Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
4 septembre 2009 5 04 /09 /septembre /2009 14:15



La lecture sera-t-elle de même nature en 2010 qu'en 1910 ? Pourquoi tant de fautes d'orthographe aujourd'hui ?
L'orthographe est la parure de la chose écrite et en même temps, elle est témoignage de la rigueur de notre pensée, singulièrement s'il s'agit de celle des règles et des accords grammaticaux...Quant aux mots eux-mêmes. ALAIN disait bien que nous les reconnaissions à leur gréement : il faut par conséquent les représenter avec leur forme la  plus exacte possible, y compris avec les doublements de consonnes, quand il le faut.



L'orthographe est une discipline corollaire de la lecture : elle fait partie du code, des conventions qui permettent de se mettre d'accord au sein d'une communauté de locuteurs et de lecteurs qui partagent la même langue. L'orthographe, c'est l'ensemble des solutions qui ont été adoptées pour unifier la forme graphique d'un langage, ses costumes et ses ornementations. Il y a donc pour cela des règles, des protocoles à respecter tant du point de vue des noms que des terminaisons des verbes conjugués, des adjectifs et de toutes les classes de mots. Les codes et les convenances qui régissent l'orthographe française doivent être respectés par tous, ne serait-ce que par politesse pour les lecteurs.
Alors, simplifier l'orthographe, ne serait-ce pas retirer à la langue une partie importante de son histoire, de son originalité ?
Mais pourquoi ce respect des règles est-il tant négligé de nos jours, pour ne pas dire bafoué ?

La lecture, l'écriture et l'orthographe qui va avec constituent des activités cognitives complexes qui mettent en jeu de nombreux réseaux de neurones, parfois de manière quasi-synchrone, parfois dans des aires plus spécifiques mais tout est lié à la fonction globale du langage qui est située dans l'hémisphère gauche du cerveau.


http://accel95.mettre-put-idata.over-blog.com/0/13/42/39/langage.jpg

Au regard du langage oral et écrit, chaque fonction est située très précisément à un endroit qui est le même pour tous les humains et  au millimètre près. Néanmoins, chacune de ces zones très spécialisées est reliée aux autres, à l'ensemble des fonctions langagières sous la forme d'un réseau complexe dans lequel les tâches liées au langage oral et au langage écrit ainsi qu' au décodage des textes (lecture) et à la production de textes (écriture) sont en relation étroite.

 

Les neurones de la lecture


Depuis le début des années 1980 et surtout des années 90, la lecture s'est trouvée transplantée sur de nombreux supports qui ne sont plus de même nature que ceux en vigueur jusqu'à la première moitié du XXème siècle, comme la feuille blanche de papier ou la page de cahier d'écolier. Les écrans (de télévision et d'ordinateurs) se sont peu à peu emparés de l'écrit. Très peu pour la télévision mais énormément pour les ordinateurs et tous ces nouveaux supports numériques de l'écrit : e-books, agendas électroniques, téléphones portables etc...

Schéma extrait de "Les neurones de la lecture" (Stanislas DEHAENE p. 111)

L'aire visuelle spécialisée dans la reconnaissance des mots écrits est celle qui est en rouge  : elle est située entre l'aire qui identifie  les outils, les ustensiles de ménage et de cuisine et la zone qui identifie strictement et — avec une discrimination extraordinaire  —  les visages et uniquement les visages.


Un dossier très intéressant
"La lecture change, nos cerveaux aussi"
peut être consulté dans le n° 1104 Science & Vie de septembre 2009 p. 42 à 57. Il est également accessible directement en numérique par ce lien :


La page 47 est tout à fait étonnante dans ses révélations mais les données qu'elle présente ne sont pas sourcées ou en tout cas elles ne sont attribuées à aucun chercheur ou aucune équipe en particulier...

