HISTOIRE DE LA MÉMÉTIQUE ET DES MÈMES

EN ROUTE VERS LE CANYON  DE LA MONTAGNE DE LA CHÈVRE...

   Un ami m'a dit : "Ce qui est curieux, c'est que tu aies été déçu de ne pas trouver les réponses à tes questions, sans comprendre que plus on cherche à répondre à des questions, et plus on en trouve des questions. C'est un des principes de la recherche..."
   Je propose tout d'abord à cet ami de lire ce texte qui est une parabole de la vie et de la manière de représenter les connaissances de toute nature qu'on y acquiert en se posant des questions dans tous les domaines, chemin faisant :

Le parcours initiatique de la vie

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   Je voudrais reprendre aujourd'hui cette métaphore du canyon afin de mieux expliciter le cheminement de la pensée d'un être humain dans ce long et difficile chemin de l'acquisition de savoirs, de savoir-faire, de savoir-être et de savoir-vivre au final.

Ce canyon est magnifique ! C'est le Canyon de la Connaissance. Vous voulez bien que je l'appelle comme ça ?

    Je suis né, aux Sources d'Elle, une toute petite rivière normande, il y a un peu plus de six décennies. Au tout départ,  je ne voyais rien de ce canyon car je suis resté à l'horizontale ou à quatre pattes plus de seize mois, retardé sans doute par des souvenirs de guerre qui n'aident pas nécessairement à se redresser hardiment... Lorsque je me suis relevé un peu de mes frayeurs, j'ai commencé à apercevoir la belle ligne arborée que constitue sa partie la plus haute.
   Et puis, fasciné par l'étrange beauté de ce paysage lointain, j'ai pris la décision d'avancer vers lui pas à pas, à petits pas...
  J'ai découvert dès le début du sentier le langage des hommes, celui que m'a appris ma mère essentiellement et Cécile l'employée de maison ou la bonne comme on dit.
  J'ai rencontré la mort très tôt, celle de ma pauvre Maman, alors que j'avais deux ans, puis j'ai connu des maîtresses* exigeantes, compréhensives et bienveillantes à la fois jusqu'à cinq ou six ans...
*
Irène & Juliette furent des institutrices d'école maternelle exceptionnelles je dois le dire.

   Au fur et à mesure que mon pèlerinage avançait, je découvrais de nouveaux aspects du canyon, de plus en plus précis. Les détails s'accentuaient, se précisaient, et tout au long du chemin, je faisais de multiples hypothèses, car je n'avais pas de guide...
  Vers mes sept ans, la lune et ses aspects divers de croissant ou de disque d'or m'intriguait : je décidai d'imaginer que ce serait grossièrement une demi-sphère, semblable à un ballon dégonflé, dont l'une des parties était rentrée dans l'autre; la partie rentrée étant obscure alors que la partie convexe était toujours lumineuse. Elle tournait sur elle-même et se présentait donc sous tous ses aspects : disque plein, croissant vers la droite, croissant vers la gauche ou creux invisible. J'avais imaginé ces phases de la lune... parce que personne ne voulait ou ne savait m'expliquer la réalité du phénomène...
  Une partie de mon parcours a été difficile, triste, pénible même. J'avançais difficilement, souvent en pleurant, car j'étais seul au monde et l'image de la falaise du canyon, bien que je m'en approchasse chaque jour était troublée au travers de mes larmes.
  Un peu de volonté retrouvée me fit découvrir les joies de la géométrie dans l'espace, la magie des nombres et la beauté du dessin et de la peinture auxquels je pouvais m'adonner sans réserves. Je voyais de mieux en mieux la rive droite de mon canyon et j'y découvrais des secrets incroyables au fur et à mesure que je croisais des gens qui, comme moi, se dirigeaient vers les mêmes buts : comprendre, savoir, agir, grandir.

  Je commençai alors à saisir un peu mieux les règles de la société dans laquelle je vivais malgré moi : il s'agissait de reproduire les mêmes habitudes que celles que nos prédécesseurs avaient imaginées, reproduites, vécues. Les comportements, les mots, les gestes et les manières d'être étaient recopiés à l'infini et chaque rencontre nouvelle était l'occasion d'une nouvelle façon de singer ceux que nous croisions.

