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7 décembre 2013 6 07 /12 /décembre /2013 16:33

Avant de réformer l'ensemble du système scolaire il serait judicieux d'essayer de comprendre comment on peut modifier, améliorer le climat général qui règne dans certains établissements...

Cf l'article du café pédagogique de 2003

- DISCIPLINE ET RELATIONS A L'ÉCOLE 

Jean-Pierre Crespin

Il paraît difficile ici de parler des problèmes de gestion de comportements, et ça semble rester un tabou, tout comme à l'IUFM où on n'est que trop peu préparé à être confronté aux multitudes d'enfants qui ont chacun leur valise sur le dos à se trimbaler. En retour de stage, en IUFM, ce problème revenait souvent mais la seule réponse entendue était du style "il n'y a pas de solution, on ne connaît pas le problème etc?". Je comprends tout à fait, tant l'enfant est complexe dans ce qu'il exprime à travers son comportement. À mon sens, celui qui nous « casse les pieds » souffre. Celui qui a beaucoup de mal à s'affirmer dans le groupe souffre aussi. Chacun a droit à de la considération.

Dans un premier temps il paraît important de parler du respect mutuel et réciproque dans la relation enseignant/enseignés et vice versa ainsi que dans toutes les relations humaines au sein de l'École. Chacun de ces trois concepts a des connotations positives et des consonances désagréables, négatives.

1) LE RESPECT me semble premier (prioritaire) dans toute relation humaine et la situation d'éducation, d'enseignement en est une, sans doute une des plus importantes dans la vie d'un jeune, futur citoyen... Les aspects positifs dans le respect mutuel sans lesquels rien ne peut se produire me semblent être:

- La courtoisie: la courtoisie dans les propos et dans l'attitude de chacun des partenaires. Sans elle, rien n'est possible!
- La tolérance: tolérance vis à vis des idées qu'exprime l'autre au nom d'un engagement ou d'une culture propres.
- La civilité: le fait d'appartenir à une même communauté éducative fait que nous y avons des devoirs vis à vis de tous les autres membres: notre comportement doit toujours en tenir compte, même si nous avons les droits qui vont avec cette civilité.
- L'estime réciproque est la condition minimale d'un 'commerce humain' possible et profitable.
- La décence est de rigueur dans toutes les déclarations et manifestations de chacun. Ne pas choquer, ne pas heurter.
- Le sens du devoir est le seul qui permet de revendiquer des droits.
- Les égards ne sont pas dus seulement à ceux qui ont un handicap permanent ou passager; ils sont dus à tous.
- La considération est due à tous les élèves et à toutes les familles ainsi qu'à tous les membres de la Communauté Éducative, sans aucune réserve.
- L'affection est un minimum qui est dû aux enfants, de la part de tous les adultes en milieu scolaire, mais aussi, et surtout, de la part de leurs
parents...
- La politesse est la condition sine qua none de relations sans blessures au sein d'une même communauté humaine. (Ainsi, les galets bien polis d'une plage à marée montante, qui ne se heurtent pas et font moins de bruit car ils sont bien polis.)
- La pudeur constitue une attitude de chacun propre à ne choquer personne et montrant une réserve et une certaine modestie dans les rapports qu'on souhaite avoir avec les autres.
- Réserve et retenue sont de mise afin de ne pas humilier ou mettre mal à l'aise des personnes un peu fragiles ou fragilisées par un événement récent qui les touche de très près.
- Un certain sens de l'honneur et le rejet du mensonge, de la dissimulation sont utiles tant dans le sport que dans les activités de tous moments.
- La loyauté est toujours reconnue et appréciée par les autres membres d'un groupe humain. Même par ceux qui n'ont pas encore accédé à cette vertu...

Les aspects dommageables ou négatifs d'un 'respect excessif' ou hypocrite:

- La révérence
- Le fétichisme
- La crainte excessive
- L'hommage exagéré
- Le culte
- La vénération
- L'adoration

Sans ce respect bien acquis, bien instauré, et surtout par l'exemple vivant de l'adulte qu'est l'enseignant, point de salut possible. La férule n'est qu'une illusion de pouvoir très éphémère...

2) L’AUTORITÉ :

Si l'autorité est un droit ou un statut, elle est surtout un pouvoir, "une sorte de supériorité" qui s'acquiert sans contrainte mais juste au moyen du respect mutuel et de la confiance que l'on peut inspirer. Il y a bien sûr l'autorité de l'institution légitime, du pouvoir en place, de la loi et des Autorités chargées de la faire appliquer dans une démocratie, mais il y a surtout l'autorité personnelle, naturelle d'un individu qui est en charge d'une fonction ou non.