Vendredi.
dernier, France Inter diffusait une émission dans laquelle Fabienne CHAUVIÈRE interrogeait le chercheur Thierry BACCINO directeur scientifique au LUTIN.

http://sites.radiofrance.fr/franceinter/em/ete/toutsexplique/

Évidemment, les livres sont des outils ou, comme le disait Pierre LÉVY, les résultats de  technologies intellectuelles. Les écrans divers, cathodiques, plasma ou LCD eux aussi. L'ergonomie prévue pour ces différents supports de lecture entraîne des pratiques nécessairement différentes qui modifient les comportements des lecteurs. Certes le son, l'image, la vidéo sont des plus. L'accès à la musique et les multiples liens hypertexte ou hypermédia sont riches de promesses d'approfondissements. Mais on peut très vite arriver à une saturation de l'attention, de la concentration et de la mémoire. La densité d'informations peut désorienter les lecteurs moins bien préparés ou moins bien armés dans le domaine des stocks sémantiques personnels.
Il est incontestable qu'on lit plus vite, avec un meilleur résultat mnésique et un meilleur repérage dans la page qui ne bouge pas puisqu'il n'y a aucun scrolling vertical ou horizontal sur un livre... La mémoire spatiale y et en effet importante pour se repérer dans les blocs que constituent la page de gauche, la page de droite et les différents paragraphes du texte.

J'aurais aimé dans cette émission, en dépit des très bonnes questions de Fabienne CHAUVIÈRE à son invité, que Stanislas DEHAENE puisse lui apporter les résultats de ses recherches, soit en écho à celles du LUTIN, soit en contradiction sur certains points précis. Notamment au sujet de la zone précise de la reconnaissance des mots et des lettres. Thierry BACCINO  désigne la "zone occipito-temporale ventrale aussi bien pour une lecture sur écran que sur papier."..
Il dit aussi "qu'on lit si on est motivé, quel que soit le support". Je veux bien, mais je préfère dire que nous lisons si notre équipement neuronal est mûr pour entreprendre cette activité ou qu'il n'a pas été accaparé (et donc recyclé)  trop longtemps à une autre tâche. (Usage intensif de la télévision ou d'autres supports d'information tels que la radio...) De la galaxie Gutemberg, nous sommes passés insidieusement à la galaxie Marconi et les cerveaux de nos jeunes ne traiteront plus en 2010 ce que traitaient ceux des jeunes gens de 1910, nés au tout début du XXème siècle. Ni en quantité, ni en qualité...
La plasticité cérébrale n'est plus à démontrer : les aires neuronales spécialisées ont dû s'adapter, se recycler et les réseaux  à l'oeuvre dans tous les types d'activités cognitives aussi. Relativement à l'usage de la lecture et de l'écriture, j'ai pu observer les différences entre le fonctionnement de mon arrière grand-mère maternelle née en 1862 et celui de mes propres enfants. En quatre générations, tant de choses ont changé ! Et je ne parle pas de mes petits enfants, de ma petite fille dont j'observe avec émerveillement les progrès au regard du langage, de la musique, de l'éveil dans tous les domaines. (Elle apprend deux langues en même temps et elle chante aussi bien en français qu'en anglais...) Alors, fera-t-elle des fautes d'orthographe ? Je ne sais pas. C'est bien possible après tout mais au vu de ces capacités d'attention et de concentration, ça m'étonnerait beaucoup. Et elle n'a pas encore 18 mois...

Les travaux de Thierry BACCINO le conduisent à affirmer que l'on mémorise moins bien quand on lit sur écran plutôt que sur support papier. Certes, le texte-écran est plus fugace, plus mobile mais lire ce n'est peut-être pas seulement retenir l'emplacement du mot "travaux" dans une page. Je crois que c'est plutôt mémoriser de manière synthétique  l'essentiel de ces travaux, non ?

BACCINO termine en affirmant que les cerveaux n'ont pas changé depuis 5000 ans, période où l'on a développé des alphabets pour pratiquer l'écriture et la lecture. Je suis assez d'accord avec lui : il n'y a pas eu de "mutations" au sens génétique ou darwinien du terme, mais, comme le dit Stanislas DEHAENE, des recyclages neuronaux sont intervenus qui ont en particulier réussi à transformer cette aire neuronale, qui était celle des pisteurs/chasseurs d'avant le Néolithique, aire qui servait à décrypter des signes, des traces, des directions, des orientations : ces hommes lisaient les traces des gibiers ou celles de leurs ennemis possibles. À présent, nous lisons des symboles graphiques convenus entre nous qui représentent des mots et des phrases dans nos langages respectifs : les sons, devenus signes, nous parlent et nous renseignent ou nous instruisent.
Reste que la forme de ces codes qui ont été convenus pose parfois problème : c'est le sujet de l'orthographe.
Mais il n'y a pas que chez nous. Au Québec, chez nos "cousins", c'est pareil !