  Je m'approchais toujours, lentement, du bord du canyon, mais — si j'en découvrais les apparences et les évidences avec de plus en plus de netteté — je ne distinguais toujours pas encore les détails fins que j'aurais aimé pouvoir observer de beaucoup plus près.
  Bien sûr, des livres achetés dans les échoppes sur le parcours racontaient les merveilles et la beauté de la nature de l'autre côté ; la faune et la flore y étaient répertoriées par le menu. Mais je voulais voir tout ça en réalité,  par moi-même. J'achetai alors des jumelles, puis une lunette à fort grossissement. Je pouvais voir à présent des choses nouvelles qui m'éblouissaient et me comblaient de bonheur.
  Mes connaissances de la faune et de la flore de cette rive droite devenaient intéressantes. Mais je n'y étais toujours pas. Pendant ce temps, je rencontrais de plus en plus de semblables qui se passionnaient eux aussi pour cette quête de la réalité de l'autre rive qui s'approchait de plus en plus. Et là, il y avait un autre sujet d'étude, bien plus complexe, surtout le soir au bivouac. Les uns affirmaient qu'ils avaient imaginé une théorie globale explicative de tout ce qu'il y avait de l'autre côté, tandis que d'autres donnaient le détail de chaque élément  de vivant ou d'inerte présent le long de la merveilleuse falaise des connaissances. Et puis, ils inventaient des manières, des méthodes, des procédures, des protocoles et faisaient déjà des simulations informatiques sur les écrans de leurs portables de ce qu'on rencontrerait là-bas...
  Je fis, lors de ce périple, la connaissance de jeunes filles charmantes qui tournaient autour de moi, mais je continuai mon chemin et c'est seulement quelques années plus tard que j'en rencontrai une avec laquelle je poursuivis mon chemin, pour la vie, en compagnie de deux petits garçons qui nous accompagnèrent alors.
  Comme j'avais déjà acquis quelques rudiments, je les transmis en route à des centaines de jeunes gens car ma profession consistait à faire passer des mèmes dans les cerveaux d'enfants, d'adolescents ou de jeunes gens. C'était des moments passionnants pendant lesquels je leur faisais appréhender la nature des choses rencontrées le long du parcours commun, mais aussi des images de l'autre rive.

Mar 12 aoû 2008 8 commentaires
Une bien belle image, qui reprend bien l'idée de la découverte d'un nouveau territoire, avec des spécificités. Cette image transmets bien cette idée. Mais cette image oublie une bonne partie du problème, une partie qui m'est chère.

Tu fais bien de nommer cela une histoire, cela a le mérite d'être clair. Peut-être vais-je apprendre de cette disctinction précise.

L'Etude d'un système, demande généralement de pouvoir en avoir une perception exterieure. Comme ici, dans l'histoire, avec ce monde "de l'autre coté".

En mémétique, comme dans d'autres sciences humaines, l'observateur est également sujet potentiel. On a apprit que ce qu'il attends comme résultat, ce qu'il cherche, et diverses interactions complexes, influent sur toute réfléxion ou expérience.

C'est peut-être pour cela que la mémétique pourra être une clé : elle permet, par une manipulation conceptuelle de changement de point de vue, de sortir de notre point de vue un peu trop humain.

Ce changement de point de vue, s'il permetra de mieux comprendre les choses, est difficile à prendre. En effet, comment se regarder soit-même, avec d'autres sens que les nôtres si j'ose dire entre 4 parenthèses sur le bout des touches ?

La simulation, la scénarisation, l'écriture de petits contes, est un moyen d'explorer cet autre coté, mais j'ai bien peur qu'il ne soit le seul. Vouloir se déplacer entre des atomes, des galaxies, dans un espace pluri-dimensionnel, ne peut se faire qu'à l'aide de notre tête. Tout bivouac et randonnée ne pouvant être utile qu'à faciliter le processus. Voyager à dos de créature culturelle n'est pas simple, je pense.

Ainsi, actuellement, j'ai l'impression que chacun se fabrique des outils, des méthodes, pour observer cet autre monde. Tu fais partie de ceux qui souhaitent des preuves rapides (photons captés par tes pupilles), avec une précision dans la découverte liée à la finesse de l'observé. Je n'arrive pas à avoir cette approche, car elle me rappelle trop ces physiciens, qui s'aventure dans le monde très petit, pour s'aperçevoir que le saut d'échelle et de complexité, d'un point de vue à un autre, n'est pas facile, et qu'il a tendance à couper beaucoup de choses dans la compréhension.