Les aspects positifs et générateurs d'autorité véritable me semblent être:

- Le charisme: l'auréole personnelle, l'implication dans sa tâche et la capacité d'écoute et de communication avec son environnement
- La compétence: compétences disciplinaires mais aussi et surtout compétence à faire régner l'harmonie dans un groupe éventuellement hétérogène afin de pouvoir s'occuper de tous et de chacun.
- Le crédit: c'est à dire le capital confiance que l'on obtient auprès des élèves et de leurs familles. C'est une conquête assez progressive mais indispensable dans la durée. Il s'obtient aussi en accordant sa confiance aux autres.
- La fermeté: Il ne s'agit pas de la férule, ni de l'intransigeance mais d'une fermeté bienveillante, celle qui sait bien définir les frontières entre l'acceptable et l'inacceptable. Savoir dire NON! fermement est indispensable à l'éducation des enfants et d'ailleurs, quelque part, ça les rassure et leur donne confiance en cet adulte qui sait dire non?
- La maîtrise: maîtrise des conflits inéluctables, maîtrise des crises éventuelles en sachant les résoudre avec fermeté, justice et bienveillance, au bénéfice de tous et en n'hésitant pas à sanctionner équitablement le/les fautifs, dans le sens de la réparation envers les autres qui devient en même temps une réhabilitation.

Alors peuvent venir des états d'autorité stables et très valorisants comme:
- Le prestige: ça ne s'obtient que très difficilement et il faut y consacrer du temps et de l'énergie. S'impliquer beaucoup.
- Une réputation: tous les parents et les élèves veulent venir chez Mme ou Mr Untel car..... c'est souvent indéfinissable, mais c'est ainsi.
- L'ascendant: ce pouvoir apparemment naturel qui fait que vous pourrez réaliser vos projets professionnels sans jamais avoir de bâtons dans les roues.
- La considération: une sorte de reconnaissance, plus ou moins justifiée qui fait de vous un personnage ou même une personnalité.
- L'influence: certains enseignants deviennent effectivement des personnes influentes dans leur village ou dans leur quartier voire dans leur ville. Certains deviennent même parfois des politiques de premier plan...
- La séduction: est parfois le moyen utilisé pour parvenir à ses objectifs pédagogiques et éducatifs. Tous ces moyens d'autorité conduisent apparemment à "l'obéissance" mais en réalité ce n'est qu'une acceptation d'un climat entretenu par l'enseignant lui-même. Une adhésion tacite.

Les aspects de l'autorité à connotation négative sont assez nombreux mais je ne souhaite pas m'étendre dessus:
- La férule, la force, l'oppression, l'emprise, l'absolutisme, la toute-puissance, la prééminence, le magistère (quoi que), l'hégémonie, la demande d'allégeance, le 'caporalisme', la poigne, l'omnipotence, la dictature, le despotisme, l'autoritarisme et la tyrannie (j'en passe et des meilleures) sont à proscrire évidemment des pratiques visant à instaurer un climat de classe propice au travail. J'ajoute qu'il faut impliquer les enfants dans cette pratique et ce respect de l'autorité, des règles à appliquer pour que s'exerce cette autorité bienveillante qui semble même ne plus exister lorsqu'elle est instituée... S'il y a manquements, alors il ne faut pas hésiter à sanctionner. Je ne dis pas - vous le remarquerez - "punir" qui a une autre connotation.

3) LE CLIMAT DE CLASSE : (ou discipline qui règne dans la classe)

Le premier point abordé était celui du respect. Le second fut le sujet incontournable de l’autorité de l’enseignant. Ce troisième point voudrait essentiellement traiter de la discipline qui règne dans une classe ou pendant un cours : le « climat de classe» ou « climat de confiance » qui prévaut entre les différents acteurs des apprentissages, qui sont la tâche essentielle des élèves.

Pourquoi préférer « climat de classe » à « discipline » ? Tout simplement parce que le terme discipline est trop connoté militairement et qu’on a l’impression que c’est le magister, seul, qui
est détenteur, responsable et comptable de cette discipline… N’oublions pas que le terme discipline signifie à son origine «punition, ravage, douleur ». Bien sûr, il est vrai que la discipline s’applique aussi bien aux élèves qu’au maître, dans la mesure où les premiers doivent la respecter et le second a pour rôle (entre autres)de la faire respecter, pour le bien de tous.