L'orthographe au Québec



Un entretien avec Jean Pierre Jaffré, chercheur en linguistique génétique au CNRS.

- Confirmez-vous la baisse du niveau en orthographe établie par Danièle Manesse et Danièle Cogis dans leur livre ?

  • Qu’il y ait une baisse du niveau en orthographe, d’un point de vue technique, statistique, c’est indiscutable.qu’il y ait aujourd’hui une mutation des compétences en orthographe, ce n’est pas si inattendu. Le statut de l’orthographe n’est plus tout à fait le même, aujourd’hui et il y a 20 ans, et a fortiori il y a un siècle !

- Doit-on alors revenir aux méthodes traditionnelles ? Supprimer l’ORL (Observation Réfléchie de la Langue) comme le pense le ministre de l’Éducation nationale ?

  • L’ORL va dans le bon sens même si elle devrait être prolongée par des activités plus techniques qui passent par la confection et l’utilisation d’outils donnant à voir les formes orthographiques. Quand l’école apprenait à « lire, écrire et compter », le niveau en orthographe était peut-être meilleur. En se centrant sur les seuls savoirs de base, l’école pouvait se permettre d’entraîner les gens de manière plus intensive. Mais n’oublions pas qu’à ces époques, l’orthographe était aussi un moyen de sélection qui laissait beaucoup d’élèves en chemin. Tous n’entraient pas en sixième et tous n’étaient même pas présentés au certificat d’études. Autrefois, le savoir orthographique servait finalement moins qu’aujourd’hui. On ne vivait pas dans une société de scripteurs, on n’avait donc moins l’occasion de réemployer ces savoirs et ce qui était appris à l’école primaire avait ensuite tendance à s’oublier. Aujourd’hui, avec l’apparition des TICE notamment, la production écrite a pris une place plus importante…
  •  On demande aux gens d’écrire sans cesse davantage et, du coup, l’orthographe apparaît dans toute sa complexité et s’avère plutôt inadaptée aux besoins de notre société. En partant de ce constat, on peut raisonner de deux façons. On peut conclure à la catastrophe, voir des erreurs partout, condamner l’école, etc. Mais on peut suivre une voie à mes yeux plus pragmatique en considérant que les formes graphiques doivent pouvoir répondre à des demandes différentes et varier en fonction de ces demandes. Cette polygraphie effraie les Français construits par une conception hyperrigide de la norme orthographique mais d’autres pays - le Japon par exemple - sont depuis longtemps accoutumés à la coexistence d’écritures différentes. De fait, l’augmentation des besoins en production écrite ne fait que révéler un peu plus les limites d’une orthographe une et indivisible, confrontée à des besoins multiples, à des supports et à des destinataires distincts.

- L’idée grandement développée par certains est qu’il existe une baisse générale du niveau. Pensez-vous que l’orthographe en soit une illustration ?

  • D’une manière générale, je pense qu’il n’y a pas une réelle baisse de niveau. Des gens vivent dans une société donnée et développent des aptitudes adaptées à cette société. Dans la mesure où l’école n’est pas un lieu imperméable à la vie sociale, il est normal que la société exerce sur elle une influence, en particulier sur les demandes qui lui sont faites et sur les compétences qu’elle est censée enseigner. J’irai d’ailleurs jusqu’à dire que, globalement, les savoirs dont disposent les élèves d’aujourd’hui sont plus diversifiés, et peut-être même plus importants que ceux d’autrefois. Tous ceux qui ont travaillé sur la question concluent plutôt à un changement, à une mutation, qu’à une baisse du niveau.

- Quel avenir pour l’orthographe ?

  • L’orthographe fait partie des outils qui doivent s’adapter à la demande sociale, et pas l’inverse. Le problème de l’orthographe c’est qu’elle est à la fois un objet culturel qui, en tant que tel, est sans doute respectable, et un outil dont on se sert tous les jours. C’est donc le grand écart perpétuel. Il y a sans doute des choses à faire sur le plan didactique mais la solution à terme reste la simplification d’une orthographe qui, contrairement à celles d’autres pays, est un outil difficilement maîtrisable. Et si on n’accepte pas de réformer l’orthographe, il faudrait au moins que se développent des attitudes plus tolérantes. Or les tolérances existent, mais qui les utilise ? Il faut dire sur ce point que les enseignants entretiennent eux mêmes des relations souvent complexes avec la norme orthographique. Si, comme ils en ont le droit, ils se référaient plus régulièrement aux tolérances de 1901, aux rectifications de 1990, entre autres, ils contribueraient utilement à libérer les citoyens du poids excessif de cette norme.

