Mardi 10 novembre 2009



Par Merlin le zététicien des Mèmes - Publié dans : Passeurs de mèmes
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Samedi 31 octobre 2009

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Les neurones miroirs désignent une catégorie de neurones du cerveau qui présentent une activité aussi bien lorsqu'un individu (humain ou animal) exécute une action que lorsqu'il observe un autre individu (en particulier de son espèce) exécuter la même action, d'où le terme miroir.

En neurosciences cognitives, ces neurones miroirs sont supposés jouer un rôle dans des capacités cognitives liées à la vie sociale notamment dans l'apprentissage par imitation, mais aussi dans les processus affectifs, tels que l'empathie.

Les neurones miroirs sont considérés comme une découverte majeure en neurosciences. Si, pour certains chercheurs[1], ils constituent un élément central de la cognition sociale (depuis le langage jusqu'à l'art, en passant par les émotions et la compréhension d'autrui), pour d'autres[2], ces conclusions restent très hypothétiques étant donné l'absence de preuves directes concernant le rôle de ces neurones dans ces processus psychologiques.

Sommaire

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Découverte [modifier]

L'identification de neurones miroirs au cours des années 1990 est due à l'équipe de Giacomo Rizzolatti, directeur du département de neurosciences de la faculté de médecine de Parme[3],[4].

Ils ont d'abord été observés dans le cortex prémoteur ventral du singe (aire F5) mais aussi, par la suite, dans la partie rostrale du lobule pariétal inférieur. Ce type de neurones a également été trouvé chez certains oiseaux où ils sont activés à la fois lors du chant et lorsque l'animal écoute un congénère chantant[5].

Chez l'Homme, il n'existe pas de preuve directe de l'existence de neurones miroirs. Néanmoins, étant données les nombreuses homologies entre les cerveaux des différents primates, il est admis que de tels neurones doivent aussi exister chez l'espèce humaine. En outre, par imagerie cérébrale fonctionnelle (tomographie par émissions de positons ou imagerie par résonance magnétique fonctionnelle, par exemple), il est possible de montrer que dans certaines régions du cortex cérébral (notamment autour de l'aire de Broca, homologue à l'aire F5 du singe, et au niveau du cortex pariétal inférieur), il est possible d'observer une activation à la fois quand l'individu produit une action et lorsqu'il observe un autre individu exécuter une action plus ou moins similaire. Mais, étant donné la résolution spatiale de ces techniques, rien ne permet d'affirmer que ces activations proviennent exactement des mêmes neurones et non pas de deux populations de neurones entremêlées[6]. Par précaution, on utilise donc parfois les termes « système miroir » ou « système de neurones miroirs » plutôt que « neurones miroirs » pour désigner ces aires fonctionnelles.

Propriétés fonctionnelles des neurones miroirs [modifier]

La particularité de ces neurones tient au fait qu'ils déchargent des potentiels d'action pendant que l'individu exécute un mouvement (c'est le cas pour la plupart des neurones du cortex moteur et prémoteur) mais aussi lorsqu'il est immobile et voit (ou même entend) une action similaire effectuée par un autre individu, voire seulement quand il pense que ce dernier va effectuer cette action. Les neurones miroirs sont donc définis par deux propriétés :

  • leur caractère « miroir » : le fait qu'ils réagissent aussi bien aux actions de soi que d'autrui
  • leur sélectivité : chaque neurone ne répond qu'à un seul type d'action, mais ne répond pas (ou peu) quand il s'agit d'un autre geste. Par exemple, un neurone sensible à un mouvement préhension de la main ne réagira pas si l'individu effectue un autre geste (comme une extension des doigts) ou si cet autre geste est effectué par un autre individu.

Rôle des neurones miroirs [modifier]

Empathie [modifier]

Un certains nombre de chercheurs (comme Frans de Waal[7], Jean Decety[8] et Vittorio Gallese[9]) ont proposé que les neurones miroirs jouent un rôle important dans l'empathie, c'est-à-dire dans la capacité à percevoir et reconnaître les émotions d'autrui, notamment sur la base du fait qu'un système miroir semble exister pour les émotions : par exemple, la partie antérieure du lobe de l'insula, est active aussi bien quand la personne éprouve du dégoût que lorsqu'elle voit quelqu'un exprimant du dégoût.

L'interprétation de ces données est donc que le système miroir des émotions permet de simuler l'état émotionnel d'autrui dans notre cerveau et donc de mieux identifier les émotions éprouvées par les individus de notre entourage.

Néanmoins, ces interprétations sont très débattues car le système miroir mis en évidence pour les émotions est très différent de celui qui a été identifié chez le singe, en utilisant des actions motrices. Établir un lien entre ces deux systèmes reste donc très spéculatif.

Autisme [modifier]

Des anomalies du fonctionnement du système miroir auraient été retrouvées chez des autistes[10].

Références [modifier]

  1. « [Les neurones miroirs] sont les promoteurs du langage, ils expliquent pourquoi nous parlons avec nos mains. Ils rendent compte de l'expression des émotions ; ils sont le mécanisme de notre compréhension d'autrui », in Les neurones miroirs, de Giacomo Rizzolatti et Corrado Sinigaglia, Editions Odile Jacob, traduit par Marilène Raiola, Paris 2007.
  2. (en) http://www.cognitionandculture.net/index.php?option=com_content&id=223 [archive]
  3. Rizzolatti, G. et al. (1996) Premotor cortex and the recognition of motor actions Cognit. Brain Res. 3, 131–141
  4. Les neurones miroirs, G Rizzolatti, L Folgassi, V Gallese, Pour la Science, Janvier 2007, p 44-49
  5. http://www.nature.com/nature/journal/v451/n7176/abs/nature06492.html [archive]
  6. Dinstein I, Thomas C, Behrmann M, Heeger DJ, « A mirror up to nature », dans Curr Biol, vol. 18, no 1, 2008, p. R13–8 [lien PMID [archive] lien DOI [archive]] 
  7. Preston, S. D., & de Waal, F.B.M. (2002) Empathy: Its ultimate and proximate bases. Behavioral and Brain Sciences, 25, 1-72.
  8. Decety, J. (2002). Naturaliser l’empathie [Empathy naturalized]. L'Encéphale, 28, 9-20.
  9. Gallese, V., & Goldman, A.I. (1998). Mirror neurons and the simulation theory. Trends in Cognitive Sciences, 2, 493-501.
  10. Les miroirs brisés de l'autisme, V Ramachandran, L Oberman, Pour la Science, janvier 2007, p 50-57