Charles.
PS : moi aussi, j'ai écrit sans me relire.
Spinodo - Charles Mougel - le 06/02/2006 à 22h05
Attends Charles, sois patient ! Si le texte "Le canyon" est achevé (tout au moins, je le considère comme tel), "Le mème des chemins initiatiques" n'en est qu'à ses balbutiements, je dirais presque au stade du babil enfantin. Je ne commencerai vraiment à aborder la nature mémétique des concepts, des idées - de ces patterns culturels - que lorsque je vais atteindre l'âge adulte et exercer un métier, celui que j'ai exploré pendant près de 40 ans. Mais le plus important finalement  se trouvera peut-être mis en avant au moment du bilan, mon bilan c'est à dire le bilan de tout homme !
Tu as raison, le monde de l'autre côté (rive droite) est lointain et longtemps dans le flou dû à la distance, mais le monde de notre côté (rive gauche) est encore plus mystérieux car on ne le voit jamais. La falaise est trop abrupte. C'est notre part de non-conscient.
L'observateur (l'Homme) se mettra en auto-observation seulement au moment du bilan car comme disait Montaigne, il pourra alors "replier sa vue au-dedans" et plus qu'une introspection, ce sera à la fois une auto-analyse et une observation rétrospective de tous les environnements qu'il aura observés et subis.
Je suis d'accord ; il faut sans arrêt changer de point de vue pour observer le monde et les êtres qui le peuplent. Il faut aussi changer d'outils, de lunettes... Utiliser le macroscope, cher à Joël de Rosnay, mais aussi le microscope et tous les outils d'imagerie nouveaux. Des outils philosophiques & scientifiques, des outils de toute nature et la mémétique peut en être un, à condition d'être rigoureux et non dogmatique. Courageux et explorateur jusqu'au fond de l'âme.
Si, Charles, on peut voyager comme on en a envie. Le but étant de poursuivre la quête jusqu'à son terme. J'ai apprivoisé des mèmes, je le sais car je les ai manipulés pendant plus de quatre décennies. Ce sont des créatures bien humaines tu sais !
Je te donnerai un lien demain pour écouter quelqu'un qui ne fait plus que cela. Il s'appelle Stanislas DEHAENE. C'est mon chasseur de mèmes number one.
Je te dirai lorsque ce texte sera au point, sous sa forme achevée. À vrai dire, j'ai tout en tête mais c'est assez difficile à formuler de telle sorte que la compréhension soit évidente pour chacun et... pas seulement pour moi... ;o))
Merci de ta lecture attentive.
Jipé
Oui, oui, il y a bien des points communs entre ton style et celui de Voltaire dans Candide !
valentine - le 06/02/2006 à 22h08
Merci de ta lecture Martine. Tu sais, je suis un grand naïf et certaines personnes de mon entourage considèrent que je resterai candide jusqu'à mon dernier souffle.
Ton avis me fait rougir de confusion tu sais. Je me sens tout petit, tellement petit à côté du grand Voltaire pour qui j'ai une véritable vénération/admiration, tu l'auras compris...
Bien, je vais aller cultiver mes rêves habituels cette nuit afin que la terre des songes me fasse récolter de superbes cucurbitacées que j'offrirai dans un panier d'osier à ma Cunégonde bien aimée.
Jipé
J 'avais beaucoupo aime ce texte dans sa premire version et ce que tu nous offres ici me donne l'eau a la bouche....
Viviane - le 10/02/2006 à 15h02
Ce que j'ai le plus apprécié dans ce texte qui tend à démontrer... n'est pas la démonstration mais ce qui parle de toi, par petites touches pudiques et ce qui finalement est le plus émouvant : les premiers pas d'un homme qui fut d'abord un enfant... et l'histoire de l'enfant perdu dans les méandres de la vie...  Tu parles d'un pèlerinage, tu parles de petits pas, tu parles d'avancer... oui c'est bien ça la vie... amitiés à toi, Martine, la pèlerine
Martine, la PÚlerine - le 09/03/2006 à 22h30
Tant de plaisir à relire ce texte dont tu sais qu'il est un de mes préférés
pour l'ampleur du voyage
pour ce qui s'y dit de toi en filigrane
pour ce que j'y perçois de liberté enracinée dans l'âme et de passion pour la découverte
Je me suis permis de lire els autres commentaires et cet aspect  être sujet et objet " de la réflexion me renvoie au ressenti des musiciens qui sont instruments et instrumentistes: les chanteurs en tout premiers, mais aussi tous les artistes qui souhaitent comprendre comment ils fonctionnent afin de transmettre à leurs pairs ou leurs élèves. La vidéo et la radiologie ont infiniment aidé à la compréhension de la gestuelle vocale ou corporelle au sens plus large, tout Martenot est fondé sur l'étude de petits films au ralenti détaillant la technique pianistique chez des pianistes au jeu sensible et facile.  Et je ne doute pas qu'un jour on apprendra en lisant leur jeu via une IRM...
Viviane - le 13/08/2008 à 10h25
Le canyon représente bien le chemin de la vie, je me suis souvent étalée,continellement blessée, je reonte à quatre pattes  afin d'entrevoir le sommet
aimela - le 13/08/2008 à 14h16
Belle parabole, Merlin, autour d'un paysage grandiose.
Valentine - le 14/08/2008 à 20h44
très belle photo ! merci pour la ballade...
valerie - le 18/08/2008 à 16h12
Autant pour une autre fois. À deux, on prendra un mulet au pied sûr.
Jipé