Dans ces conditions, comment peut-on essayer de comparer l'orthographe des élèves de 12 ans en 1910 avec celle des collégiens de 12 ans en 2010 ? C'est une tentative qui n'a aucun sens !

Certes, ma grand-mère et mon grand-père, nés respectivement en 1892 et 1885 avaient une bonne orthographe et une syntaxe tout à fait convenable pour des paysans de cette époque. J'ai conservé quelques documents... Mais mon père et ma mère (nés respectivement en 1915 & 1920) avaient une orthographe parfaite et un style écrit tout à fait remarquable. Quant à moi, je ne faisais plus d'erreurs d'orthographe à 10 ans et je parviens encore à mon âge à écrire un texte en français compréhensible de la plupart de mes concitoyens. Mes enfants (des quadras de leur époque) orthographient encore très bien et possèdent en plus des connaissances scientifiques et des compétences sur les NTIC bien supérieures aux miennes car ce sont leurs principaux outils de travail. Sur quatre générations, je ne vois que des adaptations, des recyclages neuronaux opportuns. Et puis, je n'oublie pas que mon fils aîné a été dans la première cohorte à inaugurer le collège unique de René HABY. Ce fut une catastrophe pédagogique au plan national et pour tant d'individualités : les élèves en difficulté ont plongé dans leurs problèmes ; les bons et très bons élèves ont souvent été lésés ou on les a laissés faire leur cheminement seuls. On a tiré l'ensemble vers le bas en essayant de faire croire qu'il était possible que 85 % d'une tranche d'âge obtienne le bac. Ce fut une erreur fatale ! Pour l'orthographe de l'élève lambda et pour l'apprentissage de la rigueur et du respect des règles de toute nature. Mai 68 était passé par là : il était devenu interdit d'interdire et tout se valait...

Pour en finir, puisque François de CLOSETS cherche à régler ses comptes avec l'orthographe, surtout sans doute parce que le sujet est... vendeur, je propose cet excellent article du bloggueur associé à Marianne 2 (ANTIDOTE) à votre sagacité, sans compter les nombreux commentaires et en sachant qu'il a été lu plus de 7000 fois et qu'il ne comporte aucune faute d'orthographe :

François de Closets veut tuer l'orthographe en pure perte

Ecrire sans fautes ? Un défi trop difficile à relever selon François de Closets. Son dernier livre, "Zéro faute", véritable plaidoyer pour des règles orthographiques assouplies, n'est pas du goût d'Antidote. Pour notre blogueur associé, l'orthographe est de plus en plus violentée, inutile d'en rajouter.



J’attendais de me procurer Le Point de cette semaine pour écrire ce papier, agacé que j’étais devant sa une « Orthographe, la grande injustice ». David Pujadas, en consacrant un moment de son JT à ce dossier, et en invitant François de Closets sur son plateau, a précipité cette écriture.

François de Closets a donc écrit un bouquin dans lequel il règle ses comptes avec une discipline qui l’a fait souffrir dans sa jeunesse. Notre langue et ses subtilités seraient, selon lui, trop dures pour la moitié de la population. Et c’est trop inzuste, comme dirait Caliméro. Il insiste notamment sur le fait que la très grande variété et complexité de notre vocabulaire lèsent les personnes dépourvues d’une bonne mémoire.

Heureusement que Monsieur de Closets n’est pas né Chinois ni Japonais. Apprendre tous ces idéogrammes l’aurait lésé davantage. Effectivement quand on n’a pas une bonne mémoire, il faut bûcher, apprendre les mots par cœur en les écrivant, en les réécrivant. En sport, j’ai toujours eu du mal avec les barres parallèles, fixes ou asymétriques. Dame Nature ne m’avait pas doté des bras adéquats. Pourtant, je suis aujourd’hui certain qu’avec davantage de volonté et de travail, j’aurais pu en faire beaucoup plus que je ne le faisais. Eh oui, c’est du boulot, le sport, l’orthographe mais aussi les maths ou les sciences quand on n’est pas spontanément doué pour.