Lien externe [modifier]

Par Merlin le zététicien des Mèmes - Publié dans : Dans le champ des neurosciences
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Mercredi 21 octobre 2009
Merci à Isabelle qui m'a prêté si aimablement son livre personnel car celui de la bibliothèque pour tous de mon village n'était pas rentré. J'aurais même accepté de sa part un album pour enfants : dans cette éventualité, je l'aurais lu à ma petite fille qui aurait adoré ça...






Je suis d’abord allé voir le film « Le hérisson » qui est une adaption du « roman » de Muriel BARBERY, «  L’élégance du hérisson » avec les comédiens Josiane BALASKO,  Garance LEGUILLERMIC & Togo IGAWA. Puis j’ai un peu regretté cette démarche inversée. J’aurais sans doute dû lire le livre d’abord.

Dans le film Paloma m’a bien convaincu, de même que Kakuro OZU mais, pour Renée, la concierge, le compte n’y est pas même si Josiane BALASKO a fait des efforts pour se transformer physiquement en personne revêche, acariâtre et un rien bourrue, notamment dans les expressions faciales et celles de sa bouche. J'aurais préféré que l'on donnât le rôle à Catherine FROT, sans hésitation...

 

 


Mais j’ai voulu lire le livre pour essayer de me rendre compte - texte à l’appui – qui était ce hérisson en réalité. Très très bon livre en vérité, qui a construit son succès exceptionnel par le bouche à oreille, et c’est amplement mérité.

Mais, ne nous y trompons pas, il ne s’agit pas vraiment d’un roman. C’est assez agréable à lire, comme un roman. Ça se présente un peu comme un double journal de bord dans lequel Paloma et Renée déposent leurs témoignages et réflexions. Il y a quelques personnages assez secondaires (quoi que…) qui sont évoqués mais les cinq héros de ce récit sont Renée, Paloma, Kakuro, Léon et… le poisson rouge.

 

En fait, c’est un conte philosophique  sur les sujets aussi importants que sont la vie, la mort et l’art. En même temps, c’est aussi - un peu à la manière de Montesquieu et de Voltaire dans « Les lettres persanes » ou dans « Candide », un pamphlet social assez discret, qui a lui, l’élégance piquante du hérisson.

 

Car Renée MICHEL, ce n’est pas elle le véritable hérisson : elle est plutôt la figure discrète du  wabi-sabi,  cette forme effacée du beau, ce comportement modeste et réservé de cette quinquagénaire qui, dans la discrétion la plus parfaite, recèle une qualité de raffinement masqué par sa rusticité apparente. (Cf p. 175)

Car le « wabi » est le cœur du livre, au sens propre comme au sens figuré.

Le véritable hérisson, c’est Muriel BARBERY, l’auteur, normalienne, agrégée de philosophie. Elle est à la fois Renée, la mère MICHEL et Paloma JOSSE. Les polices de caractère différentes utilisées pour distinguer la concierge érudite et la pré-adolescente surdouée constituent en fait toute la problématique de l’auteur, Muriel. C’est elle qui perçoit son microcosme ainsi, avec les problèmes existentiels face à l’absurde enfermement de nos concitoyens (parents, voisins et amis) dans la spirale infernale du poisson rouge dans un bocal. La philosophe de ce conte, c’est Paloma qui s’interroge sur la vacuité de la vie, sur la mort. Elle aborde même le dilemme sarkozien de la parole et de l’action :

« Les hommes vivent dans un monde où se sont les mots et non les actes qui ont du pouvoir, où la compétence ultime, c’est la maîtrise du langage. »

D’ailleurs, cet homme qui déclare à qui veut l’entendre qu’il aime faire, agir, faire bouger les choses ne fend que des déclarations de principe, souvent contradictoires, s’agite lui-même dans sa propre bougitude, mais on n’avance pas. On peut même penser qu’on recule…

 


 

Renée, elle, présente le côté esthétique de la connaissance du monde : la littérature avec TOLSTOÏ, le cinéma avec les films d’OZU, l’amour des plus belles pièces de  MOZART mais elle cultive tout cela dans le secret, dans son antre caché, tout en restant  la concierge de façade. Oui, le beau, c’est l’adéquation, l’intuition des formes authentiques et des harmonies universelles.

 

Mais parfois, les préoccupations de Renée et de Paloma se rejoignent, Muriel retrouve son unité de pensée : c’est surtout vrai quand elles sont en présence de Kakuro car elle(s) apprécie(nt)au plus haut point, le raffinement de son savoir, de sa culture japonaise tout en finesse et en sagesse. Mr OZU est wabi c’est incontestable !

 

On pourrait penser que l’élégance du hérisson est une tragi-comédie philosophique mais lorsque Renée meurt, c’est peut-être en partie la résolution du problème de Muriel BARBERY. Elle va abandonner cette culture parisienne (ou normande, ou celle des IUFM) semblable à celle du bocal du poisson, pour se rendre à Kyoto et développer cet art de vivre wahi-sabi qu'elle apprécie tant. Ce qu'elle a fait...

 

Ce conte est vraiment délicieux. Je n’ai qu’une envie, c’est de le relire… Muriel avait 36 ans quand elle l’a écrit. J’aurais dit 26 ! C’est très frais et juvénile, grâce à Paloma qui a osé dire ce que Muriel n’osait plus déclarer dans la bonne société… C'est rempli d'une culture discrète faite d'allusions et de vérités simples. Mais bon, admettons, ce n’est qu’une fiction, un rien romanesque, comme le fut « Candide » en son temps.