Puisque l’école a abandonné - depuis quelques décennies déjà – le modèle militaire, j’adopte pour ma part l’expression « climat de classe » qui a le sens d’une ambiance de relations humaines favorable à l’apprentissage et qui est respectueuse de chacun (élèves, maître, intervenants dans l’école et parents d’élèves). Sur quoi se fonde ce climat de classe ? Tout d‚abord sur le règlement intérieur de l’école assorti de principes adoptés au sein de chaque groupe classe, démocratiquement.

Les contenus de ces règlements doivent bien sûr être inspirés des règlements-types départementaux, mais chacun peut y ajouter des incontournables locaux relatifs au respect de tous et bien sûr au règlement de l'école applicable à tous.

En fait, il y a deux axes qui permettent d’obtenir un climat de classe propice au travail.
- Celui du professeur, responsable de la discipline, de l’ambiance qui règne, gardien de la loi commune.
- Celui des élèves (groupe & individus) qui ont un devoir de respect de la règle et une obligation de comportement personnel responsable, pour soi comme pour les autres.

Le maître a plusieurs ressources à sa disposition pour créer et maintenir un climat de classe favorable :
- Donner l’exemple de son comportement personnel.
- Mettre au point une organisation qui ne laisse place à aucun battement, flottement ou moments propres à « dissiper » le groupe. Seules les activités construites peuvent avoir lieu dans un bon climat. L’improvisation est réservée aux « artistes ».
- Savoir dire non fermement et ne jamais hésiter à imposer des contraintes adaptées, incontournables, lorsque les limites sont sur le point d’être franchies.
- Avoir des exigences fortes et pour le travail et pour le comportement (respect des règles et des autres.)
- Faire connaître et développer les valeurs en perte de vitesse (au sein du milieu familial) de l’obéissance aux injonctions, remarques et autres rappels à l’ordre des adultes responsables d’eux à l’école.
- User de son influence pour orienter les enfants peu disciplinés vers des attitudes plus respectueuses du règlement. N’utiliser les sanctions qu’en dernier recours, mais les faire exécuter dès qu’elles ont été prononcées.
- En ce qui concerne le bavardage évoqué abondamment à l’école primaire, je n’y reviens pas mais il est certain que si un climat généralisé de bavardages inutiles pour le travail, l’apprentissage des savoirs et/ou des savoir-faire, s’instaure, il faut y mettre le holà, en expliquant aux enfants les raisons de ce choix, mais en étant ferme sur les prix. Bavardages permanents et hors de propos ne constituent pas un bon climat de classe.
- Il faut « étonner » les élèves tous les jours et à tout instant, en ménageant des espaces de surprise et de bonheur d‚apprendre qui sont bien plus porteurs que les sanctions qui ne font que démobiliser.
- Toujours valoriser les enfants dans leurs actions plutôt que de les rabrouer : tous chercheront alors à obtenir ces satisfecit qui leur font si plaisir et qui sont tellement générateurs de progrès.
- La violence disait une amie, c’est un vrai problème, qui dépasse vraiment les autres. Ils auront droit (ces problèmes de violence) au même traitement que tout problème d’indiscipline, de non respect du règlement, mais en plus, les parents y seront systématiquement associés, dès le premier acte caractérisé, à la première incartade. Les parents doivent s’impliquer dans le traitement de la violence chez leurs rejetons car la solution à ce problème passe nécessairement par leur prise de conscience de ce phénomène et leur adhésion aux mesures prises à l’école, voire à leur renforcement à la maison.
Pour les élèves, on peut les impliquer mieux, davantage, dans le respect qu’ils doivent avoir du règlement et des autres enfants lors de réunions coopératives, au cours de débats (philosophiques?) hebdomadaires sur des problèmes récurrents, bref en les impliquant dans la vie de classe, afin qu’ils se responsabilisent eux-mêmes. Cela constitue un premier pas vers la discipline consentie et même vers l’autodiscipline qu’ils devront pratiquer au quotidien lorsqu’ils seront des citoyens à part entière.( i.e à 18 ans)

Un bon climat de classe s’instaure toujours avec beaucoup de toucher, de doigté et de feeling, mais une fois qu'il est installé, tout fonctionne "comme sur des roulettes."