Du reste, et la fameuse dictée de Sauver les lettres est là pour le prouver, le niveau en orthographe était meilleur au milieu des années 80, date à laquelle la massification était déjà intervenue dans le second degré. Et l’orthographe n’était pas plus facile il y a vingt-cinq ans. Cela démontre bien qu’on a lâché la bride aux élèves sur ce plan là. On a notamment interdit de distinguer les notes de Français selon qu’elles concernaient la rédaction, l’orthographe, la grammaire ou l’explication de textes. Au lieu d’avoir une note  sur le bulletin trimestriel comme aujourd’hui, on en avait quatre, ce qui obligeait à faire un effort dans toutes ces disciplines. On a aussi concocté des barèmes plutôt empathiques envers les allergiques à la dictée.

Et c’est là que j’en arrive à me demander si François de Closets vit bien en France en 2009. Il parle de gens montrés du doigt parce qu’ils ont une mauvaise orthographe, dans les entreprises ou ailleurs. Aujourd’hui, pourtant, il n’est pas rare que même de jeunes directeurs de ressources humaines ne soient pas non plus exemplaires sur ce plan là. Le “montré du doigt”, le bouffon, de nos jours, c’est davantage celui qui fait attention à ne pas faire de faute et qui écrit des textos ou des courriels dans un français correct.

Même si François de Closets et Le Point, qui semble avoir pris ce combat au sérieux, arrivaient à leurs fins et influençaient les décideurs pour aboutir à cette fameuse simplification, on n’aurait pas de meilleurs élèves pour autant.

Pas de meilleurs élèves. Et une langue estropiée pour rien.



Autrefois (1910) peu de gens écrivaient, même après avoir obtenu le Certificat d'Études Primaires. La perception que nous avons aujourd'hui d'une dégradation inexorable des capacités lire-écrire & bien orthographier est une fausse impression et il semble que la comparaison se fasse surtout entre les populations scolaires d'avant 1975 et celles d'après l'implantation du collège unique (réforme du ministre René HABY)...
Alors, bien sûr, on déclame haut ey fort "C'était mieux avant, tout fout le camp" en ne sachant pas bien qu'on compare deux "échantillons" qui n'ont rien de comparable.
Bac en 1962-1963 :   5 % d'une tranche d'âge.
Bac en 2008-2009 : 85 % d'une tranche d'âge.

Quant à la capacité à bien lire & écrire, et, transitivement, à orthographier dans les règles convenues, voyons ces chiffres :

Si l’on considère les 3 100 000 personnes concernées par l'illettrisme :
9 % sont âgées de 18 à 25 ans
15 % sont âgées de 26 à 35 ans
23 % sont âgées de 36 à 45 ans
30 % sont âgées de 46 à 55 ans
23 % sont âgées de 56 à 65 ans


Mais le site de SLL (Sauver Les Lettres) http://www.sauv.net/ctrc.php?id=31 a contribué largement à répandre l'idée que l'illettrisme observé actuellement était dû pour l'essentiel aux enseignants et à la "mméthode globale" ou "semi-globale" à défaut :

"
La cause principale apparaît rapidement être la méthode globale et son avatar, la méthode dite semi-globale. Les dégâts causés ne sont pas tous apparents mais sont énormes.
[...] La cause secondaire est la démission parentale. Pour qu'un enfant ait le goût de la lecture et donc progresse, il faut que les parents lui en donne l'envie. C'est à dire qu'au lieu de les coller directement devant la télévision puis de les coucher, ils prennent le temps de lui raconter des histoires issues d'un livre pour donner à l'enfant l'envie de découvrir le monde du livre. L'illettrisme est aussi lié à l'absence de la magie du conte.

Jean-Albert Caire "


Les chiffres de l'ANLCI  http://www.anlci.fr/  contredisent formellement les conclusions hâtives de M. Caire. En effet, l'illettrisme est plus important dans les classes d'âge dont il juge qu'elles seraient les meilleures en lecture et en orthographe.

Est-ce à dire que l'impression qui prévaut d'une baisse généralisée du niveau en orthographe est fausse ?