 

Muriel  a dédicacé son livre à Isabelle qui fut une de ses élèves à l'IUFM de Saint-Lô. Elle évoque dans son autographe, des amitiés piquantes. Je ne sais vraiment pas d'où vient ce titre (commercialement excellent au demeurant) car je ne trouve rien de ces défenses acérées du charmant petit animal chez les protagonistes de ce conte philosophique, même quand celui-ci se met en boule pour se protéger d'un danger. Renée n'est pas un hérisson et elle n'a pas une authentique élégance mais plutôt une finesse d'esprit érudite et profonde.

Sans doute une proposition du mari, Stéphane, qui est psychologue et qui aura attribué à Renée un profil junguien de "hérisson". Non, WABI !

 


Certains fâcheux ont trouvé des fautes de goût, de langage ou que sais-je p. 146 dans "Cela vous ‘octroie’ une charge de travail supplémentaire" ou p. 150 "la ‘largesse’ d’esprit des socialistes," de même que  "l’immeuble ne ‘bruisse’  que de l’emménagement " p. 155. Elle est quand même normalienne et agrégée ! On ne peut lui faire ce grief pour des utilisations de mots dont elle connaît nécessairement et parfaitement le sens.

C’est le langage des habitués de la cage d’escalier et Renée est bien obligée de s’y conformer elle aussi, pour rester dans son rôle.

 

En fait, nous en connaissons tous de ces "hérissons élégants", trop élégants parfois... Je tiens à en signaler deux que je côtoie assez souvent par la lecture ou par l'écoute :

 

Philéas LEBESGUE

 

 

Susan BOYLE

 

La seconde, une modeste Écossaise de 48 ans, s'est fait connaître grâce à une émission de télévision anglaise.

Le premier est peu connu en France alors qu'il mériterait de figurer au panthéon des génies de la langue (des langues devrais-je dire) et le minimum serait qu'on l'étudie en classe de première aux chapitres de la littérature et de la poésie.

Ces deux personnes ont en commun avec Renée MICHEL d'être d'extraction modeste tout en ayant eu ou en ayant encore un potentiel exceptionnel, un raffinement subtil dans l'expression de leurs idées ou de leurs sentiments. Discrets et sans réseaux relationnels puissants, effacés car n'ayant pas vécu dans ces milieux où l'apparence et les mots comptent plus que l'action et les idées créatives, humbles car n'ayant jamais connu les vertiges du pouvoir et de l'argent, réservés car leur statut les a toujours confinés dans la prudence et la méfiance et simples enfin car ils n'ont vécu dans leur vraie vie que de rêves et de beauté cachée au fond d'eux-mêmes. Ils sont eux aussi - sans le savoir - des adeptes du wabi-sabi, des sages qui ont perçu la beauté des choses imparfaites, impermanentes et incomplètes, la beauté des choses modestes et humbles, la beauté des choses non conventionnelles.


 

Merci Isabelle.

Par Merlin le zététicien des Mèmes - Publié dans : Philosophie littérature poésie
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Vendredi 11 septembre 2009
Le rebouteux



Certains destins tragiques commencent parfois comme des contes de fées...
Certains lecteurs seront peut-être touchés...


   Paul, Amédée, Bienaimé était un "poussin de haie". Né en 1904, il n'avait donc jamais connu son père et Rosine, sa pauvre mère n'avait que dix sept ans lorsqu'il vint au monde.
   Très vite, on s'aperçut qu'il avait une jambe plus courte que l'autre et ce handicap ne s'estompa jamais. Il apprit à marcher en boitant et fut vite affublé du surnom de "Bancroche" par ses petits copains, charitables ici comme partout ailleurs.
   Paul avait un visage d'ange, des cheveux blonds bouclés et des yeux bleus, d'un bleu si pur qu'on aurait cru voir l'entrée du Paradis…
Pendant que Rosine allait à sa journée pour gagner le pain quotidien, sa grand-mère Édélie faisait l'éducation de Paulo. Oh, bien sûr, il allait à l'école, au village de Doville, mais elle lui apprenait ses secrets, ses remèdes de bonne fâme, les vertus des plantes ainsi que des pratiques d'Étenclin désavouées, condamnées mais tenaces. Édélie avait encore la réputation d'une 'guérisseuse'. On n'avait plus le droit de dire le mot "sorcière"…depuis le procès de 1668 qui avait tant défrayé la chronique…
   Dès qu'il eut atteint ses dix huit ans, Paul fut très vite connu et reconnu pour son savoir-faire et ses dons à soigner le mal. Il devint rebouteux, guérisseur, magnétiseur. Sa réputation se répandit vite bien au-delà du canton.
   Mais, à partir de 1939, du fait de la guerre, son succès devint un triomphe !

   Bien sûr, il n'avait pas été mobilisé à cause de son infirmité, mais les patientes étaient nombreuses à venir le consulter pour un zona, une conjonctivite, des maux de tête persistants ou bien sûr une luxation, une entorse ou même une fracture.

   Les douleurs abdominales étaient - avec les rhumatismes - sa spécialité. Les gens disaient que Paul avait le don de toucher & guérir…
   À la fin de la guerre, un riche parisien, qui avait fait fortune dans la vente des armes, racheta l'abbaye de Blanchelande. Il fit procéder à des travaux car les lieux avaient été occupés sans ménagements par les troupes allemandes. Lors du nettoyage de l'étang, on retrouva treize cadavres d'enfants très jeunes, de nouveau-nés… L'affaire fit grand bruit dans toute la région !
   Mais Paul, pendant ce temps, avait toujours autant de succès. On venait à présent le voir de très loin. De petits autocars et de nombreux taxis amenaient des clients à son officine. Le bouche à oreille fonctionnait à merveille.
   Un jour, la fille du député du coin vint consulter le rebouteux pour une méchante entorse qui la faisait souffrir cruellement. Paulo réduisit le dommage, la toucha et lui concocta un traitement naturel à base de plantes qu'il cueillait lui-même dans les collines et dans les marais.
   Hélas, le cas de la jeune fille s'aggrava sérieusement. Il fallut l'hospitaliser d'urgence. Les radios et tous les examens révélèrent qu'elle avait de multiples micro-fractures et des lésions épouvantables.
   Le sous-préfet fut informé. Le Procureur de la République se dérangea et une enquête révéla que la gamine n'était pas la première victime du "rebouteux peu scrupuleux". Des dizaines de patients étaient restés infirmes, estropiés, invalides à la suite des manipulations effectuées par Paul.
Les langues se délièrent...