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5 novembre 2010 5 05 /11 /novembre /2010 09:58
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1 novembre 2010 1 01 /11 /novembre /2010 10:59

 

 

 

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Il est des amours parfaites, indispensables et indiscutables.
Certes, la beauté est un puissant aimant,

mais l'amour le plus profond

n'est-il pas celui qui est inspiré par la reconnaissance ?


Je t'aime pour tes rondeurs et ton galbe parfait

J'apprécie Ô combien tes formes généreuses
J'adore ton accueil et ta chaleur aimables


Je t'aime pour tu ce que tu m'offres
Je raffole de tes dons variés et si indispensables
Je te vénère pour ta fidélité et ta constance


Je t'aime quand tu valses autour de lui dans ta robe bleue
Je suis heureux de te savoir toujours dans cette course folle
Je goûte les plaisirs de ta ronde insensée


Je t'aime quand tu grondes et te mets en colère
Je m'enflamme avec toi quand tu trembles d'effroi
J'attends bien patiemment que ton courroux s'apaise


Je t'aime quand tu souffles le vent et que je récolte la tempête
J'admire le rouge orangé de ton justaucorps
et la turquoise de ton tutu quand tu danses
Je m'affole dès que tu souffres ou que tu prends un coup de froid


Je t'aime quand tu nourris ta famille nombreuse
Je pleure et j'enrage quand je vois qu'on t'exploite
Je bondis quand je m'aperçois qu'on te vole... ton or noir


Je t'aime tant Ô ma Planète Bleue
Dont certains ont entrepris le viol et le saccage.

Je t'aime, terre-océane de mes ancêtres
Je voudrais tant que mes petits-enfants
Puissent te trouver plus tard aussi belle qu'avant
Tu es notre vaisseau spatial commun dans l'univers fractal.

 

PlanéterreUne si jolie planète bleue...

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16 octobre 2010 6 16 /10 /octobre /2010 10:58
Marcel Gauchet : « L'affaire Bettencourt réactive le contentieux entre le peuple et les élites »
(Article paru dans l'édition du 18.07.10 du Monde)

Pour l'historien et philosophe Marcel Gauchet, on assiste à une remise en question du pouvoir sarkozien
 

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Historien et philosophe, Marcel Gauchet, 63 ans, est directeur d'études à l'Ecole des hautes études en sciences sociales. Rédacteur en chef de la revue Le Débat, qui vient de fêter ses 30 ans, il est l'auteur de plus d'une vingtaine d'essais, centrés sur la démocratie, la religion, l'éducation et le pouvoir. Il s'exprime ici en tant qu'« observateur de la vie politique française, et rien de plus », et précise qu'il n'a pas pris part, jusqu'à présent, au débat pro ou anti-Sarkozy.

L'affaire Woerth-Bettencourt n'est-elle, selon vous, qu'une affaire parmi d'autres ?

La dimension « affaire » me paraît secondaire par rapport à une remise en question, plus diffuse et plus large, du pouvoir sarkozien. Comme souvent en politique, il s'est produit une cristallisation conjoncturelle à partir d'un accident judiciaire qui, en principe, ne concernait en rien le pouvoir politique.

Par ricochets, on aboutit à une situation qui permet l'expression de reproches et de frustrations qui étaient dans l'air mais ne trouvaient pas de support pour se formuler de manière directe. La dimension « affaire » peut passer, mais l'effet d'image, lui, demeurera.

Quelles sont la durée et l'amplitude de ces effets d'image ?

Ce sont des phénomènes fugaces, dont on ne peut jamais dire à l'avance comment ils vont cheminer. Tout ce que l'on sait, c'est que ces effets se capitalisent. Ils peuvent totalement disparaître, puis arrive une conjoncture du même type, quelquefois des années plus tard, et l'enfoui réapparaît.

Il y a une sorte de dimension subliminale de la mémoire politique dans une société. L'apparence d'amnésie, due au rythme de l'actualité, où un thème chasse l'autre, est trompeuse.

Etant donné le rythme que Nicolas Sarkozy a lui-même imposé à l'actualité, y a-t-il un risque qu'aucune leçon ne soit tirée de cette affaire ?

Le problème ne se pose pas de cette façon. L'oubli fera sans doute vite son oeuvre, en effet. De ce point de vue-là, la stratégie sarkozienne est efficace. Mais là où il y a une faille dans le raisonnement, c'est que de manière souterraine, toutes ces choses s'additionnent, selon des lois qui ne sont pas celles de la logique, et peuvent resurgir de manière incontrôlable.

