'est pas
simple d'expliquer la mémétique en quelques mots. A moins d'effectuer
ce petit raccourci auquel à eu recours ma fille à 12 ans et sûrement bien
d'autres : "La mémétique c'est l'étude des grands mères pourquoi ?".
Il est assez frappant de constater que beaucoup d’auteurs et peut-être Richard DAWKINS lui-même ne trouvent plus l’analogie gène/mème & génétique/mémétique aussi pertinente qu’à une époque à laquelle la certitude était de mise.
De béquilles en prothèses on peut parfois induire des cheminements un peu faussés ou prendre des « décourcis » qui font perdre du temps.
Tu as raison Bertrand et ta fille le montre clairement, le mot « mémétique » ne fait pas très sérieux en français. C’est le même — jeu de mots facile — qui l’emporte d’emblée sur toutes les autres amorçages sémantiques. « Si mémé tique, pépé toque… » Je l’ai entendu plusieurs fois ! Et je ne dois pas être seul, et pas seulement dans la bouche des enfants…