   Une femme de quarante cinq ans finit par révéler que, pendant la guerre, elle avait été "touchée" par le guérisseur pour des maux de ventre et… qu'elle s'était retrouvée grosse quelques mois plus tard. Son mari, prisonnier de guerre en Poméranie...
... n'en avait rien su bien entendu ! Mais le fruit de ces soins attentifs avait été jeté dans l'étang de Blanchelande. Elle n'était pas la seule…
Beaucoup de gens se mirent à parler, à jaser, à médire puis à calomnier peut-être. On en vint à découvrir ainsi que le père de Paul Amédée n'était autre que le curé de Varenguebec. On apprit que les douze autres mères infanticides étaient alors des jeunes filles de quatorze à dix sept ans. Bien d'autres manipulations et turpitudes du rebouteux se révélèrent jour après jour. On s'aperçut surtout qu'il était devenu immensément riche.
   Ce jour de janvier 1953, les gendarmes vinrent le chercher chez lui. Ils trouvèrent des quantités fabuleuses de billets de banque plus ou moins récents, mais de valeur nominale variée (les tarifs avaient augmenté sensiblement…)
   À la suite d'une enquête fort longue et fort pénible, le jugement de la cour d'assises fut prononcé : une peine de 30 ans.
   À sa sortie de prison, à l'automne 1983, il n'y avait personne pour l'accueillir. Sa grand-mère était décédée depuis longtemps et Rosine, après avoir essayé vainement par deux fois de se suicider, était morte de honte et de chagrin. Paul se retrouva seul à Doville…Le curé de Varenguebec avait été interné à l'hôpital psychiatrique de Pont l'Abbé. Il était mort lui aussi, deux ans après l'incarcération de Paul.
Le lendemain de sa libération, c'est Jean-Luc qui l'a découvert dans son jardin. Il se balançait…

Mélancobucolique


Odeur de foin fraîchement coupé, de terre labourée, de rosée sur l'humus...

Dans nos campagnes même le silence a une odeur. Si, je vous l'assure, une odeur de solitude...


Paul se balance d'avant en arrière.
Un oiseau siffle au-dessus de sa tête, mais la brise d'ouest se lève et le bruissement du vent dans les feuilles du vieux chêne le surprend. Le passereau apeuré s'envole jusqu'à la haie de buis entourant le puits et se faufile gracieusement à travers les épines des buissons pour se poser sur la margelle en pierre.
Un chien aboie dans le lointain, il est certainement en train de courir derrière le renard qui rôde près du village depuis plus d'une huitaine, demandez aux poules, elles vous en parleront.

Paul se balance d'arrière en avant.
Le petit village est calme, presque trop. C'est à peine si l'on perçoit le murmure des quelques postes de télévision encore allumés. Le ronronnement d'une automobile se perd derrière la colline tandis que le chien s'est fait plus silencieux, il est fort probable que monsieur Goupil se soit montré encore une fois bien plus malin que lui.
Le vent tombe, laissant la place à un silence pesant rompu de temps à autre par l'appel désespéré d'un grillon bien solitaire.

Paul se balance d'avant en arrière.
Le gémissement d'une vache prête à vêler s'élève de la ferme. Des volets s'ouvrent, des portes claquent et des pas précipités se dirigent vers l'étable. Dans peu de temps arrivera la fourgonnette du Marcel, vétérinaire dans le bourg voisin, et c'est une nouvelle vie qui verra le jour dans le sang et la souffrance.

Mais Paul s'en fout, il se balance d'arrière en avant, et la corde grince dans la nuit.




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26/09/2004
Par Merlin le zététicien des Mèmes - Publié dans : Légendes d'hier & d'aujourd'hui
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Vendredi 4 septembre 2009


La lecture sera-t-elle de même nature en 2010 qu'en 1910 ? Pourquoi tant de fautes d'orthographe aujourd'hui ?
L'orthographe est la parure de la chose écrite et en même temps, elle est témoignage de la rigueur de notre pensée, singulièrement s'il s'agit de celle des règles et des accords grammaticaux...Quant aux mots eux-mêmes. ALAIN disait bien que nous les reconnaissions à leur gréement : il faut par conséquent les représenter avec leur forme la  plus exacte possible, y compris avec les doublements de consonnes, quand il le faut.


L'orthographe est une discipline corollaire de la lecture : elle fait partie du code, des conventions qui permettent de se mettre d'accord au sein d'une communauté de locuteurs et de lecteurs qui partagent la même langue. L'orthographe, c'est l'ensemble des solutions qui ont été adoptées pour unifier la forme graphique d'un langage, ses costumes et ses ornementations. Il y a donc pour cela des règles, des protocoles à respecter tant du point de vue des noms que des terminaisons des verbes conjugués, des adjectifs et de toutes les classes de mots. Les codes et les convenances qui régissent l'orthographe française doivent être respectés par tous, ne serait-ce que par politesse pour les lecteurs.
Alors, simplifier l'orthographe, ne serait-ce pas retirer à la langue une partie importante de son histoire, de son originalité ?
Mais pourquoi ce respect des règles est-il tant négligé de nos jours, pour ne pas dire bafoué ?

