Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
20 juin 1984 3 20 /06 /juin /1984 12:37

La page de Marcel CRESPIN

 

LA GUERRE ET LA CAPTIVITÉ DE GRAND-PÈRE

Lettre-récit écrite pour son petit fils Benoît CRESPIN alors qu'il était en 4ème au Collège de Saint James en sport-études (tennis) en 1984... Marcel a 69 ans et Benoît 14 ans. Les photos et documents appartiennent à ma collection personnelle.

      

 Pépère est parti à la guerre le 3 septembre 1939 : du 3 septembre 1939 au 10 mai 1940, il a voyagé dans plusieurs départements de l’Est de la France. Il couchait dans les granges, dans les camions et il n’y avait pas de danger de se faire tuer…Marcel 40

 

    Pendant ce temps-là, il est venu en permission deux fois à Rauville : à Noël 1939 et au mois de mars 1940.

    Le 10 mai 1940, les Allemands – nos ennemis du moment – ont envahi la Hollande, la Belgique et le Luxembourg et en même temps la France.

    Mon régiment qui s’appelait le 39ème régiment d’infanterie est allé dès le 10 mai à la rencontre de l’ennemi.

    Cet ennemi était mieux équipé que nous, surtout en avions, car la France en avait très peu : j’en ai vu un en 3 semaines !. Les avions nous mitraillaient sans arrêt, les tanks et l’artillerie nous obligeaient à reculer. Nous avons ainsi reculé jusqu’à Mantes près de Paris. Là, nous avons été embarqués dans des trains pour nous replier jusqu’à Rivesaltes dans les Pyrénées Orientales. À Rivesaltes on nous a regroupés pour former un autre régiment : il s’appelait le 236ème. Dès les premiers jours de juin, nous sommes repartis par le train jusqu’à Évreux. On nous a débarqués entre deux gares, dans les champs, pour aller nous battre près de Louviers dans l’Eure. C’était le 8 juin.

    Nous avons tiré sur des camions Allemands qui passaient au loin sur la route. Nous n’avions toujours pas d’avions. Les Allemands, toujours plus forts, ne nous ont pas laissé le temps de déguerpir. Ils nous ont faits prisonniers  le 11 juin au matin. Nous avons jeté nos fusils et nos cartouches. Nous avons été fouillés et regroupés dans la plaine.

    Ils ne nous ont pas laissés à rien faire : nous avons creusé des trous pour enterrer ceux qui étaient morts, Français et Allemands. Nous avons aussi ‘ramassé’  les blessés dans des champs de blé…

    Ce travail terminé, nous sommes partis à une vingtaine avec un petit groupe d’Allemands, jusqu’à la Seine, près de Saint Pierre de Vauvray. Les ponts étaient tous démolis et les Allemands qui avançaient toujours traversaient la Seine sur des bacs.

    Nous montions à 20 prisonniers pour faire avancer ce bac ? Nous ramions à 10 de chaque côté… À un certain moment – il y avait sur le bac un gros fourgon et 4 chevaux – nous venions de quitter le bord de la rive pour effectuer une traversée, lorsque tout à coup l’eau se met à entrer par l’arrière du bac. Le fourgon était mal équilibré. Les Allemands nous font signe de ramer vers l’arrière, mais hélas, l’eau rentrait encore mieux. Ils nous crient alors « Jetez-vous à l’eau ! ». Moi qui étais vers l’arrière, je n’ai pas eu trop de difficultés pour retrouver la terre ferme mais tout d’un coup, le bateau en coulant, fait renverser le fourgon, les chevaux et les hommes restés dessus. Sur 20 que nous étions, 8 ont été noyés, plus l’Allemand conducteur des chevaux.

    Un de mes camarades, Georges Lebuffe,  qui était vers l’avant du bateau, avait réussi à monter sur la bâche du fourgon et comme celui-ci s’enfonçait dans l’eau on ne lui voyait plus que la tête et les bras. Il criait « Sauvez Lebuffe ! » Comme par hasard, des planches flottaient sur l’eau. Il a pu en attraper une et un Allemand a pu le ramener au bord de la Seine. Il avait eu très peur !

    Nous ne sommes restés à faire les bateliers qu’une seule journée. Nous avons été regroupés pour partir à pied vers l’Allemagne, par étapes de 40-50 kilomètres et même un jour 80 km (le jour de l’armistice). Ce jour-là, nous étions en Belgique ; la colonne de prisonniers était longue de 13 km en marchant 3 par 3.

    Nous avons marché pendant 34 jours. Le soir, nous couchions dehors, dans les champs, entourés de barbelés et gardés par les Allemands.

    Nous sommes arrivés à Trèves en Allemagne et là, nous avons couché dans des baraques ; on nous a donné à manger un peu plusMarcel CRESPIN 54869 qu’à l’habitude.

    Le surlendemain, on nous a embarqués dans le train, en direction de Neubrandenburg dans la province du Meklemburg. À Neubrandenburg, il y avait un grand stalag, un camp rempli de baraques.

 

 

     Nous avons été immatriculés dans ce camp, photographiés, épouillés et douchés. Nous y sommes restés une dizaine de jours à ne presque rien manger, que quelques patates et rutabagas à moitié pourris.

 

 

    Une nouvelle fois, nous sommes repartis dans les wagons à bestiaux pour être répartis dans les petits patelins. Moi, j’étais à 80 km de Neubrandenburg : le patelin s’appelait Besitz. J’ai travaillé dans une ferme jusqu’au 22 mars 1942, date de mon retour en France, puisqu’on m’avait libéré comme orphelin de père et aîné de 4 enfants.

    Pendant mon séjour à Besitz, j’ai pu manger beaucoup de patates et de cochon. Dans la maison où je travaillais, c’était une ferme, il y avait deux enfants dont l’un âgé de 14 ans qui s’appliquait à parler français et moi allemand. C’était rigolo !

    À la ferme, il y avait 6 vaches, beaucoup de labours. Dans la commune de Besitz, nous étions 14 prisonniers et nous couchions tous au Kommando, sur des lits à 2 étages, avec une paillasse remplie de paille de seigle.

 

 

Kommando

 

Neubrandenburg stalag II A détails

    Beaucoup de mes camarades sont morts en route ou dans les camps, de la dysenterie entre autres. Et comme tu vois, Pépère a pu s’en tirer sain et sauf.

 

Plaque Stalag II A

Papa, lui, c'est 54 869

 

pkrecto

 

pkverso

Témoignage d’un prisonnier de guerre 39-45 :

http://www.pensezbibi.com/tv-et-radios/temoignage-d%E2%80%99un-prisonnier-de-guerre-1939-1945-2-videos-bibi-2359

http://www.dailymotion.com/video/xbxfdj_temoignage-d-un-soldat-en-errance-1_news#from=embed

http://www.dailymotion.com/video/xbxh83_temoignage-du-matricule-77755xb-au_news#from=embed

 Listes des prisonniers (La guéguerre des sites):

http://geneinfos.typepad.fr/geneinfos/2010/12/petite-guerre-sur-fond-de-prisonniers-de-guerre-39-45.html

 

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Jipé
commenter cet article

commentaires

Thorsten 14/03/2017 20:11

This man got 50,- Reichsmark reward for his brave action fighting a fire in Besitz. This is why Germans let him go home!