Tout prend en masse, de la nuit du Fouquet's aux diverses affaires qui ont émaillé la vie du gouvernement ces derniers mois, comme s'il s'agissait d'une seule et même chose. La manipulation des images est beaucoup plus dangereuse qu'elle n'en a l'air. Ce que nous voyons à l'oeuvre, c'est l'adaptation d'une maxime évangélique : « Qui se sert de l'image périra par l'image. »

Cette affaire marque-t-elle une étape dans le mandat de Nicolas Sarkozy ?

Elle me semble marquer l'arrivée de la facture de la crise. C'est ce qui explique son retentissement. La crise prend complètement à contre-pied le dispositif politique de Sarkozy, à savoir le projet d'une banalisation libérale de la France, pour sortir d'une exception jugée dommageable par les élites.

Cela se résumait dans l'idée chère à Sarkozy de décomplexer le rapport des Français à l'argent, sur le thème « laissez faire les gens bien placés pour gagner beaucoup d'argent, et vous en profiterez tous ». Son tour de force a été de présenter cela comme une forme de justice : si vous vous donnez du mal, vous gagnerez, seuls les paresseux perdront. Il avait trouvé un thème de campagne très efficace, en conciliant libéralisme et justice.

La crise a réduit à néant cette belle construction. Dans un premier temps, Sarkozy s'en est très bien tiré, en affichant son volontarisme. Mais les belles paroles n'ont pas eu de suite. Nous savons que la facture de la rigueur va être lourde et que nous allons tous devoir payer plus d'impôts. Cela repose le problème de la justice fiscale et sociale en de tout autres termes, et cela jette une autre lumière, rétrospectivement, sur les intentions initiales. L'affaire Woerth-Bettencourt restera peut-être sans aucune suite, mais elle révèle quelque chose de profond : elle fait surgir au grand jour la désillusion de l'opinion à l'égard de la promesse sarkozienne.

Cette désillusion est-elle imputable à Nicolas Sarkozy, ou aux élites dans leur ensemble ?

L'épisode réactive un contentieux larvé entre le peuple et les élites. Sarkozy avait donné l'impression d'être conscient du problème et de vouloir modifier les choses. Il ne l'a pas fait, et même, par certains côtés, il a aggravé le malaise, par son style de star égocentrique et autoritaire.

En France, les élites (un mot que je n'aime pas mais il n'y en a pas d'autres) ont une haute opinion d'elles-mêmes et ne se rendent pas compte du fossé qui les sépare de la population. Elles entretiennent à son égard un mépris bienveillant. Elles veulent son bien, mais elles estiment que leurs mérites éminents doivent être récompensés.

Quand M. Joyandet ou M. Estrosi prennent un avion privé à prix d'or pour rentrer à Paris plus vite, ils le font avec une parfaite bonne conscience, pensant que l'importance de leur personne et de leur fonction le justifie.

Et quand certains profitent d'un permis de construire indus ?

Là, nous sommes dans un autre registre. Leur idée implicite est qu'ils appartiennent à une catégorie à part, qui leur donne des droits particuliers. Vous trouvez cela à tous les niveaux, y compris dans la vie politique locale - la boîte noire de la vie publique française -, comme cela va finir par se savoir. Règne l'idée que le fait de se dévouer pour le bien public mérite reconnaissance, c'est-à-dire privilèges.

De ce point de vue, voyez-vous une différence entre droite et gauche ?

L'homogénéité des façons d'être et de penser l'emporte, j'en ai peur, sur les partages politiques, même si la droite et la gauche ne sont pas tout à fait pareilles. Il y a plus de connivence avec les puissances d'argent à droite et plus de système de distribution de postes à gauche. Sarkozy avait promis que ça changerait, cela faisait partie de la rupture, et rien ne s'est passé.

Ces élites sont bien assises. Comment sortir de ce système ?

Le changement ne peut venir que de l'intérieur, que d'une prise de conscience au sein des élites françaises. Malheureusement, je crois qu'il faudra de grosses secousses pour qu'elles y viennent. Il y a parmi elles des gens lucides, qui voient ce qui se passe, mais dès que les positions de pouvoir sont là, les mauvaises habitudes reprennent le dessus. L'inertie historique est très forte ; le système est verrouillé.

Cela ne crée-t-il pas une situation révolutionnaire ?