La lecture, l'écriture et l'orthographe qui va avec constituent des activités cognitives complexes qui mettent en jeu de nombreux réseaux de neurones, parfois de manière quasi-synchrone, parfois dans des aires plus spécifiques mais tout est lié à la fonction globale du langage qui est située dans l'hémisphère gauche du cerveau.

http://accel95.mettre-put-idata.over-blog.com/0/13/42/39/langage.jpg
Au regard du langage oral et écrit, chaque fonction est située très précisément à un endroit qui est le même pour tous les humains et  au millimètre près. Néanmoins, chacune de ces zones très spécialisées est reliée aux autres, à l'ensemble des fonctions langagières sous la forme d'un réseau complexe dans lequel les tâches liées au langage oral et au langage écrit ainsi qu' au décodage des textes (lecture) et à la production de textes (écriture) sont en relation étroite.

Les neurones de la lecture


Depuis le début des années 1980 et surtout des années 90, la lecture s'est trouvée transplantée sur de nombreux supports qui ne sont plus de même nature que ceux en vigueur jusqu'à la première moitié du XXème siècle, comme la feuille blanche de papier ou la page de cahier d'écolier. Les écrans (de télévision et d'ordinateurs) se sont peu à peu emparés de l'écrit. Très peu pour la télévision mais énormément pour les ordinateurs et tous ces nouveaux supports numériques de l'écrit : e-books, agendas électroniques, téléphones portables etc...

Schéma extrait de "Les neurones de la lecture" (Stanislas DEHAENE p. 111)

L'aire visuelle spécialisée dans la reconnaissance des mots écrits est celle qui est en rouge  : elle est située entre l'aire qui identifie  les outils, les ustensiles de ménage et de cuisine et la zone qui identifie strictement et — avec une discrimination extraordinaire  —  les visages et uniquement les visages.


Un dossier très intéressant
"La lecture change, nos cerveaux aussi"
peut être consulté dans le n° 1104 Science & Vie de septembre 2009 p. 42 à 57. Il est également accessible directement en numérique par ce lien :


La page 47 est tout à fait étonnante dans ses révélations mais les données qu'elle présente ne sont pas sourcées ou en tout cas elles ne sont attribuées à aucun chercheur ou aucune équipe en particulier...

Vendredi.
dernier, France Inter diffusait une émission dans laquelle Fabienne CHAUVIÈRE interrogeait le chercheur Thierry BACCINO directeur scientifique au LUTIN.

http://sites.radiofrance.fr/franceinter/em/ete/toutsexplique/

Évidemment, les livres sont des outils ou, comme le disait Pierre LÉVY, les résultats de  technologies intellectuelles. Les écrans divers, cathodiques, plasma ou LCD eux aussi. L'ergonomie prévue pour ces différents supports de lecture entraîne des pratiques nécessairement différentes qui modifient les comportements des lecteurs. Certes le son, l'image, la vidéo sont des plus. L'accès à la musique et les multiples liens hypertexte ou hypermédia sont riches de promesses d'approfondissements. Mais on peut très vite arriver à une saturation de l'attention, de la concentration et de la mémoire. La densité d'informations peut désorienter les lecteurs moins bien préparés ou moins bien armés dans le domaine des stocks sémantiques personnels.
Il est incontestable qu'on lit plus vite, avec un meilleur résultat mnésique et un meilleur repérage dans la page qui ne bouge pas puisqu'il n'y a aucun scrolling vertical ou horizontal sur un livre... La mémoire spatiale y et en effet importante pour se repérer dans les blocs que constituent la page de gauche, la page de droite et les différents paragraphes du texte.

J'aurais aimé dans cette émission, en dépit des très bonnes questions de Fabienne CHAUVIÈRE à son invité, que Stanislas DEHAENE puisse lui apporter les résultats de ses recherches, soit en écho à celles du LUTIN, soit en contradiction sur certains points précis. Notamment au sujet de la zone précise de la reconnaissance des mots et des lettres. Thierry BACCINO  désigne la "zone occipito-temporale ventrale aussi bien pour une lecture sur écran que sur papier."..
Il dit aussi "qu'on lit si on est motivé, quel que soit le support". Je veux bien, mais je préfère dire que nous lisons si notre équipement neuronal est mûr pour entreprendre cette activité ou qu'il n'a pas été accaparé (et donc recyclé)  trop longtemps à une autre tâche. (Usage intensif de la télévision ou d'autres supports d'information tels que la radio...) De la galaxie Gutemberg, nous sommes passés insidieusement à la galaxie Marconi et les cerveaux de nos jeunes ne traiteront plus en 2010 ce que traitaient ceux des jeunes gens de 1910, nés au tout début du XXème siècle. Ni en quantité, ni en qualité...
La plasticité cérébrale n'est plus à démontrer : les aires neuronales spécialisées ont dû s'adapter, se recycler et les réseaux  à l'oeuvre dans tous les types d'activités cognitives aussi. Relativement à l'usage de la lecture et de l'écriture, j'ai pu observer les différences entre le fonctionnement de mon arrière grand-mère maternelle née en 1862 et celui de mes propres enfants. En quatre générations, tant de choses ont changé ! Et je ne parle pas de mes petits enfants, de ma petite fille dont j'observe avec émerveillement les progrès au regard du langage, de la musique, de l'éveil dans tous les domaines. (Elle apprend deux langues en même temps et elle chante aussi bien en français qu'en anglais...) Alors, fera-t-elle des fautes d'orthographe ? Je ne sais pas. C'est bien possible après tout mais au vu de ces capacités d'attention et de concentration, ça m'étonnerait beaucoup. Et elle n'a pas encore 18 mois...

Les travaux de Thierry BACCINO le conduisent à affirmer que l'on mémorise moins bien quand on lit sur écran plutôt que sur support papier. Certes, le texte-écran est plus fugace, plus mobile mais lire ce n'est peut-être pas seulement retenir l'emplacement du mot "travaux" dans une page. Je crois que c'est plutôt mémoriser de manière synthétique  l'essentiel de ces travaux, non ?

