Loure, collégiale Saint-Évroult de
Mortain,
15e s.

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Loure.
La loure écrit aussi loûre, était un instrument à vent normand
de la famille des cornemuses.
On trouve également le vocable de haute loure qui était une grande cornemuse à long bourdon et
chalumeau, qui la différenciait de la simple Loure. Tout comme en Bretagne, il y a une différence entre le binioù kozh (litt. : « vieux biniou ») et le binioù bras (« grand biniou »).
La loure fut un des instruments populaires de Normandie, du XVIIe siècle au XVIIIe siècle1, mais elle est disparue de nos jours et n'est plus connue que par l'iconographie.
Le mot normand loure viendrait du norrois luðr, lura. Cet instrument ayant notamment été
fabriqué et joué en Normandie, d'aucuns tablent sur l'influence scandinave dans cette province pour lui accorder cette
origine. Au Moyen Âge (XIIIe siècle), l'appellation loure était cependant générale en France2. Toutefois, À partir du XVIIIe siècle et jusqu'au début du XXe siècle, loure ne désigna plus qu'une variété de cornemuse populaire en Normandie
et aux confins de l'Ille-et-Vilaine, les sonneurs de Normandie employant aussi une haute loure.
Selon le spécialiste en dialectologie romane Albert Dauzat, faire venir le nom de la loure du latin
lūra « sac de cuir, sacoche » ne convient pas, le terme ne signifiant pas « sac à vent » et n'en ayant aucunement l'idée ni le sens, c'est seulement un
rapprochement idiomatique, « qui ne convient ni par la forme ni par le sens », phonétiquement on aurait dû aboutir à *lure. Il lui préfère le norrois lúðr
« trompe, corne » (parente du Carnyx celte), trompe dont se servaient les anciens scandinaves, auquel on peut
comparer la forme du bourdon du sonneur de la tourelle de l'Hôtel de Bourgtheroulde
de Rouen, sculpté vers 1502 (détruit en 1944)3.
Jusqu'au XVe siècle, la loure est considérée comme un instrument
noble au plus, et bourgeois au moins, jusqu'au retour définitif de la Normandie continentale à la couronne de France en 1450. Au XVIe siècle, la loure est l'apanage des paysans et des bergers.
Son recul semble être fonction de l'acculturation due à la francisation, qui imposa des instruments considérés comme plus « modernes », plus « franco-parisiens », tel le
violon et le hautbois, remplacé plus tard par la
clarinette.
En Normandie, où la loure disparut au milieu du XIXe siècle4, époque qui vit
la parution des premiers dictionnaires du patois normand (de Jean-Eugène Décorde, A. G. de Fresnay, C. Maze, Louis-François Vasnier, Eugène Robin, Edelestand et A. Duméril, Édouard Le
Héricher), le mot loure et certains de ses nombreux diminutifs, ne prirent nulle part le sens de récipient d’air, vessie ou sac…, mais désigne un tuyau sonore et/ou d’instrument de musique
genre "flûte" et/ou "flageolet". Ce qui confirme la proposition d'Albert Dauzat.
La particularité de cet instrument est qu'il n'est pas parvenu jusqu'à nous. Ce sont des textes, quelques rares descriptions qui nous en parlent. Les passionnés de cornemuse n'ont rien
trouvé de tangible. On l'a rapprochée de la zampogna italienne, ou encore de la sackpipa suédoise.
Le mystère reste entier, à l'exception éventuellement de l'apport iconographique qui la représente, notamment dans les lettrines enluminées des manuscrits médiévaux, mais surtout de la
sculpture : parmi ces derniers exemples, on peut signaler le joueur de loure sur un pilier de l'abbatiale de
Cerisy-la-Forêt (XIIIe siècle), l'ange joueur sur l'église Notre-Dame de Carentan (XVe siècle),
sur un cul-de-lampe de l'église de Montgardon (XVe siècle) ou
encore dans la chapelle du manoir d'Hermerel à Gefosse-Fontenay pour cette même
(XVe siècle), avec bourdon d'épaule à raccord médian. De même sur
l'ancien autel polychrome de la cathédrale de Coutances (début
XVIe siècle) aujourd'hui conservé dans l'abbatiale de Saint-Sauveur-le-Vicomte, dans le Cotentin. Des
représentations semblables se retrouvent à plusieurs endroits de l'église Notre-Dame de Caudebec (début
XVIe siècle), dans le pays de Caux.
Composée comme toutes les cornemuses d'un réservoir aussi appelé la « pouque » (littéralement « sac » en normand septentrional comme le cotentinais ou le cauchois et
signifiant "pochon/sac" ou "sac de toile")5, la loure était
alimentée en air par un tuyau d'insufflation assez court aussi appelé la « porte-vent ». Le joueur jouait des deux mains sur un chalumeau avec ou sans pavillon, c'est-à-dire sans extrémité conique, tel les lures scandinaves. Dans les réprésentations normandes, on peut la trouver avec un hautbois à la place du chalumeau, et parfois avec un bourdon d'épaule.
Du XVIe siècle au XVIIe siècle siècle, la manufacture de cornemuses de la Couture-Boussey (Eure), était
réputée6.
Sa musique rythmée, qu'on disait « lourée », a donné son nom à une danse7, la loure, danse traditionnelle normande, devenue une danse française de cour au XVIIIe siècle, proche de la bourrée auvergnate.
Notes et références[modifier]
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↑ Le journal d'un bourgeois de Caen, 1652/1733,
édité en 1848.
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↑ M. Marie du Mesnil, dans ses Chroniques
Neustriennes, s'exprime ainsi: "L'idiome des Trouvères a prédominé sur celui des Troubadours du Midi, dans la formation de la langue française. Celle-ci n'est autre chose que la
langue des Trouvères normands, corrigée par Marot, adoucie épurée par Malherbe, ennoblie par Corneille et perfectionnée par le génie de Racine..."
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↑ Le rapprochement et l'évolution sémantique de "trompe"
à "cornemuse", du vieux-français corn: "corne" et muse: "musette" est semblable en breton, où le vieux-celtique benna: "corne", a donné le moyen-breton
benny et le breton moderne biniou, et même le nom Bousine (petite cornemuse sans bourdon, du Sud de la Normandie et des régions voisines), que les linguistes font venir du latin
Bucina « trompette » (cf. buccin)
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↑ Mr. Edouard Colin, dans sa préface p. 8 du livre "25
Danses Normandes" de Jeanne Messager, mentionne la loûre, qui rythmait les branles de
Basse-Normandie, au siècle dernier.
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↑ Pouque forme du normand septentrional pour
« poche » au sens de sac.
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↑ cf. "Annales de Normandie", janvier 1953, p.
70, note 50.
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↑ En dialecte, lourer signifie également « pleurer
en une longue plainte », terme réservé surtout aux longs pleurs des enfants. Le normand Loure est aussi à l'origine de nombreux mots dialectaux de cette région.