Pour qu'il y ait révolution, il faut qu'il y ait un programme révolutionnaire. On se met en route au nom d'une espérance, d'une vision de l'avenir, d'un sentiment que d'autres solutions sont à portée de main. Or, nous sommes dans des sociétés dont le climat moral est dépressif, parce qu'elles sont confrontées à des problèmes dont elles n'ont pas la solution. On le voit bien avec la crise économique et la difficulté à trouver des modes de fonctionnement alternatifs. Le climat de la société française n'est pas révolutionnaire, mais il est habité par une révolte sourde et un sentiment de distance radicale à l'égard du personnel dirigeant.

Au-delà de cette affaire Woerth-Bettencourt, avez-vous le sentiment d'une remise en question des principes démocratiques ?

Non, au contraire. Ce n'est pas la démocratie en tant que telle qui est remise en question, c'est la manière dont certains en profitent. Le culte de la chose publique est plus fortement intériorisé en France que partout ailleurs.

Les gens sont donc très choqués quand les individus au pouvoir se comportent en individus privés. La plus grande faille de Nicolas Sarkozy, c'est qu'il n'a pas le sens de l'institution. Le côté privé du personnage prend toujours le dessus. Il n'arrive pas à être un homme d'Etat.

Propos recueillis par Marie-Pierre Subtil

 

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15 octobre 2010 5 15 /10 /octobre /2010 10:14

Qu'est-ce qu'être de gauche aujourd'hui?


"Après la gauche" répond à cette question essentielle en interrogeant de grandes figures de la pensée contemporaine qui procèdent à un diagnostic sans complaisance de la gauche aujourd'hui, soulignent les avancées et les espoirs que suscitent les luttes sociales et réaffirment avec force la nécessité de penser l'utopie. De la disparition de l'URSS à la dernière crise financière, "Après la gauche" est un voyage à travers 20 années qui ont bouleversé la gauche mais aussi un acte de résistance.

Avec Christophe Aguiton (Chercheur et syndicaliste) - Robert Castel (Sociologue) - Christian Corouge (Ouvrier à la chaine et sociologue) - Susan George (Essayiste) - Eric Hazan (Editeur et essayiste) - François Houtart (Prêtre et sociologue) - Albert Jacquard (Généticien) - Lionel Jospin (Ancien Premier ministre) - Armand Mattelart (Sociologue) - Antonio Negri (Philosophe) - Edwy Plenel (Journaliste) - Bernard Stiegler (Philosophe) - Jean Ziegler Ancien rapporteur à l'ONU

Réalisé par Jérémy Forni - Auteurs : Jérémy Forni, Geoffroy Fauquier, Gaël Bizien.   

 


Après la gauche - FA
envoyé par Phares-Balises. - Court métrage, documentaire et bande annonce.

 


Extrait 1 - Robert CASTEL
envoyé par Phares-Balises. - L'actualité du moment en vidéo.

 


Extrait 2 - Jean ZIEGLER
envoyé par Phares-Balises. - L'actualité du moment en vidéo.

 



Extrait 3 - Christian COROUGE
envoyé par Phares-Balises. - L'actualité du moment en vidéo.

 


Extrait 4 - Edwy PLENEL
envoyé par Phares-Balises. - L'actualité du moment en vidéo.

 


Extrait 5 - Eric HAZAN
envoyé par Phares-Balises. - L'info video en direct.

 


Extrait 6 - Armand MATTELART
envoyé par Phares-Balises. - L'info internationale vidéo.

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4 février 2009 3 04 /02 /février /2009 15:04

Petit traité de la décroissance sereine

(Sur le blog de Viviane)


En écho à cet article sur la décroissance, je voulais dire que la décroissance raisonnable ne peut être contestée par personne. Seule la croissance est une utopie.
Voir le bon article de Wikipédia sur ce sujet
:


Et cette vidéo pas trop longue de Serge LATOUCHE :


Serge Latouche - La Décroissance
envoyé par planetendanger
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Published by Merlin le zététicien des Mèmes - dans L'intelligence collective
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14 août 2007 2 14 /08 /août /2007 10:50


Quelle formation donner à nos jeunes ?

Certains ministres bien intentionnés se plaignent que 150 000 jeunes sortent chaque année du système scolaire sans formation. Ils n'ont pas tort. Mais à qui la faute ?...

150 000 jeunes sortent chaque année du système avec une formation universitaire de bon niveau voire de très haut niveau. Ils trouvent parfois des petits boulots dans des Mac Do ou vivent d'expédients divers.
Personne n'en parle ! Alors messieurs les ministres ! Qui supprime les postes de chercheurs et d'enseignants ?


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Published by Merlin le zététicien des Mèmes - dans L'intelligence collective
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