BACCINO termine en affirmant que les cerveaux n'ont pas changé depuis 5000 ans, période où l'on a développé des alphabets pour pratiquer l'écriture et la lecture. Je suis assez d'accord avec lui : il n'y a pas eu de "mutations" au sens génétique ou darwinien du terme, mais, comme le dit Stanislas DEHAENE, des recyclages neuronaux sont intervenus qui ont en particulier réussi à transformer cette aire neuronale, qui était celle des pisteurs/chasseurs d'avant le Néolithique, aire qui servait à décrypter des signes, des traces, des directions, des orientations : ces hommes lisaient les traces des gibiers ou celles de leurs ennemis possibles. À présent, nous lisons des symboles graphiques convenus entre nous qui représentent des mots et des phrases dans nos langages respectifs : les sons, devenus signes, nous parlent et nous renseignent ou nous instruisent.
Reste que la forme de ces codes qui ont été convenus pose parfois problème : c'est le sujet de l'orthographe.
Mais il n'y a pas que chez nous. Au Québec, chez nos "cousins", c'est pareil !


L'orthographe au Québec



Un entretien avec Jean Pierre Jaffré, chercheur en linguistique génétique au CNRS.

- Confirmez-vous la baisse du niveau en orthographe établie par Danièle Manesse et Danièle Cogis dans leur livre ?

  • Qu’il y ait une baisse du niveau en orthographe, d’un point de vue technique, statistique, c’est indiscutable.qu’il y ait aujourd’hui une mutation des compétences en orthographe, ce n’est pas si inattendu. Le statut de l’orthographe n’est plus tout à fait le même, aujourd’hui et il y a 20 ans, et a fortiori il y a un siècle !

- Doit-on alors revenir aux méthodes traditionnelles ? Supprimer l’ORL (Observation Réfléchie de la Langue) comme le pense le ministre de l’Éducation nationale ?

  • L’ORL va dans le bon sens même si elle devrait être prolongée par des activités plus techniques qui passent par la confection et l’utilisation d’outils donnant à voir les formes orthographiques. Quand l’école apprenait à « lire, écrire et compter », le niveau en orthographe était peut-être meilleur. En se centrant sur les seuls savoirs de base, l’école pouvait se permettre d’entraîner les gens de manière plus intensive. Mais n’oublions pas qu’à ces époques, l’orthographe était aussi un moyen de sélection qui laissait beaucoup d’élèves en chemin. Tous n’entraient pas en sixième et tous n’étaient même pas présentés au certificat d’études. Autrefois, le savoir orthographique servait finalement moins qu’aujourd’hui. On ne vivait pas dans une société de scripteurs, on n’avait donc moins l’occasion de réemployer ces savoirs et ce qui était appris à l’école primaire avait ensuite tendance à s’oublier. Aujourd’hui, avec l’apparition des TICE notamment, la production écrite a pris une place plus importante…
  •  On demande aux gens d’écrire sans cesse davantage et, du coup, l’orthographe apparaît dans toute sa complexité et s’avère plutôt inadaptée aux besoins de notre société. En partant de ce constat, on peut raisonner de deux façons. On peut conclure à la catastrophe, voir des erreurs partout, condamner l’école, etc. Mais on peut suivre une voie à mes yeux plus pragmatique en considérant que les formes graphiques doivent pouvoir répondre à des demandes différentes et varier en fonction de ces demandes. Cette polygraphie effraie les Français construits par une conception hyperrigide de la norme orthographique mais d’autres pays - le Japon par exemple - sont depuis longtemps accoutumés à la coexistence d’écritures différentes. De fait, l’augmentation des besoins en production écrite ne fait que révéler un peu plus les limites d’une orthographe une et indivisible, confrontée à des besoins multiples, à des supports et à des destinataires distincts.

- L’idée grandement développée par certains est qu’il existe une baisse générale du niveau. Pensez-vous que l’orthographe en soit une illustration ?

  • D’une manière générale, je pense qu’il n’y a pas une réelle baisse de niveau. Des gens vivent dans une société donnée et développent des aptitudes adaptées à cette société. Dans la mesure où l’école n’est pas un lieu imperméable à la vie sociale, il est normal que la société exerce sur elle une influence, en particulier sur les demandes qui lui sont faites et sur les compétences qu’elle est censée enseigner. J’irai d’ailleurs jusqu’à dire que, globalement, les savoirs dont disposent les élèves d’aujourd’hui sont plus diversifiés, et peut-être même plus importants que ceux d’autrefois. Tous ceux qui ont travaillé sur la question concluent plutôt à un changement, à une mutation, qu’à une baisse du niveau.

- Quel avenir pour l’orthographe ?

  • L’orthographe fait partie des outils qui doivent s’adapter à la demande sociale, et pas l’inverse. Le problème de l’orthographe c’est qu’elle est à la fois un objet culturel qui, en tant que tel, est sans doute respectable, et un outil dont on se sert tous les jours. C’est donc le grand écart perpétuel. Il y a sans doute des choses à faire sur le plan didactique mais la solution à terme reste la simplification d’une orthographe qui, contrairement à celles d’autres pays, est un outil difficilement maîtrisable. Et si on n’accepte pas de réformer l’orthographe, il faudrait au moins que se développent des attitudes plus tolérantes. Or les tolérances existent, mais qui les utilise ? Il faut dire sur ce point que les enseignants entretiennent eux mêmes des relations souvent complexes avec la norme orthographique. Si, comme ils en ont le droit, ils se référaient plus régulièrement aux tolérances de 1901, aux rectifications de 1990, entre autres, ils contribueraient utilement à libérer les citoyens du poids excessif de cette norme.

Dans ces conditions, comment peut-on essayer de comparer l'orthographe des élèves de 12 ans en 1910 avec celle des collégiens de 12 ans en 2010 ? C'est une tentative qui n'a aucun sens !

