Oui, les humains sont comme les rats. Ils sont eux aussi des mammifères sociaux et se "répartissent les tâches" en bonne intelligence afin que chacun puisse se
nourrir grâce aux autres ou même au détriment des autres.
Sans doute est-il vrai aussi que ce sont les plus pusillanimes ou les plus lâches qui profitent le mieux de l'audace de certains moins sujets au stress et plus prompts à "aller au charbon"
parce que sans doute plus primaires, mais tout est relatif.
Ainsi, dès le départ, on peut se demander quels sont ceux (chez les Homo sapiens) qui ont été les producteurs des ingrédients constitutifs de la nourriture [des croquettes donc] puis ceux qui
ont transformé les éléments pour en faire un produit commercialisable... Qui a gagné le plus dans ce deal ? Les producteurs, les transformateurs, les transporteurs ou les distributeurs ?
En fait, chez les hommes, il y a aussi de manière très visible ceux qui ont peur de mouiller leur chemise et qui envoient volontiers les plus "volontaires" effectuer les tâches peu
gratifiantes afin d'en retirer à leur profit les marrons du feu.
Les échanges de coquillages ou autres monnaies remplaçant le troc n'ont plus lieu et les hommes scélérats ont mis au point de nouveaux moyens de rétribution et de récompenses, à différents
niveaux. Ceux qui vont chercher la nourriture, qui vont gagner le pain et les croquettes des autres sont en général les moins bien récompensés.
Ceux qui semblent le mieux s'en sortir sont ceux qui stockent des croquettes pour les revendre et spéculent ainsi sur toutes les autres activités induites. On appelle ça le libéralisme ou le
capitalisme.
Ceux (non-transporteurs) qui réussissent à capter (voler) un maximum de nourriture deviennent donc riches, millionnaires ou milliardaires selon les cas.
Les autres, (les transporteurs) se contentent de mouiller la chemise pour le compte des autres et ne peuvent se nourrir que lorsque les autres sont repus.
Quand on met ceux qui n'hésitent pas à mouiller leur chemise ensemble, certains continuent d'être des transporteurs tandis que d'autres s'emparent de la nourriture sans se mouiller.
Par contre lorsqu'on met les non-transporteurs ensemble, c'est beaucoup plus dur d'aller chercher de quoi gagner sa croûte, il y a beaucoup plus de réticences mais ce comportement de vol -
par les profiteurs - reste dominant.
Deux Rats cherchaient leur vie ; ils trouvèrent un Oeuf.
(180) Le dîné suffisait à gens de cette espèce !
Il n'était pas besoin qu'ils trouvassent un Boeuf.
Pleins d'appétit, et d'allégresse,
Ils allaient de leur oeuf manger chacun sa part,
Quand un Quidam (1) parut. C'était maître Renard ;
Rencontre incommode et fâcheuse.
Car comment sauver l'Oeuf ? Le bien empaqueter,
Puis des pieds de devant ensemble le porter,
Ou le rouler, ou le traîner,
C'était chose impossible autant que hasardeuse.
(190) Nécessité l'ingénieuse
Leur fournit une invention.
Comme ils pouvaient gagner leur habitation,
L'écornifleur (2) étant à demi-quart de lieue,
L'un se mit sur le dos, prit l'Oeuf entre ses bras,
Puis, malgré quelques heurts, et quelques mauvais pas,
L'autre le traîna par la queue.