En fait, ce ne sont plus les mêmes personnes qui produisent de l'écrit. Si en 1964 par exemple, on avait demandé à une population aussi importante qu'aujourd'hui d'écrire tout ce qui s'écrit en 2009, dans la presse, sur des blogs ou des fora de toute nature, on aurait eu sans doute des résultats aussi médiocres voire pires.

Un professeur de médecine de la Faculté de Rennes nous disait récemment que même ses étudiants (médecins donc) en oncologie médicale faisaient de plus en plus de fautes d'orthographe dans leurs productions écrites.
J'ai remarqué moi-même dans un forum d'enseignants, que les jeunes en IUFM ou nouveaux Professeurs des Écoles n'avaient pas toujours une orthographe irréprochable, notamment dans les accords grammaticaux et que la syntaxe et pour tout dire l'élégance de la langue laissaient parfois à désirer.
Je pense à une courbe de Gauss infaillible : quand 5 % des élèves seulement obtenaient le bac, la sélection s'était faite aussi sur la base d'une bonne orthographe, dès l'entrée en 6ème d'ailleurs. Aujourd'hui, l'accès à tous ou presque à l'université implique que nous y ayons accepté aussi toute la frange dans la courbe de Gauss des gens "faibles en orthographe" dès le départ. Or, ces faiblesses n'ont jamais pu être compensées ou résorbées par un système scolaire qui a supprimé les redoublements et qui propose quantité de disciplines nouvelles, réduisant d'autant plus le nombre d'heures consacrées à l'apprentissage de l'orthographe et de la grammaire. Démocratiser, c'est louable et même souhaitable, mais il faut s'en donner le temps et les moyens. Mais depuis mai 68, comme tout se vaut et que l'on essaie même de renier la valeur des notes, en tolérant ce qui était intolérable jusqu'au début des années 60, on aboutit nécessairement à un laxisme général qui met en valeur une "baisse de niveau". Mais c'est celle d'un échantillon plus important comparée à un autre qui était le résultat d'une certaine sélection.
Alors, parmi les étudiants en oncologie médicale du Pr KERBRAT combien n'auraient pas obtenu leur bac en 1962 ? Idem pour toutes celles et ceux qui sortent des IUFM aujourd'hui ?
Réponse : beaucoup plus de la moitié !
Je ne parle pas des sollicitations multiples de la télévision qui ne raconte pas des histoires écrites mais des suites d'images à raison de 24 par seconde et j'élude aussi les consoles de jeux vidéo qui n'ont pas que des inconvénients mais ne favorisent pas la pratique de l'orthographe.
Le philosophe ALAIN écrivait dans ses "Propos sur l'éducation" que nous reconnaissions les mots à leur gréement.
Nous avons deux voies de lecture :
- la voie ventrale qui est essentiellement sub-vocalisante car elle sollicite la boucle phonologique, le déchiffrage ou décodage grapho-phonétique des mots.
- la voie dorsale qui est fulgurante et fonctionne même souvent dans le domaine subliminal car le sens du mot y est compris, décodé par la conscience avant même d'avoir été décodé et transmis au stock sémantique de notre lexique total.

Nous avons tous observé que c'est après avoir écrit un mot un peu étrange, ou peu courant que c'est en le regardant bien ou en écrivant juste au-dessous les formes possibles que nous pouvons identifier "le bon gréement". Résonner, résonance, honorable, honneur, hypothèse, hippomobile, connexion, connecté etc... C'est une sorte de mémoire visuelle très rapide qui s'est mise en place.
Écrire des mots en encodant des sons, des phonèmes conduit à l'échec en orthographe d'usage.
Pour les accords et toutes les règles d'orthographe grammaticale, c'est une question de rigueur dans l'élaboration de la pensée. Or c'est sans doute là que le bât blesse : la rigueur s'est évanouie très souvent, trop souvent dans une tolérance coupable et singulièrement pour les accords des participes passés.
Dans une société plus technologique et plus cientifique que jamais, nous avons besoin de cette rigueur et du respect des protocoles imposés.
Aucune réforme de l'orthographe ne pourrait nous mettre à l'abri de ces défaillances de la pensée organisée. La bonne forme orthographique est à la fois une politesse et une marque qui montre que l'on garde le contrôle de sa pensée. Une écriture qui se pare du bel habillage, celui qui rappelle la culture dont notre langue est un témoin irremplaçable, c'est une belle écriture.





Et si on faisait une bonne dictée ?
Repost 0