Certes, ma grand-mère et mon grand-père, nés respectivement en 1892 et 1885 avaient une bonne orthographe et une syntaxe tout à fait convenable pour des paysans de cette époque. J'ai conservé quelques documents... Mais mon père et ma mère (nés respectivement en 1915 & 1920) avaient une orthographe parfaite et un style écrit tout à fait remarquable. Quant à moi, je ne faisais plus d'erreurs d'orthographe à 10 ans et je parviens encore à mon âge à écrire un texte en français compréhensible de la plupart de mes concitoyens. Mes enfants (des quadras de leur époque) orthographient encore très bien et possèdent en plus des connaissances scientifiques et des compétences sur les NTIC bien supérieures aux miennes car ce sont leurs principaux outils de travail. Sur quatre générations, je ne vois que des adaptations, des recyclages neuronaux opportuns. Et puis, je n'oublie pas que mon fils aîné a été dans la première cohorte à inaugurer le collège unique de René HABY. Ce fut une catastrophe pédagogique au plan national et pour tant d'individualités : les élèves en difficulté ont plongé dans leurs problèmes ; les bons et très bons élèves ont souvent été lésés ou on les a laissés faire leur cheminement seuls. On a tiré l'ensemble vers le bas en essayant de faire croire qu'il était possible que 85 % d'une tranche d'âge obtienne le bac. Ce fut une erreur fatale ! Pour l'orthographe de l'élève lambda et pour l'apprentissage de la rigueur et du respect des règles de toute nature. Mai 68 était passé par là : il était devenu interdit d'interdire et tout se valait...

Pour en finir, puisque François de CLOSETS cherche à régler ses comptes avec l'orthographe, surtout sans doute parce que le sujet est... vendeur, je propose cet excellent article du bloggueur associé à Marianne 2 (ANTIDOTE) à votre sagacité, sans compter les nombreux commentaires et en sachant qu'il a été lu plus de 7000 fois et qu'il ne comporte aucune faute d'orthographe :

François de Closets veut tuer l'orthographe en pure perte

Ecrire sans fautes ? Un défi trop difficile à relever selon François de Closets. Son dernier livre, "Zéro faute", véritable plaidoyer pour des règles orthographiques assouplies, n'est pas du goût d'Antidote. Pour notre blogueur associé, l'orthographe est de plus en plus violentée, inutile d'en rajouter.



J’attendais de me procurer Le Point de cette semaine pour écrire ce papier, agacé que j’étais devant sa une « Orthographe, la grande injustice ». David Pujadas, en consacrant un moment de son JT à ce dossier, et en invitant François de Closets sur son plateau, a précipité cette écriture.

François de Closets a donc écrit un bouquin dans lequel il règle ses comptes avec une discipline qui l’a fait souffrir dans sa jeunesse. Notre langue et ses subtilités seraient, selon lui, trop dures pour la moitié de la population. Et c’est trop inzuste, comme dirait Caliméro. Il insiste notamment sur le fait que la très grande variété et complexité de notre vocabulaire lèsent les personnes dépourvues d’une bonne mémoire.

Heureusement que Monsieur de Closets n’est pas né Chinois ni Japonais. Apprendre tous ces idéogrammes l’aurait lésé davantage. Effectivement quand on n’a pas une bonne mémoire, il faut bûcher, apprendre les mots par cœur en les écrivant, en les réécrivant. En sport, j’ai toujours eu du mal avec les barres parallèles, fixes ou asymétriques. Dame Nature ne m’avait pas doté des bras adéquats. Pourtant, je suis aujourd’hui certain qu’avec davantage de volonté et de travail, j’aurais pu en faire beaucoup plus que je ne le faisais. Eh oui, c’est du boulot, le sport, l’orthographe mais aussi les maths ou les sciences quand on n’est pas spontanément doué pour.

Du reste, et la fameuse dictée de Sauver les lettres est là pour le prouver, le niveau en orthographe était meilleur au milieu des années 80, date à laquelle la massification était déjà intervenue dans le second degré. Et l’orthographe n’était pas plus facile il y a vingt-cinq ans. Cela démontre bien qu’on a lâché la bride aux élèves sur ce plan là. On a notamment interdit de distinguer les notes de Français selon qu’elles concernaient la rédaction, l’orthographe, la grammaire ou l’explication de textes. Au lieu d’avoir une note  sur le bulletin trimestriel comme aujourd’hui, on en avait quatre, ce qui obligeait à faire un effort dans toutes ces disciplines. On a aussi concocté des barèmes plutôt empathiques envers les allergiques à la dictée.

Et c’est là que j’en arrive à me demander si François de Closets vit bien en France en 2009. Il parle de gens montrés du doigt parce qu’ils ont une mauvaise orthographe, dans les entreprises ou ailleurs. Aujourd’hui, pourtant, il n’est pas rare que même de jeunes directeurs de ressources humaines ne soient pas non plus exemplaires sur ce plan là. Le “montré du doigt”, le bouffon, de nos jours, c’est davantage celui qui fait attention à ne pas faire de faute et qui écrit des textos ou des courriels dans un français correct.

Même si François de Closets et Le Point, qui semble avoir pris ce combat au sérieux, arrivaient à leurs fins et influençaient les décideurs pour aboutir à cette fameuse simplification, on n’aurait pas de meilleurs élèves pour autant.

Pas de meilleurs élèves. Et une langue estropiée pour rien.



Autrefois (1910) peu de gens écrivaient, même après avoir obtenu le Certificat d'Études Primaires. La perception que nous avons aujourd'hui d'une dégradation inexorable des capacités lire-écrire & bien orthographier est une fausse impression et il semble que la comparaison se fasse surtout entre les populations scolaires d'avant 1975 et celles d'après l'implantation du collège unique (réforme du ministre René HABY)...
Alors, bien sûr, on déclame haut ey fort "C'était mieux avant, tout fout le camp" en ne sachant pas bien qu'on compare deux "échantillons" qui n'ont rien de comparable.
Bac en 1962-1963 :   5 % d'une tranche d'âge.
Bac en 2008-2009 : 85 % d'une tranche d'âge.

Quant à la capacité à bien lire & écrire, et, transitivement, à orthographier dans les règles convenues, voyons ces chiffres :

Si l’on considère les 3 100 000 personnes concernées par l'illettrisme :
9 % sont âgées de 18 à 25 ans
15 % sont âgées de 26 à 35 ans
23 % sont âgées de 36 à 45 ans
30 % sont âgées de 46 à 55 ans
23 % sont âgées de 56 à 65 ans


Mais le site de SLL (Sauver Les Lettres) http://www.sauv.net/ctrc.php?id=31 a contribué largement à répandre l'idée que l'illettrisme observé actuellement était dû pour l'essentiel aux enseignants et à la "mméthode globale" ou "semi-globale" à défaut :

"
La cause principale apparaît rapidement être la méthode globale et son avatar, la méthode dite semi-globale. Les dégâts causés ne sont pas tous apparents mais sont énormes.
[...] La cause secondaire est la démission parentale. Pour qu'un enfant ait le goût de la lecture et donc progresse, il faut que les parents lui en donne l'envie. C'est à dire qu'au lieu de les coller directement devant la télévision puis de les coucher, ils prennent le temps de lui raconter des histoires issues d'un livre pour donner à l'enfant l'envie de découvrir le monde du livre. L'illettrisme est aussi lié à l'absence de la magie du conte.

Jean-Albert Caire "


Les chiffres de l'ANLCI  http://www.anlci.fr/  contredisent formellement les conclusions hâtives de M. Caire. En effet, l'illettrisme est plus important dans les classes d'âge dont il juge qu'elles seraient les meilleures en lecture et en orthographe.

Est-ce à dire que l'impression qui prévaut d'une baisse généralisée du niveau en orthographe est fausse ?

En fait, ce ne sont plus les mêmes personnes qui produisent de l'écrit. Si en 1964 par exemple, on avait demandé à une population aussi importante qu'aujourd'hui d'écrire tout ce qui s'écrit en 2009, dans la presse, sur des blogs ou des fora de toute nature, on aurait eu sans doute des résultats aussi médiocres voire pires.

Un professeur de médecine nous disait récemment que même ses étudiants (médecins donc) en oncologie médicale faisaient de plus en plus de fautes d'orthographe dans leurs productions écrites.
J'ai remarqué moi-même dans un forum d'enseignants, que les jeunes en IUFM ou nouveaux Professeurs des Écoles n'avaient pas toujours une orthographe irréprochable, notamment dans les accords grammaticaux et que la syntaxe et pour tout dire l'élégance de la langue laissaient parfois à désirer.
Je pense à une courbe de Gauss infaillible : quand 5 % des élèves seulement obtenaient le bac, la sélection s'était faite aussi sur la base d'une bonne orthographe, dès l'entrée en 6ème d'ailleurs. Aujourd'hui, l'accès à tous ou presque à l'université implique que nous y ayons accepté aussi toute la frange dans la courbe de Gauss des gens "faibles en orthographe" dès le départ. Or, ces faiblesses n'ont jamais peu être compensées ou résorbées par un système scolaire qui a supprimé les redoublements et qui propose quantité de disciplines nouvelles, rédusiant d'autant plus le nombre d'heures consacrées à l'apprentissage de l'orthographe et de la grammaire. Démocratiser, c'est louable et même souhaitable, mais il faut s'en donner le temps et les moyens. Mais depuis mai 68, comme tout se vaut et que l'on essaie même de renier la valeur des notes, en tolérant ce qui était intolérable jusqu'au début des années 60, on aboutit nécessairement à un laxisme général qui met en valeur une "baisse de niveau". Mais c'est celle d'un échantillon plus important comparée à un autre qui était le résultat d'une certaine sélection.
Alors, parmi les étudiants en oncologie du Pr K. combien n'auraient pas obtenu leur bac en 1962 ? Idem pour toutes celles et ceux qui sortent des IUFM aujourd'hui ?
Réponse : beaucoup plus de la moitié !
Je ne parle pas des sollicitations multiples de la télévision qui ne raconte pas des histoires écrites mais des suites d'images à raison de 24 par seconde et j'élude aussi les consoles de jeux vidéo qui n'ont pas que des inconvénients mais ne favorisent pas la pratique de l'orthographe.
Le philosophe ALAIN écrivait dans ses "Propos sur l'éducation" que nous reconnaissions les mots à leur gréement.
Nous avons deux voies de lecture :
- la voie ventrale qui est essentiellement sub-vocalisante car elle sollicite la boucle phonologique, le déchiffrage ou décodage grapho-phonétique des mots.
- la voie dorsale qui est fulgurante et fonctionne même souvent dans le domaine subliminal car le sens du mot y est compris, décodé par la conscience avant même d'avoir été décodé et transmis au stock sémantique de notre lexique total.

Nous avons tous observé que c'est après avoir écrit un mot un peu étrange, ou peu courant que c'est en le regardant bien ou en écrivant juste au-dessous les formes possibles que nous pouvons identifier "le bon gréement". Résonner, résonance, honorable, honneur, hypothèse, hippomobile, connexion, connecté etc... C'est une sorte de mémoire visuelle très rapide qui s'est mise en place.
Écrire des mots en encodant des sons, des phonèmes conduit à l'échec en orthographe d'usage.
Pour les accords et toutes les règles d'orthographe grammaticale, c'est une question de rigueur dans l'élaboration de la pensée. Or c'est sans doute là que le bât blesse : la rigueur s'est évanouie très souvent, trop souvent dans une tolérance coupable et singulièrement pour les accords des participes passés.
Dans une société plus technologique et plus cientifique que jamais, nous avons besoin de cette rigueur et du respect des protocoles imposés.
Aucune réforme de l'orthographe ne pourrait nous mettre à l'abri de ces défaillances de la pensée organisée. La bonne forme orthographique est à la fois une politesse et une marque qui montre que l'on garde le contrôle de sa pensée. Une écriture qui se pare du bel habillage, celui qui rappelle la culture dont notre langue est un témoin irremplaçable, c'est une belle écriture.





Et si on faisait une bonne dictée ?
Par Merlin le zététicien des Mèmes - Publié dans : Sociologie comparative
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